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Full text of "Monographie des pigeons domestiques"

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MONOGRAPHIE 



DES 



PIGEONS DOMESTIQUES 



V. LA PERRE OE ROO 



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DÉCORÉ DE 



LA CROIX d'or surmontée DE LA COURONNE DE L'ORDRE DU MÉRITE 

D'AUTRICHE 

DES CROIX DE DEUXIÈME CLASSE DE l'ORDRE DU MÉRITE NAVAL 

ET DE l'ordre DU MÉRITE MILITAIRE DESPAGNE 

OFFICIER DE L'ORDRE DE LA COURONNE D'ITALIE 

CHEVALIER DES ORDRES DU CHRIST, DU PORTUGAL, DES SS. MAURICE ET LAZARE, ETC. 

Médaille souvenir du Ministre de l'agriculture et du commerce de France, 

Témoignage de satisfaction du Conseil fédéral de la Suisse, 

Membre lauréat de la Société d'acclimatation, de l'Académie nationale et de plusieurs 

autres Sociétés savantes de Paris et de l'étranger, 

Membre honoraire des Sociétés d'aviculture de Vienne, colombophile 

de Florence, etc., etc., etc. 



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PARIS 

AU BUREAU DU JOURNAL L'ACCLIMATATION 
46, RUE Dr BAC 



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MONOGRAPHIE 



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PIGEONS DOMESTIQUES 




Voulant anglais. 



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FontaineMesu. — E. Bourges, imp. lircvett^. 



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INTRODUCTION 



Depuis la créalioii du Jardin zoologique d'acclimatation 
du Bois de Boulogne, cette institution sans rivale dans son 
genre dans le monde, le goût de l'élevage des poules et des 
pigeons domestiques s'est répandu en France avec une rapi- 
dité qui a dépassé toutes les espérances. 

M. A. Geoffroy Saint-Hilaire, le savant directeur de cet 
important établissement, a apporté incontestablement à cette 
impulsion le concours d'une haute intelligence, d'une éton- 
nante énergie et d'une infatigable activité. Mais il reste 
encore beaucoup à faire et il ne faudrait pas se faire illusion 
sur les difficultés de l'œuvre à accomplir. Elle demandera 
encore d'autres efforts et l'emploi de toutes nos forces pour 
arriver à un résultat sérieux et durable. Il faudra surtout 
consacrer de longues pages aux questions de zootechnie et 
faire l'éducation des éleveurs, dont la grande masse ne con- 
naît pas même les caractères généraux des races de pigeons 
qu'elle cultive, comme les expositions du Palais de l'Indus- 
trie, de Paris, nous en fournissent annuellement une preuve 
éclatante. Dans ces conditions d'ignorance, l'éleveur ne 
saurait, à coup sûr, faire de la sélection, dont la nécessité 
pour maintenir les races dans toute leur intégrité n'a plus 
besoin d'être démontrée. Dans ces conditions encore, les 
races les plus belles doivent nécessairement se perdre 
promptement les unes dans les autres et dégénérer en races 
mondaines ou de rue, dépourvues de tous caractères propres. 

Fâcheux ou non, le fait est certain : en dépit de tous les 



efforts do M. Geoffroy Saint Hilaire, pour propager et multi- 
plier on Franco les belles races, les échantillons qu'on nous 
met tous les ans sous les yeux, à l'exposition du Palais de 
l'Industrie, continuent à attester de l'ignorance des éleveurs. 

La raisou de cette ignorance est facile à expliquer: l'élève 
ne saurait être plus savant que le maître. A la vérité, les 
ouvrages sur les pigeons sont remplis d'érudition et parlent 
de toutes choses, excepté des caractères généraux des types 
purs, et c'est précisément ce que l'éleveur demande qu'on 
lui fasse connaître. A plaisir, les auteurs qui ont écrit jus- 
qu'ici sur les pigeons, ont toujours évité, dans leurs analyses 
des caractèi'es propres de ces oiseaux, les petits détails en ap- 
parence sans importance et sans lesquels, cependant, il est 
impossible d'étudier les races. En effet, dans le pigeon comme 
dans tous les animaux, ce sont les détails qui constituent, 
dans la majorité des cas, les caractères les [)lus saillants du 
type pur et qui concourent à la formation d'un seul tout, 
ou d'un idéal, irréprochable dans son ensemble comme dans 
ses divisions. 

Pour bien se rendre com[)te de l'importance de ces petits 
riens que les auteurs ont crn pouvoir négliger, au grand 
détriment du progrès, il suffit de lire leurs analyses incom- 
plètes et peu scientifiques des caractères de nos principales 
races de pigeons domestiques. J'ouvre au hasard l'ouvrage 
sur les pigeons de MM. Boitard et Corbié, à la page 195, et, 
pour l'édification de l'éleveur, je lui emprunte la description 
suivante des caractères généraux du Pigeon capucin : « Peu 
de pigeons, disent ces savants ornithologistes, transmettent 
à leur progéniture des formes aussi pures, des caractères 
aussi saillants et invariables. Tous ont la tête, la queue et le 
vol blancs, l'œil perlé et un petit ruban autour des yeux. Ils 
ont sur le derrière de la tête une fraise de plumes relevée, 
descendant le long du cou, et s'étendant sur la poitrine, 
comme le capuclion d'un moine, d'où lui est venu le nom de 



— III — 

capucin; cette collerette frisée est ordinairement teinte de 
couleurs cliangeantes, produisant un effet extrêmement 
agréable. Leur taille est petite et élégante, leur bec très 
court, I) Voilà textuellement toute la description que nous 
font Boitard et Corbié de l'une de nos plus belles et de nos 
plus importantes races de pigeons domestiques. Il fnut bien le 
reconnaître, de semblables descriptions sont loin d'être une 
analyse scientifique ou un inventaire complet des caractères 
de l'oiseau que les auteurs veulent faire connaître. Dans un 
ouvrage spécial, il ne suffit pas de dire que le pigeon capu- 
cin doit avoir la tête, le vol et la queue blancs et le reste du 
corps coloré; car le laconisme ne convient guère aux des- 
criptions d'animaux, lesquelles réclament, au contraire, 
qu'on n'en exclue pas les figures qui en font l'ornemement 
et les rendent moins obscures. Il faut s'y expliquer claire- 
ment, de façon à ne laisser exister aucun doute dans l'esprit 
du lecteur; il faut lui indiquer avec précision les limites 
dans lesquelles la couleur blanche de la tête, du vol et de la 
queue chez les pigeons capucins doit se renfermer; il faut 
lui dire enfin que le blanc de la tête ne doit pas descendre 
plus bas que la mandibule inférieure du bec et le méat au- 
ditif et doit se séparer brusquement, par une ligne transver- 
sale nettement dessinée, du fond sombre du cou, que les dix 
rémiges primaires doivent être blanches, etc. 

Lorsqu'il s'agit du Boulant, il ne suffît pas de dire que 
ces oiseaux possèdent la faculté de gonfler prodigieusement 
la gorge. Il faut préciser, il faut indiquer la forme que la 
gorge doit affecter dans chaque variété et faire une descrip- 
tion minutieusement détaillée des qualités que l'éleveur doit 
rechercher, ainsi que des défauts qu'il doit éviter chez les 
oiseaux destinés à la reproduction, sinon à l'amélioration 
de la race. 

Or, les auteurs qui ont écrit avant moi sur les pigeons, 
ne fournissent à l'éleveur absolument aucun renseignement 



sur les caractères généraux des types purs, et c'est pour com- 
bler cette regrettable lacune que j'ai écrit cet ouvrage. 

Ma Monographie des pigeons domestiques a donc pour objet 
de faire connaître à l'éleveur exposant les caractères distinc- 
tifs, ou propres, généraux et moraux, de toutes les princi- 
pales races de pigeons domestiques connues, d'après les 
bases admises par M. A. Geoffroy Saint-Hilaire, directeur du 
Jardin zoologique d'acclimatation du Bois de Boulogne, par 
ses collègues du jury de l'exposition du Palais de l'Industrie 
et par le jury de l'exposition du Palais de cristal de Syden- 
ham-lez-Londres. Jamais, dans mes analyses, je ne me suis 
départi de ces bases aujourd'hui couramment admises par 
les éleveurs exposants anglais, et que nos voisins d'outre- 
Manche appellent dans leur langue the standard, c'est-à-dire 
le modèle approuvé, le type idéal auquel les oiseaux doivent 
être en tous points semblables pour être considérés comme 
sujets d'élite ou de bonne race. 

En vue de rendre mes descriptions plus faciles à com- 
prendre, mon éditeur, M. E. DeyroUe, a illustré mou ou- 
vrage d'un nombre considérable de gravures noires et colo- 
riées, dessinées par M. Th. Deyrolle, d'après des types purs 
et irréprochables, qui permettront à l'éleveur de saisir ins- 
tantanément les caractères généraux de l'oiseau et la dispo- 
sition exacte des couleurs de son plumage. 

Puisse cet ouvrage seconder M. A. Geoffroy Saint-Hilaire 
dans ses louables efforts de propagation de belles races, qui 
forme l'objet fondamental de la société du Jardin d'acclima- 
tation. 

Paris, le l""" janvier 1883. 

V. La Febre de Roo. 



MONOGRAPHIE 



PIGEONS DOMESTIQUES 



CHAPITRE r 



Pigeons romains 




Pigeon romain. 



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{Columba romanvs ou cotumba hispanica. — The runt or 
Spanish pigeons.) 

Ces pigeons se distinguent par leur taille qui surpasse celle 
de tous les autres pigeons domestiques connus. Les Anglais 
les appellent Spanish pigeons ou pigeons espagnols ; tandis 
qu'en France ils sont mieux connus sous la dénomination 
de pigeons romains. 

Très-anciennement connue, il est probable que c'est à cette 
race que Pline fait allusion, quand il dit que la « Campanie 
s'honorait môme du renom qu'elle avait de produire des 
pigeons de la plus grande espèce. » 

Le caractère le plus saillant de la race est la taille, et plus 
elle est forte plus l'oiseau est estimé. 

Le pigeon romain a le bec fort à sa base et de longueur 
moyenne ; la couleur du bec est blanc-rosé chez les variétés 
fauve, rouge et jaune ; noire chez les variétés noire et bleue • 
les morilles sontblanches, unies, disposéeslongitudinalement. 
Il a la tète forte et, vue de côté, elle est assez régulièrement 
convexe; l'iris perlé; un filet rouge autour des yeux; le cou 
court et gros ; le corps volumineux, le dos large, la poitrine 
très ouverte et très large; les ailes très longues et portées 
assez bas; la queue large; les jambes courtes ainsi que les 
tarses qui sont également courts et nus. 

Il y en a de toutes les nuances; mais c'est parmi les gris 
meuniers et les bleus aux ailes barrées de noir, qu'on trouve 
le plus d'individus de forte taille et de premier choix. 

Ceux qui sont de couleur uniformément rouge, ou jaune 
ou minime, sont ordinairement de taille moindre; mais ils 
rachètent cette infériorité par la beauté de leur plumage qui 
est bien lustré, avec des reflets métalliques sur le cou. Quoi- 
que beaucoup de ces pigeons mesurent un mètre d'enver- 
gure, ils ont le vol extrêmement laborieux, et jamais ils ne 
prennent leurs ébats dans les airs ; il arrive même assez fré- 



— 3 — 

quemment que des individus de très forte taille ne sachent 
pas s'élever du sol à une hauteur de plus de 1 à 2 mètres. 

Lourd et gauche, le pigeon romain, aux défauts qu'il a de 
casser fort souvent ses œufs et d'élever mal sa progéniture, 
ajoute encore celui d'un caractère extrêmement belliqueux; 
les mâles de cette race ne supportent en leur présence aucun 
autre pigeon de leur sexe et vivent entre eux comme chiens 
et chats. 

Ces pigeons ne sont donc remarquables que par leur forte 
taille et je ne leur connais absolument aucune qualité qui 
puisse les faire rechercher par les amateurs. 

Ils produisent très peu ; exigent deux fois autant de nour- 
riture que le pigeon mondain ; et, dans une volière où il y 
a d'autres pigeons, ils sont d'une insupportable insociabilité. 



CHAPITRE II. 
Le Pigeon carrier. 




Le pigeon carrier est le roi des pigeons et est très recher- 



ché par les amateurs, à cause de sa grande beauté, de la 
grâce et de l'élégance de ses formes et de sa magnifique 
prestance. 

On lui assigne une origine asiatique, mais on ne saurait 
préciser avec exactitude l'époque de son introduction en 
Europe. Il a été d'abord introduit, dit-on, en Hollande, par 
des marins qui l'ont apporté de Bagdad; et son Excellence, 
M. le général Nazare Aga, ministre plénipotentiaire de S. M. le 
shah de Perse, à Paris, m'a affirmé, en effet, que les pigeons 
messagers dont on se sert encore aujourd'hui en Perse, pour 
la transmission des dépêches, ont beaucoup d'analogie avec 
le pigeon carrier. 

En Hollande, ces pigeons sont désignés sous le nom de 
Bagadetten, mot dérivé évidemment de Bagdad, nom de la 
ville d'où les marins hollandais les ont tirés. 

Il en existe de diverses couleurs, mais c'est le noir uni 
qui est la couleur dominante et la plus caractéristique. 

Le pigeon carrier est de taille plus forte et plus allongée 
que le pigeon messager ordinaire; il a le bec très-vigoureux, 
extrêmement long, droit, très-fort à sa base et chargé de ca- 
roncules nasales qui acquièrent un développement démesuré 
chez les oiseaux adultes de belle race; la tête fine et allongée; 
l'œil entouré d'un immense ruban ou bourrelet charnu dont 
l'épaisseur l'empêche de voir devant lui; l'iris rouge vif, la 
pupille noire; le cou extrêmement mince et long; la poi- 
trine très proéminante; les épaules saillantes ; les ailes très 
longues, s'étendant presque jusqu'à l'extrémité de la queue, 
qui est très-étroite; les jambes longues suivies de tarses 
également longs, gros, nus et d'un rouge vif; le port fier 
très droit et majestueux, — La couleur de son plumage est le 
plus souvent d'un noir magnifiquement lustré d'un bout à 
l'autre, ou minime, ou bleu, ou blanc uni, etc.; mais les oi- 
seaux blancs sont généralement de choix inférieur. 

11 a le caractère farouche, repousse toutes les caresses 



qu'on voudrait lui faire et, dès qu'on pénètre au colombier 
et qu'on fait un mouvement, il recule aussitôt et s'élance à 
l'autre extrémité du pigeonnier. Il se tient toujours droit et 
immobile quand il aperçoit quelqu'un et arrête son regard 
avec une certaine expression d'inquiétude sur les personnes 
qui s'en approchent; mais cela ne l'empêche pas d'être im- 
pératif, querelleur, et tout pigeon qui s'approche de lui de 
trop près, s'expose à être vigoureusement attaqué à coups 
d'ailes et de bec. C'est pour cette raison qu'il est indispen- 
sable d'établir dans le colombier destiné à loger des pigeons 
carriers, des perchoirs munis de petites cloisons qui isolent 
ces batailleurs et les empêchent de se déplumer ou de se 
mutiler mutuellement. 

II est prudent aussi de leur donner un boulin très profond, 
garni de foin et de paille; car, par leur maladresse que 
j'attribue à leur caractère farouche, ils cassent fréquem- 
ment leurs œufs ou les font rouler hors du nid, s'il n'a pas 
assez de profondeur. 

Les pigeons carriers sont doués d'une fécondité ordinaire; 
mais ils abandonnent fréquemment leurs petits, après les 
avoir nourris avec une assiduité irréprochable pendant les 
dix ou quinze premiers jours de leur naissance. Il est donc 
préférable de l'n.ire élever leurs pigeonneaux par des pigeons 
voyageurs, ou par des mouilains, si l'on ne veut pas s'expo- 
ser à des mécomptes. 

A cause de leur prix élevé, car les pigeons carriers de 
belle race se vendent 300 fr. le couple, et au-dessus^ selon 
leur mérite, il est bien rare qu'on leur accorde la liberté ; et 
je suis disposé à croire que la captivité dans laquelle les 
amateurs les maintiennent, de générations en générations, 
est la cause de leur manque de soins pour leurs pigeon- 
neaux. 

Ce qui me confirme dans cette opinion, c'est que les pi- 
geons qui jouissent de leur liberté, ont l'habitude, quand ils 



— 6 — 

ont des petits, de s'abattre dans les champs, dans les cours 
et dans les jardins où ils se nourrissent d'insectes, de petits 
escargots et d'autres aliments pleins de substance nutritive 
qui leur sont probablement indispensables, quand ils nour- 
rissent leurs pigeonneaux, et qu'ils ne peuvent se procurer 
en captivité. 11 est donc probable, si l'on accordait aux pi- 
geons carriers assez de liberté ou d'espace, pour leur per- 
mettre de se procurer ces aliments qu'on ne leur donne pas 
en suffisance, ou qui leur font défaut en volière, qu'ils élè- 
veraient mieux leurs petits. 

Chez les carriers, comme, du reste, dans toutes les races 
de pigeons, ce sont les pigeonneaux des deux premières 
couvées qui sont ordinairement les plus vigoureux, qui ont 
le bec le mieux conformé, le plus fort et qui, sous le rap- 
port des formes du corps, se rapprochent le plus de la perfec- 
tion. Ceux d'arrière-saison ont ordinairement le bec plus 
grêle et leurs caroncules nasales atteignent rarement un dé- 
veloppement suffisant. 

Ce n'est qu'à l'âge de trois ans que les caroncules qui 
ornent la base du bec et les bourrelets charnus qui encadrent 
les yeux du pigeon carrier, atteignent leur plein développe- 
ment, et que l'oiseau est dans toute la splendeur de sa beauté. 

CARACTÈRES GÉNÉRAUX. 

Bec. — Vigoureux, fort, droit et extrêmement long. Plus 
ces quaUtés sont exagérées, plus l'amateur trouve l'oiseau à 
son goût. 11 ne suffît pas, cependant, que le bec soit long et 
droit; il faut encore qu'il soit massif et épais, et que la man- 
dibule inférieure soit presque aussi forte à sa pointe que la 
mandibule supérieure. Le bec ne doit pas être crochu, il doit 
être, au contraire, bien droit et se fermer hermétiquement, 
sans laisser exister aucun interstice entre les deux mandi- 
bules, comme chez les perroquets et chez les oiseaux à bec 
crochu en général. 



Longueur du bec. — On mesure ordinairement le bec de- 
puis sa pointe jusqu'au milieu de la pupille de l'œil. Ainsi 
mesuré il atteint quatre centimètres de longueur chez les 
oiseaux de bonne descendance. 

Couleur du bec. — Blanc rosé ; ou blanc rosé marqué de 
noir ou d'un coup de crayon à la pointe de la mandibule su- 
périeure; ou tout noir, mais cette dernière nuance est la 
moins estimée. 

Caroncules nasales. — La beauté et la valeur du pigeon 
carrier dépendent absolument de la forme et du développe- 
ment plus ou moins considérable de la membrane charnue 
qui recouvre ses narines et de la largeur du ruban qui en- 
toure ses yeux. Les caroncules nasales doivent avoir la forme 
d'un œuf enfilé au bec de l'oiseau ; elles doivent recouvrir 
complètement la base de sa mandibule supérieure, s'étendre 
sous la mandibule inférieure, mais d'une façon moins ac- 
centuée, et envelopper le bec entier, à l'exception de sa 
pointe, d'un seul ensemble d'excroissances charnues et ar- 
rondies. Elles ne doiventpas être plus saillantes d'un côté que 
de l'autre, et c'est vers le milieu du bec, et non pas à sa base, 
qu'elles doivent atteindre leur plus grand développement. 
Elles ne doivent pas non plus former une seule éminence 
molle à surface unie, mais elles doivent forme i' une agglomé- 
ration de saillies de formes variables, en nombre indéter- 
miné, ressemblant à des espèces de bosses ou excrois- 
sances. 

Circonférence des caroncules. — Dix centimètres chez les 
sujets de premier choix. ,:, i 

Couleur des caroncules. — Blanc-rosé, jîoudré ou enfariaéi. 
Membrane nue qui entoure les yeux. — Le ruban charnu 
qui entoure les yeux, doit être très large et d'un tissu fin 
d'un blanc- rosé. Il faut qu'il fasse bien le tour de l'œil et 
soit partout de largeur uniforme. Plus il est développé et de 
même largeur, plus l'oiseau est estimé. Il doit s'étendre 



— 8 — 

jusque près de la commissure du bec dont il doit cependant 
rester séparé par un mince filet de plumes; et il ne faut pas 
qu'il rejoigne les caroncules nasales et forme avec elles une 
seule masse tuberculeuse sans solution de continuité. Ce n'est 
qu'à l'âge de trois ans que cette membrane atteint son dé- 




Tôte de Pigeon carrier, femelle. 

veloppement complet et alors elle mesure de 28 à 30 milli- 
mètres de diamètre chez les sujets de race pure. 

Tête. — La tête du carrier doit être fine, déprimée, très- 
allongée et il faut que la gorge proprement dite forme avec 
l'os maxillaire une seule ligne courbe; c'est-à-dire, qu'il ne 
faut pas que l'os maxillaire fasse saillie, il faut qu'il se con- 
fonde avec le cou de façon à ne produire aucun angle, ni 
aucune solution de continuité entre le bec et le cou et à 
donner au cou une apparence de grande longueur. Il y a 
des oiseaux qui, au lieu d'avoir l'os maxillaire elfacé, l'ont 
proéminent; mais c'est un grand défaut qui donne à la tête 
une forme lourde, en même temps qu'il ôte toute la grâce 
au cou de l'oiseau. 



— 9 — 

Dessus de la tête. — Le dessus de la tête doit être très étroit 
entre les deux rubans charnus qui entourent les yeux et sa 
largeur doit être uniforme partout. Il ne faut pas que sa 
partie postérieure soit plus étroite que sa partie antérieure 
comme chez le pigeon voyageur. 




Tête de Pigeon carrier, mule. 

Cou. — Le cou doit êlre long et grêle comme le cou d'une 
grue, et il faut qu'il soit mince d'un bout à l'autre. 11 con- 
vient cependant d'ajouter que le cou grossit quand l'oiseau 
vieillit, et que ce n'est, conséquemment, que chez les sujets 
âgés de moins de trois ans qu'on rencontre des cous tout 
à fait grêles, comme les amateurs les aiment. 

Epaules. — Les épaules doivent être larges, anguleuses, 
énergiquement accusées, saillantes comme chez les aquili- 
dés; et plus ce caractère est accusé, plus l'oiseau a de valeur. 
Les sujets qui n'ont pas les épaules bien accusées et saillantes, 
sont peu estimés. 

Ailes. — Très allongées, portées élevées de façon à ne pas 



— 10 — 

cacher les jambes et s'étendant presque jusqu'à l'extrémité 
de la queue. 

Queue. — Etroite, composée de douze pennes rectrices su- 
perposées au repos, de façon à réduire la queue à la lar- 
geur d'une seule penne. 

Poitrine. — Large, arrondie et très saillante. 

Jambes. — Plus longues que chez le pigeon voyageur, 
mais pas aussi longues que chez le pigeon boulant. 

Tarses. — Assez longs, gros, nus et d'un rouge vif. 

Corps. — Bien charpenté, fièrement posé sur des jambes 
et sur des pattes longues et fortes. 

Longueur du corps. — Depuis l'extrémité du bec jusqu'à 
l'extrémité de la queue 42 1/2 à 43 3/4 centimètres. 

Plumage. — Variable; mais les couleurs dominantes sont 
le noir, le minime et le bleu. 

Port. — Droit et majestueux, s' appuyant sur l'extrémité 
de la queue dans rattilude fière. 







Tête du Carrier. 

CHAPITRE III 
Les Dragons. 



Ces pigeons ont quelque ressemblance avec le Carrier, 
dont ils diffèrent par leurs caroncules nasales qui sont 
moins développées et par le ruban charnu autour des yeux 
qui est considérablement moins large. 



— 11 — 

Le Dragon a le bec droit, fort à sa base, un peu moins 
long que celui du Carrier, noir chez les variétés noire et 
bleue, blanc-rosé chez les variétés blanche, grise, rouge et 
jaune; les caroncules nasales assez tuberculeuses, épaisses 
à leur base et s'étendant en s' amincissant graduellement 
jusqu'aux trois quarts de la longueur du bec; la tête allon- 
gée et déprimée, large entre les yeux, plus large sur le 
derrière que sur le devant; les yeux saillants et large ou- 
verts ; l'iris rouge dans la variété noire, et rouge-orangé 
dans les autres variétés ; le ruban charnu autour des yeux 
tuberculeux, mais beaucoup moins large que chez le Car- 
rier; le cou long, fort à sa naissance, grêle à sa partie supé- 
rieure; la poitrine amplement développée; les épaules très 
saillantes, détachées et anguleuses; le dos large et creux 
entre les ailes; le corps arrondi; les ailes longues et repo- 
sant sur la queue sans se croiser; les cuisses de longueur 
ordinaire, les tarses longs et nus; le plumage collant et 
affectant toutes les couleurs; le vol rapide, le port droit et la 
taille moyenne. 

La race est très estimée et très répandue en Angleterre; 
mais elle est moins recherchée par les amateurs français. — 
Elle est le résultat de croisements entre le Carrier et le pigeon 
volant. 

Ces pigeons ont beaucoup de ressemblance avec le pigeon 
voyageur belge, dont ils diffèrent principalement par la lon- 
gueur du bec; ils possèdent l'instinct d'orientation très déve- 
loppé; reproduisent bien el sont faciles à élever. 

La variété blanche est fort belle, son plumage est d'un 
blanc pur d'un bout à l'autre; le bec et les ongles sont d'un 
blanc-rosé et l'œil est noir, large ouvert et entouré d'un ru- 
ban charnu circulaire d'un blanc-farineux comme ses ca- 
roncules nasales. 

La variété noire est d'un noir-iiitense, magnifiquement 
lustré, avec des reflets violacés sur le cou; l'iris est d'un 



IS! - 




Dragon femelle. 

rouge-vif; le ruban auLour des yeux et les morilles d'un 
blanc-farineux; le bec et les ongles noirs. 

La variété rouge a le plumage d'un beau rouge-marron, 
uniforme par tout le corps comme chez le pigeon romain ; 
l'iris rouge-orangé; le bec et les ongles d'un blanc-rosé mar- 
qués d'un coup de crayon rouge-marron à leur extrémité. 



- 13 - 




Dragon mâle. 

La variété cliamois est de nuance uniformément chamois 
d'un bout à l'autre, avec des reflets cuivrés sur le cou. Il 



— 14 - 

faut que le jaune soit partout du même ton et que les reflets 
sur le cou soient d'un jaune cuivré et non pas verdâtres ou 
violacées; iris rouge-orangé; bec et ongles blanc-rosé. 

La variété grise barrée de brun est de nuance à peu près 
semblable au gris-meunier du pigeon voyageur. Tète gris- 
foncé; gorge rouge-brun-bronzé, à reflets violacés; partie 
inférieure du corps gris-clair; ailes gris-clair barrées de 
brun; vol et queue d'un gris plus foncé; iris perlé ou blanc, 
sablé de rouge ; bec et ongles blancs. 

La variété grise barrée de noir est identiquement semblable 
à la précédente, à l'exception des barres transversales de 
l'aile qui sont noirâtres. Bec et ongles blanc-rosé, marqués 
d'un coup de crayon brun. 

La variété bleue est ordinairement la plus parfaite sous le 
rapport des formes et elle a aussi le plumage plus fourni et 
plus serré. La couleur du plumage doit être d'un bleu uni, 
avec la gorge criblée de magnifiques reflets violacés, et les 
ailes barrées de noir. Le croupion doit être d'un bleu-ardoisé 
et non pas blanc comme chez le biset, bleu, et les barres qui 
traversent l'aile doivent être étroites. Iris rouge-orangé, bec 
et ongles noirs. 

La variété bleu-étincelé ne diffère de la précédente que par 
le dos et les couvertures des ailes, qui sont étincelés de noir 
«:omme chez le pigeon voyageur bleu-étincelé. Bec et ongles 
noirs. 

11 en existe aussi des rouges-étincelés, des gris-piquetés 
et d'autres couleurs ordinaires aux pigeons, qui sont trop 
biens connues pour exiger une description spéciale. 



— 15 — 



CHAPITRE IV. 



Les Pigeons cravatés. 




Cravaté tunisien, var. blanche. 

Ces charmants petits pigeons doivent leur nom à quelques 
rangs de plumes redressées et frisées en jabot qui ornent 
leur poitrine et jui les caractérisent. 

II en existe plusieurs variétés, dont les principales sont : 



— 16 - 

le pigeon cravaté tunisien, le pigeon cravaté chinois, le 
pigeon cravaté anglais, le pigeon cravaté français, le pigeon 
cravaté huppé allemand, le pigeon cravaté oriental et ses 
variétés. 

LE PIGEON CRAVATÉ TUNISIEN. 

Le cravaté tunisien est le plus petit des pigeons domes- 
tiques connus ; il n'est guère plus grand qu'une tourterelle ; 
il est extrêmement doux, familier, et la race est très- 
féconde. 

Il a le corps ramassé, les formes gracieuses et arrondies. 
La tête est crapautée, aussi large que longue, vue de profd, 
elle est régulièrement convexe et la courbure de cette 
convexité s'étend jusqu'à l'extrémité du bec ; l'os occipital 
forme une éminence assez accentuée chez quelques sujets ; 
les yeux sont perlés ou jaune-orangé, noirs dans la variété 
blanche, très saillants, très ouverts, entourés d'une petite 
membrane nue et forment deux protubérances très accusées 
qui donnent à la tête une ressemblance frappante avec 
celle du crapaud ; le bec est crochu, extrêmement court, 
plus court que dans aucune autre race, plus large que long, 
et a beaucoup de ressemblance avec le bec d'une perruche 
ondulée ; les caroncules nasales sont assez développées, 
relativement à la taille de l'oiseau, et disposées transver- 
salement; le cou est court et amplement garni de petites 
plumes soyeuses à reflets métalliques ; la poitrine est large, 
très proéminente et ornée de deux rangées de petites 
plumes redressées et frisées en guise de jabot. Les épaules 
sont cachées sous les plumes de la poitrine ; les ailes assez 
longues, portées élevées, s'étendent jusqu'aux trois quarts de 
la longueur de la queue, qui est courte et très étroite ; les 
jambes sont courtes et suivies de tarses également courts, 
nus et d'un rouge vif. La coloration n'est pas très variable 
et se limite au bleu uni, au noir et au blanc d'un bout à 



- 17 - 

l'autre. Ces charmants petits pigeons sont très-recherchés 
par les dames, à cause de leur familiarité avec les personnes 
qui s'en occupent; ils s'attachent très-intimement à leur 
maître qu'ils apprennent à distinguer des autres personnes ; 
arrivent à son appel et viennent manger dans sa main. Ils 
sont très-sédentaires, s'éloignent rarement de leur pigeon- 
nier, quoiqu'ils sachent soutenir leur vol assez longtemps ; 
et tout dans leurs allures respire la douceur et la sociabilité. 
Ils sont doués d'une grande fécondité, d'un très-vif attache- 
ment pour leur progéniture, sont rustiques et faciles à 
élever. 

Les qualités à rechercher chez ces petits animaux sont : 
la tête crapautée et rejetée en arrière, le bec extrêmement 
court , le cou gracieusement arqué , la poitrine proémi- 
nente et portée en avant, le jabot bien frisé et la taille très- 
petite. 

Les pigeons de cette race qui ont la tête allongée, portée 
en avant, et le bec long comme chez le cravaté français, 
n'ont absolument aucune valeur et ne sont pas de bonne 
race. 

LE PIGEON CRAVATÉ CHINOIS. 

Cet intéressant petit pigeon a les formes du corps et le 
port identiquement semblables à ceux du cravaté tunisien, 
dont il ne diffère que par la forme et le développement du 
jabot, et il y en a de toutes les couleurs. 

Il a, comme le tunisien, la tête crapautée et portée en 
arrière; le bec extrêmement court et crochu; les yeux 
rouge-orangé, très-saillants, entourés d'une petite mem- 
brane nue formant deux protubérances bien accusées, ainsi 
que l'os occipital qui en forme une troisième ; la poitrine 
large, portée en avant, et la taille petite, comme dans le 
tunisien. Mais au lieu d'un simple jabot, le chinois com- 
mence par se cravater d'une colerette qui fait le tour du 
(Pigeons domestiques.) 2 



— 18 — 

cou, dont les bouts se rejoignent sous le bec et débordent 
sur la poitrine, où elles se développent en une immense 
rosette qui donne à l'oiseau un aspect particulier. Sur les 
côtés de la partie inférieure du cou, les plumes sont bom- 
bées et se soulèvent légèrement quand l'oiseau se baisse 
pour manger. 




Pigeon cravaté chinois. 

Parmi les pigeons cravatés chinois, encore plus que parmi 
les tunisiens, on rencontre une grande quantité de sujets 
ayant la tête allongée et le bec en proportion ; car ces deux 
défauts marchent généralement de pair ; mais ces oiseaux 
ne sont que de hideux métis qui n'ont aucun mérite et 
devraient être proscrits du colombier d'un amateur sérieux. 



- 19 — 

Ils doivent avoir la tête courte et rejetée en arrière ; le bec 
également court; la poitrine très-proéminente, portée en 
avant, et la taille très-petite, comme chez le tunisien. 

La coloration est très-variable ; les couleurs dominantes 
sont le bleu uni, le bleu maillé, le noir, le chamois, le 
blanc, etc. 

Les petits pigeons chinois sont très-intéressants quand 
ils sont petits et ont la tête courte et renversée en arrière; 
ils sont doux, familiers ; la race est féconde et aussi rus- 
tique que nos races communes. 

Au moyen du croisement avec le cravaté tunisien, on 
obtient des tunisiens mieux cravatés; à la suite d'un 
second ou d'un troisième croisement du métis avec le 
chinois, la colerette reparaît, et l'on obtient des chinois 
ayant la tête crapautée et le bec court, comme dans le 
tunisien. C'est, du reste, au moyen de ces croisements et 
d'une sélection judicieuse des oiseaux reproducteurs, que la 
race a été améliorée et perfectionnée. 

LE PIGEON CRAVATÉ ANGLAIS. 

Le cravaté anglais est de plus forte taille que le tunisien. 
Il a la tête large entre les yeux, régulièrement convexe, un 
peu plus allongée que celle du tunisien et portée en arrière ; 
le bec très-court ; les caroncules nasales assez prononcées 
et disposées à peu près transversalement comme chez le 
tunisien ; les yeux saillants, de couleur rouge-orangé, ou 
perlés, entourés d'une petite membrane nue ; le corps bien 
charpenté, les formes arrondies et moelleuses ; le cou 
court et gracieusement arqué ; la poitrine très-amplement 
développée, très-proéminente et ornée d'un jabot très- 
fourni ; les épaules cachées sous les plumes de la poitrine ; 
les ailes longues et vigoureuses ; la queue étroite ; les pattes 
courtes, nues, et d'un rouge vif. 



— 20 — 

Il y en a de toutes les couleurs ; mais c'est parmi les 
bleus et les gris qu'on trouve le plus d'oiseaux se rappro- 
chant de la perfection. 

Le cravaté anglais soutient son vol plus longtemps que le 
cravaté tunisien ; mais il n'est pas aussi mignon, est loin 
d'être aussi gracieux, et n'en est qu'une grossière imitation. 

LE PIGEON CRAVATÉ FRANÇAIS. 

Variété commune. — Identiquement semblable pour les 
formes et les couleurs au cravaté anglais, il n'exige pas de 
description spéciale. 11 y en a de toutes les nuances et, 
comme chez le cravaté anglais, c'est le bleu aux ailes barrées 
de noir qui est le plus répandu et le plus commun. 

Variété à manteau de couleur. — La variété blanche, aux 
ailes de couleur, est infiniment plus belle et, à juste titre, 
beaucoup plus recherchée que la variété unie ; car, depuis 
l'introduction en Europe de l'adorable petit pigeon cravaté 
tunisien, aux formes mille fois plus gracieuses que les gros 
cravatés anglais et français ordinaires, ces derniers tendent 
à disparaître rapidement de nos volières. Ce qui caractérise 
les pigeons de cette variété, c'est leur robe blanche d'un 
bout à l'autre, à l'exception du manteau qui affecte toutes 
les couleurs et forme le plus gracieux contraste qu'on 
puisse s'imaginer avec le reste du plumage. 

Ces petits pigeons doivent avoir la tête bien arrondie, très- 
courte, large entre les yeux et régulièrement convexe, se 
rapprochant autant que possible de la tête du cravaté 
tunisien, dont ils ont du reste toutes les formes du corps. 
Ils ont le bec blanc rosé, court, plus large que long, recou- 
vert à sa base de morilles blanches assez développées ; la 
poitrine large, saillante et jabotée ; l'œil de vesce, large, 
ouvert et saillant, un simple filet blanc rosé autour des 
yeux ; les tarses nus, d'un rouge vif, et la taille petite, mais 
plus grande que celle du tunisien. 



— 21 — 

Ils doivent avoir les ailes de couleur, à l'exceptioii des 
neuf ou mieux encore des dix grandes pennes ou rémiges, 
appelées vulgairement le vol, qui doivent être d'un blanc 
pur, ainsi que le reste du corps. Il ne faut pas que la couleur 
du manteau envahisse le dos ou les deux ou trois premières 
rémiges internes, ou les cuisses ou le bas-ventre, il faut 




Pigeons cravatés français, ordinaire et huppé. 

qu'elle reste strictement dans les limites que je viens de 
prescrire; et, les sujets de cette variété de race tout à fait 
pure, paraissent être entièrement blancs, lorsqu'on sou- 
lève les ailes de façon à cacher la couleur du manteau. 

Les individus qui ont le vol tout à fait blanc, c'est-à-dire 
dont les dix rémiges des ailes sont blanches, sont presque 



— 22 — 

toujours de bonne descendance et ont le reste du plumage 
irréprochable. 

C'est parmi les oiseaux à manteau rouge et chamois qu'on 
trouve le plus de sujets de race pure ; mais la plus char- 
manie variété et aussi la plus rare, c'est celle à manteau 
bleu barré de blanc. 

Une autre qualité à rechercher chez les oiseaux de cette 
race, c'est un jabot bien fourni, composé de deux rangs de 
plumes rebroussées, descendant depuis la mandibule infé- 
rieure du bec, jusque sur la poitrine où elles doivent se 
développer en rosette, recouvrant presque toute la poitrine. 
Le jabot doit descendre en ligne droite le long du cou, ne 
doit pas dél3order d'un côté plus que de l'autre, et la rosette 
doit être placée bien au milieu de la poitrine. 

Ces petits pigeons sont très-rustiques, soutienneut leur 
vol très-longtemps, en ligne directe, et sont faciles à élever. 
Ils sont très-répandus en Belgique et dans les départements 
du Nord de la France ; mais ce n'est guère qu'en Angle- 
terre qu'on les rencontre de race tout à fait pure. 

LE PIGEON CRAVATÉ HUPPÉ. 

Le pigeon cravaté huppé est semblable au précédent et 
n'en difïere que par sa huppe qui lui donne un ca(;het de 
distinction que son congénère à tête lisse ne possède pas ; 
et, en Angleterre comme en Belgique, les amateurs lui 
donnent la préférence sur ce dernier qui est relativement 
peu recherché dans ces pays. 

Les qualités à rechercher chez les cravatés huppés, sont 
identiquement les mêmes que chez les individus de la 
variété à tête lisse, et il n'y a donc que leur huppe qui 
demande une description spéciale. 

La huppe doit être placée très-haut derrière la tête, de 
façon à ce qu'il n'existe aucun creux entre elle et le sommet 



— 23 — 

de la tête ; elle ne doit pas affecter non plus la forme d'une 
coquille, elle doit être, au contraire, très-pointue et s'étendre 
le long de la partie antérieure du cou, en forme de petite 
crinière hérissée et nettement accusée. 




Pigeon cravaté huppé. 

Les oiseaux dont la huppe est placée bas, derrière la tête, 
au-dessous du niveau de l'œil, ont ordinairement la tête 
allongée; et ce défaut est invariablement accompagné d'un 
bec défectueux, grêle, long, et d'autres imperfections que 
l'amateur doit éviter chez les oiseaux qu'il destine à la 
reproduction. 

Une huppe en coquille donne à la tête un aspect disgra- 
cieux ; mais elle n'entraîne pas toujours les défauts inhé- 
rents à une huppe placée trop bas derrière la tête. 

LES CRAVATÉS ORIENTAUX. 

Les cravatés orientaux ont la taille plus forte que celle des 
cravatés anglais ; le corps ramassé, les formes courtes et 



— 24 — 

robustes ; le bec fort, court, et la mandibule supérieure très- 
voûtée ; la tête forte, courte, large entre les yeux, très- 
arrondie, formant deux lignes courbes, sans creux, ni étran- 
glement d'un œil à l'autre, et depuis l'occiput jusqu'à la 
base du bec ; les yeux saillants ; le cou assez long, bien 
rempli et gracieusement arqué ; le dos large ; la poitrine 
très-développée, proéminente et ornée d'un jabot; les jambes 
longues et garnies de plumes longues qui recouvrent les 
calcaneums ; les tarses longs et entièrement emplumés, les 
plum.es s'épatant sur les doigts, formant matelas et cachant 
les doigts jusqu'aux ongles ; le port fier et la tête rejetée en 
arrière. — Ils s'élèvent dans les airs à une assez grande 
hauteur et ont le vol soutenu. 

On en compte plusieurs variétés, dont les principales 
sont : les Brunettes, les Satinettes, les Bluettes, les Silve- 
rettes, les Blondinettes et les Turbiteens. Elles ont toutes les 
mêmes caractères et ne diffèrent entre elles que par la cou- 
leur de leur plumage. 

Les Satinettes ont la tête lisse ou huppée ; les plumes du 
manteau fauve-foncé, la couleur de chaque plume prenant 
une teinte plus claire à leur pointe qui est bordée d'un 
liseré noir-violet ; les couvertures de la queue bleu-violet ; 
les grandes caudales bleu-violet, marquées à leur extrémité 
d'une grande tache blanche, bordée d'un liseré noir qui pro- 
duit un fort bel effet. 

Les oiseaux huppés doivent avoir la huppe pointue, placée 
très-haut derrière la tête, comme chez le cravaté allemand, 
et les sujets des deux variétés doivent avoir les sept rémiges 
externes d'un blanc pur ; leur jabot doit être amplement 
fourni et se développer en grande rosette sur la poitrine, et 
plus le jabot et la rosette sont accentués, plus l'oiseau est 
recherché par les amateurs. 

Les Brunettes ne diffèrent des Satinettes que par le fond 
du plumage des ailes et de la queue qui est d'un gris argentin 



et les plumes sont bordées de gris plus foncé, mélangé de 
brun. 

Les Bluetles ont les ailes d'un bleu-clair, barrées de 
blanc ; les plumes formant les barres sont marquées de 
brun-rouge à leurs pointes et bordées d'un liseré noir ; la 
queue bleu-clair et marquée de blanc à son extramité ; les 
sept rémiges externes et le reste du corps sont d'un blanc 
pur, comme dans les autres variétés. 

Les Silvereltes ont les ailes d'un gris argentin clair, barrées 
de blanc, chaque plume formant la barre étant bordée à sa 
pointe seulement d'un liseré noir formant, dans leur en- 
semble, deux ligues noires qui traversent l'aile ; la queue 
grise et marquée de la tache blanche caractéristique ; les 
sept rémiges externes et le reste du corps sont blancs. 

LES BLONDINETTES. 

Les blondinettes ont été fabriquées en Orient, au moyen 
de croisements des variétés précédentes avec le cravaté tuni- 
sien, dont ils diffèrent par la couleur de leur plumage, par 
la huppe qui orne leur tête et par leurs pattes emplumées ; 
ils sont aussi de plus forte taille et ont le bec plus fort et 
jjlus long. 

Il y en a qui ont la tête lisse; mais les amateurs recherchent 
principalement ceux qui ont la tète ornée d'une huppe. 

Il y en a de toutes les couleurs ; mais ils ont ordinaire- 
ment les ailes de couleur plus foncée que le reste de la robe, 
à l'exception du vol qui est presque blanc ; les plumes de la 
queue sont marquées à l'extrémité, d'une tache blanche ca- 
ractéristique et le reste du corps est de nuance unie, ordi- 
nairement bleu-pourpre, à reflets verts et rouges sur le cou. 

Parmi les variétés le plus à la mode, je citerai, en pre- 
mière ligne, les blondinettes salins, les blondinettes rouges, 
les blondinettes noires, les blondinettes bleues, etc., etc. 



- 26 — 

Les blondinettes satins ont le manteau identiquement sem- 
blable aux satinettes que je viens de décrire, c'est-à-dire, 
d'un fauve-foncé, chaque plume étant bordée d'un liseré noir, 
et la couleur des plumes s'éclaircissant graduellement à leur 
extrémité; les rémiges sont noires, marquées de blanc au 
milieu ; les plumes de la queue sont d'un noir-violet, mar- 
quées à leur extrémité d'une tache blanche, entourée d'un 
liseré noir, et le reste du corps est d'un noir-violet, à reflets 
mordorés sur la gorge. 

Les blondinettes rouges ont les ailes et la queue de la 
même couleur que celles des brunettes, et ont le reste du 
corps brun-bronzé, à reflets rouges et verts sur le cou. Les 
rémiges primaires sont marquées de blanc au milieu, ainsi 
que les grandes caudales. 

Les blondinettes notices ont les plumes des ailes, des reins 
et de la queue blanches, bordées d'un large liseré noir, et le 
reste du corps noir, à reflets métalliques sur la gorge. Cepen- 
dant, malgré les efforts des amateurs qui s'occupent du 
perfectionnement de cette vaiiété , on n'est pas parvenu 
encore à obtenir des sujets ayant les couvertures des ailes 
d'un blanc pur, régulièrement liserées de noir, comme chez 
les autres variétés, et c'est le plus souvent le noir au lieu du 
blanc qui forme le fond de la couleur des épaules ; mais il 
est probable que, par des efforts persévérants et un choix 
judicieux des oiseaux re|M'oducteurs, en choisissant constam- 
ment, pour la reproduction, les oiseaux le moins marqués de 
noir, on finira par obtenir des sujets se rapprochant davan- 
tage de l'idéal rêvé. 

Les blondinettes bleues ont les ailes d'un bleu-clair, tra- 
versées par des barres tricolores, les rémiges primaires et les 
grandes pennes de la queue marquées de taches blanches, 
et le reste du corps bleu, à reflets pourpres, violacés sur le 
cou. 

11 en existe aussi une variété bleue, ayant les ailes d'un 



— 27 — 

brun-clair, légèrement maillées de noir, qui est fort belle et 
très recherchée par les amateurs. 

Les blondinettes ont le vol soutenu, sont douées d'un ins- 
tinct d'orientation très-développé et sont souvent employés 
en Orient pour la transmission des dépêches. C'est la plus 
féconde de toutes les variétés cravatées et on les élève avec 
la plus grande facilité, 

LES TURBITEENS. 




Cravaté tuibiteeii huppé. 

Les turbiteens forment une intéressante nouvelle variété 
qui a été fabriquée récemment, en Orient, au moyen de 



28 



nombreux croisements entre les anciens cravatés blancs, à 
manteau de couleur, et d'autres races asiatiques. 

Malgré ces divers croisements, les turbiteens ont conservé 
toutes les formes du corps du cravaté oriental et ont la tête 
aussi courte, aussi ronde, et le bec aussi court, qu'on puisse 
le souhaiter. Ils ont le port fier; la poitrine large et ornée 
du jabot caractéristique bien développé; les tarses emplu- 
més, comme chez les blondinettes; les ailes rouges ou cha- 
mois, ou noires ou bleues, à l'exception des sept rémiges 




Cravaté turbiteen sans huppe. 



externes qui sont blanches; la tête lisse ou huppée, mar- 
quée sur le front et sur chaque joue d'une petite tache ovale 



— 29 — 

de la même nuance que celle des ailes, et le reste du corps 
d'un blanc pur. Quand les taches qui ornent la tête se ré- 
duisent à de simples goutelettes, l'iris est ordinairement 
d'un rouge vif, mais quand les taches prennent un grand 
développement, l'iris est noir; l'une et l'autre nuances sont 
admises par les amateurs. Le bec doit être de couleur corne- 
foncé, chez les sujets qui ont le manteau foncé, et corne- 
clair, chez ceux dont la couleur des ailes est de nuance 
claire. 

Quoique de taille plus grande, les pigeons turbiteens ont 
les formes du corps infiniment plus gracieuses que celles du 
cravaté français, et ils le surpassent considérablement sous 
le rapport de la vivacité des couleurs de leurs ailes, qu'ils 
conservent parfaitement sous nos climats. 

Les principales qualités à rechercher chez les oiseaux 
reproducteurs sont: bec très-court, à mandibule supérieure 
très-voutée; jabot bien fourni, s'étendant en ligne droite, 
depuis la mandibule inférieure du bec jusque sur la poi- 
trine, où il doit se développer en une grande rosette, com- 
posée de petites plumes bien retroussées ou frisées ; tête 
courte, bien arrondie, et régulièrement marquée au front 
et aux joues des trois taches ou goutelettes caractéristiques ; 
ailes bien marquées, pas moins de sept rémiges blanches 
dans le vol ; corps blanc, franc de tout mélange de plumes 
de couleur, excepté aux cuisses et sous les ailes oîi elles sont 
tolérées ; pattes bien emplumées. 

Les oiseaux de cette variété qui ont les plumes des cuisses 
entièrement blanches, sans mélange de plumes de couleur, 
sont extrêmement rares, je n'oserais même pas affirmer qu'il 
en existe. Il est tout aussi difficile de les obtenir ayant la 
tête régulièrement marquée des trois taches de couleur sem- 
blable à celle des ailes et qui constituent le caractère le 
plus saillant de la variété, car la race n'est pas fixée. 

La variété est rustique et a le vol soutenu, comme les 



— 80 — 

blondinettes elles satinettes. Elle a été introduite récemment 

en Angleterre ; mais elle n'a pas encore fait son apparition à 

Paris. 

Pigeons nains de Jérusalem. 

Damascenes. 




Tôle de pigeon Damascene. 

Le pigeon nain de Jérusalem est de toutes les races con- 
nues, celui qui se rapproche le plus du type tunisien par son 
attitude, par sa petite taille, et par les formes élégantes de 
son corps. Il a comme le tunisien le hec extrêmement petit, 
la mandibule supérieure se recourbant légèrement à l'ex- 
trémité sur l'inférieure, et recouverte à sa base de deux pe- 
tites membranes blanches disposées transversalement; la 
tête sphérique, forte, beaucoup plus grosse que celle du tu- 
nisien, extrêmement large entre les yeux, aussi large que 
longue, et vue de face comme de côté, elle est régulière- 
ment convexe; les yeux saillants et entourés d'un filet bleu 
foncé qui produit un singulier contraste avec l'iris qui est 
perlé ou blanc sablé de rouge. 

Il a le cou gracieusement arqué, court et gros chez le 
mâle; mi-grêle chez la femelle; le corps court, robuste, de 
forme arrondie, couvert d'un plumage abondant et serré; la 
poitrine bien développée et portée en avan t ; les ailes longues ; 
la queue étroite; les pattes courtes et nues; les doigts petits 
et courts. 



— 31 — 

Le plumage est bleu-clair avec les ailes barrées de noir et 
des reflets verdâtres et violacés sur le cou; il en existe aussi 
une variété gris-clair d'un bout à l'autre, avec les ailes bar- 
rées de noir, qui est très-recherchée en Palestine. 

Malgré leur petite taille, ces charmants petits pigeons sont 
très-productifs et témoignent le plus vif amour à leur pro- 
géniture qu'ils élèvent extrêmement bien. Ils ont le vol léger, 
cependant ils s'éloignent peu de leur colombier et se tien- 
nent le plus ordinairement sur les arbres. Parmi toutes 
leurs qualités, celle qui doit les faire estimer surtout comme 
pigeon d'agrément et leur concilier la faveur de l'amateur, 
c'est leur grande familiarité avec les personnes qui s'en oc- 
cupent : ils suivent leur maître partout ; volent sur ses épaules ; 
viennent manger dans sa main et savent parfaitement le 
distinguer des autres personnes qui se soucient moins d'eux. 

Ils sont très-gais en volière et vivent en très-bonne intel- 
ligence avec leurs semblables; se nourrissent de sarrasin, de 
vesces et de pain dont ils sont très-friands. 



CHAPITRE V. 
Pigeons Polonais. 

{Colomba polonica. — Barbs). 

Originaire, dit-on, de l'Afrique, ayant quelque analogie 
avec le carrier, cette race est caractérisée par d'épais bour- 
relets de chair rouge qui entourent les yeux et lui donnent 
un aspect particulier. 

Le pigeon polonais est de taille au-dessous de la moyenne. 
Il a la tête aplatie au sommet, très-large entre les yeux, et 
cette largeur doit être partout uniforme depuis le front jusqu'à 
l'occiput; le front, au contraire, est régulièrement convexe, 
et la courbure de cette convexité s'étend jusqu'à l'extrémité 



du bec, sans solution de continuité. Le bec est blanc-rosé, 
dans les variétés blanche, rouge, chamois et piquetée; 
il est assez fréquemment marqué d'un coup de crayon noir à 
son extrémité dans la variété noire, mais les amateurs le 
préfèrent tout blanc; il doit être très-épais, très-large à sa 




Pigeon polonais. 

base et extrêmement court, ne mesurant pas plus d'un demi- 
centimètre de longueur depuis sa pointe jusqu'aux morilles; 
les deux mandibules doivent être de même épaisseur, et la 
supérieure doit être bombée comme celle du bouvreuil. Plus 
le bec est voûté, mieux il est apprécié; mais les marchands 
anglais ont encore trouvé le moven de venir en aide à la 



— 33 — 

nature, pour donner au bec de ces oiseaux la forme à la 
mode, en vue de tromper leurs clients. Voici comment ils 
pratiquent cette supercherie, dont ils revendiquent la prio- 
rité de l'idée que personne ne songe à leur contester : dès Je 
quatrième jour de la naissance du pigeonneau, ils posent son 
bec sur l'index de la main droite et appuient avec le pouce 
sur la mandibule supérieure, de façon à lui imprimer la 
forme voûtée tant recherchée par les amateurs; et il suffit 
de répéter cette opération tous les trois jours pendant trois 
semaines consécutives, pour modifier la forme du bec de 
l'oiseau dans le sens voulu. Les morilles sont peu saillantes, 




Pigeons polonais jeunes. 



excepté chez les individus âgés, et les amateurs les aiment 
bien lisses, d'un blanc rosé farineux, s'étendant presque 
Jusqu'à l'extrémité du bec et nettement séparées sur la ligne 
médiane; la mandibule inférieure doit être garnie également 
à sa base d'un peu de chair nue semblable à celle des mo- 
rilles. L'œil doit être saillant et ne doit pas être caché sous 
l'abondance de la chair du ruban qui l'entoure; l'iris doit 
être blanc ou perlé et très peu sablé de rouge; l'iris aurore 
est considéré comme un grand défaut. Le ruban qui entoure 
les yeux, doit être rouge, très large, bien circulaire, épais, 
énergiquement mamelonné et développé en forme de gros 
{Pigeons domestiques.) 3 



- 34 — 

bourrelet, ayant partout la même largeur et la même épais- 
seur; mais ce n'est que lorsque l'oiseau est âgé de trois ans 
que cette membrane charnue se montre dans son plus grand 
épanouissement et plus l'oiseau vieillit plus elle se développe. 
Le cou est court, bien rempli; cependant bien des amateurs 
préfèrent le cou grêle et de longueur moyenne. Le corps est 
bien charpenté, ses formes sont courtes et arrondies, la 
poitrine est large ouverte ; les épaules sont cachées sous les 
plumes de la poitrine ; les ailes sont longues et s'étendent, au 
repos, jusqu'à l'extrémité de la queue qui est très-resserrée; 
les pattes sont courtes, complètement nues et d'un rouge vif. 




Pigeons polonais adultes. 



Les oiseaux de cette race qui ont le haut de la tête plus» 
large en arrière que par devant, en forme de F, sont consi- 
dérés comme de mauvaise descendance et doivent être éli- 
minés de la reproduction. 

Quand le pigeon polonais est de race pure, il élève rare- 
ment bien ses jjetits; il les soigne avec la plus grande ten- 
dresse jusqu'à l'âge de dix à douze jours ; mais dès lors, le 
bec des pigeonneaux s'étant développé, il lui devient impos- 
sible de le prendre dans le sien et d'y dégorger les aliments 



— oo — 

qu'il a avalés à cette intention. Il est donc indispensable de 




Pigeon polonais, tête défectueuse en forme de V. 

donner leurs œufs à couver à des pigeons d'autres races qui 
ont le bec plus long et élèvent mieux leurs petits. 



CHAPITRE VI. 

Le Pigeon de Montauban. 

Le plus grand des pigeons de volière, après le romain; ce 
pigeon a été produit, dit-on, par le mélange du pigeon de 
la Gampanie et du gros mondain ; mais la race en est depuis 
longtemps fixée et, comme chez le pigeon romain, son carac- 
tère le plus saillant réside dans sa forte taille. 

Il a à peu près les formes du corps du mondain, et son 
plumage est le plus ordinairement noir, rouge, minime, 
blanc ou panaché. Il est d'une grande fécondité et élève bien 
sa progéniture. Son vol lourd, malgré la grande longueur 
de ses ailes, le force à être sédentaire et à s'écarter peu du 
pigeonnier. 

Il a le bec .de longueur et de force moyennes, blanc dans 
les variétés blanche, rouge et chamois, noir dans les variétés 



— fîB — 

noire, minime et bleue; les morilles blanches, unies et dis- 
posées longitudinalement; la tête grosse et déprimée, lisse 
ou coquillée; l'iris noir dans les variétés blanche et pana- 
chée, rouge orangé dans les autres variétés; un mince filet 
blanc rosé autour des yeux ; le cou très gros, court et ample- 
ment garni de petites plumes fines et soyeuses ; le corps 
très gros et volumineux ; la poitrine large ouverte; le dos 
très large; les épaules cachées sous l'abondance des plumes 
du plastron; les ailes extrêmement longues, portées assez 
bas, s'étendant presque jusqu'à l'extrémité de la queue, sur 
laquelle elles se reposent légèrement sans se croiser; la queue 
large, de longueur moyenne; les pattes très courtes, nues 
et d'un rouge vif, ou emplumées. 

■ Il en existe plusieurs variétés ; il y en a qui ont la tête 
lisse et les pattes nues; d'autres ont la tête huppée et les 
pieds chaussés ; mais la variété la plus recherchée par les 
amateurs, c'est la variété blanche coquillée. Les oiseaux de 
cette dernière variété ont le bec blanc rosé; les morilles 
blanches; l'œil noir, large ouvert et entouré d'un mince filet 
couleur de chair; une grande coquille bien fournie derrière 
la tête et s'étendant d'un œil à l'autre; le plumage entière- 
ment blanc; les pieds nus, d'un rouge vif et les ongles blanc 
rosé. Il y en a aussi qui ont les pieds chaussés, mais ils 
sont moins estimés, parce que, dans les temps humides, les 
plumes de leurs pattes se salissent promptement, se mouillent 
et s'attachent aux œufs quand ils couvent. Il en résulte qu'en 
quittant le nid ils entraînent leurs œufs et les cassent. 

Cette race est recommandable pour sa grande fécondité ; 
en été elle pond presque tous les mois et, à peine ses petits 
sont-ils en état de manger seuls, elle se remet à couver. 

Quoique le Montauban ait le vol laborieux, comme tous 
les pigeons de forte taille, il aime cependant de jouir de sa 
liberté, de respirer l'air pur du dehors à pleins poumons et 
d'aller s'égayer sur les toits des maisons. 



— 87 — 

Pour réussir parfaitement en captivité, il est indispensable 
de leur accorder des pigeonniers spacieux, bien aérés et bien 
tenus. Dans un local restreint et malpropre, ces gros oiseaux 
ne tardent pas à contracter des maladies et à périr. II faut 
donc nettoyer souvent leur pigeonnier, leurs cases et leurs 
nids : car lorsque la colombine s'y amasse, elle produit une 
humidité extrêmement nuisible à la santé et à la bien venue 
des petits, et il s'en dégage des miasmes très dangereux 
pour les adultes. Ces oiseaux exigent aussi une bonne nour- 
riture et celle qui leur convient le mieux, c'est la féverole, 
la vesce et le pois Jarat. On mettra aussi à leur portée des 
cailloutages, du sable bien sec, du sel et, de temps en temps, 
un peu d'oseille dont ils sont très friands. 

Les principales qualités à rechercher chez les oiseaux re- 
producteurs de cette race, sont une forle taille, la poitrine 
très amplement développée, la tête grosse et les ailes très 
longues s'étendant jusqu'à l'extrémité de la queue. 



CHAPITRE VII 

Pigeons tambours glou glou deBoukharie. 

Columba tympanisans glou glou ; — trumpeters or laughing 
• pigeons. 

Cette race d'aspect bizarre était déjà bien caractérisée, dit 
Darwin, du temps de Moore. 

Darwin ajoute que c'est à la race des tambours qu'il faut 
rapporter la sous-race des pigeons moqueurs^ race très an- 
cienne qui fut mentionnée, dès 160Ô, par le Ayeen Akberij ; 
en 1735 par Moore, et vers 1765 par Saiyzid-Mohamned, 
Musari. On en connaissait deux sous-races : Yahu et YaJiroo. 
Darwin lui assigne une origine arabe. 



— 88 — 

Le tamtour de Boukharie, tel que nous le connaissons 
aujourd'hui, est caractérisé par sa tête coquillée; par une 
couronne de plumes à rebours sur le front qui lui recouvre 
en partie le bec et cache ses yeux, et par une voix parti- 
culière qui ne ressemble à celle d'aucune autre race. 




Pigeon tambour de Boukharie. — Black-Mollled trumpeter. 



La race a reçu son nom de pigeons tambours de l'habitude 
qu'ont ces oiseaux d'imiter le son du tambour par leur rou- 
coulement rapidement répété et qui dure plusieurs mi- 
nutes; on les nomme aussi pigeons glou gloii, parce que, pen- 
dant la saison de la reproduction, ils répètent presque con- 



— 89 — 

stamment ces deux sons, lorsqu'ils se rappellent l'un l'autre 
au nid qu'ils ont choisi pour en faire le berceau de leur pro- 
géniture; leur voix particulière leur a valu encore, en An- 
gleterre, le nom de pigeons moqueurs, laughing pigeons, 
parce que les sons de glou glou glou qu'ils répètent très vite 
et sans cesse, imitent assez les éclats de rire de l'homme ; les 
Allemands les appellent, comme nous, pigeons tambours ou 
trummel taube. 

Originaire de Boukharie, vaste contrée d'Asie qui fait par- 
tie du Turkestan, la race est peu répandue en France et 
semble craindre l'humidité plus qu'aucune autre race de 
pigeons domestiques. Pour réussir sous nos climats, elle 
exige une bonne nourriture, bien saine et bien sèche; un 
pigeonnier bien aéré, bien orienté et tenu très proprement; 
car, sous l'influence pernicieuse de la malpropreté et de l'hu- 
midité qu'elle engendre nécessairement, ces oiseaux ne 
tardent pas à périr. 

M. A. Geoffroy Saint-IIilaire, directeur du Jardin d'accli- 
matation, en vue d'en pî-opager la race en France, a fait 
venir plusieurs couples de ces pigeons de la Boukharie et les 
tient à la disposition des amateurs, au prix de 100 fr. la 
paire. 

De taille plus forte que celle du tambour de Dresde, dont 
il a à peu près les formes du corps, mais paraissant beaucoup 
plus grand à cause de son plumage mou et abondant, il a le 
bec de grosseur et de longueur moyennes, noir dans la va- 
riété de cette couleur, blanc dans la variété blanche et blanc 
marqué de noir dans la variété papillotée ou cailloutée; la 
tête forte, très aplatie et allongée; une immense coquille, 
plus grande que dans aucune autre race, amplement garnie 
de plumes à rebours, derrière la tête et s'étendant d'un œil à 
l'autre ; une très grande huppe sur le front, recouvrant tout 
le sommet de la tête et composée de plumes larges et arron- 
dies, partant toutes d'un point central comme les pétales 



— 40 — 

d'une marguerite double, s'étalant sur le sommet, ne se di- 
rigeant jamais en l'air, retombant tout au tour de la tête et 
cachant les yeux et le bec sous leur abondance. Plus la co- 
quille est épaisse et plus la huppe est volumineuse et exa- 
gérée, mieux l'oiseau est apprécié par les amateurs. Il a l'œil 
perlé; il y en a, parmi les oiseaux que M. Geoffroy Saint- 
Hilaire a importés directement de la Boukliarie, qui ont les 
yeux noirs et d'autres qui ont un œil noir et un œil perlé; 
mais en Angleterre oii la race est assez répandue, l'iris blanc 
sablé de rouge est considéré comme le plus correct, quoique 
l'un et l'autre soient admis. L'œil est entouré d'une très mince 
membrane nue, d'un blanc rosé et presque invisible. II a le 
cou court et très amplement garni de plumes; le corps très 
gros, allongé, plus long cependant en apparence qu'en réa- 
lité, par suite de la longueur exagérée de ses ailes et épaissi 
par l'abondance du plumage; le dos large; la poitrine large, 
ouverte et arrondie; les ailes extrêmement longues, dépas- 
sant considérablement l'extrémité de la queue et se croisant; 
les épaules arrondies et cachées dans l'ensemble des plumes 
quand l'oiseau est au repos; les jambes courtes et surabon- 
damment garnies de plumes démesurément longues et 
raides, descendant beaucoup plus bas que les calcanéums; 
les pattes également très courtes et extrêmement garnies de 
plumes raides d'une longueur extraordinaire qui contribuent 
puissamment à donner à ces oiseaux un aspect tout à fait 
bizarre. 

Il en existe trois variétés connues en France, ce sont : 

La variété blanche; 

La variété noire; 

La variété papillotée ou cailloutée. 

Le plumage des deux premières variétés n'exige guère de 
description : il est blanc ou noir d'un bout à l'autre. 

Le plumage delà variété papillotée ou pailletée, ou caillou- 
tée, est irrégulièrement mêlé de plumes noires et blanches et 



- 41 - 

rappelle assez celui de nos poules de Houdan. Les rémiges 
primaires et les rectrices, ou grandes caudales, forment éga- 
lement le plus souvent un mélange de plumes noires et 
blanches ; mais il est préférable qu'elles soient toutes noires. 

Les principales qualités que l'amateur doit rechercher chez 
les oiseaux reproducteurs sont les suivantes : 

1° La voix caractéristique de la race imitant bien le son du 
tambour; 

2" La huppe sur le front très développée, formant sur le 
sommet de la têle une surface plane, composée de plumes 
longues, larges, à pointes arrondies et retombant tout autour 
de la tête de l'oiseau de façon à ce que son bec et ses yeux 
disparaissent entièrement sous cette étrange coiffure; 

3° Une immense coquille très épaisse, très accentuée et 
formant sur le derrière de la tête une énorme fraise de 
plumes frisées bien relevée ; 

4" Les pattes abondamment garnies de plumes raides de 
longueur démesurée. 

La huppe de ces oiseaux offusque presque entièrement 
leur vue, de façon que les yeux ne peuvent découvrir que les 
ennemis qui sont par terre. C'est pour cette raison que les 
amateurs les retiennent le plus souvent en captivité : car 
l'expérience a démontré qu'en liberté ils deviennent trop fa- 
cilement la proie des chats du voisinage qui se tiennent 
presque toujours en embuscade sur les toiLs des maisons où 
il y a des pigeons. 

Si l'on peut leur accorder la liberté, sans craindre de les 
perdre, ils ne s'en porteront que mieux, élèveront infini- 
ment mieux leur progéniture, et, sous les inlluences salu- 
taires de l'exercice, leur plumage restera propre, bien lustré, 
d'où il résultera une excellente santé. 

Ces pigeons sont très sociables et très doux. Ils ont la dé- 
marche lourde à cause de l'abondance et de la longueur dé- 
mesurée des plumes qui leur recouvrent les pieds; leur vol 



- 42 — 

lourd et leur vue offusquée par leur coiffure les rendent peu 
aptes à se défendre en volière contre leurs agresseurs. Pour 
toutes ces raisons, on ne doit pas les enfermer dans une 
volière avec des pigeons d'autres races qui ne tarderaient pas 
à démolir impitoyablement ces oiseaux sans défense. 

Leur beauté, leur originalité et leur prix élevé méritent 
bien, du reste, qu'on leur accorde quelques soins particuliers. 

Pigeons tambours de Dresde. 

Columba tympaîiisans Dresdse. 

Presque tous les auteurs français qui ont écrit sur les pi- 
geons, confondent cette race avec le tambour glou glou. Ce- 
pendant, l'amateur qui connaît les deux races, voit au pre- 
mier coup d'oeil les caractères tranchants qui séparent le 
tambour ordinaire du tambour de Boukharie. 

Il suffira, du reste, de comparer la description que j'ai faite 
du tambour de Boukharie avec celle qui va suivre, pour s'as- 
surer que cet oiseau est tout à fait différent du tambour de 
Dresde. 

Le pigeon tambour glou glou de Boukharie a sur le front 
une immense huppe, ou couronne de plumes, imitant assez 
la huppe du serin saxon, avec cette différence, toutefois, 
que les plumes qui la composent, au lieu de se diriger en 
l'air, partent toutes d'un point central, s'étalent sur le front 
et retombent tout au tour de la tête de l'oiseau de façon à 
lui cacher le bec et les yeux sous leur abondance; tandis 
que le pigeon tambour de Dresde porte sur le front, au- 
dessus du bec, non pas une huppe mais une simple visière 
ou petite touffe de plumes à rebours qui lui retombent sur le 
bec seulement, sans envelopper la tête comme chez le tam- 
bour de Boukharie. 

Mais ce qui sépare surtout les deux races, c'est la voix 
bizarre du tambour glou glou de Boukharie qui imite, comme 



— 43 — 

je l'ai déjà dit, parfaitement le son du tambour; ce qui lui 
a valu son nom de glou glou que les auteurs français attri- 
buent, à tort, à toutes les variétés du pigeon tambour, car 
cette voix caractéristique de la race lui est propre, lui ap- 
partient exclusivement et ne se transmet pas même par voie 
de croisement. 




Prêtre ou Pigeon tambour de Dresde, Priests. 



Qu'on ne se trompe donc point : le tambour de Boukharie 
seul possède cette voix singulière qui lui a valu le nom de 
glou glou, parce qu'il répète presque constamment ces deux 
sons avec tant de rapidité qu'entendus de loin gn croirait 
entendre le bruit du tambour; tandis que le tambour de 



_ 44 _ 

Dresde roucoule exactement comme lepigeon mondain et comme 
nos diverses autres races de pigeons domestiques. 

Le tambour de Dresde ordinaire a la taille et les formes du 
corps de l'étourneau, dont il ne diffère que par la couleur 
de son plumage. Il a le bec grêle à mandibule supérieure 
renflée vers le bout et dépassant légèrement l'inférieure; 
pas d'excroissance charnue sur le bec; l'œil de vesce ou 
noir, ou orangé, large ouvert; pas de filet autour des yeux; 
la tête grosse, aplatie, huppée et coquillée, et les pieds 
chaussés. 

Il en existe un grand nombre de variétés dont les princi- 
pales sont : 

Le pigeon tambour .noir, rouge, chamois, bleu à barres 
blanches; 

Le pigeon tambour unicolore blanc, noir, chamois, rouge; ■ 

Lepigeon tambour caillouté noir et blanc, et rouge et bla7ic, 

Le pigeon tambour rouge, chamois à manteau blanc; 

Le pigeon tambour rouge, chamois à manteau papilloté. 

Le pigeon tambour bleu à barres de couleur aurore ou ca- 
chou ; 

Le pigeon tambour bleu à barres noires. 

Toutes ces variétés ont la tête coquillée; portent sur le 
front une petite touffe de plumes rebouclées en avant, qui 
caractérise la race, et elles ne diffèrent entre elles que par 
la couleur du plumage qui exige une description détaillée. 

Pigeon tambour de Dresde noir, rouge, chamois, bleu à barres 
blanches. — Cette variété est très répandue en Saxe d'où elle 
nous est venue, comme son nom l'indique. Ses principaux 
mérites consistent dans sa grande fécondité et dans la 
beauté de son plumage qui doit être de couleur uniforme 
d'un bout à l'autre, excepté chez la variété bleue, bien en- 
tendu. Les variétés noire, rouge et chamois ont le plumage 
magnifiquement lustré avec de belles couleurs changeantes 
à éclat métallique sur la gorge, et les ailes traversées par 



— 45 — 

deux barres blanches qui produisent un fort agréable effet 
sur le fond sombre et uni du reste de la robe. Le plumage 
bleu de la dernière variété est trop connu pour exiger une 
nouvelle description. 

L'amateur recherchera chez les oiseaux reproducteurs, se- 
lon la variété à laquelle ils appartiennent, un plumage bien 
lustré, d'un noir intense; d'un rouge marron foncé; d'un 
chamois de ton bieu uniforme sur tout le corps; d'un bleu 
uni, clair sur les ailes, avec la gorge bleu foncé et criblée de 
magnifiques reflets verts et violacés; il donnera surtout la 
préférence aux oiseaux qui o;it les barres blanches à travers 
les ailes nettement accentuées et éliminera de la reproduc- 
tion ceux qui ont des plumes blanches mêlées aux colorées 
de l'ensemble du plumage. 

Les couleurs noir intense, rouge marron foncé et cha- 
mois pures doivent être les seules recherchées. 

Pigeon tambour unicolore blanc, noir, rouge, chamois. — Le 
plumage de cette variété n'exige pas de description spéciale, 
étant uniformément blanc, noir, rouge ou chamois sur tout 
le corps, sans barres à travers les ailes. 

Pigeon tambour caillouté. — Semblable, quant aux formes 
du corps, aux précédentes variétés, mais ayant le plumage 
caillouté blanc et noir, ou rouge et noir, d'un bout à l'autre 
avec des reflets métalliques verts, rouges et violacés sur la 
gorge, et formant, dans son ensemble, un mélange irrégu- 
lier de plumes noires et blanches ou rouges et blanches rap- 
pelant assez le plumage du capucin papilloté. 

Pigeon tambour rouge, chamois à manteau blanc. — Cette 
variété a le plumage entièrement noir Intense, rouge marron 
foncé, jaune ou bleu, y compris le vol et la queue, à l'excep- 
tion seulement du manteau qui est d'un blanc pur, ou blanc 
maillé légèrement de rouge ou de chamois et traversé par 
deux barres de la même couleur que les mailles. 

Les pigeonneaux ont tout le plumage rouge ou chamois, 



— 46 — 

suivant la variété à laquelle ils appartiennent; et leur man- 
teau ne devient blanc qu'après la première mue. 

Pigeon tambour rouge, chamois à manteau papilloté. — Sem- 
blable au précédent, dont il ne difïère que par son manteau 
qui est irrégulièrement mélangé de plumes rouges et 
blanches, ou chamois et blanches. 

Les petits naissent également tout ronges ou chamois, et 
leur manteau ne blanchit qu'après la première mue. 

Les oiseaux de ces deux dernières variétés doivent avoir 
les dix rémiges primaires ou grandes pennes du vol rouges ou 
chamois et il ne faut pas que la couleur blanche du man- 
teau envahisse le dos comme chez le pigeon Souabe; il faut 
qu'elle se limite strictement aux petites, aux moyennes et 
aux grandes couvertures des ailes. 

Cette variété a l'iris orangé, est rustique et féconde comme 
les autres. 

Pigeon tambour bleu à barres de couleur aurore ou cachou; 
columba tympanisans lineata aurea. — Cette ravissante va- 
riété a la tête, le vol et la queue blancs; le reste du corps 
bleu, avec les ailes barrées de couleur aurore ou cachou. 

Ces jolis pigeons ont le sommet de la tête blanc depuis et 
y compris la mandibule supérieure du bec, la tache suivant 
la ligne de la pupille de l'œil, jusqu'à la coquille qui doit 
être de couleur bleue comme le fond du plumage; la visière 
ou petite touffe de plumes placée au-dessus du bec, blanche, 
ainsi que les dix rémiges primaires, les couvertures de la 
queue et les rectrices qui doivent être également d'un blanc 
pur, et le reste du corps bleu comme chez le biset à crou- 
pion blanc, avec les ailes barrées d'aurore, ou de cachou, ou 
de couleur orange. 

Ce pigeon a l'œil noir et est, comme tous les tambours, 
d'une grande fécondité. 

Pigeon tambour bleu; columba tympanisans cserula. — 



— 47 — 

Semblable au précédent, mais ayant les ailes barrées de 
noir. 

Toutes ces variétés sont robustes, se nourrisent comme 
tous les autres pigeons de toutes espèces de graines, et sont 
estimées l'une autant que l'autre pour la beauté de leur 
plumage et leur inépuisable fécondité. C'est avec raison la 
race de prédilection des Allemands et je ne saurais assez 
recommander son élevage en France. 

La race étant pattue, exige d'être tenue proprement dans 
un pigeonnier bien aéré, placé dans un lieu sec et dans 
une situation où elle peut jouir de quelques rayons de soleil. 
En Allemagne, elle niclie dans les écuries et les étables, et 
semble s'y plaire plus que dans nos pigeonniers maltenus, 
où leur productivité S3 ressent toujours des [intempéries de 
nos climats. 

La plupart des éleveurs, soit par ignorance, soit par in- 
souciance, n'accordent pas assez d'espace à leurs pigeons; 
les enferment, le plus souvent, dans des lieux insalubres 
où les rayons du soleil ne parviennent jamais à pénétrer, 
et où, sous les influences pernicieuses de l'air vicié et de 
l'humidité, ils ne tardent pas à contracter toute sorte de 
maladies que tous les efforts de l'art sont impuissants en- 
suite à guérir, mais qui sont cependant si faciles à prévenir 
en prenant les précautions que je viens d'indiquer. 

Si l'on veut voir prospérer ces pigeons, il faut leur 
créer une habitation saine et agréable, et avoir soin de 
mettre deux nids à la disposition de chaque couple ; car ces 
oiseaux n'attendent pas que leurs petits soient en état de 
manger seuls et aient abandonné leur nid, pour pondre et 
couver de nouveau sans interruption, s'ils sont bien soignés 
et bien nourris. 



48 — 



Pigeons tambours de Dresde à tête blanche ou Prêtres de 
Dresde; German Priesls. 

Cette charmante variété pattue, huppée et coquillée joint 
à la beauté du plumage un cachet d'agréable originalité, 
une remarquable rusticité et une surprenante fécondité qui 
en font une des races les plus précieuses que nous possé- 
dions. 

La plus pure de toutes les races allemandes, elle transmet 
à sa descendance ses caractères physiques et moraux avec 
une étonnante exactitude; et sa fécondité est tellement iné- 
puisable qu'elle couve presque sans relâche pendant toute 
l'année : c'est-à-dire qu'elle fait sept à huit pontes par an. 
Aussi, les amateurs qui connaissent les qualités éminem- 
ment précieuses de ces infatigables travailleurs, les tiennent 
en haute estime, à cause du nombre considérable de pi- 
geonneaux qu'ils leur fournissent annuellement. 

Ces oiseaux retenus en captivité dans une volière spa- 
cieuse, sont aussi productifs que ceux qui jouissent de leur 
liberté ; mais il n'en est pas moins vrai qu'en liberté, si 
bien entendu on peut la leur accorder sans inconvénient, on 
est certain de les voir se porter mieux. 

Ils n'exigent aucuns soins particuliers; se nourrissent de 
toutes les espèces de graines qu'on donne habituellement 
aux pigeons et s'accoutument, aussi bien que les bisets, à 
chercher leur nourriture dans les champs, quand elle fait 
défaut au colombier. 

Si malgré tous les efforts de M. A. Geoffroy Saint-Ililaire, 
cette précieuse race se propage lentement en France, c'est 
incontestablement parce que les éleveurs n'ont pas été suffi- 
samment renseignés sur la surprenante fécondité et les 
excellentes qualités de ces oiseaux. 

Caractères généraux, — Le pigeon tambour de Dresde à 



- 49 — 

tête blanche a les formes générales du corps du tambour 
ordinaire : le bec grêle, la mandibule supérieure du bec 
blanche comme le sommet de la tête, la mandibule inférieure 
étant toujours de la même couleur que celle du reste du plu- 
mage; les morilles très peu développées comme chez le bi- 
set; la tête grosse, large, très déprimée et longue; une petite 
huppe ou touffe de plumes blanches à rebours sur le front, 
au-dessus du bec; une coquille de la même couleur que le 
reste du plumage derrière la tête ; l'œil large ouvert; pas de 
filet autour des yeux; l'iris noir; le cou court et gros; le 
corps arrondi, large et court; la poitrine très développée ; le 
dos large ; les épaules cachées sous les plumes de la poi- 
trine; les ailes longues, reposant sur la queue sans se croi- 
ser; la queue de longueur moyenne et resserrée, les rec- 
trices se recouvrant les unes les autres; les jambes courtes 
et garnies de plumes longues dépassant très peu les calca- 
néums et les pieds légèrement emplumés comme chez le 
pigeon russe, ou abondamment chaussés comme chez le 
tambour de Boukharie. 

Il en existe quatre variétés qui ne diffèrent entre elles 
que par le fond de leur plumage qui est noir, rouge, jaune 
ou bleu. Toutes ont le haut de la tête et les barres des ailes 
blancs. 

Le sommet de leur tête est blanc, ainsi que la visière 
ou huppe placée sur le front et la mandibule supérieure du 
bec, la tache suivant la ligne naso -oculaire ou du milieu 
de l'œil jusqu'à la coquille sans fy comprendre. 

Les variétés noire et rouge marron sont incontestablement 
les plus belles et celles que les amateurs qui tiennent au- 
tant à la beauté qu'à l'utilité, élèvent le plus fréquemment 
en volière ; parce que le blanc de leur tête et des barres à 
travers leurs ailes font un contraste plus éclatant avec le 
reste du plumage qui doit être d'un noir intense, ou d'un 
beau marron rouge magnifiquement lustré d'un bout à 
{Pigeons domestiques ) 4 



— 50 — 

l'autre, avec la gorge d'une belle couleur changeante à re- 
flets métalliques rouges, verts et violacés, comme chez le 
pigeon romain. 

Comme je l'ai déjà dit, leur roucoulement n'a aucune res- 
semblance avec le glou glou glou glou caractéristique du 
tambour de Boukharie, et ne diffère en rien de celui de toutes 
nos autres variétés de pigeons domestiques. 

L'amateur recherchera chez les oiseaux reproducteurs les 
qualités suivantes : 

1° Mandibule supérieure du bec blanche, 

2° Sommet de la tête blanc, le blanc restant strictement 
dans les limites que je viens de prescrire; 

3° La visière ou huppe, blanche; 

4° La coquille noire, rouge, jaune ou bleue selon la variété 
à laquelle l'oiseau appartient; 

5° Les barres blanches à travers les ailes nettement des- 
sinées ; 

6" Le corps gros, court et bien dévaloppé; 

7° Les pieds chaussés. 

Pigeons Tambours blancs à manteau noir, rouge, 
chamois, bleu et à barres blanches. 

Cette précieuse race est aussi recherchée par les amateurs 
pour la beauté de son plumage que pour sa rusticité et sa 
fécondité. 

Elle a les formes générales du Tambour de Dresde : le bec 
grêle et d'un blanc rosé; les morilles blanches, lisses, peu 
développées et placées longitudinalement; la tête forte, apla- 
tie et allongée; l'œil noir, large ouvert; pas de filet autour 
de l'œil; sur le front une visière ou petite huppe formée 
de plumes à rebours retombant sur le bec; une coquille 
derrière la tête; le cou court et bien rempli; le corps ra- 
massé ; ia poitrine et le dos assez larges ; les ailes et la queue 



— 51 — 

de longueur ordinaire; très pattue et pantalonnée comme le 
Tambour glou-glou de Boukharie ; les tarses courts. 

Ces oiseaux ont le plumage entièrement blanc, à l'exception 
du manteau qui est noir, rouge, chamois ou bleu et barré 
de blanc. 

Les pigeons de cette race de premier choix doivent avoir 
la tête, le cou, la poitrine, le dos, les reins, le vol ou les dix 
rémiges primaires, les couvertures supérieures et inférieures 




Aile défectueuse ne comptant que huit rémiges primaires Manches au vol. 



de la queue, les rectrices ou grandes caudales et toute la 
partie inférieure du corps d'un blanc pur, sans aucune 
plume de la même couleur que celle du manteau à travers 
les blanches, et ils doivent avoir les petites, les moyennes 
et les grandes couvertures des ailes, noires, rouges, cha- 
mois ou bleues, et deux barres blanches à travers l'aile. 
Quand ces oiseaux ont les dix rémiges primaires blanches e t 
n'ont pas de plumes colorées sous les ailes ni aux cuisses, il 



52 — 




Aile défectueuse ne comptant que neuf rémiges primaires blanches au vol. 




Aile parfaite, ayant les dix rémiges primaires blanches. 



— 53 — 



est à peu près certain qu'ils sont de race pure et de bonne 
généalogie. 

Comme tous les Tambours, ces pigeons ont le vol lourd, 
ne s'éloignent pas beaucoup de leur pigeonnier et sont d'une 
remarquable fécondité; mais ils ne tambourinent pas et leur 
voix ne diffère pas de celle du mondain. 

La brièveté de leurs pattes et les plumes démesurément 
longues qui les recouvrent, réclament un pigeonnier bien 
tenu. Du reste, un pigeon blanc, dès qu'il est malpropre, 
perd tout cachet de distinction et fait le désespoir de l'ama- 
teur sérieux. 

Grâce aux efforts persévérants de M. A. Geoffroy Sain te- 





Pigeonnier d'angle de M. Mercier, 

54, rue de Neuilly, Clichy. 



Pigeonniers pour Pigeons allemands 
retenus en captivité. 



Hilaire, cette race, originaire de l'Allemagne, est aujourd'hui 
très répandue en France et l'on peut se la procurer au Jardin 
d'acclimatation à raison de 25 francs le couple. 

Les principales qualités à rechercher chez les oiseaux re- 
producteurs sont les suivantes : 

1° Corps entièrement blanc, excepté le manteau; 

2° Vol, ou les dix grandes pennes de l'aile, au grand com- 
plet, également blanches; 

3" Manteau noir, rouge, chamois ou bleu nettement barré 
de blanc; 

4° Tarses abondamment garnis de plumes raides et de lon- 
gueur démesurée. 



— 54 — 

Défauts à éviter chez les oiseaux reproducteurs : 

1" Absence de visière ou de petite huppe sur le front; 

2'' Plumes blanches à travers les plumes colorées du 
manteau ; 

3° Absence de barres blanches à travers les ailes; 

4'' Plumes colorées à travers les blanches de la partie infé- 
rieure du corps ou sous les ailes; 

5° Pennes colorées parmi celles du vol; 

6° Pattes nues ou insuffisamment chaussées. 





Pigeouuiers pour Pigeons libres. 



Pigeons Tambours de Dresde à manteau marron rous. 



De belle et forte taille, mais semblables, quant aux formes 
du corps, aux autres variétés de pigeons Tambours d'Alle- 
magne, ces superbes oiseaux ont le manteau marron roux et 
le reste du plumage, les dix rémiges primaires ou grandes 
pennes de l'aile y comprises, d'un noir pourpre, avec de ma- 
gnifiques reflets métalliques violacés sur la gorge. 

Il ne faut pas que la couleur du manteau s'étende aux 
plumes du dos; il faut qu'elle reste dans les limites que je 
viens d'indiquer et qu'elle se détache nettement sur le fond 
sombre du reste du plumage. 



— 55 — 

Il ne faut pas non plus que les ailes soient traversées par 
deux barres noires ; il faut, au contraire, qu'elles soient d'un 
marron roux uniforme d'un bout à l'autre, à l'exception, bien 
entendu, des grandes pennes du vol qui doivent être d'un 
noir mat, comme les grandes caudales. 

Cette variété, quoique l'une des plus belles, est peu ré- 
pandue en France et tambourine comme le Tambour de 
Boukharie. 

Du reste, contrairement à ce qui m'avait été affirmé par 
un prétendu éleveur de pigeons Tambours de Dresde, j'ai eu 
lieu de constater, dans une visite au Jardin d'acclimatatiou, 
que la plupart des Tambours de Dresde, les variétés à tête 
blanche et à manteau rouge, noir, bleu, ou chamois excep- 
tées, tambourinent comme le Tambour de Boukharie. 

Pattus, huppés et coquilles comme tous les Tambours d'Al- 
lemagne, les pigeons Tambours à manteau marron roux sont 
très rustiques, d'une surprenante fécondité et n'exigent 
d'autres soins qu'une habitation sèche et bien aérée pour 
prospérer et multiplier. 



CHAPITRE VIII 

Pigeons hirondelles ou Pigeons carmes. 

(Columba carmelitana.) 

Ravissante race allemande dont le principal intérêt réside 
dans la disposition des couleurs de son plumage. 

Le pigeon carme est de taille un peu au-dessous de la 
moyenne. Il a le bec grêle et droit, les morilles petites, 
blanches et disposées longitudinalement; la tête fine, allon- 



— 56 — 

gée et comprimée latéralement; une coquille derrière la 
tête; l'œil noir ou de vesce, large ouvert; pas de filet autour 
des yeux; le cou court, grêle chez la femelle; le corps al- 
longé; la poitrine et le dos médiocrement développés; les 
épaules effacées et cachées sous les plumes de la poitrine ; 
les ailes longues; la queue étroite et de longeur moyenne; 




Pigeon carme ou hirondelle. (Swallows.) 



les jambes garnies de plumes longues qui dépassent les cal- 
canéums; les pattes courtes et très emplumées. 

II a les formes du corps et la taille du Pigeon lune, dont 
il ne diffère que par les dispositions des couleurs de son 
plumage. 



— 57 — 

Il a le dessus de la tête marquée d'une tache noire, rouge, 
jaune ou bleue, selon la variété à laquelle l'oiseau appar- 
tient. La tache colore la mandibule supérieure du bec, la 
mandibule inférieure étant toujours blanche comme la partie 
inférieure du corps, elle s'étend en ligne droite, suivant la 
ligne naso-oculaire, ou passant vers le milieu de l'œil, jusqu'à 
la coquille et colore tout le dessus de la tête, à l'exception 
de la coquille qui doit rester blanche. Il a le manteau, c'est 
à dire les moyennes et les grandes couvertures des ailes seu- 
lement, le vol et les jjlumcs des pattes de la même couleur que 
le dessus de la tête et le reste du corps blanc, sans aucun 
mélange de plumes colorées à travers les blanches. 

Il a le caractère assez querelleur, s'éloigne peu de son co- 
lombier et n'exige d'autres soins que d'être tenu proprement, 
comme toutes les races pattues. 

Celle race très anciennement connue est mentionnée par 
Boitard el Gorbié, dans l'édilionde 1824, qui en font la des- 
cription suivante : « Le dessous du corps, de la tête et le cou 
sont blancs ; le dessus de la tête, les couvertures des ailes, le 
vol et les plumes de la culotte sont noirs, rouges, bleus ou 
jaunes. Ils sont paltus et la couleur des plumes de leurs 
pattes est toujours semblable à celle du manteau; le dessus 
de la tête est aussi de la même couleur, à partir et y com- 
prise la mandibule supérieure du bec, la tache passant vers 
le milieu de l'œil et se terminant sur l'extrémité inférieure 
du crâne, à peu près comme celle de la fauvette à tête noire. 

» Ils sont petits, bas sur jambes; pieds et doigts garnis de 
plumes très longues; une coquille derrière la lête; bec grêle 
plus court que celui de la tourterelle; mâle et femelle se res- 
semblant toujours. Ces jolis oiseaux sont assez féconds, mais 
la petitesse de leurs pigeonneaux doit les faire peu recher- 
cher par les personnes qui aiment mieux des produits utiles 
que la grâce dans les individus. » 

M. Gorbié, à l'époque où il écrivait, soignait des pigeons 



- 58 







s "3 



— 59 — 

carmes depuis cinquante ans, et dit que cet oiseau, le plus 
petit (?) et peut-être le plus beau de tous nos pigeons, pour 
être estimé de race tout à fait pure, ne doit avoir aucune 
plume noire à travers les blanches; mais les marchands, 
ajoute cet estimable ornithologiste, avant de les metlrc en 
vente, ont grand soin de les leur couper avec des ciseaux. L'ama- 
teur se garantira aisément de cette supercherie en les exa- 
minant avec attention ; s'il trouve des places vides dans le 
glacé de leur plumage, ou si, en les soufflant, il aperçoit des 
tuyaux de plumes coupées, il n'y a pas de doute qu'on leur 
a fait leur toillette. 
Comme on le voit les marchands n'étaient pas plus hon- 




Nid en osier ou pondoir. 

nêtes au commencement de ce siècle que de nos jours; la 
même déloyauté se pratiquait alors comme aujourd'hui et 
probablement avec le même succès. 

Il en existe plusieurs variétés qui ne différent entre elles ♦ 
que par la couleur de leur manteau et des plumes qui leur 
recouvrent les pattes qui sont toujours de couleur semblable 
à celle du dessus de la tête. 

Les principales variétés sont : 

Le pigeon carme jaune; columha carmelitana lutea. Ce char- 
mant oiseau a le dessus de la tête, les moyennes et les grandes 
couvertures des ailes, le vol et les plumes des pattes d'un 
jaune chamois uni, et le reste du corps, c'est-à-dire, le cou. 



— 60 — 

le dos, les petites couvertures des ailes, le croupion, la 
queue, la poitrine et la partie inférieure du corps blancs. 

Le pigeon carme rouge. Semblable au précédent mais ayant 
marron rouge les parties que l'autre a jaunes. 

Le pigeon carme bleu barré de noir. Également semblable 
au précédent, mais ayant le manteau bleu clair, traversé par 
deux barres noires; le dessus de la tête bleu foncé; les 
pennes du vol et les plumes des pattes bleu noir. 

Le pigeon carme bleu barré de blanc. Semblable au précé- 
dent, mais ayant les ailes barrées de blanc. 

Le pigeon carme bleu, sans barres. Il ne diffère du précédent 
que par l'absence de barres transversales aux ailes. 

Le pigeon carme bleu ètlncelé de noir. Dessus de la tête 
bleu foncé uni ; manteau bleu étiucelé de noir, barré de noir; 
rémiges primaires et plumes des pattes bleu noir. 

Le pigeon carme noir. Ravissante variété. Dessus de la tête 
noir; manteau, vol et plumes des pattes d'un noir intense 
faisant un contraste frappant avec le reste du plumage 
qui est d'un blanc pur sans aucun mélange de plumes 
noires. 

Le pigeon carme noir élincclé. Semblable au précédent, mais 
ayant le noir étincclé de gris. 

Le pigeon carme fauve. Dessus de la tête gris, manteau gris 
meunier traversé par deux barres brunes, rémiges primaires 
et plumes des pattes grises. 

Le 'pigeon carme fauve uni. Il ne ditfère du précédent que 
par l'absence de barres aux ailes. 

Le pigeon carme fauve élincelé; columba carmelitana scintil- 
lata. Semblable au précédent, mais ayant le manteau étin- 
celé de rouge. 

Le pigeon carme bleu ctincelé de blanc. Superbe variété ayant 
le dessus de la tête bleu uni; le manteau bleu clair étincelé 
ou pointillé de blanc et traversé par deux barres blanches 



— 61 — 

frangées d'orange et dentelées du bas; le vol et les plumes 
des pattes bleus et le reste du corps d'un blanc pur. Celte 
variété est très belle et très recherchée par les amateurs. 
Elle est aussi la moins commune. 



Qualités à recherche?^ chez les oiseaux reproducteurs : 

Cou, poitrine, partie inférieure du corps, dos, petites cou- 
vertures des ailes, croupion et queue entièrement blancs 
sans mélange de plumes de couleur pareille à celle du man- 
teau. 

Reins, cuisses et jambes également blancs, sans mélange 
de plumes de couleur à travers les blanches. 

Plumes des pattes de la même couleur que le manteau, 
sans mélange de plumes blanches. 



Pigeons hirondelles heurtés. 

Colomba hirundinina galeata. 

Ces pigeons ressemblent beaucoup aux pigeons hiron- 
delles carmes quant à la disposition des couleurs du plu- 
mage. 

De la grosseur du pigeon mondain, dont ils ont toutes les 
formes du corps, ils ont le front marqué d'une tache lon- 
guette noire, rouge, bleue, ou jaune, la tache colorant la man- 
dibule supérieure du bec et se polongeant jusqu'au milieu 
du sommet de la tête; les moyennes et les grandes couver- 
tures des ailes, le vol et les plumes des pattes de la même 
couleur que la tache et le reste du corps blanc. 

Ils ont le corps plus volumineux que le pigeon carme; le 
bec grêle; la tête lisse et déprimée; l'iris noir; le cou court; 



— 62 — 

les ailes assez longues ; la queue courte ; les calcanéums re- 
couverts de plumes longues et raides qui font saillie; les 
pattes courtes et emplumées. 

Pour être réputés de bonne descendance, ces oiseaux 
doivent avoir le cou, le dos, les petites couvertures des ailes, 
la queue et toute la partie inférieure du corps, à l'exception 
des plumes des pattes, d'un blanc pur, sans aucun mélange 
de plumes colorées; il ne faut pas non plus qu'on aperçoive 
des plumes colorées sous leurs ailes quand on les soulève. 

Ils ont les allures assez lourdes, à cause de la brièveté de 
leurs pattes et de l'abondance des plumes qui leur recou- 
vrent les pieds, et s'éloignent peu du pigeonnier, quoiqu'ils 
aient le vol assez léger. 

r.onimc tous les i)igeons i)allns, ils demandent à êli-e tenus 
proprement et exigent une aire ensablée; mais ils no sont 
pas difficiles ii élever et sont très productifs. 

Ils se plaisent également en captivité comme en liborlé; 
au Jardin (racdimalalion ils nicbont on ca[)livilé dans des 
cages ne mesurant guère plus d'un mètre culte et y olèvont 
parfaitement bien leur progéniture. 

Pigeons hirondelles de Saxe. 

Race allemande de taille moyenne, dont le plumage a 
beaucoup de ressemblance avec celui du pigeon cravaté blanc 
à manteau de couleur. 

Ces pigeons ont le bec blanc rosé, long et grêle; la tête lisse 
et allongée; l'iris noir; pas de filet autour des yeux; le cou 
court et gros,' amplement rempli; la poitrine large ouverte; 
le corps court et assez gros; les ailes longues; la queue de 
longueur ordinaire; les jambes courtes et garnies de longues 
plumes (jui dépassent les calcanéums en forme de man- 
chettes; les pattes courtes et chaussées. 



— G8 — 

Leur plumage est d'un blanc pur à l'exception du man- 
teau ou des couvertures des ailes qui sont noires, ou rouges, 
ou jaunes, ou bleues barrées de blanc, ou panachées ou grises 
barrées de cachou. 




Pigeon hirondelle de Saxe. (Shiclds.) 

Ces oiseaux doivent avoir les dix rémiges primaires des 
ailes d'un blanc pur et il faut, quand on soulève leurs ailes, 
que le reste du plumage soit entièrement blanc, sans aucun 
mélange de plumes.de couleur semblable à celle du man- 
teau. 



> 



— G4 — 

Une collection de ces pigeons produit un fort bel ellet dans 
une volière ; la race est facile à élever, très productive et sé- 




Ti'émie-maugeoii-e pour pigeonniers et volières. 



dentaire; mais elle exige d'être tenue proprement et d'être 
tenue enfermée quand il fait humide comme, du reste, toutes 
les races pattues. 





Foutaiue eu faïence. 



Abreuvoir en verre contenant 
50 centilitres. 



On en trouve aussi une variété qui a les ailes rouges ou 
bleues étincelées de noir. 



— 65 — 

Il en existe une autre variété plus remarquable encore 
par sa beauté, qui a les ailes d'un blanc paille agréablement 
maillées de noir. 




Abreuvoir inversable en zinc servant au transport des pigeons, 
de M. A. Bouchereaux, de Chois}--le-Roi. 

Il y en a aussi qui ont les ailes bleu clair pointillées de 
blanc, avec deux barres blanches frangées de noir et d'o- 
range à ti'avers les ailes. Celte variété est très belle et très 
estimée par les amateurs. 

Cette rare peut être regardée comme une des plus belles et 




Abreuvoir inversable en zinc 
servant au transport des pigeons. 




Petit abreuvoir inversable 
pour transport des pigeons. 



des plus productives parmi les pigeons de volière. Iletenue 
en captivité, elle s'accommode parfaitement de son esclavage 
sans que sa fécondité paraisse diminuer. Il en est de même 
{Pigeons domcsiiijucs.) ï) 



— ()0 — 



de toutes les races allemandes; toutes supportent une étroite 
captivité, nichent dans de simples cages, se multiplient 
comme en liberté dans les volières les moins spacieuses et 
craignent moins que les autres le mauvais air et les miasmes 
méphitiques. 



CHAPITRE IX. 

Pigeons coquille russes ; Columba galeala Russiœ. 
Russian priests. 

Cette belle et féconde race a beaucoup d'analogie avec le 
pigeon prêtre ou tambour de Dresde unicolore à tête blanche, 
dont elle diffère principalement par l'absence de la huppe 
ou touffe de plumes à rebours au-dessus du bec. 

De la grosseur du pigeon coquille hollandais et du pigeon 
élourneau, dont il a à peu près les formes du corps, ce char- 
mant oiseau, originaire, dit-on, de la Russie, est beaucoup 
plus généralement répandu en Allemagne que dans ce der- 
nier pays. 

Il a le bec grêle, légèrement effilé, terminé en pointe, 
comme celui du pigeon élourneau, et recouvert à sa base 
de deux membranes blanches peu développées; sa tête est 
aplatie et allongée, étroite par devant et s'élargissant vers 
l'occiput où elle est garnie d'une coquille; il a l'œil de 
vesce, large ouvert et totalement dépourvu de filet ou de 
membrane nue; le cou court; le corps ovalaire; la poi- 
trine médiocrement développée; le dos pas bien large; les 
ailes et la queue de longueur moyenne; les tarses courts et 
eraplumés, et quelquefois, mais bien plus rarement, nus. 




MSB" - A&'^ 






— m — 

A mon sentiment, il est préférable que les pieds soient 
chaussés. 
Son caractère le plus saillant réside dans son plumage qui 




Pigeonnier pour pigeons libres, à nultre sur un arbre. 




Poulailler en bois rustique surmouLé ilun pigeonnier, 
de M. Mercier, de Clichy. 

est noir, ou rouge, ou bleu, ou chamois, ayant toujours 
le sommet de la tête d'un blanc de neige, depuis et y com- 
prise la mandibule supérieure du bec qui est constamment 



— 69 — 

blanche, la ligne de démarcation passant vers le milieu de 
l'œil, s'arrêtant à la coquille qui doit être de la même cou- 
leur que le reste du corps. 

L'amateur donnera la préférence aux oiseaux reproduc- 
teurs dont la partie supérieure de la tête est d'une blan- 
cheur éclatante, la tache ne descendant pas plus bas que la 
commissure du bec, suivant la ligne naso-oculaire et se 
séparant nettement du fond sombre du cou, sans y tracer 
des zigzags. 

Les oiseaux dont le blanc de la tête descend au-dessous 
de la mandibule inférieure du bec, ou qui ont la tête bar- 
bouillée, ou irrégulièrement marquée, doivent être éliminés 
delà reproduction, ainsi que ceux qui ne transmettent pas 
leurs formes et leurs caractères à leur postérité avec fidélité. 

Les variétés noire et rouge sont les plus recherchées par 
les amateurs, parce que le fond sombre de leur plumage fait 
un contraste plus frappant et plus agréable avec le sommet 
blanc de leur tête que dans les variétés chamois et bleue. 

Parmi les variétés noire et rouge, il faut rechercher les 
individus dont le plumage est d'un noir brillant intense ou 
d'un rouge tirant sur le sang de bœuf, magnifiquement lus- 
tré d'un bout à l'autre, avec la gorge de couleur changeante 
et criblée de reflets métalliques verts, rouges et violacés. Il 
y en a dont le plumage est terne, d'un noir roux ou d'un 
brun clair et mat; mais ils sont moins estimés et moins 
beaux que les précédents. 

Enfin, il reste à dire un mot des deux autres variétés : la 
variété chamois doit avoir le plumage chamois uni d'un 
bout à l'autre, avec des reflets métalliques verts sur la gorge, 
et la variété bleue doit être d'un bleu ardoisé sur tout le 
corps, à l'exception du sommet de la tête, bien entendu, sans 
ou avec barres noires ou blanches à travers les ailes, avec 
des reflets métalliques verts et violacés sur la gorge et sur 
la poitrine; les rémiges primaires et la queue doivent être 



- 70 — 

d'un bleu foncé noirâtre. Il existe aussi une variété bleue à 
manteau pointillé de blanc et barré de blanc, avec la gorge 
teinte de couleurs changeantes produisant un effet extrême- 
ment agréable. 

Toutes ces variétés sont très élégantes, de constitution ro- 
buste, s'élèvent facilement et sont extrêmement fécondes; 
mais elles ont la réputation d'avoir le caractère un peu 
triste, le vol peu soutenu et leur naturel est assez farouche. 

La race est très ancienne, et paraît être une des plus 
pures que nous possédions; car elle transmet ses caractères 
à sa postérité avec la plus grande exactitude, ce qui dé- 
montre jusqu'à l'évidence qu'elle est de bonne descendance. 



CHAPITRE X. 

Les Strasser 

ou 

Pigeons de Nicolsbourg. 

Nous devons à M. le docteur Baldamus l'intéressante des- 
cription suivante d'un pigeon allemand, peu connu, qui 
réunit à la beauté du plumage toutes les qualités néces- 
saires pour le recommander pour la formation d'un troupeau 
de colombier de haut vol. 

Cette année (1880), à l'exposition internationale de volailles 
devienne, figuraient sous le nom de Strasser, quelques paires 
do pigeons qui me frappèrent dès le premier coup d'œil. Le 
catalogue annonçait 11 paires, dont 10 appartenant au môme 
exposant, M. A. J. Seydl, avec les renseignements suivants : 



— 71 - 

« Les Strasser ont les mêmes couleurs que les pigeons Flo- 
rentins : tête, ailes et queue de même couleur; reste du corps 
blanc, mais ils sont plus petits; ils sont tout à fait fuyards 
et très bons reproducteurs. » Ces qualités précieuses, jointes 
à une taille encore magnifique, à des formes ramassées, à 
des couleurs et des marques charmantes et presque sans 
défaut, m'engagèrent à proposer la collection pour le prix. 
Les informations prises auprès de mes honorables collègues, 




Colombier-tour ou de haut vol pour pigeon? St)'((sser. 

confirmèrent la pensée que j'avais rencontré là une race de 
pigeons d'utilité aussi beaux que distingués et qui méritent 
bien d'être plus généralement connus. M. Scholz, avait eu, 
en outre, la bonté de me promettre l'envoi d'une paire à 
l'automne, et en même temps, quelques données sur cette 
race intéressante. 

Naturellement, il a tenu sa parole, et quelques semaines 
plus tard, je me trouvais en possession de 4 paires de ces 
pigeons, avec les renseignements suivants •. « Je n'ai pu 



— 12 — 

réussir — m'écrivait M. Scholz — à répondre comme je le 
voulais, à votre désir; les Strasse?' que je vous envoie né 
sont pas aussi parfaits qu'ils doivent être, ou mieux, qu'ils 
n'ont été. » J'ai, en effet, malheureusement, la persuasion que 
cette race de haute utilité, n'a plus aujourd'hui, même à 
Nicolsbourg, son berceau, la pureté du plumage qu'elle avait 
il y a 25 ans. J'étais alors un petit étudiant, et chaque di- 
manche ou jour de fête, je passais ma revue au marché de 




luLoricur du colomljiei'-Lour ou de liaul vol. 

A. Entrée centrale. 

B. Échelle tournante. 

C. Portes d'entrée de service. 
EEE . Nids et pondoirs. 

F. Portes d'entrée extérieures. 

G. Compartiments isolés. 
H. Clôture en treillage. 



pigeons qui se tient encore dans colle ville. A celle époque, 
on se défaisait, à 1 guldcn la ])aire, des boulanls allemands 



— la- 
ies plus purs et de plus vieille souche, pour les remplacer 
par les Strasser fuyards. 

C'était un sergent major de la police qui avait la plus belle 
collection de Strasser, je me glissais chez lui dès que j'en 
trouvais le temps — et ce n'était pas souvent. — Il aimait à 
me répéter : « Ils doivent avoir les ailes courtes, point de 
taches et la poitrine large; ils ne doivent pas toucher au 
grain répandu dans la cour, si bon qu'il soit. » Ce sont en- 
core aujourd'hui les (ir,alil(''s i'C([uises. 

La couleur jaune éî;iil r.u-o aulrefiiis; niais niainteuiuit, la 







Nid en plâtre do Rm^ori de profon- 
deur et de 0'",'25 de diamètre. 




Echelle tournante 
pour visiter les nids. 



plupart des éleveurs n'ont {)Ius que des Strasser jaunes et 
rouges, de sorle que le noir et le bleu sont devenus très 
difficiles à rencontrer; les pigeons écaillés sont le plus sou- 
vent des deux dernières couleurs. Autrefois on pardonnait 
une plume de couleur dans le blanc, mais la plume blanche 
sur la couleur passait pour un grand défaut; maintenant c'est 
le contraire. Cela provient, sans doute, de ce que les pigeons 
purs, comme nous en avions, ont été moins vendus que les 
autres qui étaient tachés, et aussi que l'on négligea dans 
l'élevage la perfection des couleurs, pour s'attacher à la 
taille et au développement de la chair. Votre paire jaune est 



— 74 — 

donc correcte, sauf la culotte qui ne devrait pas être de cou- 
leur ; leur taille est normale aussi. La couleur de la tête peut 




Nids ou cases en maçonnerie. 

s'étendre plus ou moins sur la poitrine, le cou et le menton. 
On s'attache surtout encore aujourd'hui à des formes pleines, 
ramassées, une poitrine large et des ailes courtes. Il y a bien 




Trapiie. 



aussi de ces pigeons à ailes longues, mais ils sont moins gé- 
néralement appréciés. 



— 75 — 

Les Strasser affectent toutes les couleurs fondamentales,^ 
ou intermédiaires et ont les ailes uniformes ou écaillées. 
Parmi ceux à ailes unies, on apprécie surtout, commeje vous 
l'ai dit, les noirs et les bleus, et parmi les bleus, ceux dont 
les ailes sont bien barrées de noir. Ils sont plus rares main- 
tenant; parmi les écaillés, les jaunes sont plus rares que les 
bleus et les noirs. 

Mon officier de police dérivait le nom de Strasser du mot 
Strassenlauben (pigeon de route), parce qu'ils cherchent leur 
nourriture au dehors; d'autres pensent que ces pigeons sont 
originaires de Strasbourg. Quoi qu'il en soit, le Strasser est 
un fuyard excellent, qui donne tous les ans de très beaux 
rejetons. Sa taille magnifique en fait en même temps un pi- 
geon de premier rang pour la table. 



CHAPITRE XI 
Le pigeon Sapajou. 



Ce pigeon a beaucoup d'analogie avec le pigeon monta- 
gnard et avec le pigeon à crinière. 

Il diffère essentiellement du pigeon à crinière en ce qu'il 
a la queue blanche; et il diffère du montagnard en ce qu'il 
a une coquille derrière la tête et la partie postérieure du cou 
blanche. 

Comme le montagnard, le pigeon sapajou est extrêmement 
fécond et fait sept à huit pontes par an. Il commence en fé- 
vrier et continue chaque mois jusqu'en septembre inclusive- 
ment, sans interruption. 

Peu difficile sur sa nourriture et sur son logement, il adopte 



m 



— 7U — 

facilement les mœurs des bisets et des fuyards et va chercher 

sa nourriture aux champs quand elle manque au colombier. 

Il n'exige d'autres soins que d'être tenu proprement pour 

prospérer et multiplier. — Cette race, comme la précédente, 




Pigeou Saptijou. 



pourrait donc remplacer avec avantage le biset et le fuyard 
dans les colombiers de haut vol et de la campagne en gé- 
néral. 
Les formes de l'oiseau sont assez élégaules et ressemblent à 



— 77 — 

celles du montagnard et du pigeon lune; il a le bec grêle et long 
comme celui du biset et du fuyard ; le front fuyant ; la tête 
longue ; l'œil grand, large ouvert à iris noir, sans filet rouge, 
mais entouré d'une petite membrane nue de couleur foncée 
qui tend à le faire paraître plus grand qu'il n'est en réalité ; 
une coquille derrière la tête, s'étendant d'un œil à l'autre; 
le cou court, gros et bien rempli ; le corps court et gros ; les 
épaules arrondies et cachées sous les plumes de la poitrine 
qui est bien développée; le dos large; les ailes longues 
se reposant légèrement sur la queue sans se croiser; la 
queue assez large et de longueur moyenne ; les tarses courts, 
nus ou emplumés et d'un rouge vif. 

L'ensemble de ces caractères démontre qu'il existe une 
très grande analogie de construction entre le pigeon sapajou 
et le pigeon montagnard dont il se rapproche encore davan- 
tage par les dispositions des couleurs de son plumage. 

Il a la tête, la partie antérieure du cou et la poitrine noires, 
rouges, chamois ou bleues et tout le reste du corps blanc. 
La partie colorée du plumage doit former une région bien 
tranchée et embrasser toute la tête depuis la base du bec 
jusqu'à la coquille exclusivement, la gorge proprement 
dite, le devant et les côtés du cou, ne laissent de blanc que 
la nuque et la partie postérieure du cou et doit descendre 
sur la poitrine, mais pas si bas que chez le montagnard, 
sous forme de lancette allongée se détachant nettement et 
énergiquement sur le fond blanc du reste du plumage. 

Le nom de sapajou que l'on a donné à cette belle et utile 
race n'est certainement pas mérité; car ces oiseaux ne res- 
semblent pas plus à un singe que le pigeon coquille hollan- 
dais et le pigeon montagnard avec lesquels ils ont beau- 
coup d'analogie et qui portent cependaiit des noms moins 
humiliants. Loin d'avoir un aspect rébarbatif, comme leur 
vilain nom semble l'indiquer, ces oiseaux sont, au contraire, 
fort jolis et méritent d'être désignés sous une dénomination 



— 78 — 

qui dépeint mieux les caractères de la race. — C'est une des 
plus précieuses acquisitions que puisse faire un amateur qui 
recherche l'intérêt autant que la beauté. D'un bien plus beau 
plumage et plus productif que le biset, l'oiseau est un bel 
ornement dans une basse-cour et sa familiarité lui captive 
promptement l'amitié de son maître. 

Il vole facilement, s'approche de son maître avec con- 
fiance quand il est nourri au colombier; mais lorsqu'il est 
obhgé d'aller quérir sa nourriture aux champs, il ne tarde 
pas à devenir méfiant et le chasseur ne peut guère l'appro- 
cher facilement. 



Qualités à rechercher chez les oiseaux reprodiicleurs : 

Iris noir; 

Partie colorée du plumage bien lustrée, bien dessinée, 
gracieusement ari-ondie sur la poitrine, se détachant nette- 
ment sans former des zigzags sur le fond blanc de la robe; 

Coquille épaisse, bien fournie, énergiquemeut accentuée, 
s'étendant d'un œil à l'autre comme chez le pigeon tambour, 
de couleur blanche sans mélange déplumes colorées; 

Partie postérieure du cou formant une large bande blanche 
de la largeur de la coquille; 

Allures vives, plumage serré et abondant. 



— 79 



CHAPITRE XII 



Pigeons Montagnards. 




Pigeon Montagnar^J. 



Belle et utile race, extrêmement produclive, possédant 
toutes les aptitudes et tous les mérites nécessaires pour rem- 
placer avantageusement le biset et le fuyard. 

On peut classer le montagnard, sans hésitation et sans 
crainte d'être démenti par les éleveurs qui connaissent son 



_ 80 — 

agréable, facile et productif élevage, parmi les races les plus 
fécondes, les plus robustes et les plus profitables. 

Peu exigeant, s'accommodant de toute espèce de nourri- 
ture, il possède toutes les qualités nécessaires pour lui assu- 
rer la préférence de l'éleveur qui ne recherche que l'intérêt : 
il est tout d'abord plus gros que le biset; il a la poitrine 
plus développée, plus charnue et conséquemment produit 
une plus grande quantité de viande de première qualité; il 
est infiniment plus fécond, produit annuellement un nombre 
bien plus considérable de pigeonneaux, et sa chair est plus 
fine et plus délicate : toutes qualités éminemment précieuses, 
de l'avis des gourmets qui font des vœux pour qu'on en pro- 
page la race sur toute la surface de la France. 

De domestication très ancienne, dit-on, ce que je ne réé- 
dite que sous toutes réserves, il est très attaché à son pigeon- 
nier qu'il n'abandonne jamais, à moins que ce ne soit un 
véritable foyer d'humidité, d'insalubrité et d'infection, où il 
ne trouve aucun des conforts qu'il est en droit d'exiger de son 
maître auquel, le plus souvent, il ne coûte rien : aimant à 
courir les champs, et étant doué d'une remarquable aptitude 
à y découvrir sa nourriture en toutes saisons, il trouve à s'y 
procurer quotidiennement tous les aliments nécessaires à ses 
besoins, sans que sa fécondité semble souffrir de cet exer- 
cice qui paraît être plutôt salutaire que nuisible à sa santé. 

Il y a des pigeons montagnards qui ont les pieds chaus- 
sés, d'autres les ont nus; mais je recommande spéciale- 
ment ceux qui ont les tarses nus, aux éleveurs qui ont 
l'habitude d'envoyer leurs pigeons quérir leur nourriture aux 
champs et ne leur donnent rien au colombier; car les plumes 
qui recouvrent les pieds des pigeons, en temps humides, se 
chargent promptement d'ordures et de boue, entravent la 
marche de l'oiseau et le rendent inepte à battre les champs. 

Le pigeon montagnard a le bec grêle et long comme celui 
du biset et du fuyard; pas de morille ou d'excroissance 



— 81 - 

charnue sur le bec ; l'œil de vesce, large ouvert; pas de mem- 
brane charnue autour de l'oeil; le cou court, gros et bien 
rempli; le corps ramassé, gros et court; les épaules arron- 
dies et entièrement cacliées sous l'abondance des plumes de 
la poitrine; la poitrine large ouverte et bien développée; le 
dos large ; les ailes longues et pointues ; la queue de longueur 
et de largeur moyennes; les pattes courtes, nues et d'un 
rouge vif, ou emplumées. 

Son plumage épais et abondant, sans être bien remar- 
quable, n'en a pas moins un certain cachet d'originalité et 
de distinction qui permet de classer l'oiseau aussi bien parmi 
les races d'agrément, de volière ou de luxe que parmi celles 
de produit, d'utilité ou de basse-cour. 

Décrire le plumage du montagnard n'est pas chose bien 
difficile : il a la tête, le cou, la gorge et le dos noir, rouge, 
chamois ou bleu et le reste du corps blanc. 

La partie colorée de son plumage, doit être magnifique- 
ment lustrée, avec des reflets métalliques sur la gorge, et 
doit former une région bien distincte, bien tranchée, ne 
s'étendant pas plus loin que la naissance des ailes, qui doi- 
vent être entièrement blanches, et ne descendant pas plus 
bas que la naissance du sternum, où elle doit s'arrêter brus- 
quement sous forme de bavette allongée, nettement arron- 
die, sans faire irruption en angles alternativement saillants 
et rentrants sur le fond blanc du plumage de la partie infé- 
rieure du corps. 

Les j)lumes du dos sont assez fréquemment mélangées de 
plumes blanches chez ces oiseaux : c'est un signe non équi- 
voque de dégénérescence ou d'abâtardissement, et tout oiseau 
qui a des plumes blanches parmi les colorées, ou vice versa, 
doit être impitoyablement éliminé de la reproduction. 



(è- 



{Pigeons domestiques.) 



— 82 



CHAPITRE XIII 



Pigeons saxons. 




Pigeon saxon. 

Si en France nous avons introduit, en ces derniers temps, 
un grand nombre de races exotiques, nous ne les avons pas 
encore suffisamment propagées, ni perfectionnées avec assez 
de persistance et de succès, et sous ce double rapport il reste 
encore beaucoup à faire. 



— 83 — 

Parmi les nombreuses et belles races que la Société d'ac- 
climatation a fait venir à grands frais de pays étrangers, il y 
en a beaucoup qui sont extrêmement recommandables par 
leur étonnante fécondité, par la beauté de leur plumage, et qui 
sont restées presque inconnues dans le pays. Parmi ces der- 
nières, je citerai l'admirable race saxone, qu'il ne faut pas 
confondre avec l'hirondelle de Saxe, car ces deux races ne 
se ressemblent point. 

Cette précieuse race, très appréciée en Allemagne, d'où 
elle nous vient, a été introduite en France parla Société d'ac- 
climatation, il y a déjà un grand nombre d'années. Cepen- 
dant, peu d'amateurs en connaissent les caractères; elle est 
aujourd'hui presque aussi rare dans le pays qu'elle l'était il 
y a vingt ans, et il en est ainsi de bien d'autres races; car, 
quoique les amateurs de beaux types soient plus nombreux 
aujourd'hui qu'avant la création de la Société d'acclimata- 
tion, il est incontestable que la plupart des belles et utiles 
races de pigeons que la Société s'est épuisée en elïorts de pro- 
pager, sont encore si peu répandues qu'elles offrent tout l'at- 
trait d'oiseaux rares nouvellement importés. 

La raison en est facile à expliquer : c'est que la majorité 
des éleveurs ne possèdent aucune connaissance d'histoire 
naturelle ni de physiologie, ni aucune notion sur la conser- 
vation et le perfectionnement des races. Du reste, nos con- 
cours d'oiseaux de basse-cour ne sont guère organisés pour 
encourager la propagation des belles et utiles races de poules 
et de pigeons; et la preuve c'est qu'on n'y remarque jamais 
un sujet hors ligne. Et comment pourrait-il en être autre- 
ment, puisque la majorité des exposants se compose de mar- 
chands qui louent ou achètent des animaux pour la circons- 
tance, en vue de les vendre à de hauts prix à un public igno- 
rant qui ne possède pas la moindre notion sur le choix des 
animaux reproducteurs ni sur les caractères propres à la race 
à laquelle ils appartiennent et, comme ils n'y rencontrent 



— 84 — 

jamais un concurrent sérieux, rien ne les engage à ne pas 
persévérer dans cette voie. 

Quoi qu'il en soit, ce qui est certain, c'est que la race 
saxonne si justement vantée pour ses précieuses qualités, est 
presque inconnue en France. 

Cette belle et utile race a beaucoup d'analogie avec le pi- 
geon tambour de Dresde dont elle a à peu près les formes 
générales du corps; mais dont elle diffère par l'absence de 
visière ou de touffe de plumes à rebours sur le front et par 
la forme plus arrondie de sa tête. Elle a, comme le tambour, 
le bec grêle; l'œil noir ou de vesce chez la variété blanche, 
rouge orangé chez les autres variétés; pas de filet autour de 
l'œil; la tête arrondie, lisse ou coquillée; le corps ovalaire 
et les pieds abondamment chaussés. 

Il en existe un grand nombre de variétés, dont les plus 
remarquables sont : 

Le pigeon saxon non coquille, noir, rouge, chamois, bleu à 
tète, vol et queue blancs. Cette ravissante variété est semblable, 
quant au plumage, au 5a/d-/ieac? anglais, avec cette différence 
qu'elle a les ailes barrées de blanc et les pieds abondam- 
ment garnis de plumes blanches comme celles de la tête, du 
vol et de la queue. Il y a encore cette autre différence, que la 
tache blanche qui s'arrête chez le Bald-head vers le milieu 
de l'œil, descend chez le saxon un peu au-dessous du bec et 
du conduit auditif. 

Pour être estimés de race tout à fait pure, ces oiseaux 
doivent avoir la tête d'un blanc pur; les dix rémiges pri- 
maires, la queue, les plumes des jambes et des pattes blan- 
ches; les ailes barrées de blanc; le reste du corps, c'est-à-dire, 
le cou, le dos, les couvertures des ailes, la poitrine et toute la 
partie inférieure du corps, l'abdomen y compris, noir, rouge, 
chamois ou bleu ; le bec blanc rosé; l'iris noir. 

Ses ailes barrées de blanc et les plumes blanches qui gar- 
nissent ses pattes, donnent à cette variété un cachet de dis- 



- 85 — 

tinction que le Bald-head et les autres races qui ont la tête, 
le vol et la queue blancs, ne possèdent pas. 

Comme toutes ces variétés sont robustes et produisent 
beaucoup, je ne le répéterai plus pour celles qui suivent. 

Pigeons saxons coquilles noirs, rouges, chamois, bleus à tête 
blanche et barrés blancs. Ces oiseaux sont identiquement sem- 
blables aux tambours de Dresde à tête blanche. Chez eux le 
blanc de la tête ne descend pas plus bas que la ligne naso- 
oculaire; ils ont la mandibule supérieure du bec blanche et 
la mandibule inférieure noire ; les ailes barrées de blanc et 
tout le reste du corps noir intense, rouge marron, chamois 
ou jaune clair, ou bleu avec de belles couleurs chatoyantes 
sur la gorge. 

Le pigeon saxon noir, rouge, chamois, bleu uni, barré blanc. 
Cette variété est de couleur uniforme sur tout le corps avec 
deux barres blanches à travers les aile s. Elle a la tête lisse 
ou coquillée; les pieds chaussés et l'iris rouge orangé. 

Quoique fort belle et très productive, cette variété est beau- 
coup moins recherchée que les précédentes. 

Le pigeon saxon unicolore noir, rouge, chamois, bleu. Sem- 
blable au précédent dont il ne diffère que par l'absence de 
barres à travers les ailes. 

Il en existe également des coquilles et des non coquilles. 

Le pigeon saxon bleu à vol et queue blancs. Cette jolie variété 
a le plumage bleu comme celui du biset, avec le vol, le crou- 
pion, la queue, les plumes des jambes et des pattes blancs. 

Le pigeon saxon bleu barré noir. Plumage identiquement 
pareil à celui du biset bleu à croupion blanc, dont il ne dif- 
fère que par ses pieds qui sont abondamment chaussés. 

Le pigeon saxon bleu étincelé. Semblable au précédent, mais 
ayant les ailes maillées de noir. 

De toutes ces variétés ce sont les deux premières qui sont 
les plus recommandables par la beauté de leur plumage et 
qui sont aussi les plus recherchées par les amateurs. 



— 86 — 



Toutes sont extrêmement fécondes et, comme toutes les 
races qui nous viennent de l'Allemagne, peu difficiles sur le 
logement et sur la nourriture, se contentant à la ferme 
comme à la basse-cour de toutes les sortes de graines dont 
les pigeons font leur aliment habituel. 



CHAPITRE XIV.' 

Pigeons Coquille hollandais. 

Columba galeala batava; The nun. 

Les pigeons de cette race ont à peu près la taille et les 
formes du corps du culbutant; mais ils en diffèrent par une 
espèce de coquille qui orne le derrière de leur tête et par leur 
plumage qui est entièrement blanc, à l'exception de la tête, 
du vol et de la queue qui sont noirs, rouges, jaunes ou bleus. 

Ils doivent avoir le bec court et assez fort, noir dans les va- 
riétés noire et bleue, — marqué de noir à la mandibule supé- 
rieure dans la variété rouge, — blanc rosé dans la variété 
jaune. Il y en a beaucoup qui ont le bec long et grêle, comme 
chez le biset, mais ce défaut ôte toute la grâce à la tête de l'oi- 
seau et est l'indice d'une mauvaise descendance. Ils ont la 
tête convexe comme chez le culbutant, et une coquille com- 
posée de quelques rangées de petites plumes redressées h re- 
bours enchâsse le derrière de la tête. L'iris doit être d'un blanc 
d'émail, et moins il est sablé de rouge plus l'oiseau est ap- 
précié ; un mince filet noir entoure les yeux. Le cou est court 
et bien rempli. Le corps est arrondi, le dos large, la poitrine 
saillante, les ailes longues, la queue resserrée; les pattes 
courtes, nues, d'un rouge vif et souvent noirâtres. 



— 8/ — 



Les caractères saillants qui constituent la race consistent 
en la couleur de la tête, du vol et de la queue qui est noire, 
rouge, jaune ou bleue et produit un agréable contraste avec 
le reste du plumage qui doit être d'un blanc pur. 

La tête, chez les oiseaux de premier choix, est colorée de- 




. Pigeon Co(iiiille hollandais. 



puis la base du bec jusqu'à la coquille; et la couleur doit 
s'étendre sous le bec et sur la gorge en forme de hausse-col à 
contours arrondis nettement dessinés, sans pointes qui 
avancent ou rentrent alternativement en forme de zigzags. 



— 88 — 

Les dix rémiges primaires des ailes, au grand complet, et 
toutes les plumes qui composent la queue, y compris les 
couvertures inférieures et supérieures, doivent être de la 
même couleur que celle de la tête. 

On rencontre beaucoup d'oiseaux de cette race ayant des 
plumes noires parmi les blanches; mais on ne saurait les 
considérer comme étant de race pure. 

C'est dans la variété noire quon rencontre le plus de sujets 
de premier choix ; elle est aussi la plus recherchée par les 
amateurs à cause de ses caractères qui sont plus tranchants 
que chez les autres variétés : le noir et le blanc formant un 
contraste plus agréable et plus frappant que le chamois et le 
blanc, ou le bleu et le blanc; et l'on s'aperçoit surtout de la 
beauté de ce contraste lorsque l'oiseau a les ailes étendues 
et plane dans les airs. 

Sous le rapport de la fécondité, la race est irréprochable ; 
elle s'élève avec facilité et n'exige aucuns soins particuliers. 

Pigeon Coquille barbu. 4 

Columba gcUeala barbala. 

Cette variété ou sous-race est exactement semblable à la 
race principale que je viens de décrire, excepté qu'elle a le 
vol blanc au lieu de l'avoir de la même couleur que celle 
de la tête et de la queue. 

Il en existe quatre variétés, qui ne diffèrent entre elles que 
par la couleur de la tête et de la queue qui est noire, rouge, 
chamois ou bleue. 

Toutes ont la tête coquillée, les pieds nus et les mêmes 
formes du corps que le pigeon coquille hollandais. 



- 89 — 

Pigeon Coquille tête de mort. 

Columba galeala funebris. 

Semblable au précédent pour les formes du corps ; mais 
n'ayant que la tête colorée et le reste du corps entièrement 
blanc. 

Il en existe également quatre variétés, qui ne diffèrent 
entre elles que par la couleur de la tête qui est noire, rouge, 
chamois ou bleue. 

La couleur de la tête doit se prolonger sous le bec et se 
terminer en pointe sous la gorge. 

Tête coquillée, œil de coq, pieds nus. 

Toutes ces races sont très rustiques, fécondes et repro- 
duisent bien. 

Pigeons étourneaux. 

Columba galeata slurnus. — Starlings. 

D'origine allemande, cette belle et gracieuse race est très 
anciennement connue en France et est caractérisée par un 
plastron ou hausse-col d'un blanc grisâtre, ou noir marqueté 
de petites taches longuettes d'un blanc grisâtre ayant beau- 
coup d'analogie avec le plumage de l'oiseau dont elle porte 
le nom . 

Elle a toutes les formes du corps du pigeon saxon; le bec 
grêle, recouvert à sa base de deux membranes blanches peu 
développées; la tête allongée, lisse ou coquillée; l'iris rouge; 
l'œil dépourvu de membrane nue ; les pattes courtes, nues 
chez les uns, chaussées chez les autres. 

Elle comporte deux variétés, savoir : 

La variété non herminée à tête coquillée ou lisse, blanche 
ou pleine; 



— 90 — 

La variété herminée à tête coquillée ou lisse, blanche ou 
pleine. 

Pigeons èiourneaux à iHe blanche, non hermines. Ces oi- 
seaux ont le sommet de la tête blanc, le blanc ne descen- 
dant pas plus bas que la ligne naso-oculaire et se détachant 



^¥ 




Pigeon élourneau. — Starlings. 



nettement sur le fond noir du cou ; un plastron ou hausse- 
col d'un blanc grisâtre ou noir marqueté de petites taches 
longuettes blanches sur la poitrine; deux barres blanches à 
travei's les ailes et le reste du corps d'un noir intense magni- 



— 91 — 

fiquement lustré avec des reflets métalliques rouges et viola- 
cés sur la gorge. 

Les plumes du plastron, quand on les examine de près, 
sont noires à l'exception de leurs extrémités qui sont blan- 
ches; ce qui fait paraître cette partie du plumage comme 
ponctuée de blanc à peu près comme celui de l'étourneau 
vulgaire qui habite nos bois et dont le chant est un babil- 
lage peu harmonieux plutôt qu'une chanson. 

Pigeons étourneaux à tête pleine, non hermines. Semblables 
aux précédents, mais ayant la tête noire. 

Pigeons étourneaux hermines. Semblables aux deux varié- 
tés précédentes, mais ayant le manteau ou les ailes tiquetées 
de blanc comme dans le pigeon hirondelle hermine ; barres 
blanches; vol et queue noirs. 

Parmi les variétés herminées, comme parmi les variétés 
non herminées, on rencontre des individus qui ont la tête 
lisse ou coquillée, blanche ou pleine et les pieds nus ou 
chaussés. 

J'ai remarqué avec regret que depuis quelque temps cette 
jolie race tend à devenir rare en France, et qu'on se procure 
bien moins facilement aujourd'hui qu'il y a dix ans des pi- 
geons étourneaux de race pure et de premier choix. Les ama- 
teurs en diront ce qu'ils vaudront, mais à mon sentiment, ils 
ont tort d'abandonner cette belle et précieuse race qui, à coup 
sûr, vaut bien la plupart des variétés de tambours de Dresde, 
de pigeons russes et d'hirondelles de troisième et de qua- 
trième choix, dont les marchands allemands inondent an- 
nuellement la France. 

Je suis loin de mépriser les belles races allemandes que je 
suis, au contraire, le premier à admirer quand elles sont 
pures; mais il ne suffit pas, pour faire des progrès, d'intro- 
duire chez nous constamment de nouvelles races étrangères, 
de les propager pendant quelques années et de les abandon- 
ner ensuite; car en agissant ainsi, on dépensera inutilement 



— 92 — 

beaucoup d'argent pour se procurer à l'étranger des types 
parfaits que les amateurs, dans leur ignorance des principes 
les plus élémentaires d'élevage, laisseront dégénérer dans 
des volières où ils ont l'habitude d'enfermer ensemble di- 
verses races qui, croisées et mêlées ensemble au hasard, ne 
tardent pas à se perdre les unes dans les autres. 

Il faut, pour obtenir un succès durable, multiplier et pro- 
pager avec persistance les beaux types, et, surtout, conserver 
et perfectionner avec persévérance les belles races que nous 
possédons déjà. 

Si l'Angleterre marche de progrès en progrès ; et si l'on 
trouve aujourd'hui chez elle toutes les races d'animaux do- 
mestiques améliorées et portées à un degré de perfectionne- 
ment dont les amateurs qui n'ont pas visité ce pays, n'ont 
aucune idée, c'est qu'elle les a propagées et perfectionnées 
avec persistance, et, sous ce rapport, elle devance considéra- 
blement toutes les autres nations. 

Du reste, les Anglais ont introduit récemment chez eux 
notre beau pigeon étourneau auquel Foulton a consacré une 
figure coloriée parfaitement réussie ; et il est probable que ce 
bel oiseau aura chez eux un succès moins éphémère et 
moins passager que chez nous; car la race possède toutes 
les qualités nécessaires pour lui assurer un succès durable 
chez nos voisins d'où Ire-mer. 

Les principales qualités à rechercher chez les oiseaux de 
cette race sont les suivantes : 

La tête entièrement noire chez la variété à tête pleine; 

Le sommet de la tête entièrement blanc chez la variété à 
tête blanche, le blanc s'arrêtant à la commissure du bec, la 
tache passant vers le milieu de l'œil et se terminant à la 
coquille chez les oiseaux coquilles et sur l'extrémité infé- 
rieure du crâne, à peu près comme celle de la charmante 
fauvette à tête noire, chez les oiseaux à Lête lisse; 

Le plastron bien accentué, en forme de hausse-col ou de 



— 93 — 

croissant nettement dessiné et se détachant énergiquement 
sur le fond noir du reste de la poitrine: 

Les barres à travers les ailes larges et uniformément 
blanches ; 

Les couvertures des ailes dans la variété herminée abon- 
damment tiquetées de blanc se détachant sur fond noir et les 
barres blanches qui traversent les ailes bien accentuées; 

Le plumage bien lustré, d'un noir intense avec les côtés 
du cou à reflets rouges et violacés, chatoyant ou changeant, 
selon la manière dont la lumière les frappe. 



CHAPITRE XV. 

Pigeons satins. 
Jce pigeons. 

Cette race de pigeons superbes est originaire de l'Alle- 
magne etparaît être une des plus pures de toutes. Elle a 
beaucoup d'analogie avec le pigeon lune dont elle diflere 
principalement par le plumage. 

Ces oiseaux se reconnaissent aux pattes qui sont extrê- 
mement garnies de plumes raides et longues, et mieux en- 
core à leur plumage gris perle satiné qui leur a valu leur 
nom et qui forme le caractère le plus saillant de la race. 

Ils ont les formes générales du pigeon lune : le bec grêle; 
les morilles très peu développées; la tête forte, allongée et 
lisse; l'œil large ouvert et entouré d'une mince membrane 
nue, de couleur ardoisée; l'iris noir chez la variété gris perle 
uni, orangé chez les variétés barrée blanche, barrée noire 



94 



et étincelée ; le cou court, gros et bien rempli ; le corps 
large, court, de forme arrondie, et épaissi par un plumage 
abondant; la poitrine amplement développée; le dos large; 
les épaules arrondies et complètement cachées sous l'abon- 
dance des plumes de la poitrine; les ailes de longueur 
moyenne, s'étendant jusqu'aux trois quarts de la longueur 
de la queue qui est étroite et arrondie comme chez tous les 




Pigeon satin harré blanc. 



pigeons [allemands; les jambes très courtes et garnies de 
plumes longues, raides, dépassant les talons et faisant 
saillie en forme de manchettes; les tarses également courts 
couverts jusqu'aux ongles de plumes raides et démesuré- 
ment longues ou nus et d'un rouge vif. 

Le fond de leur plumage est d'un gris perle satiné qui 
rappelle assez la couleur de celui du boulant lillois; mais il 



-^ 95 — 

n'est pas uniforme d'individu à individu, et la race comporte 
quatre variétés bien caractérisées, bien tranchées qui exigent 
chacune une description spéciale, savoir : 
Le pigeon satin gris perle uni ; 

— gris perle barré blanc ; 

— gris perle barré noir ; 

— gris perle étincelé. 

La variété la plus remarquable et la plus recherchée par 
les amateurs est la gris perle uni. La couleur du plumage de 
ces oiseaux est d'un gris perle uni d'un bout à l'autre, sans 
barres blanches ou noires à travers les ailes, sans aucun mé- 
lange de plumes noires ou blanches à travers la robe grise 
et plus ils sont d'un ton uniforme sur la gorge et sur tout 
le reste du corps, plus ils sont estimés. La femelle doit être 
en tout semblable au mâle. 

La variété barrée blanche possède également un grand ca- 
chet de distinction; elle diffère de la précédente par deux 
barres blanches qui traversent ses ailes et par le ton plus 
foncé de son plumage. Elle a la gorge criblée de superbes re- 
flets métalliques verts et pourpres; les rémiges primaires et 
les reclrices bleu ardoisé et le reste du corps gris perle 
satiné. 

La variété barrée noire ne diffère de la précédente que par 
la couleur des barres de l'aile qui sont noires au lieu d'être 
blanches. 

La variété ètincelée est celle qui s'éloigne le plus des autres 
par la couleur de son manteau qui rappelle beaucoup celle 
du manteau du pigeon souabe. Ces superbes oiseaux ont la 
tête gris perle ; le cou et le dos gris bleuâtre, avec des re- 
flets métalliques sur la gorge; la poitrine mordorée; deux 
barres blanches, étendues comme des rubans sur les ailes 
dont le fond est gris perle pailleté ou moucheté de blanc, ou 
blanc maillé de noir. 

Les pigeons de cette variété diffèrent d'individu à indi- 



— 96 - 

vidu, et, dans les volières du Jardin d'acclimatation, on en 
trouve rarement quatre qui soient identiques entre eux quant 
à la couleur du fond du plumage, des formes des mailles et 
des mouchetures du manteau. 

Cette ravissante variété, quand elle a le manteau réguliè- 
rement maillé de noir sur fond blanc, est, à juste titre, très 
recherchée par les amateurs. 




Pigeon satin étincelé. 



Au lieu d'avoir la poitrine mordorée, ces jolis oiseaux 
l'ont quelquefois surdorée ou ardoisée à éclat métallique, ou 
d'une belle couleur changeante, comme chez les deux autres 
variétés barrées. 

Comme on voit, la race comporte un très grand nombre 
de variétés Ijien tranchées, mais se ressemblant toutes quant 



— 97 — 

au fond du plumage, aux formes du corps et aux pieds qui 
sont nus ou extrêmement chaussés. 

Ces variétés sont toutes très belles et, réunies dans une 
volière, elles produisent un fort bel effet. 

Comme la majorité des races allemandes, le pigeon satin 
est sédentaire; très peu difficile sur le choix des aliments 
et du logement; mais la variété pattue demande à être tenue 
proprement à cause de la longueur des plumes qui lui re- 
couvrent les pieds et qui se chargent promptement d'ordures 
dans un pigeonnier malpropre. 

La race est rustique, très sociable et très productive, mais 
elle n'a pas le caractère bien gai. Elle est très répandue en 
France; on peut se la procurer au Jardin d'acclimatation à 
raison de 25 fr. le couple, et certes elle mérite bien la faveur 
des éleveurs par sa beauté et par ses qualités. 



CHAPITRE XVI. 

Pigeons heurtés siamois. 

Columba impacta lutea. — Yellow spots. 

Le pigeon heurté siamois a beaucoup de rapport avec le 
mondain ordinaire, dont il ne diffère que par son plumage 
qui est blanc, à l'exception du front qui est marqué d'une 
tache jaune, et de la queue qui est de la même couleur que 
la tache. 

Il a le bec grêle, comme celui du mondain, la mandibule 

inférieure blanche, la supérieure de couleur correspondante 

à celle de la tache et de la queue; une tache jaune colore 

tout le front de l'oiseau et se prolonge] usqu'au milieu de la 

{P'ujcons domestiques ) 1 



— 98 — 

tête; la tête est aplatie et allongée; il a l'œil de vesce; le cou 
court; le corps gros et volumineux; la poitrine large; les 
ailes longues; la queue de longueur ordinaire; les pattes 
courtes, nues ou chaussées. 

Comme le principal intérêt qui s'attache à cette race, ré- 
side dans la beauté de son plumage, il est essentiel de choi- 
sir les oiseaux reproducteurs parmi ceux dont la tache qu'ils 
portent sur le front, est nettement dessinée et dont le reste 
du plumage, à l'exception de la queue, bien entendu, est 
d'un blanc pur de tout mélange de plumes de couleur. Ils 
sont bons reproducteurs. 

Pigeons heurtés ordinaires. 

Gohimba impacta ordiuaris. — Black, brown and bluc spots. 

Ces pigeons ont la même taille et les mêmes formes du 
corps que les siamois; ils n'en difTèrent que par la couleur 
de la tache ou fève colorée qu'ils ont sur le devant de la tête 
et qui est noire, brune ou bleue. Celte tache se réduit sou- 
vent à un coup de crayon étroit, qui colore la mandibule su- 
périeure du bec et s'étend jusqu'au milieu de la tête. La 
queue affecte la même couleur que la tache et le reste du 
corps est blanc. 

Il y enaqui ont les pieds chaussés et d'autres les ont nus. 

Tous ces pigeons reproduisent bien et sont très rus- 
tiques. 

Pigeons heurtés contraires. 

Répandue depuis longtemps en Allemagne et en Angle- 
terre, cette race est peu connue en France. D'une forme 
particulière déterminée par le peu d'ampleur de sa poi- 
trine et par sa conformation tassée et trapue, elle a pour 
principaux caractères unepetite tache blanche de forme co- 



— 99 — 

nique, blanchissant la mandibule supérieure du bec et se 
prolongeant sur le front jusqu'au-dessus de l'œil; la queue 
de la même couleur que la tache; le reste du corps noir, 
rouge, chamois ou bleu; l'iris blanc; les pattes de longueur 
moyenne et abondamment garnies de plumes. 

Ces oiseaux n'ont pas une forme bien gracieuse : ils ont 
le bec grêle et effilé; le front fuyant; la tête déprimée, fine 
et allongée; l'œil perlé et dépourvu de membrane nue; le 
cou très court et gros ; la poitrine et le dos étroits; les ailes 
longues; la queue de longueur moyenne; les jambes gar- 
nies de plumes longues dépassant les calcanéums et les 
tarses emplumés. 

Il en existe plusieurs variétés dont les principales sont : 

Pigeons heurtés noirs^ rouges^ chamois, bleus. Ces oiseaux 
ont le plumage d'un bout à l'autre de l'une de ces quatre 
couleurs, à l'exception d'une tache blanche sur le front et de 
la queue qui est toujours de la même couleur que la tache 
caractéristique. 

Pigeons heurtés noirs, rouges, chamois, bleus, barrés blancs. 
Semblables aux précédents, mais ayant les ailes barrées de 
blanc. Les plumes qui garnissent leurs pattes sont toujours 
de la même couleur que le fond du plumiage. 

Pigeons heurtés acajou. A l'exposition de Paris, de 1878, 
des oiseaux de basse-cour et d'animaux de boucherie, on a 
surtout remarqué un couple de pigeons heurtés acajou, 
d'une beauté irréprochable : ils avaient le bec grêle, la man- 
dibule supérieure ainsi que les morilles entièrement blan- 
ches; la mandibule inférieure du bec noire; la tête dépri- 
mée, longue et marquée sur le front d'une tache longuette 
blanche de la largeur de la base du bec et s'étendant jus- 
qu'au-dessus de l'œil où elle se terminait en pointe, se dé- 
tachant énergiquement sur le fond brun rouge violâtre de la 
tête; le cou et la poitrine étaient de belle couleur chan- 
geante d'un brun violacé magnifiquement lustré, à éclat 



— 100 — 

métallique; leurs ailes étaieut de couleur d'acajou mat, à 
l'exception des rémiges primaires qui étaient d'un brun 
noirâtre et la queue était blanche comme toujours. Ils avaient 
les pattes garnies de plumes de couleur brun noirâtre sem- 
blable à celle de la partie inférieure du corps et l'iris rouge 
orangé. 

Toutes ces variétés sont fécondes et rustiques, mais elles 
ne reproduisent pas toujours semblables à elles-mêmes, et 
il arrive souvent qu'elles donnent naissance à des petits 
n'ayant pas la fève colorée sur le devant de la tête, qui ca- 
ractérise la race heurtée. 

Pigeons heurtés maillés. 

Fire Backs. 

Malgré la distinction et la beauté de leur plumage, on ne 
saurait guère élever ces pigeons au rang de race distincte ; 
car, à mon sentiment, ils ne forment qu'une charmante va- 
riété delà race précédente, dont ils ont, du reste, la même 
conformation tassée et trapue, et dont ils ne diffèrent que 
par leur manteau extrêmement remarquable, il est vrai, par 
les mailles dont il est couvert. Ce dernier caractère ne sau- 
rait néanmoins, à mon avis, être considéré autrement que 
comme un accident de plumage qui ne suffit pas pour faire 
de cet oiseau un pigeon de race distincte. 

Quoi qu'il en soit, cette variété n'en est pas moins fort 
jolie et, à juste titre, très estimée par les amateurs de belles 
races. 

Il en existe trois variétés qui sont les suivantes : 

1° Pigeon heurté maillé couleur d'acajou. Identiquement 
semblable au pigeon heurté acajou que je viens de décrire, 
à l'exception du manteau qui est couvert de mailles noires 
se détachant sur fond d'acajou clair. 



— 101 — 

Chez les mâles, les mailles font souvent défaut sur leurs 
ailes qui sont le plus ordinairement de couleur acajou uni; 
mais je conseille aux amateurs d'éliminer de la reproduction 
ces oiseaux défectueux. 




Pigeon heurté maillé. 



Pigeon heurté maillé bleu. Cette superbe variété a le front 
marqué de la tache blanche caractéristique se détachant vi- 
vement sur le fond bleu pourpre de la tête; son cou et sa 
poitrine sont d'un bleu violàtre très foncé, avec de superbes 



— 102 — 

reflets métalliques rouges et violacés sur la gorge; la partie 
inférieure du corps est d'un bleu violet noirâtre comme les 
plumes des pattes; son manteau est blanc, agréablement 
maillé de bleu clair ou quelquefois bleu moucheté île blanc 
et barré de blanc; les grandes pennes des ailes sont d'un 
bleu noirâtre et sa queue est d'un blanc pur comme la tache 
sur le front. 

Ces deux variétés ont l'iris rouge orangé, sans filet autour 
de l'œil. 

Pigeon heurté maillé noir. Cette variété diffère spéciale- 
ment des précédentes par la couleur de l'iris qui est noire. 
Elle a la tête marquée de la tache blanche qui caractérise la 
race; la queue blanche comme la tache; la tête, le cou, la 
poitrine, le dos, les reins, le vol et toute la partie inférieure 
du corps d'un noir violâtre, avec de magnifiques reflets 
rouges et pourpres sur la gorge; le manteau blanc argenté, 
maillé de noir, et deux barres blanches bordées d'un liséré 
noir placées à l'extrémité de l'aile. 

L'œil noir, large ouvert, dépourvu de filet et les pieds 
chaussés. 

Même taille et mêmes formes du corps que les autres va- 
riétés. 

La progéniture de tous ces pigeons n'est pas toujours 
semblable aux parents, et il arrive très souvent que la tache 
blanche sur le front fasse défaut ou soit défectueuse; ce qui 
prouve que la race n'est pas fixe; mais, un amateur qui 
s'imposerait la tâche de fixer la race, y parviendrait facile- 
ment, je pense, au moyen de l'application des principes 
généraux de la sélection, en conservant seulement, en vue 
de la reproduction, les oiseaux se rapprochant le plus de la 
perfection. 

Ces oiseaux sont très productifs, mais leurs petits ne vien- 
nent en couleurs qu'après la première mue; ils naissent, le 



— 103 — 

plus souvent, unicolores et les mailles n'apparaissent sur le 
manteau qu'après la mue. 
Ils ont les allures vives, sont très remuants et très gais en 

volière. 

Pigeons maillés ordinaires. 
Columba maculata. 

Parmi les nombreuses races de pigeons exotiques et indi- 
gènes qui ornent aujourd'hui les volières du Jardin d'accli- 
matation, la race ou variété maillée est incontestablement 
l'une des plus belles. 

Originaire de l'Allemagne, elle a beaucoup d'analogie avec 
la race Souabe, dont elle a toutes les formes du corps et dont 
elle ne diffère que par son plumage. 

Elle a le bec grêle et noir, les morilles peu développées ; 
le front fuyant; la tête grosse et allongée: l'iris rouge 
orangé; pas de membrane charnue autour de l'œil; le cou 
court et bien rempli; le corps ramassé ; les formes arron- 
dies; la poitrine large ouverte; le dos large; les épaules effa- 
cées et cachées sous l'abondance des plumes de la poitrine; 
les ailes assez longues; la queue de longueur et de largeur 
moyennes; le plumage serré; les tarses courts, nus et d"uu 
rouge vif. 

La race est très productive et s'élève sans difficulté. Elle a 
le vol assez soutenu et s'accoutume facilement à aller cher- 
cher sa nourriture dans les champs quand elle est suppri- 
mée au colombier. 

n en existe plusieurs variétés qui sont les suivantes : 
Pigeon maillé jacinthe plein, Columba maculata cxruleata 
plena. J'ai trouvé au Jardin d'acclimatation un couple de ces 
charmants oiseaux dont le plumage est extrêmement remar- 
quable et exige une description détaillée : tête bleu ardoisé; 
gorge et poitrine bleu violàtre de couleur changeante, à re- 



— 104 — 

flets métalliques; maiileau brun clair avec une tache trian- 
gulaire gris perle sur les barbes externes de l'extrémité de 
chaque plume; rémiges primaires ou grandes pennes des 
ailes bleu noirâtre; partie inférieure du corps et queue ar- 
doisées; un ruban bleu foncé noirâtre à l'extrémité de la 
queue. 

Pigeon maillé jacinthe, columba maculata cxruleala. Je crois 
devoir rapporter ici cette variété décrite par Boitard et Cor- 
biô, quoique je ne l'ai jamais vue : tête et queue ardoisées; 
bout de la queue plus foncé; les grandes pennes des ailes 
blanches; manteau à mailles bleu clair; une barre bleue et 
une barre noire placées à l'extrémité; toutes les plumes de 
la barre bleue ont le côté interne bleu et le côté externe 
marqué d'une grande tache blanche, bordée d'un liséré 
noirâtre; pas de liséré autour des yeux; pieds nus. 

Pigeon maillé couleur de fcu^ columba maculata ignescens. 
J'ajoute encore cette variété décrite également par Boitard 
et Corbié, quoique je ne l'aie pas retrouvée non plus dans la 
collection du Jardin d'acclimatation : une barre bleue, une 
barre rouge, une barre noire sur toutes les plumes, la barre 
noire placée à l'extrémité; il diffère essentiellement du ja- 
cinthe, disent ces auteurs, en ce que sa maille est couleur 
de feu au lieu d'être blanche. 

Ces races, si elles existent encore, sont à coup sûr extrê- 
mement rares en France aujourd'hui, et cela est facile à con- 
cevoir : nos amateurs de beaux types ne possèdent le plus 
souvent aucune notion sur le choix des oiseaux reproduc- 
teurs et prennent rarement, soit par négligence, soit par 
ignorance, les précautions nécessaires pour conserver les 
races dans toute leur pureté; il en résulte que les races les 
plus pures dégénèrent promplement entre leurs mains sous 
les influences du régime impropre et, le plus ordinairement, 
par le croisement avec d'autres variétés, qui s'effectue dans 
les basses-cours à l'insu de l'amateur. La dégénérescence ra- 



— 1U5 — 

pide de toutes les anciennes races connues à laquelle nous 
assistons en spectateurs impuissants, n'a pas empêché Buf- 
fon d'écrire les lignes suivantes : « On a rassemblé toutes 
les espèces, toutes les races connues des oiseaux domesti- 
ques; on les a multipliées et variées à l'infini; l'intelligence^ 
les soins et la culture ont ici, c^Dmme en tout, perfectionné ce 
qui était connu, et développé ce qui ne l'était pas; on a fait 
éclore jusqu'aux arrières germes de la nature; on a tiré de 
son sein toutes les productions ultérieures qu'elle seule et 
sans aide n'aurait pu amener à la lumière; en cherchant à 
épuiser les trésors desa fécondité, ona reconnu qu'ilsétaient 
inépuisables, et qu'avec un seul de ses modèles, c'est-à-dire, 
avec uue seule espèce, telle que celle du pigeon ou de la 
poule, on pouvait faire un peuple composé de mille familles 
différentes, toutes reconnaissables, toutes nouvelles, plus 
belles que l'espèce dont elles tirent leur première origine. » 

Ce qui me paraît incontestable, c'est que M. de Buffon n'a 
jamais élevé un pigeon, car, si le savant théoricien eût été 
doublé d'un praticien, il n'aurait jamais écrit le paragra- 
phe qui précède. Depuis trente-cinq ans que j'élève des pi- 
geons de race, je ne suis jamais parvenu à tirer un couple 
de pigeons queue de paon de mes pigeons voyageurs; et, à 
ma connaissance, aucun des nombreux membres des mille 
cercles colombophiles que la Belgique compte actuellement, 
n'a jamais opéré non plus pareil miracle. 

Mais ce que je vois se passer fréquemment sous mes 
yeux, ce sont les races les plus pures confiées à des amateurs 
négligents, dégénérer prompîement en mondains; et j'ai 
l'intime conviction que la nomenclature des races de pi- 
geons que l'homme a détruites, serait beaucoup plus longue 
à écrire que celle des races qu'il a créées. 

Quoi quil eu soit, nous possédons toujours le pigeon ja- 
cinthe dans toute sa pureté; mais ce n'en est pas moins un 
fait acquis que, dans toutes les races de pigeons, et surtout 



— 106 — 

dans les plus répandues : comme le pigeon capucin, le pi- 
geon queue de paon, le pigeon polonais, le pigeon cravaté, 
le pigeon tomblaire, le pigeon boulant, le pigeon culbu- 
tant, etc., on trouve peut-être un pigeon de race tout à fait 
pure entre dix mille affreusement abâtardis; excepté entre 
les mains de quelques rares amateurs qui ont fait venir à 
grands frais des pigeons de race d'Angleterre, où l'on a su 
conserver presque toutes les races dans toute leur pureté, par 
la raison bien simple qu'en Angleterre, la reine, le prince de 
Galles, l'aristocratie et des comités d'agriculture ont cons- 
tamment encouragé la propagation des beaux types. Il faut 
ajouter que les amateurs anglais possèdent toutes les no- 
tions d'histoire naturelle et de physiologie nécessaires pour 
conserver et perfectionner les races; que les journaux agri- 
coles de ce pays sont rédigés par des praticiens consommés 
qui viennent puissamment en aide à l'amateur, par des des- 
criptions minutieusement exactes, accompagnées de gravures 
des types les mieux réussis et se rapprochant le plus de la 
pei'fection, avec indication des qualités que l'amateur doit 
chercher à perpétuer et des défauts qu'il doit tâcher de cor- 
riger dans les races. 



CHAPITRE XVII. 
Le pigeon cigogne. 

Plus élégant que la plupart des races allemandes, le pi- 
geon cigogne a la taille et les formes du corps du pigeon 
saxon. 

Comme ce dernier, il a le bec grêle ; la tête convexe, lisse 
ou coquillée; l'iris noir; pas de filet autour des yeux; le cou 



— 107 - 

court, amplement garni de petites plumes blanches, longues 
et fines; les épaules arrondies et cachées sous les plumes du 
plastron; la poitrine et le dos larges; les ailes et la queue 
de longueur moyenne; les pattes courtes et emplumées. 




Le Pigeon cigogne. 

Il en existe des noirs, des rouges, des chamois et des 
bleus. 

Ce pigeon tire son nom de la ressemblance qu'il a, 
quant à son plumage, avec la cigogne. Il a le plumage en- 
tièrement blanc, à l'exception des rémiges bâtardes ou pe- 



— 108 — 

tites plumes adhérentes au pouce de l'aile, des rémiges pri- 
maires ou grandes pennes de l'aile, des plumes des pattes 
qui sont noires, ou rouges, ou chamois ou bleues, selon la 
variété à laquelle l'oiseau appartient, et d'une virgule ou 
petite tache longuette sur le front, de la même couleur que 
celle du vol, colorant la mandibule supérieure du bec et se 
prolongeant jusqu'au milieu de la tête. 

Cette race est très remarquable parla disposition des cou- 
leurs de son plumage ; et quoique beaucoup d'auteurs la re- 
gardent, à tort ou à raison, comme une race artificielle qui 
a été fabriquée en Allemagne, elle transmet ses caractères à 
sa descendance avec beaucoup de tidélité. 

Ils sont très féconds et s'éloignent peu de leur pigeonnier. 

Pour être estimés de race pure, ces pigeons ne doivent 
avoir d'autres plumes colorées que celles que je viens d'in- 
diquer et tout le reste du plumage doit être blanc, sans au- 
cun mélange de plumes colorées parmi les blanches, et ils 
doivent avoir les pattes garnies de plumes de la même cou- 
leur que la tache ou fève colorée qu'ils ont sur le devant de 
la tête. 

11 en existe des coquilles et des non coquilles; mais les 
deux variétés sont devenues tellement rares en France, qu'au 
Jardin d'acclimatation, qui en possède deux couples, en ce 
moment, les visiteurs les regardent comme de vrais objets 
de curiosité. 

Au Jardin d'acclimatation, ces oiseaux ont reproduit avec 
ardeur dans une cage mesurant à peine un mètre cube, ce 
qui prouve que c'est à tort qu'on abandonne celte ravissante 
race qui devrait être aux mains de bien des amateurs qui 
ignorent ses mérites et peut-être même l'existence de la race ; 
car rien ne lui manque : elle est gracieuse, elle a les formes 
élégantes, le plumage extrêmement distingué, elle s'accom- 
mode de toute espèce de nourriture, n'est pas plus exigeante 
pour le logement, et, sous le rapport de la fécondité, elle est 



— 109 — 

tout aussi parfaitement douée que le biset, le fuyard, le 
mondain et d'autres races communes qui peuplent nos 
basses-cours. 

En captivité, ces oiseaux de la variété noire provoquent 
l'admiration de tous les amateurs ; mais ils ne se montrent 
cependant dans toute leur beauté qu'en liberté, lorsque pre- 
nant leur essor, ils étalent les grandes pennes de leurs ailes 
dont le noir intense tranche superbement avec la blancheur 
éclatante du reste du plumage et produit le plus bel effet 
qu'on puisse s'imaginer. 



CHAPITRE XVIII. 

Pigeons Souabe. 

De la grosseur du mondain, dont il a à peu près les for- 
mes du corps et originaire de la Souabe, Schwaben, contrée 
de l'ancienne Allemagne, d'où il tire son nom, ce charmant 
oiseau commence à se faire rare en France. 

Ilale bec grêle, noirâtre, les morillespeu développées ; la tête 
convexe, lisse ou huppée, ou coquillée; l'iris rouge orangé; 
pas de filet ou de membrane charnue autour de l'œil ; le cou 
court, gros et bien rempli; le corps ovalaire, bien char- 
penté; la poitrine amplement développée; le dos large; les 
ailes et la queue de longueur moyenne; les pattes courtes, 
nues et d'un rouge vif. 

Leur plumage est aussi éclatant que varié; mais, malheu- 
reusement, cette adorable race a subi tant de croisements 
que les anciens types dont Boitard et Corbié ont tant vanté 
la beauté, ont presque complètement disparu. Ces auteurs 
disent qu'on en trouvait qui avaient la tête, la queue et le 



— 110 — 



vol blancs et le reste du corps rouge, chamois ou bleu ; d'au- 
tres étaient noirs, piquetés sur le manteau d'une manière 
admirable; il en existait même de rosés; d'autres avaient la 
partie supérieure de la tête d'un blanc pur, et tout le reste 
du corps semblable à celui du faisan argenté, c'est-à-dire, 




Pigeon Souabe à bavelle. 



blanc parcouru de lignes noires étroites, disposées en zig- 
zags. Boitard et Corbie parlent également d'une variété 
noire, dont l'espèce d'émail qui les recouvrait, formait au- 
tour du cou, des perles blanches sur un fond noir mat, avec 
un hausse-col ou plastron d'un blanc d'émail sur la poitrine, 



- 111 — 

et deux raies blanches formant, sur leurs ailes rapprochées, 
la croix de Saint-André. D'autres encore avaient le dos, les 
ailes, la tète et le poitrail noirs glacés de blanc, ou comme 
revêtus d'une dentelle d'émail, avec des pois blancs sur les 
grandes plumes noires de l'aile. On en voyait qui, au lieu 
d'être d'un noir mat et pur, étaient marquetés de taches 
blanches, sur un fond plus ou moins foncé. L'ne cinquième 
variété citée par les mêmes auteurs, était brune et ressem- 
blait beaucoup au pigeon suisse bai doré, mais elle était em- 
bellie de plusieurs rangs de perles blanches qui lui avaient 
mérité le nom de pigeon à collier. Toutes ces variétés étaient 
coquillées, produisaient beaucoup, mais étaient très farou- 
ches et quittaient précipitamment leur nid lorsqu'on entrait 
dans la volière. Voilà la description que firent Boitard et 
Corbié, en 18"24, des intéressantes variétés de pigeons co- 
quille Souabe qui existaient à cette époque et que j'ai es- 
sayé en vain de retrouver dans les volières du Jardin d'accli- 
matation, en vue d'en faire une description plus complète et 
plus détaillée. 

Il est donc à craindre que beaucoup de ces races pré- 
cieuses se soient mêlées, se soient perdues les unes dans les 
autres et aient à tout jamais disparu de nos basses-cours. 

C'est ici le cas de répéter ce que j'ai déjà dit : que l'homme 
dans son incommensurable orgueil s'attribue la gloire 
d'avoir créé le pigeon paon, le pigeon capucin et toutes nos 
autres races de pigeons d'utilité et d'agrément; taudis que, 
à mon sentiment, l'homme a toujours tout détruit et n'a ja- 
mais rien créé du tout, à l'exception de quelques variétés 
éphémères et passagères, qu'on appelle des races artificielles 
et qui, entre les mains d'un amateur négligent, ne tardent 
pas à reproduire des mondains, ou, sous les influences de 
l'atavisme, à retourner au type primitif. 

Au Jardin d'acclimatation, j'ai retrouvé néanmoins un 
couple de pigeons de l'ancienne race Souabe, dont la beauté 



-112- 

du plumage me fait regretter plus vivement encore que 
de beaucoup variétés de cette splendide race se soient dété- 
riorées par le croisement et les mélanges et que d'autres se 
soient perdues complètement. 

La jolie variété que le Jardin d'acclimatation possède en 
ce moment a la tête bleu ardoisé ; le cou et la poitrine d'une 
belle couleur changeante rouge pourpre ; la partie infé- 
rieure du corps ardoisée tirant'sur le bleu cendré; le dos et 
les couvertures des ailes bleu clair, agréablementéLincelés de 
blanc et de noir, chaque plume étant tricolore, blanche, 
bleue et noire par taches ; un large ruban blanc bordé d'un 
liséré bleu suivi d'un liséré noir sur les ailes; le vol ou les 
rémiges primaires bleu noirâtre; le croupion et la queue 
cendré bleuâtre, avec une large bordure noire placée à l'ex- 
trémité de la queue et les barbes supérieures externes des 
deux rectrices latérales blanches. 

Ces oiseaux ont les formes du corps du mondain, le bec 
grêle, l'iris rouge orangé et les pieds nus. 

Il nous reste à dire un mot enfin sur le pigeon souabc à 
bavette. Cette ravissante variété, que tous les amateurs con- 
naissent, est incontestablement la plus belle et la plus répan- 
due de toutes. 

Elle a le bec grêle et noir ; la tête aplatie et allongée, 
lisse ou huppée, ou coquillée; l'iris rouge orangé; la taille 
et les formes du corps du pigeon étourneau; les pieds nus 
ou chaussés. 

Son plumage a également beaucoup d'analogie avec celui 
du pigeon étourneau, dont il diflere principalement par le 
manteau qui est parsemé de taches blanches sur fond noir. 

Sa tête et son cou sont d'un noir métallique et glacés de 
blanc, chaque petite plume étant d'un noir intense à éclat 
métallique, de couleur changeante, et marquée à l'extrémité 
d'une petite tache d'un blanc jaunâtre, ce qui fait paraître 
cette partie du corps comme piquetée ou ponctuée de blanc 



— 113 — 

comme chez l'étourneau vulgaire [Sturnus vulgaris) ; une 
havette, de la même couleur, mais plus énergiquement 
piquetée de blanc, se dessine en forme de hausse-col sur sa 
poitrine; son dos, ses plumes scapulaires, les petites, les 
moyennes et les grandes couvertures de ses ailes sont noires 
à leur base, blanches à leurs barbes supérieures et bordées 
d'un liséré noir, mais le plus souvent la bordure se réduit à 
une petite tache noire triangulaire placée à la pointe de la 
plume; ses rémiges primaires ainsi que les rectrices ou 
grandes pennes caudales sont entièrement noires et mar- 
quées à leurs extrémités d'une petite tache blanche ovale et 
toute la partie inférieure du corps est noire glacée de blanc. 
Les jeunes sont d'un brun roux sur tout le corps et ne 
viennent en couleurs qu'après la première mue. 



CHAPITRE XIX. 
Pigeons suisses. 

Les pigeons suisses ont à peu près la taille et les formes 
du corps du tambour de Dresde : le bec grêle; la tête allon- 
gée et aplatie; pas de filet autour des yeux dont l'iris est 
variable; le cou court; le corps ramassé; la poitrine et le dos 
larges; les épaules arrondies et cachées sous les plumes de 
la poitrine; les ailes de longueur moyenne; la queue de lar- 
geur et de longueur moyennes; les tarses courts, nus ou 
emplumés. 
Il en existe plusieurs variétés dont les principales sont : 
Le pigeon suisse à queue blanche. Celte variété est devenue 
très rare dans le pays et est très remarquable par la beauté 
Pigeons domestiques.) 8 



— 114 — 

de son plumage. Le Jardin d'acclimatation en possède un 
couple, en ce moment, qui fait l'admiration de tous les ama- 
teurs sérieux. 

Ces superbes oiseaux ont la tête, le cou, la poitrine, le dos 
et toute la partie inférieure du corps d'un noir violet, ma- 
gnifiquement lustré, avec des reflets métalliques sur la 




Pigeon lune. 



gorge, prenant, dans certaines positions, des tons mêlés de 
rouge, de vert et de pourpre; les ailes noires, régulièrement 
mouchetées de blanc, traversées par deux barres blanches 
frangées de noir et d'orange, ce qui produit un effet on ne 
peut plus agréable, et la queue blanche. 



— 115 — 

Comme tous les pigeons suisses, ils ont le bec grêle et 
noir; l'œil large ouvert; l'iris noir; pas de membrane nue 
autour de l'œil; les jambes garnies de plumes longues qui 
dépassent considérablement les calcanéums; les tarses éga- 
lement garnis de plumes raides, dirigées horizontalement 
et d'un noir violet. 

Ces oiseaux reproduisent bien; mais ils ne viennent en 
couleurs qu'après la première mue. Leur premier plumage 
est presque entièrement noir d'un bout à l'autre, à l'excep- 
tion de la queue qui est blanche et de quelques mouche- 
tures blanches sur les ailes. 

Les pigeons suisses unlcolores ; plain colored suiss crescents. 
Cette race a beaucoup d'analogie avec le pigeon satin : son 
plumage est uniformément d'un bleu ardoisé sur tout le 
corps, avec des reflets métalliques sur la gorge; les ailes 
sont de la même couleur que celle du reste du corps et ne 
sont pas barrées. 

La race est très productive ; mais elle est très peu recher- 
chée par les amateurs à cause de son plumage qui n'est pas 
bien remarquable. 

Boitard et Corbié, qui ont écrit sur ces pigeons il y a un 
peu plus d'un demi-siècle, mentionnent encore les races 
suivantes, dont je n'ai pas retrouvé de représentants au Jar- 
din d'acclimatation et qui, comme bien d'autres, ont dégé- 
néré probablement en mondains ou ont disparu tout à fait 
de nos basses-cours. 

Pigeon suisse; columba helvetia. Grosseur et légèreté du 
biset; bec mince; point de filet autour des yeux; plumage 
ordinairement panaché de rouge, bleu ou jaune, sur fond 
blanc satiné; souvent avec un ou deux colliers et un plas- 
tron brun rouge, et deux rubans sur les ailes de la même 
couleur que celle du plastron. 

Pigeon suisse ordinaire; columba helvetia vulgaris. OEil à 
iris jaune; plumage affectant toutes les couleurs mention- 



— 116 — 

nées plus haut. Un collier et un plastron brun rouge; ailes 
barrées, non panachées et de la même couleur que le corps. 

Pigeon suisse à collier doré; columba helvetia torquata inau- 
rata. Ces jolis oiseaux ont la tête bleuâtre; le cou et la poi- 
trine d'un jaune métallique très brillant; le dos jaunâtre, 
comme truite de gris; les ailes et la queue bleuâtres. 

Pigeon suisse barré orangé ; columba helvetia lineata aurea. 
OEil à iris noir ; dos et cou d'un bleu clair ; poitrine mordo- 
rée; deux barres orangées, étendues comme un ruban sur 
les ailes, dont le fond est blanc. 

Pigeon suisse bai doré ou bisdoré; columba helvetia fadia 
aurata. Appelé anssilepigeonsuissejaunemaillé. Ce pigeon res- 
semble un peu au maillé feu, mais sa maille est plus petite 
en raison de sa grosseur qui est moindre ; le fond en est 
bleu clair, avec le bord doré. Le plumage est bleu, le vol et 
la queue d'un bleu noirâtre. On en trouve de jaunâtres et 
surdorés sur la poitrine, ou bien ils ont le dos d'une couleur 
de bois d'acajou clair, et la poitrine d'un brun doré avec un 
léger plastron plus clair. D'autres ont le dos d'une couleur 
d'acajûumat, le cou et la poitrine d'une belle couleur chan- 
geante, approchant, dit M. Vieillot, de la prune de Monsieur, 
ou d'un brun violâtre. 

Pigeon suisse hermine; columba helvetia alba mustellata. 
Cet oiseau, plus rare et plus beau que le précédent, en dif- 
fère par son manteau et le dessus de ses ailes qui sont blan- 
châtres, avec des marbrures brunes. 

Pigeon suisse azuré; columba helvetia cxruleata. Il ressem- 
ble assez au suisse de couleur uniforme, mais il est d'une 
couleur ardoisée tirant beaucoup plus sur le bleu. Il a sou- 
vent sur les ailes deux rubans de la môme couleur que le 
collier et le plastron. Ces cinq dernières variétés sont les 
plus brillantes en couleur que l'on puisse trouver dans toute 
l'immense tribu des pigeons. 

Il y a longtemps, je pense, que la plupart de ces splen- 



^- 



— 117 — 

dides races suisses dont Boitard et Corbié nous ont fait une 
description si intéressante, ont disparu de nos basses-cours 
et, mêlées à d'autres races, sont allées grossir le fonds déjà 
inépuisable des mondains, ces représentants de la confusion 
de toutes les races anciennes et nouvelles, connues et incon- 
nues. 

Du reste, il est permis de supposer, que, selon toute pro- 
babilité, ces belles variétés étaient déjà très rares à l'époque 
où Boitard et Corbié ont écrit; car il résulte de leur propre 
aveu que ces savants ornithologistes ont emprunté eux-mê- 
mes les intéressants renseignemenis qu'ils nous fournissent 
sur ces précieuses races, au Dictionnaire cV histoire naturelle 
de M. Vieillot; ce qui prouve que M. Boitard, ni son colla- 
borateur, M. Corbié, qui était oiselier de S. A. R. Madame la 
duchesse de Berry, ne les avaient jamais vues et ne les con- 
naissaient que d'après les descriptions qu'ils en avaient trou- 
vées dans les ouvrages d'autres auteurs qu'ils se sont con- 
tentés de reéditer. 

J'ai cru néanmoins devoir prendre le signalement de ces 
races disparues ou inconnues, dans l'espoir qu'on les re- 
trouvera un jour en Suisse ou en Allemagne, où l'on s'est 
peut-être soucié davantage de leur conservation. 

Laissons donc là, pour le moment, ces races éteintes, et 
occupons-nous de jeter un peu de jour dans l'iiistoire de 
celles que nous possédons encore dans toute leur pureté et 
qui n'ont pas été décrites par MM. Boitard et Corbié. 

La seule race suisse que je découvre encore au Jardin 
d'acclimatation, dont la beauté du plumage attire mon atten- 
tion et me réclame une description spéciale, c'est le char- 
mant 'pigeon lune. 

Le pigeon lune. Tous les amateurs connaissent ce superbe 
pigeon, du moins pour l'avoir vu. 

11 a beaucoup d'analogie avec le pigeon montagnard, dont 
il diflere principalement par son plumage distingué qui est 



— 118 — 

d'un blanc satiné, bien lisse d'un bout à l'autre, avec un 
plastron ou un hausse-col d'un brun rouge sur la poitrine 
et deux barres de la même couleur posées à l'extrémité des 
ailes. 

Le pigeon lune a le bec grêle et noir, les morilles peu dé- 
veloppées; la tête convexe et lisse; l'iris rouge, orangé; pas 
de membrane charnue autour de l'œil; le corps ovalaire; les 
formes arrondies comme chez le montagnard ; les pattes 
courtes et abondamment chaussées. 

Cette ravissante race se recommande particulièrement aux 
amateurs qui élèvent des pigeons dans le double but de per- 
pétuer les beaux types et de se procurer pour la table un 
aliment sain et précieux : elle est extrêmement produc- 
tive, ses pigeonneaux, environ un mois après leur naissance, 
ont la poitrine bien charnue, et leur chair est infiniment 
plus savoureuse et plus délicate que celle du biset. 

Je conseille aux amateurs, qui tiennent à faire multiplier 
les races pures, de ne pas mêler ces pigeons avec d'autres 
races; car ils ne tarderaient pas à se perdre les uns dans les 
autres et à dégénérer en pigeons mondains. 

En Suisse, les amateurs mettent, du reste, beaucoup de 
soins à conserver cette splendide race dans toute sa pureté; 
ce qui le prouve, c'est que les nombreux oiseaux de cette 
race que le Jardin d'acclimatation ne cesse de faire venir de 
ce pays, reproduisent tous admirablement bien et transmet- 
tent leurs caractères à leur progéniture avec une remar- 
quable exactitude. 

Ces pigeons pour être estimés de race tout à fait pure, 
doivent avoir le plastron ou hausse-col, qui s'étale sur leur 
poitrine, nettement dessiné et energiquement accentué; les 
barres transversales des ailes bien prononcées et le reste du 
plumage d'un blanc satiné, sans aucun mélange de plumes 
de la même couleur que celle du plastron. 

Quoique un peu lourds, ces pigeons soutiennent leur vol 



— 119 — 

assez bien ; mais ils marchent avec plus de difficulté, à 
cause de l'abondance et de la longueur des plumes qui leur 
recouvrent les pieds. 
Leur valeur à Paris est de 25 francs le couple. 



CHAPITRE XX. 

Les pigeons boulants. 

Columba gutturosa. 

De forme extrêmement élancée et de magnifique pres- 
tance, le pigeon boulant, auquel on donne aussi le nom de 
pigeon grosse-gorge, est doué de la faculté d'imprimer à son 
jabot une dilatation prodigieuse. 

Buffon a fait remarquer que tous les pigeons possèdent, à 
un degré quelconque, la faculté de gonfler leur gorge; mais, 
chez le boulant, cette faculté est poussée à l'extrême, et 
quand cet oiseau est sous les inspirations des sentiments de 
l'amour, la boule de la gorge parait se détacher comme un 
immense globe, 

Cette prodigieuse distension du jabot l'oblige à rejeter la 
tête en arrière, à se tenir droit, et à faire des efforts pour 
ne pas tomber à la renverse. Dans cette altitude gênante, le 
moindre coup de vent l'entraîne au loin ou le fait tomber 
en arrière. C'est pour celte raison que je conseille aux ama- 
teurs de couvrir, dans un rayon assez étendu autour du 
pigeonnier de ces singuliers spécialistes, les tuyaux des 
cheminées par un petit croisillon en fil de fer, pour empê- 
cher les chutes qu'ils y font fréquemment. 



— 120 — 

Le boulant est doué d'une fécondité ordinaire, mais 
l'expansion anormale de son jabot l'empêche de nourrir ses 
petits. 

En Ecosse, cette superbe race est entretenue par des 
amateurs intelligents qui appartiennent presque tous à des 
sociétés colombophiles ayant pour but d'organiser des expo- 
sitions de pigeons, auxquelles ils ne dédaignent pas de con- 
courir. Aussi, dans ce pays, le boulant, par suite d'une 
sélection judicieuse des oiseaux reproducteurs, de généra- 
tions en générations, a-t-il été porté à un degré de perfec- 
tionnement dont nous n'avons pas d'idée. Or, c'est ici le cas 
de faire remarquer que les éleveurs écossais ne permettent 
jamais à ces oiseaux de nourrir leurs petits, parce qu'ils 
sont sujets à la maladie du jabot, qu'ils contractent par suite 
des etforts violents qu'ils sont obligés de faire pour ramener 
dans leur bec les aliments qu'ils ont avalés. — Du reste, en 
nourrissant leurs petits, ils se salissent la gorge et perdent 
tout cachet de distinction. Pendant la saison de la mue, il en 
résulte un autre inconvénient plus grave encore : il arrive 
fréquemment que' les petits, en harcelant leurs parents en 
quêl=î de nourriture, détruisent les plumes qui leur recou- 
vrent le jabot, alors, leur gorge nue et rougeâtre a l'air 
d'être en guenilles et oti're un aspect hideux. ;\ 

Au surplus, c'est une erreur d'élever des pigeonneaux 
pendant le temps de la mue, lorsque les parents sont dans 
un état de malaise et de langueur qui leur fait perdre entiè- 
rement leur énergie; car l'expérience a démontré que les 
pigeonneaux nés pendant la mue de leurs parents, n'attei- 
gnent jamais la grosseur ordinaire des oiseaux de leur race 
et font leur mue très irrégulièrement pendant toute leur vie. 
11 en est de même des pigeonneaux qui naissent en hiver : 
ils sont tous de tempéi-ament lymphatique, viennent mal ou 
très lentement, ne forment jamais que des oiseaux marqués 
du sceau de la dégénérescence, et cette observation s'ap- 



— 121 — 

plique particulièrement au pigeon boulant, dont la belle 
apparence, la gracilité du corps et le développement déme- 
suré du jabot, constituent les principales qualités que les 
amateurs recherchent chez ces oiseaux. 

Le boulant réussit mal en captivité, à moins de n'en 
enfermer qu'un seul couple dans une volière, parce que son 
habitude d'enfler son jabot, au point de le rendre aussi rond 
qu'une boule, l'empêche de voir devant lui et l'expose à 
avoir le jabot percé par les coups de bec dont les mâles sont 
si prodigues entre eux. 

Il s'éloigne peu de son pigeonnier, à cause de son gros 
jabot, qui rend son vol lourd et laborieux; mais il aime à 
se pavaner sur les toits des bâtiments, et le bruit d'une 
cour fréquentée ne l'inquiète guère. Il est d'un naturel très 
gai; dès que le mâle aperçoit sa femelle, il vole vers elle, 
fait avec ses ailes un bruit qui ressemble beaucoup à celui 
d'une claquette, tournoie autour d'elle, se rengorge, fait la 
boule et lui adresse sans cesse d'amoureuses roucoulades. 

On en voit un grand nombre en liberté au Jardin d'accli- 
matation, où depuis plusieurs années ils excitent l'admira- 
tiou de tous les visiteurs. Ils y vivent en très bons rapports 
avec les poules et s'y trouvent très bien du régime ordinaire 
des pigeons. Ils sont très avides de sel, et, lorsqu'il existe 
dans les environs de leur habitation un vieux mur chargé 
de salpêtre, on est sûr qu'ils y font de fréquentes visites. 
Du reste, tous les pigeons aiment le sel avec fureur; aussi, 
les amateurs leur donnent-ils toujours un bloc de sel gemme 
qu'ils placent dans un endroit sec où ils peuvent facilement 
venir le becqueter. Cependant, l'abus du sel est nuisible à 
leur santé et les rend très maigres; c'est pour cette raison 
qu'il ne faut jamais leur donner du sel réduit en poudre, 
car ils en consommeraient une plus grande quantité qu'il ne 
convient à la conservation de leur santé. Ils ont le caractère 
gai et sont très familiers : au Jardin d'acclimatation, quand on 



— 122 — 

leur sert à manger, au premier coup de sifflet, ils font claquer 
leurs ailes, accourent de loin, et onles voit marcher sur les 
pieds du gardien, se poser jusque sur ses bras et manger 
dans sa main. 

En temps humides, il est préférable de leur donner à 
manger dans le pigeonnier; car ces oiseaux traînent le 
jabot à terre en mangeant et se le salissent promptement, 
lorsqu'on leur sert le grain hors du colombier et que la pluie 
a trempé le sol. 

Pour la même raison, on doit leur servir à boire dans des 
canaris ou des fontaines en faïence, et l'on ne doit pas mettre 
à leur portée des baquets pleins d'eau, parce qu'en y trem- 
pant leur jabot les plumes se chargeraient d'eau et l'on 
tomberait dans le même inconvénient qu'on a voulu éviter 
en leur donnant à manger dans le pigeonnier en temps 
humides. 

On en connaît plusieurs variétés, dont les principales sont 
les suivantes : 

Le boulant anglais ou écossais ; 

Le boulant nain d'Amsterdam ; 

Le boulant lillois ; 

Le boulant néerlandais; 

Le boulant hongrois. 

Toutes ces variétés sont bien tranchées et exigent une 
description spéciale. Il en existe plusieurs autres variétés, 
mais elles ont été obtenues au moyen de croisements entre 
les variétés précédentes et d'autres races, et ne méritent pas 
d'être élevées au rang de variété distincte. 

Le pigeon boulant anglais. 

TJie Poutcr. 

C'est incontestablement le roi des boulants. Cette belle 
variété est très répandue en Angleterre et en Ecosse, où on 



— 123 — 



l'estime beaucoup; elle possède à un degré plus élevé qu'au- 
cune autre la faculté d'aspirer et de retenir un grand volume 
d'air, de façon à rendre sa gorge plus grosse que son corps. 
« Le pigeon grosse-gorge anglais amélioré, dit Darwin, 
offre un aspect réellement étonnant lorsque son jabot est 
complètement distendu. La partie supérieure de son jabot, 
ajoute le grand naturaliste, a un diamètre énorme, même 
près du bec. J'ai eu en ma possession un de ces oiseaux 
dont le bec disparaissait entièrement quand le jabot était 

entièrement distendu. 
Les mâles surtout, 
quand ils sont excités, 
le gonflent plus que les 
femelles, et paraissent 
tout orgueilleux de 
cette étonnante faculté. 
Lorsque l'oiseau refuse 
de faire la boule, on 
peut, comme je l'ai vu 
faire, lui gonfler le ja- 
bot en lui soufflant 
dans le bec jusqu'à ce 
qu'il soit rond comme 
une boule, et ainsi plein 
d'air et d'orgueil, il se 
pavane en cherchant à 
conserver sa grosseur le plus longtemps possible. » 

Le boulant anglais est caractérisé par la forme sphérique 
de sa gorge, qui parait se détacher comme un immense globe 
quand il la tient gonflée. 

Si cela ne constitue pas une beauté, au sentiment de beau- 
coup de personnes, ce développement anormal de la partie 
antérieure du corps n'en est pas moins la principale qualité 
que les amateurs recherchent chez cet oiseau, et plus ce 










Pigeon boulant anglais. 



— 124 — 

développement est démesurément exagéré, mieux l'oiseau 
est apprécié. 

Sou jabot, quand il le dilate, doit présenter une forme 
complètement sphérique, aussi ronde qu'une boule, et doit 
paraître détaché comme un globe posé sur un corps grêle, 
et plus la partie postérieure du corps a de gracilité, plus 
l'oiseau est estimé. L'exagération en tout est une qualité 
chez le boulant, au lieu d'être un défaut, comme dans la 
majorité des cas. 

Dès l'Age de trois mois, cette surprenante faculté d'aspirer 
un grand volume d'air et d'enfler son œsophage naît chez 
lui; mais, à cet âge, il ne le dilate qu'incomplètement, et 
ce n'est qu'à l'âge adulte, lorsqu'il est dans la plénitude de 
sa vigueur, qu'il sait lui imprimer sa dilatation extrême. 

Son bec est grêle et de longueur moyenne, ses morilles 
sont peu développées. 11 a la tête de grosseur moyenne et 
convexe; l'iris rouge, sans filet autour de l'œil; le cou 
allongé ; le corps extrêmement grêle et long; le dos creux et 
étroit; la poitrine très étroite; les épaules effacées; les ailes 
longues, portées relevées de façon à ne pas cacher les jambes, 
serrées contre le corps, s'étendant jusqu'au trois quarts de 
la longueur de la queue, où les deux extrémités doivent se 
rencontrer sans se croiser; la queue étroite, effleurant la 
terre quand l'oiseau marche, mais il ne faut pas quelle 
traîne à terre. 

Les jambes et les tarses, ou les pattes, exigent une des- 
cription spéciale et minutieusement détaillée, parce que la 
valeur de ces oiseaux dépend en grande partie de leur con- 
formation, de leur longueur, et de la façon dont ils sont 
emplumés. — Les jambes doivent être très longues, plus 
longues que dans aucune autre race, de grosseur moyenne, 
peu écartées l'une de l'autre, et garnies de plumes molles qui 
recouvrent les calcanéums ou talons, sans les dépasser, je 
weux dire sans faire saillie en forme de manclietles, comme chez 



— 125 — 

le pattu limousin et comme chez le tambour de Boukharie. Il 
ne faut pas non plus que les jambes soient trop grosses ni trop 
grêles; il faut qu'elles soient en harmonie avec la grosseur 
du corps de l'oiseau ; il ne faut pas non plus qu'elles soient 




Patte emplumée conformément au goût des éleveurs 
et des jurés anglais. 

trop écartées l'une de l'autre et garnies abondamment de 
plumes raides, car ce défaut est ordinairement accompagné 
d'une trop grande épaisseur de corps, ce qui ôte à l'oiseau 
tout cachet de distinction. Les tarses doivent être également 
très longs et proportionnés à la taille de l'oiseau, lis doivent 



— 126 — 

être légèrement emplumés ou garnis de petites plumes 
molles, dirigées de haut en bas, poussant sur plusieurs 
rangées, de façon à bien envelopper le canon de la patte, et 
descendant sur les doigts. Les plumes qui poussent sur les 
doigts doivent être, au contraire, raides, longues, dirigées 




Patte insufflsammeut emplumée. 



horizontalement, s'épater sur les doigts et les recouvrir 
complèlemenl sous leur abondance. 

Le boulant anglais doit être bien d'aplomb sur ses pattes, 
qui ne doivent pas fléchir sous le poids de son corps; elles 
doivent être droites, sans être raides cependant comme des 



— 127 — 

jambes de bois. Il faut aussi que les calcanéums ou genoux 
soient tournés en dedans et les doigts dirigés en dehors. 

Il y a des oiseaux d'élite dont les pattes mesurent au delà 
de 17 1/2 centimètres, mais ils sont extrêmement rares. 

J'ai eu rarement des boulants anglais, dit M. Ure, dont 




Patte trop abondammenr emplumée. 

les pattes mesuraient plus de 17 1/2 centimètres, quoique 
l'on entende souvent parler d'oiseaux plus hauts sur pattes. 
J'en ai eu cependant dont les pattes avaient 18 centimètres 
de longueur, et j'ai eu un jour, ajoute le même éleveur 



— 128 — 

écossais, un mâle rouge dont les pattes avaient 19 1/2 cen- 
timètres de longuear; mais il n'a jamais pu se tenir debout 
et j'ai été obligé de le tuer'. 

La longueur des pattes se mesure depuis l'articulation qui 
sépare la jambe de la cuisse jusqu'à l'extrémité de l'ongle 
du doigt médian. 

La longueur du corps doit être proporiio7inée à celle des 
pattes. 11 n'y a pas un boulant sur vingt, dit M. Georges 
Ure, dont les jambes peuvent porter avec grâce un oiseau 
dont le corps mesure quarante-cinq centimètres. 

Le corps d'un boulant dont les pattes atteignent 
17 1/2 centimètres de longueur, peut mesurer sans inconvé- 
nient une longueur de 46 1/4 à 46 3/4 centimètres, et celui 
dont les pattes ont un demi-centimètre de plus, peut mesu- 
rer de 47 1/2 à 48 centimètres de longueur. Mais, dès que 
l'oiseau dépasse cette taille, dit M. Georges Ure, de Dundee, 
l'un des éleveurs les plus distingués de l'Ecosse, il ne sait 
plus se tenir droit, ni marcher avec grâce et légèreté^. 

La taille du boulant se mesure depuis la pointe du bec 
jusqu'à l'extrémité de la queue. 

Les boulants anglais sont panachés, c'est-à-dire qu'ils ont 
le fond du plumage bleu, rouge, jaune ou noir, avec les dix 

1. Lengtli of leg is Ihe property hardest to altain of any, but w-hen 
got gives such a magestic appearance to the bird, that I place il firsî. 
Birds over seven inches are very rare, though we hearof plenty above 
that lengtb. I bave very seldom got above seven, though I hâve had 
Ibem seven and a quater inches, and once a red cock seven and threc 
quarters, but tben, he never could wallv, in fact, could scarcely stand, 
and generaily sat on bis knees, so Ihad lo kill him. 

2. Not one pouter in twenty bas legs that can carry gracefuUy over 
eighteen inches of feather. Seven inches will carry a bird of eighteen 
and a half or tbree quarters well, and seven and an eight or a quarter 
a bird of nineteen or nineteen and a quarter inches. If over ibis 
lengtb, tben he loses in carriage, as he cannot get upright nor more 
about witb élégance and freedom. 



— 129 — 

grandes pennes des ailes blanches; un plastron blanc sur la 
gorge, en forme de croissant, dont les deux extrémités ne 
doivent pas dépasser l'œil; la partie inférieure du corps et 
les jambes blanches, et un groupe de petites taches ou mou- 
chetures également blanches sur les épaules. Les variétés 
rouge et jaune ont la queue blanche et les variétés bleue et 
noire ont la queue respectivement bleue et noire. 

La variété blanche n'exige pas de description spéciale, 
étant blanche d'un bout à l'autre. 

Il y en a, du reste, de toutes les couleurs; mais ce sont 
les quatre variétés panachées qui sont les plus estimées, et 
parmi lesquelles on rencontre le plus de sujets d'élite. 

Qualités à rechercher chez les oiseaux reproducteurs : 

Iris noir chez la variété blanche, rouge orangé chez les 
autres variétés ; 

Tête fine et gracieuse; 

Gorge sphérique, ronde comme une boule, énergique- 
ment accusée, paraissant détachée comme un globe lors- 
qu'elle est complètement distendue et s'arrêtant brusque- 
ment à la naissance du sternum; il ne faut pas qu'elle se 
prolonge jusqu'aux cuisses, car alors elle affecte une forme 
ovale qui donne à l'oiseau une apparence pesante et disgra- 
cieuse; 

Corps grêle et élancé; 

Dos très étroit, creux ou ensellé. Les individus qui n'ont 
pas le dos ensellé, ont le plus souvent le dos bossu et ne sont 
pas gracieux ; 

Poitrine très étroite; 

Ailes s'étendant jusqu'aux trois quarts de la longueur de 
la queue, portées relevées de façon à ce qu'elles ne cachent 
pas les jambes; c'est ce qui donne à l'oiseau une apparence 
de légèreté que les oiseaux qui portent les ailes bas, ne pos- 
sèdent jamais. 

{Pigeons domestiques.) 9 



— 430 — 

Jambes peu écartées l'une de l'autre, longues et suivies de 
tarses de longueur proportionnée à celle des jambes : il ne 
faut pas que le genou ou calcanéum soit placé trop bas, car 
les oiseaux qui ont ce défaut, n'ont jamais un port conve- 
nable; les jambes et les tarses doivent être recouverts de 
plumes molles qui les recouvrent sans les épaissir, mais les 
doigts doivent être garnis de plumes longues, raides et diri- 
gées horizontalement, qui les cachent complètement sous 
leur abondance ; 

Longueur du corps proportionnée à celle des jambes et 
des tarses; 

Port majestueux, droit, la tête renversée en arrière, de 
façon à ce que l'œil soit perpendiculaire au point central du 
plan de position. 

Pigeons boulants nains d'Amsterdam. 

Die HoUandische Ballonkropftaube, Dutch BaUoon Croppers. 

Exactement semblables aux gros boulants anglais quant 
au fond du plumage et à l'arrangement des couleurs; ils en 
diffèrent essentiellement par leur taille lilliputienne, par 
leurs jambes plus courtes, par leurs pieds déchaussés et par 
leur corps court, gros et plié. 

Cette race naine est singulièrement remarquable par l'im- 
mense grosseur de la boule de sa gorge, qui prend chez ces 
petits spécialistes des proportions phénoménales. 

Ils ont le bec grêle, les morilles peu développées; l'œil 
rouge, sans filet; la tête convexe, assez grosse et très reje- 
tée en arrière; la taille très petite ; le corps gros ; les épaules 
larges; les ailes longues; les jambes courtes et grosses; les 
tarses courts, nus et d'un rouge vif; le fond du plumage 
d'un brun marron, ou d'un noir velouté, ou d'un bleu clair, 
avec les ailes barrées de noir, ou d'un jaune chamois; le 



— 131 — 

vol, le plastron on hausse-col, la partie inférieure du corps 
et les jambes blancs ; les épaules marquetées d'un petit 
groupe de mouchetures blanches ; la queue de couleur 
correspondante à celle du fond du plumage dans les variétés 
bleue et noire, blanche dans les variétés brun marron et 
chamois. 

Ce qui rend cette race naine doublement curieuse, c'est 
que la femelle est douée, presque au même degré que le 
mâle, de la singulière faculté d'enfler sa gorge jusqu'à ce 
qu'elle affecte une forme sphérique d'une grosseur prodi- 
gieuse. 

Il y a, en ce moment, au Jardin d'acclimatation du bois 
de Boulogne, plusieurs couples de ces singuliers petits 

pigeons, que M. A. Geoffroy Saint-Hilaire a fait venir d'Am- 
sterdam et qui excitent l'admiration de tous les amateurs. Il 

ont presque constamment le jabot gonflé au point d'être 

obligés de faire des efforts pour ne pas tomber à la renverse. 

Ils ont le caractère très doux, sont très sociables entre eux, 

très familiers avec le public et viennent manger le pain dans 

la main des visiteurs. 

Leur fécondité ne laisse rien à désirer, mais, comme les 

boulants anglais , ils élèvent médiocrement leurs petits. 

Leur gorge presque toujours gonflée les empêche de ramener 

dans le bec les aliments qu'ils ont avalés et de les dégorger 

dans le bec de leurs pigeonneaux. 
Extrêmement petits, ces charmants oiseaux portent la 

tête rejetée en arrière comme chez le pigeon trembleur paon 

et constituent, parmi les boulants, la variété la plus curieuse 

et incontestablement la plus jolie. 
Leur plumage est identiquement semblable à celui du 

boulant anglais et est généralement mieux réussi. 
Quoique ces petits spécialistes, relativement à leur taille, 

possèdent à un degré plus exagéré que le boulant anglais 

la faculté de gonfler leur gorge, l'amateur ne doit pas 



— 13^ — 

rechercher chez eux un corps grêle comme chez ces derniers ; 
car l'harmonie des formes, qui n'existe pas chez le boulant 
anglais, existe chez le boulant nain, qui a le corps gros et 
court, est bas sur pattes et ne se rattache au boulant que 
par sa gorge démesurément grossie. 

Pigeons boulants néerlandais. 

Dutch Pouters. 

De taille aussi grande que les boulants anglais, mais de 
formes moins gracieuses, les boulants hollandais ont égale- 
ment la boule de la gorge très grosse etsphérique; mais elle 
parait moins détachée, à cause de la grande largeur de leurs 
épaules et de la grosseur de leur corps. Ils ont les ailes très 
longues, s'étendant presque jusqu'à l'extrémité de la queue; 
les jambes longues, grosses, amplement garnies de plumes 
molles qui descendent plus bas que les calcanéums et font 
saillie en forme de manchettes; les tarses, également longs 
et recouverts de plumes raides, disposées horizontalement 
et descendant jusque sur les doigts, où elles se développent 
tant en longueur qu'en abondance. 

Il y en a de toutes les couleurs, avec plastron ou hausse- 
col blanc sur la gorge et le vol blanc, ou de nuance uni- 
forme. 

Il en existe une variété de taille aussi grande que les bou- 
lants anglais, qui a les pieds nus et qui est très estimée 
quand sa couleur est uniforme par tout le corps. Il y en a 
aussi qui ont le plumage blanc et noir papilloté, avec les 
grandes pennes des ailes et de la queue noires, et qui sont 
très élégants ; mais les couleurs dominantes sont le blanc 
uni et le bleu, avec les ailes barrées de noir, 

La race est très féconde, très rustique, élève bien ses pe- 
tits et est très répandue en Hollande et en Belgique. 



- 133 - 

Plus les formes de corps du boulant néerlandais se rap- 
prochent de celles du boulant anglais, plus l'oiseau estestimé 
par les amateurs. 

Pigeons boulants allemands. 

Pigmy Pouters. 




Pigeons boulants allemands. 

Cette variété se distingue du boulant anglais, par sa taille 
qui est moindre et par la couleur uniforme de son plumage. 

Son plumage est ordinairement d'un jaune clair uniforme 
ou d'un jaune foncé, ou d'un brun marron , ou d'un gris 
perle d'un bout à l'autre, avec les ailes barrées de blanc. 

La boule, dans les oiseaux de cette variété, a toujours une 
forme sphérique. Ils ont le bec mince, la tête petite, les yeux 
rouge orangé, le corps svelte et élancé, les ailes longues et 
croisées sur la queue, les jambes longues, suivies de tarses 
longs et emplumés. 

Il y en a qui ont les tarses garnis de plumes molles, diri- 
gées de haut en bas; d'autres les ont garnies de plumes 



— 13 i — 

raides dirigées horizontalement, et alors le calcanéum ou 
talon est dépassé par les plumes de la jambe en forme de 
manchettes. 

Cette variété est beaucoup plus petite que celle du boulant 
anglais ; elle n'a pas non plus la faculté d'enfler autant sa gorge; 
mais elle est très féconde, et son plumage est très distingué. 

Pigeons boulants lillois. 

Le pigeon lillois est un gracieux petit boulant aux formes 
sveltes et élégantes, qui diffère de ses congénères anglais, 
hollandais et allemands, par sa boule qui, chez lui, prend 
une forme ovale et allongée, tandis que, chez ces derniers, 
elle a toujours la forme ronde ou sphérique. 

Il a la taille considérablement plus petite que le boulant 
anglais; mais, en revanche, il est infiniment plus gracieux, 
plus élancé et plus léger. 

Il a le bec grêle, les morilles peu développées et placées 
longitudinalement; la têlehsse, petite, déprimée et allongée; 
l'iris noir chez la variété blanche, rouge orangé chez les 
autres variétés ; point de filet autour des yeux; la gorge, 
quand il l'enfle, prenant la forme ovale d'un œuf dont la 
partie la plus grosse est sous le bec ; le corps extrêmement 
mince et allongé; le dos très étroit; la poitrine creuse; les 
épaules effacées; les ailes très longues et se croisant sur la 
queue, qui est très resserrée, les rectrices se recouvrant 
complètement l'une l'autre; les jambes fines et très longues, 
ainsi que les tarses, qui sont très légèrement emplumés; le 
doigt médian seul garni de petites plumes fines, caractère 
qui ne se rencontre dans aucune autre variété. 

Lorsque ces jolis oiseaux enflent leur gorge, ils rejettent la 
tête en arrière et leur corps affecte alors une forme conique, 
dont l'extrémité la plus large est représentée par la gorge, 
tandis que l'extrémité pointue est représentée par la queue. 



— 135 — 

Son plumage est le plus souvent d'un blanc pur, mais il 
y en a de toutes les couleurs. Les plus estimés sont les blancs, 
les gris perle barrés blancs, les chamois uni ou barrés blancs, 
les bleus barrés blancs ou barrés aurore ou cachou, etc., etc. 

La race est très répandue dans le nord de la France et 
principalement dans les environs de Lille, où elle est, à 
juste titre, tenue en haute estime, car c'est incontestable- 
ment la race la plus élégante de toute l'innombrable tribu 
des pigeons. Elle est, de plus, recommandable sous le double 
rapport de la rusticité et de la fécondité. 

Pigeon boulant de Hongrie. 

Hungarian pigeons. 

Le pigeon boulant de Hongrie appartient à la famille des 
grosses-gorges, quoiqu'il ne possède qu'à un faible degré 
la faculté d'enfler sa gorge. 

Cette variété est remarquable par la beauté et l'arran- 
gement des couleurs de son plumage. 

Beaucoup moins gros que le pigeon boulant anglais, le 
pigeon de Hongrie a le corps élancé; le bec grêle à mandi- 
bule supérieure noire chez les variétés à tête noire ou de 
nuance foncée, blanche chez les autres variétés; les morilles 
peu développées; l'œil rouge orangé, sans filet; la tête 
longue; les jambes également longues, ainsi que les tarses, 
qui sont garnis de plumes raides, s'étendant jusque sur les 
doigts, où elles forment matelas. 

Son plumage affecte toutes les couleurs propres au pigeon, 
dont l'arrangement exige une description détaillée. Le des- 
sus de la tête est marqué d'une tache noire, rouge, jaune ou 
bleue, selon la variété à laquelle l'oiseau appartien t, qui prend 
naissance à la base du bec et s'étend en s' élargissant en forme 
de feuille de buis sur le sommet de la tête; le reste de la tête 
est blanc; le cou, la poitrine, le dos, les plumes scapulaires, 



— 136 - 

les reins et la queue sont de la même nuance que la tache 
delà tête; les couvertures et les grandes pennes des ailes 
et la partie inférieure du corps sont blanches ; les plumes 
des jambes sont colorées et celles des tarses sont blanches. 

Il y a une variété qui n'a pas le front marqué de la tache 
colorée; mais elle est moins estimée que la précédente. 

Ce sont de charmants pigeons, très recherchés par les 
amateurs, à cause de l'élégance de leurs formes et de la 
beauté de leur plumage. 

Ils ont le caractère gai, sont très féconds, faciles à élever, 
et une collection de ces jolis oiseaux réunis dans une volière 
produit un fort bel effet. 

Je terminerai ici la nomenclature des variétés de pigeons 
boulants; car il en existe dans tous les pays du monde une 
inD.nité de prétendues races, sous-races et variétés qui 
portent des noms locaux et qui ne diffèrent entre elles que 
par la couleur du plumage. Toutes possèdent la faculté d'en- 
fler leur gorge à un degré plus ou moins exagéré, selon 
qu'elles sont de race plus ou moins pure; les uns ont les 
tarses emplumés et les autres les ont nus. La boule, dans 
les premiers, affecte toujours une forme sphérique; au lieu 
que, dans ceux qui ont les tarses nus, elle prend presque 
toujours la forme ovale. 

En Angleterre, où cette belle race est fort répandue, ou 
donne la préférence au gros boulant anglais sur toutes les 
autres variétés; parce que chez lui la faculté de gonfler la 
gorge, qui est le caractère saillant de la race, est le plus 
exagérée. 

Ce n'est pas une raison, cependant, pour mépriser l'élé- 
gant et léger pigeon boulant lillois, qui forme aujourd'hui 
une race fixe, bien distincte, bien caractérisée et qui, aux 
formes gracieuses et élégantes, joint la beauté d'un plumage 
varié et souvent fort distingué, qu'on ne rencontre jamais 
chez les boulants andais. 



- 137 - 

CHAPITRE XXI 

Les Bagadais. 

Columba lubevculosa. 



D'origine asiatique et d'an caractère extrêmement fa- 
rouche, ces oiseaux ont beaucoup de ressemblance avec les 
pigeons carriers de second choix. 

Excentriques de tournure, les oiseaux de cette race se 
reconnaissent au premier coup d'œil à leurs formes heurtées 
et à leur bec long, solide et crochu. Ils ont les caroncules 
nasales très charnues, mais moins tuberculeuses et moins 
développées que celles du carrier, n'envahissant jamais la 
mandibule inférieure du bec, comme chez ce dernier, et les 
amateurs recherchent surtout les oiseaux dont les morilles 
sont très développées à la naissance du bec et s'amincissent 
graduellement en gagnant la pointe; l'iris rouge orangé; 
l'œil entouré d'un large ruban charnu rouge, et il faut que ce 
ruban fasse bien le tour de l'œil, qu'il soit partout unifor- 
mément de la même largeur et aussi uni que possible; il ne 
faut pas qu'il soit tuberculeux ou chargé d'expansions ar- 
rondies ressemblant à des espèces de bosses, comme il s'en 
forme souvent à la surface de la membrane charnue qui 
entoure les yeux des pigeons polonais lorsqu'ils se font 
vieux ; la tête déprimée, étroite entre les yeux ; le cou mince, 
long et peu rempli; le corps grêle; la poitrine étroite; les 
épaules apparentes et anguleuses; les ailes courtes, tenues 
très hautes et très serrées contre les flancs, ce qui contri- 
bue à rendre les épaules extrêmement saillantes ; le plu- 
mage peu serré, laissant presque à nu les os proéminents 



- 138' — 

de l'épaule, et collé sur le corps; les cuisses et les jambes 
fortes et allongées, les pieds nus, et la queue courte. 

Sa démarche est lourde et son vol laborieux, à cause du 
peu d'envergure de ses ailes et du peu de plumes qui les 
recouvrent. 

Cette race est peu recherchée par les amateurs, par suite 
du peu d'élégance de ses formes et de son caractère fa- 
rouche. 

Son plumage affecte toutes les couleurs communes aux 
pigeons; mais le blanc, le noir uni et le bleu, avec les ailes 
barrées de noir, sont les couleurs les plus dominantes. 

Pigeons bagadais à cou de cygne; Colinnba tuberculosa olO' 
vina. — Moins excentrique de touruure que le bagadais ordi- 
naire, cet oiseau a le cou gracieusement arqué comme celui 
du cygne, et son plumage est ordinairement blanc. Il diffère 
encore du bagadais commun par son bec, qui est plus cro- 
chu; par ses caroncules nasales et par son ruban charnu 
rouge autour de l'œil, qui sont moins développés; ainsi que 
par sa têle, qui est régulièrement convexe, et cette convexité 
s'étend depuis l'occiput jusqu'à la pointe du bec, formant 
une seule ligne courbe chez les oiseaux de premier choix, 
sans présenter aucun creux ni étranglement. 

Il a l'iris noir et les formes du corps semblables à celles 
du bagadais commun. 

Pigeon bagadais cou de cygne pie. — Semblable au précé- 
dent, dont il ne diffère que par son beau plumage, qui 
exige une description spéciale. Il a la tête blanche, le blanc 
descendant sous le bec en forme de bavette et se terminant 
en pointe allongée sur la poitrine ; la partie postérieure du 
cou, la poitrine, le dos et la queue noirs, rouges, chamois 
ou bleus, et le reste du corps, c'est-à-dire, les couvertures 
des ailes, le vol et la partie inférieure du corps, depuis la 
naissance du sternum jusqu'aux couvertures inférieures de 
la queue exclusivement, blancs comme la tête. 



- l-ÎV) — 



Ces oiseaux ont beaucoup de ressemblance, quant au plu- 
mage, avec le pigeon pie harnaché, dont ils ne diffèrent que 
par le blanc de la tête, qui descend plus bas sous le bec et 




Pigeon bagadais cou de cygne. 



vient se terminer en pointe sur la poitrine. 

La physionomie de ces deux variétés revêt un cachet tout 
particulier, par suite de la couleur rouge du ruban charnu 



— liO — 

qui entoure leurs yeux et forme un agréable contraste avec 
le fond blanc du plumage sur lequel il se détache. 

Comme le principal mérite de celte variété réside dans la 
beauté de son plumage, l'amateur aura soin de choisir ses 
oiseaux reproducteurs parmi ceux qui sont le plus réguliè- 
rement marqués, et dont la partie colorée de la robe forme 
une région nettement accusée ; il recherchera aussi ceux qui 
onl le ruban charnu autour de l'œil bien rouge et régulière- 
ment dessiné. 

Comme tous les bagadais, ces oiseaux ont le caractère 
farouche et irritable, sont doués d'une fécondité médiocre 
et élèvent mal leur progéniture. 



CHAPITRE XXII. 
Pigeons frisés ou de soie. 

Race de curieux et d'amateurs, dont le plumage est iden- 
tiquement semblable à celui de la poule nègre de Mozam- 
bique ou de la poule de soie. 

Originaire, dit-on, de l'Asie, cette race ne possède pas la 
faculté de voler, comme les autres pigeons domestiques, par 
suite des barbes de ses plumes, qui sont décomposées, 
séparées, soyeuses et frisées, ressemblant plutôt à des poils 
qu'à des plumes, et donnant à l'oiseau un aspect aussi 
bizarre que peu attrayant. 

Par leur conformation, ces oiseaux se rattachent à toutes 
les races de pigeons connues, car, à ma connaissance, il 
existe des pigeons Irembleurs paon de soie, columba laticauda 
setacea; des pigeons patlus frisés, columba pedibiis piumosis 
crispa^ en allemand, ivollechte tanben; des pigeons bagadais 



— l'A — 

bataves de soie; columba îuberculosa setacea batava, etc., etc. 
La qualité d'avoir les barbes des plumes décomposées, 
longues et uon adhérentes entre elles, ne saurait donc être 
considérée comme une caractéristique de race, puisqu'on 
rencontre dans toutes les races de pigeons domestiques des 
individus ou des variétés revêtus de ce plumage. 

Aldrovande regardait néanmoins le pigeon frisé comme 
une espèce véritable et la nommait en latin columba crispis 
pennis. 

Quoi qu'il en soit, ces singuliers oiseaux ne seront jamais 
recherchés par les amateurs que comme objets de curiosité, 
et cet abandon a sans doute pour cause qu'ils ne possèdent 
pas la faculté de voler. 

Ces pigeons sont le plus ordinairement blancs; mais il en 
existe aussi des noirs, des rouges, des chamois et des bleus. 
Us sont très familiers et aussi productifs que les individus 
non frisés de la race à laquelle ils appartiennent. 

Pigeons frisés milanais. 

Fi'illbacks. 

Il ne faut pas confondre le pigeon frisé milanais, qui a 
les plumes du manteau frisées, avec le pigeon frisé propre- 
ment dit, qui a le plumage de soie extrêmement fin, et dont 
les barbes des plumes sont décomposées, séparées, soyeuses 
et tombantes comme des franges de soie. 

Le pigeon frisé milanais a la grosseur et les formes du 
corps du tambour de Dresde; le bec grêle, les morilles peu 
développées; la tête déprimée; l'iris toujours rouge orangé, 
même chez la variété blanche; un mince filet blanc rosé 
autour des yeux chez la variété blanche, bleu noirâtre chez 
la variété bleue; le cou court et bien rempli; le corps ova- 
laire, le dos et la poitrine assez larges; les ailes et la queue 
de longueur moyenne et les tarses courts. 



— Ii2 — 

Il a la tête coquillée ou lisse; les pattes empkimées ou 
nues. 

Sou plumage affecte toutes les couleurs ordinaires aux 
pigeons; mais le caractère le plus saillant qui a inspiré le 
nom qu'on a donné à cette race, réside dans les plumes du 
manteau, dont les pointes sont retournées ou frisées en 




Pigeon frisé milanais. 

spirale, à peu près dans la forme de l'extrémité du tire- 
bouchon, et donnent à l'oiseau un aspect particulier. 

Cette élégante race est devenue assez rare dans sa pureté, 
parce qu'elle a été beaucoup croisée avec d'autres races. 
Cependant, le Jardin d'acclimatation en possède, en ce 



— Ii3 — 

moment, des blancs et des bleus tirant sur le bleu cendré, 
qui ont les plumes du manteau bien frisées, et c'est, au 
surplus, le seul caractère de la race qui doit être énergique- 
ment accentué et que l'amateur doit rechercher chez les 
oiseaux reproducteurs. 

M. Ludlow prétend que les oiseaux de cette rac3 doivent 
avoir le plumage frisé surtout le corps et, plus heureux que 
nous, cet auteur prétend avoir vu des spécimens dont le 
plumage était frisé d'un bout à l'autre'. 

Malgré la bizarrerie de leur plumage, les pigeons frisés 
sont gracieux de formes et très productifs. Ils ont le vol léger 
et s'accoutument facilement, pendant la belle saison, à 
chercher une grande partie de leur nourriture au dehors. 



CHAPITRE XXIII 



Pigeon poule ou pigeon maltais trembleur. 

Columba Iremula auguslicauda ; Burmese or Florentine or 
Narrow - tailed shaker pigeon. 

De grosseur moyenne et affectant toutes les couleurs 
communes aux pigeons, cette race se distingue par un trem- 
blement convulsif dont le cou est presque constamment 
agité, et par sa queue extrêmement courte, qu'elle a la 
faculté de relever presque jusqu'à la hauteur de la tête, 
comme le roitelet, ou plutôt comme le scorpion, sans pouvoir 
l'étaler en éventail comme le paon. 

1. Head, neck, and saddle, whilst being a little ruffled, are not so 
well crimped as the sides, hut the great object is to obtain entire car- 
ling, and I bave seen spécimens upon wbicb it bas umnistakably 
been attained. 



— 144 - 

Lorsque cet oiseau redresse sa queue, il porte la poitrine 
en avant, la tête en arrière, et son cou gracieusement arqué, 
tremblote comme celui du pigeon queue de paon. 

Il a le bec de longueur et de force moyennes, les morilles 
blanches et peu développées, la tête convexe et grosse, l'iris 
rouge orangé, sans filet autour de l'œil ; le cou long, gracieu- 
sement arqué et tremblotant comme celui du pigeon queue 




Pigeon mallais trembleur. 



de paon; le corps court, gros, arrondi, bien charpenté et 
solidement posé sur des pattes nerveuses, assez longues, 
nues, et d'un rouge vif; le dos large et extrêmement court; 
la poitrine large, ouverte, proéminente et portée en avant; 
les ailes de longueur moyenne, s'étendant jusqu'à l'extré- 
mité de la queue, qui est remarquablement courte et com- 
posée de douze pennes rectrices. 
11 est le plus souvent tout blanc ou caillouté blanc et noir; 



- m - 

mais il en existe un grand nombre d'autres variétés, parmi 
lesquelles l'une des plus remarquables est la variété blanche, 
avec la tête, les ailes et la queue affectant toutes les couleurs 
ordinaires aux pigeons. 

Cette dernière variété, qui est incontestablement la plus 
belle et, à juste titre, la plus estimée, a la tête noire, rouge 
acajou, chamois ou bleue, la région colorée s'étendant 
sous le bec en forme de bavette, exactement comme chez le 
pigeon coquille hollandais, avec cette différence, bien 
entendu, que la tête du pigeon maltais trembleur est lisse 
et n'est jamais coquillée ; les ailes, le vol et la queue sont 
toujours de la môme couleur que celle de la tôle et le reste 
du corps, c'est-à-dire, le cou, le dos, le croupion, la poitrine 
et toute la partie inférieure du corps sont entièrement blancs. 

Les principales qualités que l'amateur doit rechercher 
chez les oiseaux de cette dernière variété sont les sui- 
vantes : 

1° Tête régulièrement colorée et se détachant nettement 
du cou, qui ne doit jamais être maculé ; 

2" Ailes et queue entièrement de la même couleur que 
celle de la tête, sans mélange de plumes blanches. 

Il ne faut pas que la couleur de la tête descende jusque 
sur la poitrine ou envahisse la nuque; il faut qu'elle reste 
strictement dans les limites que je viens de prescrire. 

Il en existe aussi une variété couleur d'acajou qui a la tête 
d'un brun foncé, les couvertures des ailes couleur d'acajou 
étincelé de noir, le vol et la queue d'un brun noirâtre. Cette 
variété est très curieuse, très jolie, et très recherchée. 

La variété blanche d'un bout à l'autre est également fort 
belle et est très appréciée pour sa fécondité par les amateurs, 
qui font de leurs colombiers une source de profits et d'agré- 
ments. 

Malgré sa conformation trapue, cette race a le vol assez 
léger; elle est néanmoins sédentaire, très rustique, très 
{Pigeons domestiques.) 10 



— 146 — 

reproductive, et son plumage est toujours très propre et bien 
lissé. 



CHAPITRE XXIV. 

Pigeons du Caire. 

Sioifts. 

Originaires de l'Egypte, comme leur nom l'indique, ces 
oiseaux ne ressemblent à aucune autre race de pigeons do- 
mestiques. Leur taille est au-dessus de la moyenne; ils ont le 
bec gros et court, recouvert à sa base de morilles assez déve- 
loppées et disposées transversalement; la tête petite, courte 
et ronde; l'œil large ouvert, l'iris terne, d'un jaune rou- 
geâtre; nue mince membrane nue, d'un blanc rosé, autour 
des yeux; le cou court et gros; le corps très allongé; la poi- 
trine large et portée en avant; les ailes démesurément longues, 
ayant quelque ressemblance avec celles de l'hirondelle, me- 
surantjusqu'à quatre-vingts centimètres d'envergure, portées 
relevées et les extrémités se croisant sur la queue, comme 
chez l'hirondelle; la queue également très longue, les rec- 
trices ou grandes pennes mesurant vingt centimètres de 
longueur; les pattes courtes et nues. 

Le plumage affecte toutes les couleurs propres aux pigeons ; 
on en trouve des noirs, des blancs, des bleus, avec les ailes 
barrées de noir; d'autres ont la tête, la gorge et la partie in- 
férieure du corps chamois, les ailes et la queue de nuance 
plus sombre, à peu près comme chez le pigeon bouvreuil; 
mais ce qu'il y a de plus remarquable chez les pigeons de 
cette race, c'est l'immense longueur des tiges et des barbes 
de leurs plumes, qui donne au corps de l'oiseau une gros- 
seur beaucoup plus apparente que réelle. 



— 147 — 

Malgré son immense envergure, le pigeon du Caire a le 
vol laborieux et s'éloigne peu de son colombier. 

Il s'acclimate assez facilement en France, se multiplie ra- 
pidement, se nourrit de graines de toute espèce, sans dédai- 
gner le pain. 

Presque chaque année, de nouvelles races viennent aug- 




Pigeon du Caire. 

menter les collections déjà si nombreuses des pigeons 
d'utilité ou d'agrément, qui ornent nos volières et con- 
tribuent à animer nos basses-cours et nos maisons de cam- 
pagne. Ces résultats sont dus, en grande partie, au.x efforts 
persévérants du Jardin d'acclimatation, qui encourage, par 



— 148 — 

les récompenses qu'il distribue et par l'achat à de hauts 
prix de sujets de race remarquable, lintroductioii en France 
des diverses races exotiques qui offrent un intérêt quel- 
conque au point de vue de l'utilité ou de l'agrément. 

La race du Caire ne peut être comptée, malheureuse- 
ment, que parmi les races de luxe, et, pour cette raison, son 
introduction en France ne saurait être considérée comme 
une œuvre éminemment utile. 



CHAPITRE XXV. 
Pigeons bouvreuils. 

Chose étonnante, cette race de pigeons, l'une des pkis 
anciennes, des plus belles et des plus répandues, n'a jamais 
été décrite par aucun auteur français. Cependant, le pigeon 
bouvreuil, quand il est de race pure, est l'un des plus beaux 
et des plus gracieux oiseaux qui ornent nos volières, et je ne 
puis conséquemment pas m'e.xpliquer cet oubli. 

Légers comme la tourterelle, les pigeons de cette race ont 
à peu près la taille et les formes du cravaté huppé allemand. 

La femelle est généralement moins grande et plus svelte 
que le mâle. Leur bec grêle comme celui de la tourterelle a 
les mandibules légèrement renflées près de la pointe ; leur tête 
est fine et allongée; quelques plumes à rebours forment sur 
le derrière de la tête une huppe pointue, comme chez le 
pigeon cravaté allemand, et il ne faut pas que la huppe 
affecte la forme d'une coquille ou d'un casque, comme chez 
les pigeons coquilles, il faut, au contraire, que la huppe soit 
bien pointue, pour que l'oiseau soit reconnu comme étant 



— 149 — 

de race pure; leur iris est d'un rouge orangé clair; ils ont 
une mince membrane nue autour des yeux; leur cou est 
très grêle chez la femelle, un peu plus gros chez le mâle ; 
ils ont le corps ovalaire; le dos et la poitrine larges; les 
ailes de longueur moyenne: la queue assez large: les tarses 
courts, nus et d'un rouge vif. 




Pigeon bouTreoil chamois 



La race est sédentaire, quoiqu'elle ait le vol très l^er; 
les mâles ne sont peut-être pas aussi doux qu'on Ta prétendu, 
mais ils sont ioconlestablement moins batailleurs que beau- 
coup d'autres, sont vils, alertes, et ils roucoulent beaucoup 
autour de leurs femelles. 



— 150 — 

A part les soins qu'exigent tous les pigeons, il n'existe pas 
de race plus rustique et plus facile à élever tant en liberté 
qu'en captivité. 

Il en existe un grand nombre de variétés, dont les princi- 
pales sont : 

Les pigeons bouvreuils blancs, à poitrail noir, rouge, cha- 
mois ou bleu ; 

Les pigeons bouvreuils noirs, à poitrail rouge ou chamois; 

Les pigeons bouvreuils tricolores, à vol blanc; 

Les pigeons bouvreuils des Indes, noir gris, à poitrail 
rouge ou chamois. 

Les pigeons bouvreuils blancs, à poilrail )ioir, rouge, cha- 
mois ou bleu, ont la tête, le cou, le poitrail, et toute la partie 
inférieure du corps noir, rouge, chamois ou bleu ; le dos, le 
croupion, les ailes et la queue d'un blanc pur,, à l'exception 
de deux barres de la même couleur que le poitrail, étendues 
comme deux rubans à travers les ailes. 

Les pigeons bouvreuils noirs, àpoilrail rouge o\i chamois, ont 
la tête, le cou, le poitrail, la partie inférieure du corps et 
les couvertures inférieures de la queue d'un brun rouge ou 
chamois; le dos, le croupion, les ailes et la queue noirs. 

Les oiseaux de race pure de cette dernière variété ont les 
ailes noires, légèrement glacées de rouge ou de chamois, 
selon la variété à laquelle ils appartiennent, avec de magni- 
fiques reflets verts sur le dos et sur les épaules. 

La variété rouge a le cou et le poitrail d'une superbe cou- 
leur changeante marron rouge, avec des reflets pourpres et 
violacés; la poitrine et toute la partie inférieure du corps 
rouge marron; les jambes et les couvertures inférieures de 
la queue d'un rouge marron noirâtre. 

La variété chamois a le cou et le poitrail d'un jaune métal- 
lique, avec des reflets verts; la partie inférieure du corps 
chamois clair; les jambes et les couvertures inférieures de 
la queue chamois foncé. 



- 151 — 

Quand on soulève les ailes des oiseaux des variétés rouge 
et chamois, il faut que toute la partie visible du corps soit 
respectivement d'un rouge marron ou chamois, à l'exception 
des rectrices, qui doivent être d'un noir gris, avec une large 




Pigeon bouvreuil rouge. 



bande d'un noir intense à leur extrémité. Les oiseaux qui 
ont du noir aux cuisses, ou aux jambes, ou à l'abdomen, ou 
dont le noir du dos s'étend plus loin que la naissance du 
cou, ne sont pas considérés comme de race pure. 



— lô:2 — 

Les mêmes observations s'appliquent à la vaiiélé blanche 
à poitrail noir, ronge, chamois ou bleu. 

Pigeons bouvreuils tricolores. — C'est à tort que ces pigeons 
sont désignés sous la dénomination de pigeons bouvreuils 
tricolores, car ils n'ont ni la conformation ni le plumage du 
pigeon bouvreuil. 

Ils ont le bec court, assez fort, les morilles peu dévelop- 
pées; la tète grosse, convexe et lisse; l'iris rouge orangé; la 
poitrine saillante; le dos large; les ailes longues; la queue 
de longueur moyenne et étroite et les tarses nus. 

Leur plumage est très remarquable. Ils ont la tête, le cou, 
et toute la partie inférieure du corps d'un rouge marron 
magnifiquement lustré, avec des reflets métalliques sur la 
gorge ; les ailes bleu ardoise uni, pas de barres à travers les 
ailes, le vol blanc t-t la queue bleu noir, avec nue barre d'un 
noir intense placée à son extrémité. 



CHAPITRE XXVI. 

Pigeons pies. 

Columba pica; The Magpie. 

Ces pigeons doivent leur nom à l'arrangement des cou- 
leurs de leur plumage, qui a beaucoup d'analogie avec celui 
de la pie commune. 

ils ont le bec demi-grêle, de couleur blanc rosé, marqué 
ordinairement de non- chez la variété de celte nuance, blanc 
rosé chez les autres variétés; les morilles longitudinales, 
blanches, peu développées et séparées sur la ligne médiane; 



— l.5;3 - 

la tête lisse, déprimée et allongée en forme de tête de ser- 
pent; l'iris blanc d'émail; un filet rouge autour des yeux; 
le cou court, bien rempli; la poitrine saillante et assez large; 
les ailes très longues, setendant jusqu'aux trois quarts de la 
longueur de la queue; les épaules cachées sous l'abondance 
des plumes de la [joiirine ; la queue étroite; les jambes courtes; 
les tarses également courts et nus. 

Leur plumage est remarquable par la disposition des cou- 
leurs. Les pigeons pies ont la tête, le cou, le plastron, le 
dos, les plumes scapulaires, les reins et la queue colorés, et 
le reste du plumage, c'est-à-dire, les couvertures des ailes, 
le vol, et la partie inférieure du corps d'un blanc pur. 

La principale qualité à rechercher chez les pigeons pies, 
c'est une séparation nette des couleurs. Il ne faut pas que le 
noir ou le rouge, ou le jaune du dos ou du plastron, fasse 
irruption sur le blanc des ailes ou de la partie inférieure 
du corps; il faut, au contraire, qu'il s'en sépare nettement. 

Comme le principal attrait de ces pigeons réside dans le 
jjlumage, c'est la variété noire qui est la plus recherchée 
par les amateurs; parce que les caractères saillants de la 
race, la disposition et le contraste des couleurs, sont plus 
énergiquemeut accusés dans les individus de celte nuance 
que dans ceux des autres variétés. 

Cette jolie race est extrêmement féconde, rustique, facile 
à élever, et peu difficile sur le choix de son gîte. Enfermée 
dans un pigeonnier, elle n'exige d'autres soins qu'une bonne 
nourriture jjour s'y multiplier avec une étonnante rapidité. 

Pigeon pie harnaché. 

Cette race, apportée de l'Allemagne, est issue, dit-on, d'un 
croisement entre le boulant harnaché et le pigeon pie; mais 
la race est depuis longtemps fixée et transmet ses caractères 
à sa descendance avec une grande exactitude. 



— 154 — 

Un peu plus haut sur pattes que le pigeon pie ordinaire, 
il a à peu près les formes du corps du biset; le bec grêle et 
blanc ; l'iris noir ; pas de filet autour des yeux ; la tête con- 
vexe; le cou de longueur moyenne; le corps ovalaire, assez 




Pigeon pie harnaché. 



élancé; les épaules cachées sous les phimes du plastron; la 
poitrine arrondie, moyennement développée; les ailes lon- 
gues; les pattes également assez longues, légèrement ou 
abondamment emplumées. 



— 155 — 

Son plumage est très remarquable et a beaucoup d'ana- 
logie avec celui du pigeon pie ordinaire, dont il ne diffère 
que par la couleur de la tête, qui est blanche, au lieu d'être 
de la même couleur que le plastron, comme chez le pigeon 
pie ordinaire. 

Plus élégant et plus leste que ce dernier, il est cependant 
peu l'épandu en France, et ne se trouve guère dans toute sa 
pureté qu'en Angleterre et en Allemagne, où il commence 
aussi à devenir rare. Malgré sa rareté, car le .Jardin d'accli- 
matation n'en possède, en ce moment, qu'un seul couple, 
presque tous les éleveurs connaissent la race; et, quoique 
issu, comme on le prétend, du pigeon boulant hongrois, ce 
pigeon ne possède pas la faculté d'enfler sa gorge comme 
les boulants. 

La race est rustique et n'exige pas de soins particuliers. 

Il en existe aussi une variété qui a les pieds nus ; mais elle 
est entièrement semblable à la précédente pour les formes 
du corps et la disposition des couleurs du plumage. 

Qualités à rechercher chez les oiseaux reproducteurs : 

Il faut que le blanc de la tête s'étende un peu au-dessous 
du bec. Le cou, le plastron, le dos et la queue doivent être 
colorés, et le reste du corps d'un blanc pur, sans mélange 
de plumes colorées parmi les blanches. 

L'iris doit être noir, et non pas perlé, comme chez le pi- 
geon pie. 

Le bec doit être blanc rosé, les pattes nues ou chaussées 
et de longueur moyenne. 



156 — 



CHAPITRE XXVII 



Le Pigeon queue de paou. 



^"^MR 




Pigeon queue de paon écossais 
de M. James C. Lyell, de Duudee lÉcosse). 

Ravissants petits pigeons caractérisés par une queue lar- 
gement épanouie en forme d'éventail, qu'ils portent perpen- 
diculairement. 

Ils sont très répandus sur toute la surface du continent 



- 157 - 

asiatique, depuis la Turquie d'Asie jusqu'à Textreme Orient, 
depuis Smyrne jusqu'aux îles Pliilippines; les marins an- 
glais en apportent fréquemment des sujets très remarquables 
des Indes-Orientales et notamment de Bombay et de Calcutta, 
ayant le plus souvent les pattes légèrement emplumées. 

Ces petits pigeons sont toujours tremblotants, comme s'ils 
étaient constamment en proie à une agitation fiévreuse ou 
nerveuse ; ils étalent et redressent leur queue à la hauteur 
de la tête, sous les inspirations de l'amour ou de la crainte. 

Ils ont la taille très petite; le bec grêle et court; les mo- 
rilles petites et blanches ; la tête mignonne et rejetée très 
en arrière; l'œil de vesce, sans filet; le corps court et très 
arrondi ; le dos très court; la poitrine large, arrondie, extrê- 
mement proéminente, plus saillante que chez aucune autre 
race de pigeons, et portée très haute; le cou grêle, flexible, 
élancé, gracieusement arqué, comme chez le cygne; les ailes 
traînantes, bien dégagées de la queue; la queue très épanouie, 
portée relevée, et composée de vingt-huit à quarante-deux 
pennes disposées symétriquement en éventail; les tarses de 
longueur moyenne, nus et d'un rouge vif; les doigts petits 
et courts. 

Ce pigeon est extrêmement doux et familier, ne s'éloigne 
jamais de son colombier, parce qu'il a le vol très laborieux, 
à cause du grand épanouissement de sa queue. 

Le pigeon queue de paon, de race tout à fait pure, doit 
avoir le plumage bien fourni; la tête petite et lisse; le bec 
grêle et court; le cou constamment tremblotant, et ce fré- 
missement, qui ressemble à un mouvement convulsif, doit 
se communiquer à la poitrine, aux ailes et à tout le corps; 
le cou doit être flexible, grêle, allongé, gracieusement arqué 
et replié sur le dos, comme chez le cygne ; sa tête, très rejetée 
en arrière, doit s'appuyer sur les couvertures de la queue, de 
façon que l'oiseau, vu de face, ait la tête et le cou entière- 



ment cachés derrière la poitrine, qui doit être très large, 
très arrondie, portée très liante et très en avant. 

Sa queue doit être extrêmement épanouie, compter de 
vingt- huit à quarante-deux pennes reclrices ayant les 
barbes très longues et bien l'ournies, serrées et symétrique- 
ment rangées, et, vue de derrière, elle doit former un éven- 
tail presque complet. C'est une erreur de croire qu'un pigeon 
queue de paon de race pure doit avoir de quarante h quarante- 
deux pennes à la queue; car les oiseaux qui ont des queues 
aussi fournies, ne les redressent jamais bien, et les plus 
beaux sujets de cette race que j'ai vus, n'en avaient que 
trente-quatre. C'est le port de la (]ueue, et non pas le nombre 
de plumes qu'elle comporte, qui donne à l'oiseau le cachet 
de distinction que l'amateur de beaux types recherche et, 
s'il ne porte pas sa queue bien perpendiculairement, quelque 
fournie qu'elle soit, il ne provoquera jamais l'admiration de 
l'amateur; mais un oiseau ayant la queue très lourde et très 
fournie, peut être employé utilement comme oiseau repro- 
ducteur. 

»* 

Il ne faut pas que l'oiseau retire la tête en arrière de 
manière à ce qu'elle traverse la queue et produise dans 
l'éventail une brèche ou solution de continuité; mais ce dé- 
faut, quoique regrettable, parce qu'il enlève toute la grâce 
à l'oiseau, se rencontre très souvent chez les oiseaux de la 
meilleure souche et ne doit conséquemment pas être consi- 
déré comme une preuve de mauvaise descendance. 

La queue qui retombe plus d'un côté que de l'autre est un 
défaut plus grave; et les oiseaux qui ont ce défaut doivent 
être éliminés de la reproduction, ]ja?'ce qu'ils le IransmeUenl 
très souvent à leur progéniture. 

Cette adorable race comporte un très grand nombre de 
variétés, toutes caractérisées par la queue portée en éventail, 
et dont les principales sont : 



— 1Ô9 — 

La variété écossaise blanche, qui est la plus mignonne, la 
plus élégante, la plus beUe et la plus gracieuse de toutes. 

La variété écossaise soyeuse, dont les plumes ont les barbes 
soyeuses, séparées et tombantes. 

La variété écossaise blanche à manteau de couleur, qui est 
très estimée et très recherchée par les amateurs. Le fond du 
plumage de cette superbe variété est d'un blanc pur, et les 
couvertures des ailes sont noires, ou rouges ou chamois, ou 
bleues barrées de noir comme chez le cravaté; mais ils 
n'ont jamais le manteau aussi régulièrement marqué que 
ces derniers. 

La variété anglaise blanche à queue large et étalée comme 
celle du paon. Les oiseaux de cette race sont de plus forte 
taille que le pigeon écossais; ils sont aussi moins gracieux et 
moins élégants que ces derniers. 

La variété anglaise noire, bleue, chamois, etc., qui a été 
obtenue au moyen de croisements entre la variété blanche 
et d'autres races; les sujets de cette variété laissent géné- 
ralement à désirer sous le rapport de l'élégance des formes 
et portent rarement la queue bien relevée. 

La variété indienne à tête lisse, qui est identiquement sem- 
blable au pigeon queue de paon écossais, mais qui a les 
pattes emplumées. 

La variété indienne à tcte huppée, qui ne diSêre de la pré- 
cédente que par la huppe qui orne sa tête. 

La variété de la Guyane, à queue large et étalée comme 
celle du queue de paon anglais, dont le fond du plumage 
est d'un blanc mat et les ailes bleues, marquetées de petites 
taches d'un bleu plus clair et barrées de noir. 

La variété allemande, qui a le corps blanc et la queue 
affectant toutes les nuances propres aux pigeons. 

La variété allemande inverse, qui a la queue blanche, et 
dont le corps affecte toutes les couleurs ordinaires aux 
pigeons. 



- 160 - 

Ces deux dernières variétés ont été obtenues également au 
moyen de croisements entre le pigeon queue de paon blanc 
anglais et des pigeons blancs ayant la queue d'une autre 
couleur, et vice versa; mais elles sont plus curieuses que 
belles et sont loin d'avoir les formes du corps aussi élé- 
gantes, le port aussi fier et la queue aussi large, aussi épa- 
nouie et aussi bien étalée que les sujets blancs de race pure. 

Plus le pigeon queue de paon est petit et mignon, plus il 




Pigeons queue de paon écossais de M. James C Lyell, de Dundee (Ecosse). 

porte la tête renversée en arrière, plus il se livre à des con- 
torsions exagérées, plus les amateurs le trouvent à leur goût. 
Sous les influences de la moindre émotion, ces gracieux 
petits pigeons rejettent instantanément la tête en arrière 
jusqu'à l'exagération; ondulent, recourbent et replient leur 
cou mince et allongé sur leur dos, et leur corps est constam- 
ment agité de petits mouvements nerveux et convulsifs. — 
Dans cette attitude, vus de face, ils ne présentent plus au 



— 161 — 

regard qu'une poitrine arrondie, derrière laquelle la tête et 
le cou disparaissent complètement, et ressemblent à des 
oiseaux décapités. 

Les allures de ces petits spécialistes ne sont pas moins 
bizarres. — M. James C. Lyell, auteur du Book of Fancy 
Pigeons^ de Dundee (Ecosse), a eu la gracieuseté de m'en- 
voyer plusieurs couples de ces adorables oiseaux. Lors- 
qu'ils s'abattent sur le sol, ils se replient le cou sur le dos; 
leurs jambes se raidissent; ils trébuchent, se heurtent les 
uns contre les autres en courant et ne savent faire trois pas 
de suite en avant sans faire une ou plusieurs pirouettes. 
Légers et gonflés d'air, ils se redressent sans cesse sur les 
jambes, comme des oiseaux qui se préparent à prendre leur 
essor, et semblent lutter avec efforts contre une tendance 
constante à être emportés dans l'espace. 

En France, on rencontre souvent de très beaux pigeons 
queue de paon blancs qui ont la tête ornée d'une huppe 
pointue; mais ils sont moins recherchés par les amateurs, 
parce que l'oiseau à tête lisse est infiniment plus gracieux. 

La variété huppée était autrefois très répandue en Angle- 
terre et en Ecosse; mais, là comme en France, on les a 
abandonnés pour donner la préférence à l'élégant queue 
de paon à tête lisse renversée en arrière. 

Qualités à rechercher chez les oiseaux reproducteurs : Taille 
petite; bec court; tête mignonne, lisse, très rejetée en ar- 
rière, de façon à ce qu'elle s'appuie sur les couvertures de 
la queue; cou allongé, mince et très recourbé comme chez 
le cygne; corps rond et tremblotant toujours; queue très 
épanouie, portée perpendiculairement quand l'oiseau se 
montre dans l'attitude fière, ne comportant pas moins de 
trente plumes étalées en éventail et formant un cercle 
presque complet; tarses nus, de longueur moyenne et doigts 
courts. 

Défauts à éviter : Tête forte; cou épais, raide et peu ar- 
{Pigeons domestiques.) 11 



que; corps allongé ou insulfisammeiit agité de ce trem- 
blement convulsif qui forme un des caractères les plus 
saillants de la race ; queue trop peu fournie ou portée trop 
peu relevée ou, au contraire, trop relevée au-dessus de la 
tête, mettant l'oiseau dans une position gênante, ou queue 
inclinant plus d'un côté que de l'autre. 

Selon M. Didier Guettier, le pigeon queue de paon de race 
améliorée ou perfectionnée, qu'on ne rencontre qu'en Angle- 
terre, doit posséder les caractères suivants : 

Taille petite; corps très court, si court que si l'on venait 
à retrancher le cou, la queue et les membres, on n'aurait 
plus da'ns la main qu'une sorte de boule en forme d'orange. 
Les sujets dont le corps est allongé sont sans valeur. 

Le cou recourbé gracieusement en arrière comme celui 
du cygne, doit être très mince, très allongé, de manière à 
rendre plus étendue l'action du tremblement dont nous 
allons parler tout à l'heure. 

La tête fine, le bec légèrement effilé, terminé en pointe 
comme celui d'une colombe, l'œil brun foncé. Les jambes 
sont droites, assez hautes, avec le canon très ténu; les pieds 
courts et cambrés. 

Il est de toute rigueur que la poitrine soit bombée et for- 
tement ressortie. L'oiseau, vu de face, doit paraître tout en 
poitrine; nulle exagération n'est à craindre sur ce point. 

La queue, principal ornement du pigeon paon, se relève 
en forme d'éventail. Il existe bien une variété qui porte la 
queue horizontale, mais ces pigeons ne sont estimés que 
comme trembleurs, et cette disposition de leur queue en 
rend la propreté très difficile à entretenir. 

C'est donc en éventail que le paon doit toujours porter la 
queue, mais il y a certaines règles qu'il est bon de préciser 
et en dehors desquelles le pigeon est défectueux. 

D'abord, la queue, au lieu de paraître former le prolonge- 
ment du corps, devrait être plantée pour ainsi dire dans les 



- [m - 

reins ; il faut qu'elle jaillisse du dos sans laisser soupçonner 
lexistence du croupion. Ensuite, les plumes, soyeuses à 
leur extrémité, doivent être disposées dans l'ordre des 
branches d'un éventail ouvert, bien arrondies et sans brèche 
ou interruption au milieu. On tolère quelquefois un peu de 
désordre dans cette partie supérieure de l'éventail, mais c'est 
uniquement en faveur des trembleurs hors ligne qui, se 
renversant à l'excès, sont exposés à tomber fréquemment 
sur la queue et à briser ainsi la pointe de quelques plumes. 

Le nombre de plumes exigées pour que la queue d'un 
paon soit réputée bonne, est un objet de grande controverse 
entre les amateurs .: les uns veulent absolument trente-deux 
plumes; d'autres, plus exigeants encore, prétendent avoir 
possédé des paons à quarante plumes, et ils cherchent vai- 
nement à retrouver cet éventail prodigieux qui n'existe plus 
qu'à l'état de souvenir. 

Nous pensons qu'on a tort d'attacher une si grande impor- 
tance à cette question de nombre de plumes. Les queues les 
plus chargées ne sont pas celles qui font le mieux la roue ; 
au contraire, cet excès de poids suffît pour compromettre 
l'élégance et la bonne tenue de l'oiseau. On peut donc, selon 
nous, se montrer très satisfait et rencontrer d'excellents 
paons avec vingt-huit plumes pour les mâles et vingt-six 
pour les femelles. Les ailes n'auront qu'une longueur très 
modérée; elles tomberont bien bas, afin de ne pas gêner le 
mouvement relevant de la queue. Si elles venaient à prendre 
les proportions et la position de celles des autres pigeons, 
elles feraient le plus fâcheux effet. 

Telles sont les diverses conditions que l'on doit exiger 
d'un pigeon paon bien constitué. Il reste à demander main- 
tenant à l'oiseau deux choses : la bonne tenue, c'est-à-dire, 
l'attitude la plus propre à faire valoir l'ensemble de ses 
avantages, et le tremblement, qui est pour lui un attribut 
naturel, un exercice spécial pouvant être comparé à la cul- 



— 164 — 

bu le chez le culbulant, ou au vol prolongé et sans cesse 
ascendant chez le haut-volant dit monte-au-ciel. 



CHAPITRE XXVIII. 



Pigeons capucins. 

Columba cucullata jacobina: — The jacobin. 




Pigeon capucin de M. Vallois, du parc de Neuilly. 

Les oiseaux de cette ravissante petite race se reconnais- 
sent au premier coup d'œilàleur capuchon qui recouvre leur 
tête, descend postérieurement et latéralement le long du 



— 165 — 

cou et se prolonge en gorgerette sur la poitrine. Ils ont la 
taille au-dessous de la moyenne, les formes gracieuses, la 
tête, le vol et la queue blancs; le reste du corps noir, jaune, 
rouge ou bleu, et ils transmettent leurs caractères à leur 
progéniture avec une remarquable fidélité. 

Le pigeon capucin de bonne descendance a le corps élancé, 
les formes élégantes et arrondies; le bec blanc, court, très 
voûté, et recouvert à sa base de deux membranes blanches 
peu développées; la tête assez forte, courte^ bien arrondie, 
large entre les yeux et le front élevé et droit. Les oiseaux de 
cette race qui ont la tête allongée, le front fuyant, le bec 
grêle et droit, ne sont pas recherchés par les amateurs et 
ont toujours la capuche de forme défectueuse ou trop peu 
développée. L'iris est d'un blanc d'émail ou d'un bJanc très 
légèrement sablé de rouge, et l'œil est entouré d'un mince 
filet rouge qui produit un fort bel efïet. 

Le capuchon, qui est le principal ornement de l'oiseau et 
qui constitue le caractère le plus saillant de la race, doit 
être très fourni, amplement développé et bien rabattu sur 
la tête, qu'il doit envelopper de façon que la partie anté- 
rieure delà tête ne soit visible que jusqu'au méat auditif. 
Les plumes de la capuche doivent être longues, fines et 
molles, ayant dans leur ensemble beaucoup de ressemblance 
avec une ruche de soie frisée; il faut aussi que la capuche 
s'avance sur le sommet de la tête, jusqu'au-dessus de l'œil,, 
que les plumes qui la garnissent se rabattent et s'étalent sur 
la tête de l'oiseau. Sur le derrière de la tête, elle doit for- 
mer une espèce de crinière épaisse et hérissée, descendant 
le long du cou et s'étendant jusqu'au dos, conservant par- 
tout sa même forme épanouie, sans qu'il se produise sur son 
parcours aucune solution de continuité. Latéralement, vers le 
milieu du cou, les plumes du capuchon se séparent, pour se 
diriger, les unes de bas en haut et les autres en sens inverse. 
Les premières prolongent la capuche proprement dite, enve- 



— 166 — 

loppent latéralement la tête et s'étendent le long du cou en 
forme de jabot ou de gorgerette jusque sur la poitrine. Pour 
que l'oiseau soit estimé de race tout à fait remarqualjle, il 
faut que les extrémités des plumes de la capuche se croisent 
sous le hec et cachciU complctemenl la gorge (fig. 1). Les oi- 




Fig. 1. — Capuche parfaite. 



seaux qui laissent voir la gorge ont évidemment les plumes 
de la capuche trop courtes et ne sont que des métis s'éloi- 
gnant plus ou moins des formes typiques (fig. 2). Je me 
hâte d'ajouter que les pigeons capucins de race pure sont 
extrêmement rares en France et qu'on ne les rencontre guère 
qu'en Angleterre. Beaucoup d'amateurs ne connaissent 



— 167 



même pas la race primitive et lui rapportent indistincte- 
ment tous les affreux métis à capuche plus ou moins défec- 
tueuse, ayant un œil noir et l'autre perlé, et qui, mar- 
qués du sceau de la dégénérescence ou de l'abâtardissement 
le plus flagrant, s'éloignent complètement de l'idéal re- 
cherché. 




Fig. 2. — Capuche dérectueuse. 

Le plumage affecte toutes les couleurs propres aux pigeons; 
mais les nuances dominantes sont le noir, le nankin et le 
rouge, avec la tête, le vol et la queue blancs. 

Il y en a aussi qui sont de couleur uniformément blanche 
ou noire, ou rouge, ou jaune d'un bout à l'autre; mais ils 
sont loin d'être aussi beaux que les précédents. 



- 168 — 

Dans la variété qui a les extrémités blanches, le blanc de 
la tête ne doit pas descendre plus bas que le méat auditif et 
la mandibule inférieure du bec, comme chez le bald head ou 
tumbler à tête blanche et doit trancher nettement sans décrire 
de zigzags capricieux sur le fond sombre du plumage du cou. 

Les dix rémiges primaires, au grand complet, doivent être 
blanches (flg. 3). Les individus qui ne comptent que sept ou 




huit pennes blanches au vol, ou qui en ont dix à une aile et 
huit ou neuf à l'autre, ne sont pas estimés (flg. 4). 

Les reins, le croupion et la queue doivent être d'un blanc 
pur. 

La capuche, le cou, la poitrine, le dos, les couvertures des 
ailes, la partie inférieure du corps, et les plumes des jambes, 
doivent être d'un beau noir, ou d'un beau rouge ou chamois 
magnifiquement lustrés, et la capuche, dans les oiseaux 



— 169 — 




Fi ^'. 3. — Aik- parlailc ayant I05 dix rémiges primaires blauclies. 




Fig. 1. — Aile défectueuse ne comptant que huit pennes blanches au vol. 



— 170 — 

d'élite, est criblée de reflets mordorés, verdâtres et violacés 
qui produisent le plus bel eifet. 

Le pigeon capucin a les pattes nues; mais on en trouve 
aussi qui ont les pattes légèrement emplumées. 

Il est bon producteur, a le caractère doux et gai, le vol la- 
borieux et s'éloigne peu de son colombier. 

Pigeons capucins espagnols. 

Spcmish jacobins. 

Ils ne diffèrent du précédent que par la couleur du fond 
de leur plumage, qui est papilloté ou caillouté blanc et iioir, 
avec la tête, le vol et la queue blancs. Ils ont les pattes gar- 
nies de plumes cailloutées comme celles du fond de la robe. 

Il en existe aussi des cailloutés rouge et blanc avec des 
reflets verdâtres et violacés sur le cou; mais c'est parmi la 
première variété qu'on rencontre le plus d'oiseaux de race 
pure et dont la capuche se rapproche le plus de l'idéal rêvé 
par les amateurs. 

Leur plumage est irrégulièrement composé de plumes 
tantôt noires, tantôt blanches, quelquefois blanches mou- 
chetées de noir ou de ronge aux extrémités, ou blanches 
irrégulièrement mêlées ou tachetées de noir ou de rouge, 
avec la tête, le vol et la queue toujours blancs. 

Ils ont l'œil perlé et les pieds emplumés. 

Pigeons capucins à visière. 

Cette singulière race ou variété, huppée et capuchonnée, 
introduite en France et en Angleterre, il y a quelques an- 
nées, venant d'Allemagne, a par ses formes et par son plu- 
mage la plus grande analogie avec le pigeon capucin unico- 
lore à tête pleine, dont elle diffère principalement par une 
petite huppe ou touffe de plumes à rebours qu'elle porte sur 



- 171 — 

]e front et qui forme le caractère le plus saillant de la va- 
riété. 

Quoique nous ne possédions cette race, sous-race ou va- 
riété, comme on voudra l'appeler, que depuis un petit nombre 
d'années, il ne résulte pas moins de mes renseignements 
qu'elle existe depuis fort longtemps en Allemagne, où l'on 
élève toute sorte de pigeons en très grand nombre, et tout 
semble indiquer que nous n'avons pas connaissance de toutes 
les races que possède cette vaste contrée. 

Le pigeon capucin à visière est un charmant oiseau uni- 
colore, ayant les formes du corps et le capuchon du pigeon 
capucin ; mais il en difïèrc par son bec qui est grêle et long 
comme celui du fuyard et du biset: par la couleur de l'œil 
qui est noire, et par la huppe qui orne son front et qui a 
beaucoup d'analogie avec celle du tambour de Dresde. 

On prétend, comme toujours, sans nous dire oij, quand et 
par qui, que cette race ou variété a été fabriquée en Alle- 
magne, au moyen de croisements entre le capucin à tête 
pleine et le tambour de Dresde. Cependant, peu de pigeons 
transmettent à leur progéniture leurs caractères avec tant 
d'intégrité, ce qui me porte à croire qu'artificielle, ou non, la 
race a été depuis longtemps fixée. Ce qui me confirme dans 
cette opinion, c'est qu'elle a le capuchon aussi développé et 
aussi accentué que chez le capucin à tête blanche le mieux 
réussi et de la plus belle race. Or, l'expérience a démontré 
que, sous les influences de l'attavisme, les métis issus du pi- 
geon capucin et d'un pigeon d'une autre race, ne transmet- 
tent jamais avec exactitude leurs caractères à tous leurs des- 
cendants; qu'il existe toujours chez leurs produits une 
tendance de retour au type primitif et que cette tendance à 
la dégénérescence se manifeste de plus en plus énergique- 
ment au fur et à mesure que les générations s'accumulent. 

C'est ainsi qu'on a observé que, chez les moulons métis 
mérinos accouplés entre eux, il existe une tendance constante 



— 172 — 

de retour au type primitif qui était en possession de l'indi- 
génat, et que, pour combattre cette tendance et maintenir 
la race au niveau de perfectionnement acquis, il est indis- 
pensable d'introduire à chaque instant dans le troupeau du 
nouveau sang de la race pure qu'on veut perpétuer. 

Il en est de même des pigeons : une race pure se main- 
tiendra toujours pure et ne dégénérera jamais ; tandis que les 
pigeons de race abâtardie dégénéreront rapidement, si l'on 
n'a soin d'améliorer la race par un choix judicieux des oi- 
seaux reproducteurs. 

A l'appui de mes observations, je citerai deux faits qui se 
sont produits sous mes yeux : 

Premier exemple : J'ai connu à Thielt, des pigeons paons 
de race abâtardie, comptant vingt-deux plumes à la queue, 
qui, après une longue suite de générations, ont fini par pro- 
duire des individus ne comptant plus que seize plumes à la 
queue. 

Deuxième exemple : M. 0. Géré, de Saint-Cloud, possède de 
charmants petits pigeons cravatés de Tunis blancs à queue 
bleue, qui ont été prunes à l'Exposition universelle de 1878, 
et qui proviennent d'un croisement entre le tunisien blanc 
et le tunisien bleu. Or, les oiseaux de celte variété acciden- 
telle, accouplés entre eux, produisent constamment des indi- 
vidus bleus tachetés de blanc, c'est-à-dire qu'il se manifeste 
chez leurs produits une tendance constante de retour au 
type primitif, exactement comme chez le mouton métis 
mérinos, chez le cheval anglo-normand et chez toutes les 
races d'animaux qu'on a essayé d'améliorer par voie de 
métissage. 

Par contre, j'ai vu les races pures se perpétuer chez moi 
par elles-mêmes, de générations en générations, sans dégé- 
nérer. 

Quoi qu'il en soit, nous possédons aujourd'hui le capucin 
à visière, rapporté d'Allemagne par M. A. Geolïroy Saint- 



— 173 — 

Hilaire, directeur du Jardin d'acclimatation, et qui passe, à 
juste titre, pour le plus curieux parmi les pigeons capu- 
chonnés. 

La race est sédentaire, très familière et ne s écarte jamais 
de son habitation, par la raison bien simple qu'elle a le vol 
laborieux à cause de sa capuche; elle parait rustique et fé- 
conde, semble se plaire sous nos climats et s'élève sans plus 
de difficultés que la variété à tête blanche : c'est donc une 
précieuse acquisition. 

Le capuchon de ces oiseaux doit être identiquement pa- 
reil à celui du capucin à tête blanche de race pure : c'est- 
à-dire qu'il doit être grand, bien fourni et bien développé, 
s'avancer et se rabattre sur la tête jusqu'au-dessus de l'œil, 
ne laissant de visible que le front, les yeux et le bec; des- 
cendre le long du cou; se prolonger sur la poitrine; et, chez 
les oiseaux de bonne race, les plumes de la collerette où ca- 
puche sont longues, soyeuses, criblées de magnifiques re- 
flets métalliques et leurs extrémités se croisent sous le bec. Les 
individus qui ont la gorge découverte, ne sauraient être 
considérés comme de bonne descendance et doivent être im- 
pitoyablement éliminés de la reproduction, sans rémission. 




- 17.i - 

CHAPITRE XXIX. 

Pigeon nonnain cape. 

Columba cucullala bardocucuUala; — The capvchins. 

Originaire de l'Asie mineure, ce joli pigeon est très an- 




Pigeon nonnaiu cape noir à queue blanche. 

ciennement connu en Angleterre. Il a à peu près la taille et 
les formes du corps du x^igeoii capucin le mieu.K réussi, dont 
il diffère principalement par son capuchon qui est réduit à 
de bien moindres proportions et ne forme guère qu'une co- 
quille bien accusée qui enchâsse le derrière de la tête et 
s'élend légèrement sur la nuque. 

Il a le bec très court, ayant beaucoup de ressemblance avec 
celui du cravaté tunisien, noir chez les variétés noire et bleue, 
blanc chez la variété blanche ; les morilles blanches et placées 
transversalement; la tôle courte et ronde; une coquille éner- 



- 17o — 

giquement accentuée derrière la tête; l'iris d'un blanc 
d'émail; l'œil entouré d'une petite membrane nue de cou- 
leur bleu violàtre; le cou de longueur moyenne, assez gros 
et bien rempli; le corps élancé; la poitrine proéminente, le 
dos de largeur moyenne, les épaules arrondies et cachées par 
les plumes de la poitrine ; les ailes assez longues, s'étendant 
jusqu'aux trois quarts de la longueur de la queue, portées 
bas et traînantes; la queue étroite, de longueur moyenne et 
portée au-dessus des ailes; les pattes courtes, nues et d'un 
rouge vif; les doigts très courts et les ongles affectant la 
même couleur que celle du bec. 
Il en existe trois variétés connues, qui sont les suivantes : 
Pigeon nonnain cape blanc. — Quoique peu commune, beau- 
coup d'amateurs anglais possèdent cette charmante variété 
qui est blanche d'un bout à l'autre; elle a le bec, l'œil et les 
ongles blancs comme son plumage. 

Pigeon nonnain cape noir à queue blanche. — Ce charmant 
oiseau a le plumage entièrement noir, à l'exception de la 
queue qui est d'un blanc de neige et forme un agréable con- 
traste avec le fond sombre du reste du vêtement. Les plumes 
de la capuche, de la gorge et de la poitrine sont d'un noir 
violàtre à éclat métallique et prennent, dans certaines posi- 
tions, de belles teintes changeantes, vertes, rouges et pour- 
pre; les couvertures des ailes sont d'un noir velouté, magni- 
fiquement lustrées et lissées; les rémiges primaires sont 
d'un noir intense mat, ainsi que celles de la partie inférieure 
du corps. 

La physionomie de ce bel oiseau revêt un cachet tout par- 
ticulier, par suite de la forme arrondie de sa tête qui est en- 
châssée par derrière dans une capuche ou collerette frisée; 
terminée par devant par un petit bec noir, très voûté, recou- 
vert à sa base de deux morilles blanches nettement accusées, 
et portant latéralement de beaux yeux d'un blanc d'émail, 
transparents, saillants, brillant comme des diamants et en- 



— 176 — 

loiirrs (riiiic iik'IiiIm'.'Uii' circiilaii^! d'ini l)l';ii i»oni'|)i'0 (|iii on 
reli;iuss(> tMicorc h; vif (''claL 

l'ourôLi'O r(''[)iil,(''S (1(> honiic v:\r.r, ci^s iiiMux oisoanx doivent 
avoir lo hcc li-ôs coiirl, (;l, voûlé; la \r.U) \nc,n arroiidio 
comme chez lo cravaté; l'd'il d'un blanc pnr, à peine par- 
conrn d'nn curcU; extrêmement étroit de (îonlenr blanc rosé 
1)rcs(iv(' iinpcrccpUble; la capnclic ])ieii Ibnrnie, enchâssant 
bien la, \rU\ ses plnnies se raballaiil, sur la trie et ne se diri- 
}^(!ant |)as en l'aii-; la poilrine saillante cl les aihîs traî- 
nantes. 

l'i(/roii. ihUDiiiin nipr h/rii à (jiinir hliini'lir. — Idcntifinc;- 
inent semblable! an préc.éihînt; mais ayant le |ilnniaL;(! bien 
avec les ailes barrées noires. 

A ma connaissance, il n'en existe pas d'anti'es variétés de 
ract^ pure. 

benr [)nissanee de vol paraît romar(jnable. Ils prodnisent 
beancoup; IiMir natnrel est très donx et ils se [jrivent avcîc la 
plus grantle fai-ijité. 



ClIAnTHi: \\\. 
Pigeons nègres ou à crinière. 

On me fera penl-être un reproche de troj) augmenter la 
nomenclature des racos de pigeons domesli(ines, déjà si éten- 
due; mais si aucun auteur français n'a décrit le pigeon 
nègre, ce n'est pas une raison i)Our (jne je passe h mon 
tour sous silcnco ce représentant d'une prétendue nouvelle 
race aussi l)izarrG que belle, dont la collection du Jardin 
d'acclimatation s'est (Mirichie en ces derniers temps. 

Ce préleudn nouveau miMubre d(^ i'iuuonibi-abh^ tribu des 



_ 177 — 

pigeons a la tûtc, la partie antdrioure du cou cl la (jucue 
noires, lo reste du corps lilanc et il a la partie postérieure 
du cou ornée d'une collerette, imitant assez la crinière du 
cheval, qui lui a valu le nom de pigeon à crinièn;. 
Cette race «jui est très ancienne, car ,/> rai loiijoiirs connue, 







<-",U^ 



m 






.__-::^iiïï- 



l'i;^i'oii ii("'gi'(^ ou 11 crinière. 



a 6tô fabriquée récemment, dU-on, en Allemagne, au moyeu 
de divers croisements, où, coiurniî toujours, 1(î liasar(J cl 
l'inconnu out'ïjoué le plus grand rôle. J'ose espénir (pi'uu 
jour viendra où l'on ne se contentera plus de ces lialliici- 

[l'iijaons ((ontfslliiHCs ) \2 



— 17S — 

nations de naturalistes qui ne connaissent les pigeons que 
d'après les types empaillés qu'ils ont trouvés dans les mu- 
sées, et sur le dos desquels un empailleur habile fera cer- 
tainement pousser toutes les plumes qu'il voudra, mais je 
le défie de produire ces phénomènes sur le dos d'un oiseau 
vivant. 

L'opinion qui attribue à l'homme la création de nos di- 
verses races de pigeons domestiques, non seulement me pa- 
raît hasardée, mais, à mon sentiment, elle ne mérite pas 
même d'être prise en considération dans un ouvrage scien- 
tifique moderne. 

Buffon, qui le premier a émis cette opinion, a écrit plu- 
sieurs milliers d'années après la création de nos diverses 
races de pigeons domestiques et, conséquemment, a écrit à 
une époque où il était aussi impossible qu'aujourd'hui de 
dissiper les obscurités qui enveloppent l'origine de ces char- 
mants oiseaux. Les auteurs latins Columelle, Yarron, etc., 
qui ont écrit deux mille ans avant Buffon, parlent de di- 
verses races de pigeons domestiques qu'on élevait alors à 
Rome, en Grèce et en Egypte ; mais il n'y a pas un seul de 
ces célèbres agronomes qui attribue au biset la souche de 
tous les pigeons domestiques. Cette manière de penser est 
donc toute moderne et n'était pas partagée par les écrivains 
anciens qui étaient moins éloignés que nous de deux mille 
ans de l'origine nébuleuse de nos diverses races de pi- 
geons. 

« Le produit en grand nombre, dit Buffon, est la source 
» des variétés dans les espèces. Nos colombiers, peuplés par 
» une grande quantité de pigeons accoutumés et familiarisés 
» avec ces bâtisses, ont successivement offert des variétés 
» accidentelles, parmi lesquelles on aura choisi les plus 
)) belles et les plus particulièrement bigarrées. Celles-ci, 
» isolées de la troupe, élevées avec des soins assidus et as- 
» sortis suivant le caprice, ont successivement engendré 



— 179 — 

» toutes ces races dont l'homme est le créateur, et qui, sans 
» lui n'aurait jamais existé. » 

Buffon pensait qu'il devait en être à peu près ainsi, parce 
que les hybrides, ou les individus issus de deux espèces 
différentes d'animaux sont toujours stériles; tandis que les 
diverses races de pigeons domestiques reproduisent ensemble 
des individus toujours féconds, ce qui prouverait, selon le 
grand naturaliste, leur origine commune. 

(3r, depuis que Buffon a émis cette opinion, la science a 
acquis plus d'une preuve que bien des espèces d'animaux, 
entre autres le faisan Lady Amherst et le faisan doré produi- 
sent ensemble des individus toujours féconds et se repro- 
duisant parfaitement entre eux. Ces exemples de fécondité 
chez des hybrides démontrent que l'opinion que quelques 
naturalistes ont essayé de nous imposer en ces derniers 
temps, pèche par sa base et repose sur une observation abso- 
lument erronnée. 

Pour moi éleveur et praticien, qui ne me crois pas obligé 
d'accepter comme paroles d'évangile tout ce que les théori- 
ciens avancent avec une impardonnable légèreté, la plupart 
de nos races de pigeons domestiques comme le pigeon cra- 
vaté, le queue de paon, le tambour, le capucin, etc., sont des 
races primitives que la nature a créées et, à mon sentiment, 
l'homme n'a jamais rien fait que détruire les races en les 
mélangeant. 

Corbié, oiselier de S. A. R. madame la duchesse de Berry, 
qui a si bien écrit sur les pigeons, par la raison bien simple 
qu'il était un théoricien doublé d'un praticien qui avait 
élevé toutes sortes de pigeons durant cinquante ans, s'ex- 
prime comme suit sur cette question délicate : « Si l'on 
» croise un de ces oiseaux avec une autre variété, celle 
» même qui aura le plus d'analogie avec lui, la postérité gui 
» en nailra aura ferdu pour toujours les caractères distinctifs 
» de la race; les petits du glou-glou seront muets, et ceux 



— 18U — 

« du nonnain n'auront plus de capuchon. (Jue l'on attende 
» autant de générations que l'on voudra, jamais ces carac- 
» tères ne renaîtront, soit accidentellement, soit qu'on y ait mis 
» autant d'art que de soins. Ceci semblerait prouver que cette 
» diversité de formes ou de qualités échappe à l'art et ap- 
» partient tout entière à la nature, et l'on pourrait peut- 
» être en tirer la conséquence que ces oiseaux sont vérita- 
« blement des espèces. » 

Depuis trente-cinq ans j'ai essayé, avec diverses chances de 
succès, un grand nombre de races de pigeons, et mes tam- 
bours m'ont toujours reproduit des tambours, de même que 
mes pigeons queue de paon m'ont toujours reproduit des 
queue de paon, sans jamais me fournir des variétés acciden- 
telles qui, élevées avec soin, auraient pu engendrer de nou- 
velles races. 

Or, comme il est difficile de mettre la vérité à la place 
d'un préjugé, j'engage les théoriciens qui n'ont jamais manié 
que des oiseaux empaillés, d'essayer de faire pousser une 
queue de faisan sur le croupion d'un pigeon vivant; et, si 
leurs efforts ne demeurent pas complètement stériles, je 
croirai alors, mais alors seulement, à l'empire de l'homme 
sur la constitution de nouvelles races, et, jusqu'à preuve du 
contraire, je persisterai, comme saint Thomas, dans mon in- 
crédulité. Il y a longtemps que j'ai cessé de croire au génie 
créateur de ces théoriciens, comme on en rencontre fré- 
quemment parmi les marchands, qui prétendent être en 
possession de toute sorte de petits secrets, de ressources et 
de lumières, et qui, le plus souvent, ne sont que de vulgaires 
charlatans dont l'audace et l'ignorance ne sont surpassés que 
par la naïveté des personnes qui les écoutent. 

J'ai cru devoir faire ici cette observation sur les préten- 
dues nouvelles races qu'à chaque instant l'homme, dans son 
incommensurable orgueil, prétend avoir créées; tandis que 
le plus souvent ce ne sont que des représentants d'anciennes 



— 181 — 

races démodées, abandonnées par les amateurs et oubliées 
par les auteurs modernes, qu'il retire de l'oubli et introduit 
de nouveau dans les collections sous une nouvelle étiquette. 
Mais nous voilà bien loin de l'objet spécial à ce chapitre, du 
pigeon à crinière que l'on retrouve aujourd'hui dans les vo- 
lières du Jardin d'acclimatation et qui, à cause de sa beauté 
et de son originalité, mérite une description spéciale qui jus- 
qu'ici lui a été refusée. 

Le pigeon à crinière a la tête déprimée, longue, allongée 
et le bec grêle du biset, dont il a à peu près les formes du 
corps. Il a l'œil de vesce, large ouvert; pas de filet autour de 
l'œil ; le cou court et orné à sa partie postérieure d'une fraise 
ou collerette très épaisse, composée de petites plumes reco- 
quillées, se rabattant de chaque côté du cou comme les poils 
de la crinière d'un cheval ; les pattes courtes et abondam- 
ment chaussées. 

Il a la tête et le devant du cou noirs; la crinière blanche 
ainsi que tout le reste du corps, à l'exception de la queue 
qui est noire comme la tête et le devant du cou. 

Son plumage est mou , abondant, et son épaisse crinière 
blanche qui enveloppe son cou noir, lui donne un cachet 
d'originalité qu'on rencontre rarement chez le pigeon do- 
mestique. 

Pigeons à crinière rouges, chamois et bleus. 

Semblables aux pigeons nègres à crinière, dont ils ne dif- 
fèrent que par la couleur de la tête et de la partie antérieure 
du cou qui sont rouges, chamois ou bleues, ainsi que la 
queue. 

Ces dernières variétés sont très rares et je ne les ai jamais 
vues. 

L'amateur aura soin de rechercher chez les oiseaux re- 
producteurs les qualités suivantes : 



— 182 — 

Tête et gorge noires, rouges, chamois ou bleues, la ré- 
gion colorée descendant jusqu'à la poitrine en forme de lan- 
cette allongée , régulièrement arrondie et s'enlevant net- 
tement sur le fond blanc du plastron, sans tracer des zigzags. 
La crinière bien blanche et épaisse, commençant à l'occiput 
et descendant jusqu'à la naissance du cou. 

Les pattes abondamment garnies de plumes démesuré- 
ment longues et blanches. 

Les oiseaux qui ont des plumes noires mélangées aux 
blanches de la crinière, ou dont le noir de la gorge envahit le 
plastron comme chez le montagnard, ne sont pas estimés 
comme de bonne descendance. 



CHAPITPvE XXXI. 

Les pigeons volants dits monte-au-ciel. 

Colum ba tabella r ici . 

Ces charmants pigeons se distinguent par la hauteur pro- 
digieuse à la(|uelle ils s'élèvent dans les airs, où ils planent 
sous les nues durant plusieurs heures consécutives, sans 
qu'ils paraissent se fatiguer. 

Ils ont à peu près la taille et les formes du corps du culbu- 
tant; le bec de grosseur et de longueur moyennes, de cou- 
leur blanc rosé et orné à sa base de morilles blanches, lisses 
et placées longitudinalement; la tête fine et allongée; les 
joues creuses; les yeux saillants; l'iris d'un blanc d'émail, 
très légèrement sablé de rouge; le cou court, très ample- 
ment garni de petites plumes longues et fines; la poitrine 
saillante et bien développée; le corps ovalaire; le dos large; 



— 183 — 

les épaules effacées sous l'abondance des plumes du plastron ; 
les ailes longues, s'étendant jusqu'aux trois quarts de la lon- 
gueur de la queue sur laquelle elles se reposent très légère- 
ment sans se croiser; la queue de longueur moyenne et 
étroite; les tarses courts, nus et d'un rouge vif, ou garnis 
de plumes raides et dirigées horizontalement. 




■5 :^ J5^~^2S=^^-^ 

Pigeon volant. 



11 en existe un très grand nombre de variétés, dont les 
principales sont : 

Les pigeons volatils belges; columba tabellaria alla. Le plu- 
mage de cette variété n'exige pas de description spéciale ; 



— 184 — 

car il est blanc d'un bout à l'autre, sans aucun mélange de 
plumes colorées parmi les blanches. 

Ils sont doués d'une remarquable fécondité et élèvent ad- 
mirablement bien leur progéniture. En Belgique, les ama- 
teurs leur donnent la préférence sur la variété papillolée 
qu'ils considèrent comme de race moins pure. Ils ont le vol 
extrêmement léger et s'élèvent dans les airs à une altitude 
incommensurable, quand on a soin de ne leur accorder la 
liberté que tous les deux jours. 

L'habitude qu'ils ont de voler très haut, de tournoyer 
sans cesse au-dessus de leur pigeonnier qui semble former 
le point central des interminabbles circonvolutions qu'ils 
tracent dans les airs h une hauteur prodigieuse, les rend 
souvent victimes de l'oiseau de proie. 

Rien n'est curieux comme le spectacle qu'oftrent leurs 
évolutions aériennes quand ils se voient poursuivis par l'oi- 
seau rapace : avec une rapidité vertigineuse, ils descendent 
perpendiculairement comme des masses inertes vers la terre, 
ou bien, lorsque le terrible ravisseur est au-dessous d'eux, 
ils décrivent des courbes et des ondulations sans fin, avec 
une inconcevable rapidité; mais malgré tous leurs efforts, 
ils échappent rarement à la serre cruelle de ce redoutable 
ennemi. 

La race était autrefois très répandue en Belgique; mais 
elle commence à s'y faire rare et peut-être même fmira- 
t-elle par s'y perdre complètement, dans un délai plus ou 
moins rapproché ; car partout, dans ce charmant petit pays, 
l'admirable pigeon voyageur se substitue rapidement à 
toutes les autres races de pigeons d'agrément. 

Les pigeons volants liégeois; columba labellaria collo rubi- 
cundo. Ils ont les mêmes formes, la même taille et possèdent 
les mêmes aptitudes que les précédents, dont ils ne diffèrent 
que par la couleur du cou qui est papilloté rouge et blanc 
et criblé de magnifiques rellets verts, rouges et violacés. 



— 185 — 

Cette belle variété est également devenue très rare et, 
comme la précédente, est menacée d'extinction devant l'in- 
vasion du pigeon voyageur. 

Les pigeons volants de couleur uniforme; columha label- 
laria unicolor. — Également originaires de la Belgique, ces 
pigeons sont entièrement noirs, rouges ou chamois, avec des 
superbes reflets métalliques sur la gorge. Ils ont l'œil perlé 
comme le volant blanc et, comme ce dernier, ils ont le vol 
haut et léger. Les oiseaux de premier choix de cette race 
ont toujours le bec d'un blanc rosé, les pattes nues et d'un 
rouge vif. 

Les pigeons volants noirs, rouges, chamois, bleus à queue 
blanche. — Semblables aux précédents, dont ils ne diffèrent 
que par la couleur de la queue qui est blanche, au lieu d'être 
de la même couleur que le reste du plumage. Mêmes formes 
que le pigeon volant blanc. 

Les pigeons volants blancs à queue noire, rouge, jaune ou 
bleue. Ces jolis pigeons ont le plumage entièrement blanc, 
à l'exception de la queue qui est noire, rouge, chamois ou 
bleue. 

Bec blanc rosé, œil perlé, pieds nus et d'un rouge vif 
comme chez le volant ordinaire. 

Les pigeons volants bleus. Ils ressemblent au biset à crou- 
pion blanc, dont ils ne diffèrent que par les formes du 
corps : tète, dos, couvertures des ailes, partie inférieure du 
corps, abdomen, couvertures supérieures et inférieures de la 
queue, bleu cendré; cou bleu de couleur changeante, à re- 
flets verts dorés; plastron bleu vineux, à éclat métallique; 
croupion blanc; rémiges primaires bleu noirâtre; rémiges 
secondaires bleu cendré ; deux barres noires parallèles à tra- 
vers les ailes; queue bleu noirâtre, rectrices bordées de noir 
à leur extrémité. 

Les pigeons volants bleus à vol blanc. Semblables aux pré- 



— 186 — 

cédents, dont ils ne diffèrent que par le vol qui est blanc au 
lieu d'être bleu noirâtre. 

Les pigeons volants blancs à queue et vol blancs. Semblables 
aux précédents, dont ils ne diffèrent que par la queue qui est 
blanche comme le vol. 

Les pigeons volants noirs, rouges, chamois, bleus barrés de 
Idanc; columba tabellaria lineala candida. Ces jolis oiseaux, 
originaires de l'Allemagne, ont la taille et les formes du corps 
du pigeon volant belge, dont ils ne diffèrent que par le plu- 
mage qui est complètement noir, rouge, marron, chamois, 
jaune ou bleu à l'exception de deux barres blanches qui 
traversent les ailes et donnent à cette race un cachet de 
distinction que les autres variétés ne possèdent pas. Aussi 
est-elle fort recherchée par les amateurs. 

Celte variété est assez répandue en Allemagne, d'où nous 
viennent presque toutes les races de pigeons à barre blan- 
che; mais elle est très rare en France. 

Il en existe deux variétés, qui ne diffèrent entre elles que 
par les pieds qui sont nus et d'un rouge vif chez l'une, tan- 
dis qu'ils sont très garnis de plumes chez l'autre. 

La rapidiLé et la légèreté de leur vol égalent celles des pi- 
geons volants belges. Comme ces derniers, ils ont l'habitude 
de s'élever à une grande hauleur dans les airs et sont, con- 
séquemmenl, plus exposés aux attaques de l'oiseau de proie 
que les races sédentaires. 

L'émouchet leur cause des frayeurs mortelles ; aussi font- 
ils tout pour échapper à sa serre meurtrière; et, quand ils en 
sont poursuivis, on les voit fréquemment se laisser tomber 
et se cacher dans les récoltes ou se réfugier dans les 
maisons. 

I^es pigeons volants huppés; columba tabellaria cristata. La 
moindre variation dans la taille, ou dans le plumage ou 
dans la disposition des couleurs ou des plumes, obtenue par 
voie de croisement, étant considérée comme variété, il faut,. 



— 187 — 

je présume, accorder le rang de variété aux pigeons volants 
huppés, qui ne diffèrent du volant ordinaire que par une 
petite huppe qu'ils portent derrière la tête. 

Leur plumage affecte toutes les couleurs propres aux vo- 
lants, et ils ont les pieds nus ou chaussés. 

En Allemagne, où cette variété est fort recherchée, on 
préfère les sujets dont la huppe qui caractérise la race, est 
très pointue comme chez le pigeon houvreuil. 

Le pigeon volant bronzé de Norwèrje. De la taille du culbu- 
tant, ce gracieux pigeon a plutôt les formes du corps de la 
tourterelle que du pigeon domestique. Le ton général de la 
couleur de son plumage tire sur le marron foncé, lustré 
d'un bout à l'autre, avec des reflets mordorés sur le cou et sur 
la poitrine. 

Ce charmant oiseau, aussi intéressant par ses formes élé- 
gantes que par son plumage distingué, ditîère du culbutant 
par son corps plus svelte, sa tète plus allongée, plus fine, ses 
joues plus creuses et ses yeux plus saillants et plus vifs. Il a 
le bec grêle comme celui de la tourterelle à collier, d'un 
brun marron comme le plumage; les morilles blanches, 
lisses, très peu développées et placées longitudinalement ; 
l'iris blanc, légèrement sablé de rouge; un mince hlet 
blanc autour des yeux; le cou court, assez gros et très am- 
plement garni de petites plumes fines et longues, d'une belle 
couleur changeante d'un brun rouge avec des rellets métal- 
liques d'un rouge violàtre : le corps ovalaire, assez élancé; 
les épaules arrondies; la poitrine assez développée; les ailes 
et la queue de longueur moyenne; les pattes courtes, nues 
et d'un rouge vif. 

Comme je viens de le dire, le pigeon volant bronzé de 
Norwège a le plumage entier d'un brun marron foncé; les 
plumes de la tête sont d'un brun un peu plus clair; celles du 
cou sont d'un brun rougeâlre avec des reflets changeants 
d'un rouge violacé, verts et pourpres; les petites, les 



— 188 — 

moyennes et les grandes couvertures des ailes marron noir, 
chaque plume étant d'un ton plus foncé au milieu et bordée 
d'un liséré un peu moins sombre; les rémiges primaires et 
secondaires ont les barbes extérieures noires et les barbes 
internes brun clair sablées de brun foncé, à l'exception des 
barbes de la pointe de la plume qui sont noires comme les 
barbes externes; les plumes du dos, du croupion et de la 
partie inférieure du corps sont d'un brun noir comme les 
couvertures des ailes; les rectrices ou grandes caudales 
sont entièrement brun noir, à l'exception de leurs pointes 
qui sont noires et forment dans leur ensemble une bande 
noire nettement accusée. 

Cet intéressant oiseau, originaire, dit-on, delà Norvvège, 
comme son nom l'indique, a le vol extrêmement léger et 
s'élève dans les airs à une très grande hauteur, où il aime à 
planer durant plusieurs heures, comme le pigeon volant 
belge, en traçant de longues circonvolutions au-dessus de sa 
demeure, sans s'en éloigner. 

11 est d'une grande fécondité et transmet à sa postérité, avec 
une remarquable fidélité, ses aptitudes, ses formes et son 
plumage, ce qui démontre que la race est bien fixée. 

Les pigeons volanls patins ; columba tabellaria pedibus phi- 
mosis. Ideniiquement semblables aux pigeons volants àpieds 
nus, dont ils ne diffèrent que par les jambes qui sont gar- 
nies de plumes longues dépassant les calcanéums et par les 
pieds qui sont également garnis de plumes raides, longues 
et dirigées horizontalement. 

L'origine de ces pigeons est, paraît-il, très ancienne, mais 
comme jusqu'ici aucun auteur qui s'est occupé de la recher- 
che de l'origine de nos diverses races de pigeons, n'est ar- 
rivé à un résultat, je crois qu'il est a])solument inutile de 
mettre notre esprit à la torture pour rechercher l'origine de 
la race qui nous occupe. 

Le pigeon volant pattu affecte toutes les couleurs propres 



— 189 — 

au pigeon volant ordinaire; mais les nuances unies comme 
le noir, le rouge, le chamois et le blanc sont les plus com- 
munes. 

Comme le pigeon volant ordinaire, il porte son vol à une 
très grande hauteur et son caractère le plus saillant réside 
dans la couleur de l'iris qui est tout à fait blanc, légèrement 
sablé de rouge. 

Les pigeons volants pattus hollandais; columba tabellaria 
batavica. Ces superbes oiseaux ont le bec effilé, presque droit, 
de longueur moyenne et de couleur blanc rosé; les morilles 
peu développées, lisses, blanches et placées longitudinale- 
ment; la tête fine et allongée; les joues creuses; l'œil sail- 
lant; l'iris tout blanc autour de la pupille, et entouré d'un 
mince cercle blanc légèrement sablé de rouge; un léger filet 
blanc rosé autour de l'œil; le cou court, bien rempli et 
droit; le corps élancé; la poitrine large; les épaules ar- 
rondies; les ailes assez longues, peu serrées contre le corps 
et reposant légèrement sur la queue sans se croiser; la queue 
étroite et resserrée, lesrectrices se recouvrant complètement 
les unes les autres ; les jambes garnies de plumes longues 
dépassant les calcanéums ; les tarses de longueur moyenne 
et assez abondamment emplumés. 

Leur plumage est entièrement noir, rouge, chamois ou 
bleu, bien lustré avec des reflets métalliques sur la gorge, à 
l'exception de la queue qui est blanche. 

Ils ont la forme du volant ordinaire et produisent beau- 
coup. Cette belle variété a toujours été très rare; mais j'en 
ai vu, il y a quelques jours, deux couples chez M. 0. Géré, 
un amateur belge, qui habite Saint-Cloud, et qui se propose 
d'eu propager la race en France. 

Les principales qualités à rechercher chez ces oiseaux, 
sont : 

La tête fine, allongée et les joues creuses; 

Le bec blanc rosé : 



— 190 — 

L'œil saillant ; 

L'iris (l'un blanc d'émail, très peu sablé de rouge; la 
poitrine amplement développée, car plus la carène du ster- 
num d'un pigeon est développée, plus il vole facilement; les 
ailes vigoureuses, et lorsqu'on les déploie, l'oiseau doit les 
retirer avec force, ce qui dénote une grande puissance de 
vol; le vol haut et soutenu; les pieds amplement garnis de 
plumes dirigées horizontalement: les couvertures et les 
grandes pennes de la queue entièrement blanches, sans mé- 
lange de plumes colorées et le reste du corps coloré. 

En Belgique et en Hollande, on désigne tous les volants 
sous la dénomination de pigeons hirondelles, non à cause de 
leur ressemblance avec la reine des airs, mais à cause de la 
rapidité de leurs mouvements et de la grande hauteur à la- 
quelle ils portent leur vol. 

Les allures du volant sont e.\lrômement gracieuses. C'est 
un oiseau très sociable et le mâle est très affectueux pour sa 
compagne. Il est facile à élever et à apprivoiser; mais il 
aime sa liberté et à planer dans l'espace. Il s'habitue ditlici- 
lement au régime de la volière et j'ai observé qu'il se repro- 
duit en captivité moins bien encore que le pigeon voyageur. 

Lorsqu'il jouit de sa liberté, il est ti-ès productif et les pa- 
rents témoignent beaucoup d'amour à leur progéniture. 

Quoique ce soient eux qui, de tous les pigeons, ont le vol le 
plus léger et le plus haut, ils ne contractent, cependant, l'ha- 
bitude de planer près des nues qu'à la condition de les rete- 
nir presque constamment en captivité et de ne jamais leur 
permettre de se mêler à des bandes de pigeons d'autres 
races : c'est la captivité prolongée qui, dès qu'ils recouvrent 
la liberté, les pousse à en abuser comme d'une faveur nou- 
velle et à s'élever dans les airs à cette hauteur prodigieuse 
qui étonne quelquefois. 

On a essayé à diverses reprises de nuiiplacer le pigeon de 



— 191 - 

colombier de haut-vol par le pigeon volant qui est d'une 
surprenante fécondité et possède au plus haut degré l'apti- 
tude à découvrir sa nourriture aux champs; maison n'a 
pas persévéré longtemps daus cette voie, à cause de la grande 
inclination de ces oiseaux à planer dans les airs durant des 
heures entières, ce dont les oiseaux de proie profilaient pour 
prélever annuellement une effrayante dîme parmi eux. 

A mon avis le pigeon voyageur conviendrait mieux pour 
peupler les colombiers de haut vol. Il s'élève moins haut 
dans les airs, a le vol extrêmement rapide et sait mieux 
échapper à la poursuite de Fémouchet que le monte-au- 
ciel et que le biset. Comme ce dernier, lorsqu'il est astreint à 
chercher sa nourriture, il entreprend de longs voyages pour 
la trouver, parcourt les champs et y ramasse les grains perdus 
qui tombent de l'épi trop mûr, de la gousse entr'ouverte, et 
ceux que la herse n'a.pas enterrés, sans causer aucun préju- 
dice aux. récoltes. Il ne coûterait conséquemment pas plus 
de nourriture que le biset; et ce qui devrait surtout lui as- 
surer la préférence sur ce dernier, c'est son inébranlable 
attachement au toit natal : car on sait que le biset quitte 
assez facilement son colombier, lorsque la nourriture y fait 
défaut, pour aller s'établir ailleurs où il a à sa portée de 
l'eau, des graines variées en abondance et tout ce qu'il lui 
faut pour vivre heureux. 




19-2 



CHAPITRE XXXII. 

Pigeons culbutants. 

Cohhmba rpjratri.x : Ftyinfi lumblers. 

Race d'acrobates, qui se distingue par les culbutes qu'elle 
exécute dans les airs. Légers et taillés pour le vol, ces oi- 
seaux s'élèvent d'un bond dans le vide à une grande 
hauteur; s'arrêtent tout à coup comme pris de vertige; tour- 
nent sur eux-mêmes et se mettent à culbuter deux, trois, 
quatre et jusqu'à dix fois de suite, selon toute apparence, 
pour leur satisfaction personnelle. Il arrive même fréquem- 
ment que, ne sachant s'arrêter dans leur élan, ils tombent 
à terre comme des masses inertes et se tuent; mais le plus 
souvent, quand ils ont exécuté une série de culbutes, ils con- 
tinuent leur vol, pour recommencer à chaque instant, la 
même pantomime. Cette bizarerie les a fait rechercher par les 
amateurs anglais, qui les estiment beaucoup et en possèdent 
des bandes très nombreuses. Rien n'est curieux comme de 
les voir exécuter leurs performances, au moment où on lâche 
ces spécialistes, après les avoir retenus en captivité pendant 
deux ou trois jours : heureux et avides de jouir de la liberté 
qu'ils viennent de recouvrer, ils se lancent joyeusement dans 
l'espace pour donner libre carrière à leurs inclinations acro- 
batiques, se laissent choir de quelques mètres dans le vide, 
bondissant et culbutant, dans leur impétuosité, comme des 
étourdis; et ces comédiens aériens coutinuent ces exercices 
grotesques jusqu'à ce que la fatigue apaise leur fougue et les 
ramène au colombier. 

Le culbutant a la taille et les formes du corps identiquement 



— 193 — 

semblables à celles du pigeon volant. Il a le bec demi-grêle, la 
tête longue, l'œil blanc sablé de rouge, un iilet blanc rosé 
autour des yeux, et l'on en rencontre de toutes les couleurs. 
De toutes les races, c'est celle qui comporte le plus grand 
nombre de variétés, car on n'en compte pas moins de trente, 
dont les principales sont les suivantes : 




Pigeon culbutant pie. 

Pigeons culbutants blancs pattas. Plumage entièrement 
blanc. Tarses emplumés. On en trouve dans cette variété 
qui ont l'œil de vesce; mais les amateurs accordent la pré- 
férence à ceux qui ont l'iris perlé. 

{Pigeons domestiques.) 13 



— lui — 

Pigeons cumtanu pin. Il en ex.sle cinq variétés, qui ne 
dillèreni entre elles que par la couleur du plumage. El 

nttoutes le manteau, le vol, les cuisses, les jambes e^^a 
partie inférieure du corps blancs et la lete, le cou, la poi- 




Pigeon culbutant rose-v.ing. 

trine, le dos ou les plumes scapulaires, les reins et la queue 
noirs, ou rouges, ou jaunes, on gris, ou bleus, selon la va- 
riété à laquelle l'oiseau appartient. Il y en a qui ont les 
pieds chaussés et d'autres les oui nus. 



— 195 — 

Pigeons culbutanls unicolores. On en trouve des noirs, des 
bruns, des jaunes, des minimes et des gris. 

Pigeons culbntanls bleus. Leur plumage est bleu avec les 
ailes barrées de noir. 

Pigeons culbutants rose-wings . On en dislingue trois variétés. 
Elles ont toutes le fond du plumage noir, rouge ou jaune, 
avec le cou et la poitrine à éclat métallique et les épaules 
marquées de six à douze mouchetures blanches. Ce sont de 
fort beaux pigeons et ils ont les tarses chaussés de plumes 
raides et longues qui descendent jusque sur les doigts. 

Pigeons culbutants gris. Leur plumage est gris clair, avec 
les ailes barrées de noir et la gorge gris foncé à reflets verts 
et violacés 

Pigeons culbutants cailloutés. C'est la variété la plus ré- 
pandue en France. Leur plumage forme un agréable mé- 
lange de noir et de blanc, à peu près comme celui des poules 
de Houdan, ou de rouge et de blanc, ou de jaune et de blanc. 
Ils doivent avoir le vol et la queue noirs, rouges ou jaunes, 
selon la variété à laquelle ils appartiennent; le bec de 
couleur corne claire et marqué d'un coup de crayon à sa 
pointe. 

Pigeons culbutants à tête blanche. Superbe variété anglaise, 
ne différant du bald head que par les formes du corps qui 
sont moins élégantes, et par la tête qui est plus allongée. 
Elle a le plumage noir, ou rouge, ou chamois ou bleu, ou 
gris, avec la tête, le vol et la queue d'un blanc pur. C'est la 
variété la plus estimée en Angleterre. 

Pigeons culbutants mouchetés. Plumage semblable à celui 
des tumblers mouchetés, rouge, ou noir, ou jaune avec le dos 
et les épaules marqués de petites langues ou mouchetures 
blanches. 

Pigeons culbutants heards. Autre variété anglaise ayant le 
plumage semblable aux heards à courte face : bleu, jaune, 



— lue — 

rouge ou noir avec une tache blanche en forme de croissant 
sous le bec ; le vol, la queue et les jambes blancs. 

Pigeons culbutants à vol blanc. Pigeons pattus, dont le 
plumage affecte toutes les couleurs, à l'exception du vol 




Pigeon culbuloul heurté. 



et des plumes qui garnissent les pieds, qui sont toujours 
blancs. 

Pigeons culbukints bronzés. Plumage noir, maillé de brun 
marron; gorge et poitrine mordorées. 



^ 



— 197 — 

Pigeons culbutants piquetés. Plumage gris clair, piqueté de 
blanc, de bleu, de gris foncé et de noir. Ils ont ordinaire- 
ment la tête de nuance plus claire et le vol et la queue de 
nuance plus foncée. 

Pigeons culbutants heurtés. Plumage rouge, noir, jaune, 
bleu ou gris; front marqué d'un coup de pinceau blanc co- 
lorant la mandibule supérieure et se prolongeant jusqu'au 
milieu de la tète; joues marquées également d'une petite 
tache blanche, s'étendant depuis le bec jusqu'à l'œil; vol 
blanc. Ces pigeons ont les tarses garnis de plumes raides, 
s épatant sur les doigts, et blanches comme celles du vol. 

Pigeons culbutants de Hollande. Plumage noir, rouge, cha- 
mois ou bleu avec la queue blanche; pieds chaussés. 

Voilà les principales variétés de pigeons culbutants; mais, 
dans le choix de ces oiseaux, l'amateur ne doit se laisser 
guider que par leurs aptitudes acrobatiques ; car la couleur 
de leur plumage n'exerce absolument aucune influence sur 
leurs mérites. C'est même le plus souvent parmi les cail- 
loutés qu'on trouve les meilleurs saltimbanques aériens; et 
l'on ne devrait jamais acheter un culbutant sans l'avoir vu 
manœuvrer, car leurs aptitudes ne relèvent en rien de la 
couleur de leur robe. 

La race est très rustique, très féconde et nourrit très bien 
ses petits. 



CHAPITRE XXXIII. 
Le pig:eon Tumbler almond tricolore. 

Race très estimée et très répandue en Angleterre, très rare 
en France où l'on ue peut guère se procurer des sujets de 
premier choix. C'est un des plus gracieux petits pigeons que 



— 1U8 — 

je connaisse. Il a à peu près la même taille que celle du 
cravaté tunisien; le bec extrêmement petit, plus petit que 
dans aucune autre race, allectant la forme du bec du char- 
donneret, les deux mandibules ayant exactement la même 
épaisseur, la couleur du bec est blanc rosé. Sa tête est car- 
rée, son iront est droit, proéminent et forme avec le bec un 
angle presque droit, et plus cette proéminence est exagérée, 




Pigeou Tumbler alinoad tricolore, femelle âgée de 4 aus. 



plus ce gracieux petit pigeon a de la valeur; ceux dont le 
front fuit comme dans les autres races de pigeons, sont de 
race dégénérée. Il a les joues proéminentes et non pas creuses; 
l'œil saillant, entouré d'un mince filet noir; l'iris blanc très 
peu sablé de rouge; le cou très grêle, très délié, gracieuse- 
ment arqué; la poitrine très large, très saillante et portée en 
avant ; le dos large ; les ailes traînailles ; la q ueue étroite, assez 



— lyi) — 

longue, portée au-dessus des ailes; les jambes très courtes ainsi 
que les tarses et les doigts qui sont nus et d'un rouge vif. 

L'oiseau de race pure marche sur la pointe des doigts des 
pieds; traîne les ailes comme un coq Bantam; porte la poi- 
trine très en avant et rejette la tête en arrière. 

Le lumbler almond tricolore est infiniment plus estimé que 
les autres variétés; mais il ne reproduit pas toujours pareil à 
lui-même et reproduit toutes les autres variétés; son plumage 
est un agréable mélange de couleur coque d'amande claire 
et foncée, de noir et de blanc, superbement lustré d'un bout 
à l'autre, avec la gorge criblée de reflets rouges, verts et vio- 
lacés. Mais ce plumage n'est pas fixe et s'assombrit après 
chaque mue. L'oiseau naît presque entièrement couleur 
coque d'amande. A l'Age de cinq mois, c'est-à-dire, quand il 
a fait sa première mue, son plumage est légèrement pjapil- 
loté ; les plumes de la queue et les dix rémiges primaires des 
ailes sont alors irrégulièrement marquées de couleur coque 
d'amande claire et foncée [almond, en anglais) et parsemées 
de taches blanches et noires, et les individus de cette variété 
qui n'ont pas les rectrices et les grandes pennes du vol trico- 
lores, sont peu recherchés par les amateurs; les plumes de la 
queue sont d'un chamois foncé, marquées vers l'extrémité 
d'une large bande jaune clair qui est précédée d'une tache 
blanche lisérée de noir de chaque côté; l'arrangement des 
couleurs des pjennes des ailes est plus irrégulier encore et il 
suffit que chaque penne porte les trois couleurs caractéris- 
tiques, blanche, coque d'amande et noire, pour que l'oiseau 
soit considéré comme de bonne descendance. A l'âge de dix- 
huit mois, lorsque l'oiseau accomplit sa seconde mue, son plu- 
mage affecte généralement un ton plus foncé et devient en- 
tièrement papilloté; la couleur des grandes plumes caudales 
surtout s'assombrit et la tache blanche caractéristique qu'elles 
portent à leur extrémité se rétrécit; le même changement 
s'opère dans les grandes pennes des ailes. A l'âge de deux 



— 2U0 — 

ans et demi, lorsque l'oiseau fait sa troisième mue, son 
plumage devient méconnaissable; il devient alors tellement 
papilloté ou étincelé de noir, que c'est le noir, plutôt que le 
chamois, qui forme le fond de son plumage; le chamois 
disparaît complètement des plumes de la queue pour faire 
place à des tons sombres, noirs et marron, à l'exception de 
la tache blanche caractéristique qui subit néanmoins une 
notable réduction et tend également à s'effacer. 

Les femelles ont le fond du plumage beaucoup plus clair, 
et n'ont jamais toutes les pennes de la queue et des ailes 
tricolores comme les mâles. Ou en rencontre quelquefois qui 
ont les deux ou trois grandes rémiges externes marquées des 
trois couleurs caractéristiijues; mais jamais on ne les obtient 
avec les dix grandes pennes et la totalité des rectrices cor- 
rectement marquées. 

Leur plumage est d'ailleurs beaucoup plus fixe, et fonce 
à un degré beaucoup moindre que celui du mâle, au fur et à 
mesure que les oiseaux avancent eu âge; mais, comme les 
amateurs recherchent toujours dans les races ce qu'ils ne 
peuvent pas obtenir, plus les femelles ont le plumage cail- 
louté et marqué de noir, plus ils les estiment. 

Lorsque le tumbler almond, avant de faire sa première 
mue, a le plumage de couleur coque d'amande uniforme, il est 
à peu près certain que sa robe sera irréprochable après sa 
première mue; mais s'il a des taches blanches ou le croupion 
blanc ou jaune clair, il ne formera jamais un sujet d'élite, 
ni après sa première mue, ni après les mues suivantes. Les 
femelles qui ont les six rémiges primaires externes mar- 
quées de noir, forment également le plus souvent des oi- 
seaux de premier choix, après la première mue; tandis que 
celles qui les ont simplement marquéesde blanc au milieu, 
sans aucune trace de noir, n'auront jamais le plumage suf- 
fisamment papilloté. C'est donc la présence ou l'absence de 
taches noires dans les dix grandes pennes des ailes, qui doi- 



— riOl — 

vent guider l'amateur dans le choix des pigeonneaux qu'il 
destine à la reproduction 5 mais, si j'avais à choisir entre 
une femelle de bonne descendance ayant le plumage clair et 
une femelle de mauvaise souche ayant le plumage plus foncé, 
je n'hésiterais pas un instant à donner la préférence à la 
première. 

Les tumblers almonds ne formant pas une race tout à 
fait fixe, il en résulte que leurs produits ne sont pas tou- 
jours identiquement semblables aux parents. C'est ainsi 
qu'il arrive fréquemment que les tumblers almonds trico- 
lores reproduisent des petits ayant le plumage papilloté blanc 
et rouge, ou papilloté jaune clair et noir, ou noir moucheté 
de blanc, ou tout jaune, ou tout noir, ou chamois uni d'un 
bout à l'autre; et cependant ces oiseaux accouplés ensemble 
reproduiront souvent des tumblers almonds tricolores sem- 
blables à leurs aïeux; mais je suis d'avis que, pour fixer la 
race, il serait préférable d'éliminer constamment de la re- 
production les oiseaux dont le plumage n'a pas la couleur 
caractéristique. Cependant, les amateurs anglais, agissant 
autrement, accouplent ordinairement un mâle ayant la cou- 
leur caractéristique avec une femelle noire ou kite, et pré - 
tendent qu'ils en obtiennent de meilleurs produits que de 
deux oiseaux qui ont l'un et l'autre la robe caractéristique. 

Si l'amateur possède des pigeons de cette race qui repro- 
duisent bien, je lui conseille de ne jamais les séparer; car, 
dans la reproduction de ces oiseaux, les mécomptes sont la 
règle et les produits parfaits ou se rapprochant de la perfec- 
tion forment l'exception. 

C'est à cause de cette inconstance dans la couleur du plu- 
mage des produits, que les amateurs français fout moins de 
cas de ces petits pigeons que nos voisins d'outre-Manche, 
qui sont généralement doués d'une plus grande dose de pa- 
tience que nous. 

IJn autre inconvénient qui décourage aussi les amateurs 



— ^202 — 

français, c'est que les tumblei'S almonds, quand ils sonf de 
race pure, élèvent ditricileuient leurs petits, à cause de leur 
bec microscopique qui les empêche de dégorger leurs ali- 
ments dans l'œsophage de leurs pigeonneaux. C'est pour 
cette raison qu'il est préférable de donner leurs œufs à couver 
à des cravatés, ou à des culbutants, ou à d'autres pigeons qui 
ont le bec un peu plus fort et qui ont la réputation d'être de 
bons nourriciers. 

En Angleterre, on torture beaucoup ces pauvres petites 
bêtes, pour donner au bec et à la tète des formes au goût de 
l'amateur. Voici comment on procède : on saisit le pigeon- 
neau d'une main dès le sixième jour de sa naissance, de 
l'autre main on prend son bec entre l'index et le pouce et 
on le plie de bas en haut, de façon à lui imprimer la forme 
droite à la mode ; on répète l'opération le dixième, le quin- 
zième et le vingtième jour, et cela sufîit pour fixer la 
forme droite qu'on s'était proposée. QLiant à la forme de la 
tète, ils se servent d'un petit instrument pour la comprimer 
de façon à lui rendre le front plus haut et plus saillant ; et il 
suffit de soumettre la tête à cette opération, cinq ou six fois, 
entre le dixième et le vingtième jour de la naissance du pi- 
geonneau, pour la métamorphoser complètement et lui im- 
primer la forme crapautée tant recherchée. 

Il est évident que, dans un concours, ceux qui n'em- 
ploient pas ces procé lés pour façonner la tête de leurs oi- 
seaux au goût du jury, n'ont absolument aucune chance 
contre ceux qui, pour se faire décerner des médailles, utili- 
sent ces moyens honteux et révoltants, qui à mon sens, ne 
sont que de la déloyauté adroitement pratiquée au préjudice 
d'un concurrent honnête. 

Je sais bien qu'en divulguant, en France, le seci'et de fa- 
çonner le bec et la tête des pigeons, je vais m'attirer les 
foudres des marchands anglais qui viennent nous vendre à 
des prix fabuleux des pigeons carriers, des tumblers, des 



— -208 — 

bald heads, etc., ayant des becs droits et des têtes superbes, 
mais qui ne reproduisent jamais de petits semblables à eux- 
mêmes, par la raison bien simple que ces oiseaux ne doivent 
pas la forme gracieuse de leur bec et de leur tête à leur excès 
de pureté de race, mais uniquement à la pression du pouce 
de quelque adroit coquin qui les a modifiés, corrigés et em- 
bellis de façon à leur donner la forme recherchée par ses 
clients. 

Ces petits pigeoQs ont le caractère très doux ; s'apprivoi- 
sent facilement; roucoulent beaucoup; sont très divertis- 
sants en volière et supportent bien la captivité. 




Petit instrumeut dont se lerveut les marchands anglfiis pour imprimer 
à la tête des Tumblers une forme crapaulée à la mode. 



Le Tumbler moucheté de blanc. 
Mol lied lumblers. 

Cette belle variété, aujourd'hui très rare, était autrefois 
très répandue en Angleterre. Elle est identiquement sem- 
blable au tumbler almond tricolore, sous le rapport de la 
taille et des formes du corp?, et n'en diffère que par le plu- 
mage qui est de couleur entièrement uniforme, à l'exception 
du dos et des épaules, qui sont mouchetés de blanc. 

Le fond de leur plumage doit être uniformément rouge, 
chamois ou noir, sans mélange d'autres couleurs, avec le 
dos et les épaules marqués de petites mouchetures blanches. 
Ces taches formées par des plumes entièrement blanches 
doivent être bien distinctes, se détacher nettement sur le 
fond du plumage et former un groupe presque circulaire sur 



— 20 i - 

les épaules; celles du dos doivent, autant que possible, être 
semblables à celles des épaules et être disposées eu forme 
de V dont la partie ouverte est tournée vers la tête et dont 
la pointe est dirigée vers la queue. 

Ces jolis petits pigeons, quand ils ont les ailes régulière- 
ment marquées, n'ont absolument rien à envier aux tum- 
blers almonds tricolores, sous le rapport de l'élégance de leurs 
contours, de la grâce et de la vivacité de leurs mouvements 
et de la beauté de leur plumage; mais, comme cbez toutes 
les races artificielles, les produits de ces oiseaux sont rare- 
ment semblables aux parents et c'est une déception qui, 
quand elle se répète souvent, décourage beaucoup d'ama- 
teurs. 

Le tumbler unicolore. 

Wholcfcallicrcd (u mhlcrs. 

Semblable au précédent, mais tout noir, tout rouge ou 
tout chamois. Remarque : Quoique toutes ces variétés de pi- 
geons soient désignées sous le nom de lumblcrs, qui signifie 
culbulanls, ces petits animaux n'en ont pas moins le vol di- 
rect et soutenu et ne culbutent pas, comme beaucoup de 
personnes le croient. 

Le tumbler bleu. 

TliC bliic tuiiibler. 

Le tumbler bleu uni appartient à une des plus anciennes 
races connues, mais il tend à disparaître de nos colombiers, 
pour faire place à des oiseaux à plumage plus varié. 

11 est, je pense, la source de bien des races de tumbiers 
aujourd'hui à la mode. Il a la tète arrondie, mais plus large 
entre les yeux que le tumbler almond, dont il ne ditïère au- 
trement que par la couleur du plumage, qui est d'un beau 



— 20o — 

bleu uni, avec le croupion de même nuance, les ailes bar- 
rées de noir et la gorge d'un Lieu vert suijerbement lustré, à 
reflets violacés. De même taille que le bald liead, il est très 
rustique, très i'écond, élève bien ses petits, a le vol rapide et 
soutenu. 

Les amateurs anglais les estiment beaucoup, à cause de 
leur fécondité et de leur remarquable aptitude à élever les 
petits des variétés plus délicates. 

Le tumbler almond panaché. 

The (Umond splas/i. 

Malgré ses couleurs peu éclatantes, V almond panaché ou 
splash, est un splendide oiseau et l'un des plus beaux pi- 
geons de nos volières. 

Le plumage de l'almond panaché a beaucoup de ressem- 
blance avec celui de son congénère l'almond tricolore ou 
l'almond proprement dit. lien diffère essentiellement par la 
couleur de son manteau qui, au lieu d'être d'un jaune brun 
ou de la couleur caractéristique dite coque d'amande {al- 
mond en anglais), est d'un chamois clair brouillé de blanc et 
irrégulièrement moucheté de noir. 

Cependant la couleur de sa gorge s'éloigne moins de la 
couleur caractéristique tant recherchée par les aniateurs, et 
est d'un jaune brun métallique splendidement lustré, avec 
des mouchetures d'un noir brillant qui produisent un fort 
bel effet. 

Mais on ne saurait méconnaître les dissemblances qui 
existent entre l'almond splash et l'almond proprement dit, 
lorsqu'on examine attentivement les rémiges primaires et 
les rectrices des deux variétés. 

Chez l'almond splash, les grandes pennes des ailes et de la 
queue sont d'un jaune blanchâtre et tachetées irrégulière- 



- :i(n'. — 

iiitMit th> noir; taiulis {\U(\ l'iuv. ralmouil propriMiuMit tlil, 
elles sont île conleur eoqni» d'aniantle et tachetées de blanc 
et de noir, c'est-à-dire ijn't^lles sont (ricoloirs. 

Cependant, parmi les almonds panaehùs, on reneontre 
assez frétineni nient des imlividns ilontune on denx rémiges 
primaires et ilen.x on trois reetriees. le pins sonvent les nié- 




Piï:ooi» lumbler ahnoiul panaché. 



dianes, portent les trois eonlenrs earaetérisliqnes : conleur 
coque d'amande, blanche et noire; et ce sont, à juste titre, 
les plus estimés et les plus recherchés par les amateurs. 

Les femelles sont raremeutanssi panachées que les mâles. 

Ces charmants petits pigeons sont très doux, très privés 
et ne diti'èreut en rien de l'almond tricolore parleurs formes 
ni par leurs uuvnrs. 



— if/7 — 

Le tambler ronge panaché. 
Tfte red (u/ate rplanti.. 

La couleur du fond du plumage du lumbUr rrMfje pana- 
rM ou r^4 «^«te iplash, est d'un rouge tirant sur le sang de 
bœuf, irr^ulifrrement moucheté de blanc. 

Ce joli pigeon a la gorge iun roi^^; -an2 de bœuf à é^rlat 





métallique et mouchetée de blanc. Son manteaa est d'un 
rouge moins sombre et irrégulièrement moucheté de blanc. 
Ses rémiges primaires et ses rectrices sont de la même cou- 
leur que celle du manteau et tachetées de blanc. 

Autrefois, le red agate splash était très estimé en Angle- 
terre; mais aujourd'lioi c'est l'almond qni est le plu» à la 
mode. 



— -208 — 

Le tumbler kite ou noir bronzé. 

The kite. 

Le tumbler kite est un adorable petit pigeon, dont le plu- 
mage est d'un noir bronzé sur tout le corps, avec des teintes 
métalliques rouges, vertes et bronzées sur la gorge qui pro- 
duisent le plus bel effet qu'on puisse s'imaginer. 

Les oiseaux de cette variété sont très recherchés par les 
amateurs anglais; et, en accouplant une femelle Aî/e avec un 
mâle almond, ils obtiennent des almonds plus parfaits qu'en 
accouplant ensemble deux oiseaux de cette dernière variété. 

Les principales qualités que l'amateur doit rechercher 
chez les oiseaux reproducteurs de ces diverses variétés, sont 
les suivantes : 

Bec, extrêmement petit, droit, ayant les mandibules infé- 
rieure et supérieure de même épaisseur, et afiectant la 
forme de la pointe d'un grain d'avoine. 

Fronl, haut, droit et bombé, formant avec le bec un angle 
presque droit. 

THe, crapautée, courte, très large entre les yeux. 

Joues, saillantes. 

Iris, d'un blanc d'émail. 

Poitrine, proéminente, très portée en avant. 

Ailes, traînantes, portées au-dessous de la queue. 

Jambes et tarses, très courts. 

Queue, étroite et portée au-dessus des ailes. 

Taille, très petite. 

Il est très rare de trouver des sujets parfaits ; mais des 
reproducteurs ordinaires peuvent donner des produits qui 
se rapprochent plus ou moins de la perfection ou de l'idéal 
rêvé par les amateurs, pourvu qu'ils descendent eux-mêmes 
de ])eaux oiseaux. 



209 — 



CHAPITRE XXXIV. 



Pigeons bald heads. 

Ençjlisli bald heads. 

Les Anglais appellent ces jolis membres de la nombreuse 
tribu des pigeons domestiques Shorl faced bakl heads, ce qui 




Pigeon bald head. 



Pigeon Beard. 



veut dire : (êtes chauves à courte face; mais, comme il a déjà 
été dit dans le journal l'Acclimatation, il ne faut pas atta- 
cher aux dénominations des races plus de confiance qu'elles 
ne méritent, surtout lorsqu'elles nous viennent d'outre- 
mer, et, pour les distinguer, il vaut mieux s'en rapporter 
uniquement à leurs caractères. 

Leur nom vient, non pas de ce qu'ils ont la tête chauve, 
mais de ce qu'ils ont pour caractère distinctif la tête blanche; 
et si je n'ai pas donné un autre nom à cette intéressante 
race, c'est uniquement pour ne pas créer de confusion. 

Cette race artificielle a été créée, en Angleterre, au moyen 
[Pigeons domestiques). 14 



— :210 - 

de croisements entre le culbutant à tête blanche et allongée, 
et l'adorable tumbler à tête carrée et crapautée ; mais la race 
a été depuis longtemps fixée, et, quoiqu'elle ne reproduise 
pas toujours semblable à elle-même, elle transmet cepen- 
dant ses caractères à sa progéniture avec une fidélité très 
satisfaisante. 




Pigeon bald head noir. 

Le pigeon bakl head^ a le bec toujours blanc^ droit, extrê- 
mement petit et court ; les narines surmontées de membranes 
charnues ou morilles, peu volumineuses, blanches et placées 
longitudinalement; la tête courte, petite, arrondie et rejetée 
en arrière; le front haut et proéminent de façon à ce qu'i^ 
forme avec le bec un angle presque droit; les yeux saillants 
et entourés d'une membrane nue d'un blanc rosé; l'iris d'un 



— 211 — 

blanc d'émail, à peine parcouru d'un mince cercle blanc sablé 
de rouge, et moins ce cercle est brouillé de rouge, mieux l'oi- 
seau est apprécié ; le cou grêle comme les formes du corps ; la 
poitrine proéminente comme chez le tnmbler et très portée 
en avant; les épaules cachées sous les plumes de la poitrine; 
les ailes de longueur moyenne, portées bas et presque traî- 
nantes; la queue étroite et portée au-dessus des ailes; les 
jambes courtes et suivies de tarses également courts, nus et 
d'un rouge vif; les doigts très courts et les ongles blancs. 

Sa taille est petite et ne mesure guère du bec à la queue 
que vingt-deux à vingt-trois centimètres; ses allures sont 
gracieuses et il marche sur la pointe des doigts des pieds. 11 a 
le vol soutenu et aime à s'élever dans les airs à une grande 
hauteur, où il plane souvent durant plusieurs heures consé- 
cutives, traçant d'interminables circonvolutions au-dessus de 
son habitation, sans que cet exercice énervant semble le fa- 
tiguer ou nuire à sa santé. 11 y en a qui dans leur élan 
tournent sur eux-mêmes et culbutent comme les pigeons 
culbutants, dont ils descendent, du reste; mais, le plus or- 
dinairement, ils ne culbutent pas, et sur dix, pris au hasard 
dans un pigeonnier, il pourra ne s'en trouver aucun, ou 
tout au plus un ou deux qui possèdent cette faculté acro- 
batique. 

On peut difficilement habituer ces oiseaux à la vie de cap- 
tivité : placés dans les meilleures conditions et quelque va- 
riées qu'elles soient, à ma connaissance du moins, ils re- 
produisent mal et semblent toujours regretter leurs joyeux 
ébats dans les airs qui constituent une des conditions indis- 
pensables à leur existence. Ils ne se montrent du reste dans 
toute leur beauté qu'au vol, lorsqu'ils étalent leurs rémiges 
primaires, dont la blancheur éclatante tranche superbement 
avec le noir du reste du plumage. 

On peut dire que tout est gracieux chez le bald head : ses 
formes, ses allures, son vol, et son plumage n'est pas moins 



212 — 

remarquable. lia la tête, les reins, le croupion, le vol, la 
queue et la partie inférieure du corps, depuis les jambes, 
celles-ci y comprises, d'un blanc de neige; le reste du 
corps noir, rouge, chamois ou bleu avec de belles couleurs 
changeantes sur la gorge et le plumage épais, serré et bien 
lissé. 
La couleur dominante est le bleu avec les ailes barrées 




Piireou Luid licad bleu. 



noires; mais c'est incontestablement la variété||noire qui est 
la plus belle, parce que ses caractères dislinctifs : la tête, le 
vol et la queue d'un blanc de neige tranchent plus énergi- 
quement sur son vêtement de velours noir. 

Les principales qualités que l'amateur doit rechercher 



— 213 — 

chez les oiseaux reproducteurs, en vue de les fixer et de les 
perpétuer dans la race, sont les suivantes : 

Bec blanc, très court, droit, se rapprochant le plus pos- 
sible de celui du tumbler; 

Tête ronde, front haut, droit, large et proéminent; 

Iris blanc, dit perlé, très peu sablé de rouge; 

Poitrine portée en avant; 

Ailes détachées et traînantes ; 

Plumage bien serré. Parmi ces oiseaux on en trouve beau- 
coup dont le blanc de la tête descend considérablement au- 
dessous du bec; mais il est préférable qu'il ne descende que 
très peu au-dessous de l'œil et qu'il se sépare nettement du 
fond sombre du cou, ce que les Anglais appellent a clear eut. 
Le vol tout entier, c'est-à-dire, les dix rémiges primaires ou 
grandes pennes des ailes, les plumes des reins, de la queue, 
des cuisses, des jambes et de l'abdomen doivent être d'un 
blanc pur, sans aucun mélange de plumes noires parmi les 
blanches. 

Les oiseaux qui ont le bec long, le front fuyant, la tête 
barbouillée de noir, ou irrégulièrement marquée, ou qui 
n'ont pas toutes les grandes pennes des ailes et les plumes 
des jambes blanches, ou dont le noir, le rouge, le chamois ou 
le bleu descendent plus bas que les jambes, doivent être im- 
pitoyablement éliminés delà reproduction. Hâtons-nous, ce- 
pendant, d'ajouterqueles oiseaux réunissant toutesles perfec- 
tions que je viens de détailler,sont extrêmement rares. En An- 
gleterre un oiseau qui a la tête correctement marquée et qui 
compte au vol seulement huit ou neuf rémiges primaires 
blanches au lieu de dix, est déjà considéré comme un oiseau 
de premier choix, si, bien entendu, il n'a pas d'autres dé- 
fauts; mais il arrive assez fréquemment, quand ces ravis- 
sants petits pigeons ont la tête bien marquée au goût de l'a- 
mateur, c'est-à-dire, quand le blanc ne descend pas plus bas 
que tout juste au-dessous du bec, ce que les Anglais appellent 



— 2U — 

high eut, qu'ils aient le défaut d'avoir les jambes maculées; 
mais les marchands, avant de les mettre en vente, ont soin 
de leur faire leur toilette, et de leur couper les plumes défec- 
tueuses avec des ciseaux, de façon à ce que l'amateur ne 
puisse s'apercevoir de leur supercherie qu'après la mue. 

Pour éviter autant que possible que ces oiseaux trans- 
mettent à leur postérité les défauts que je viens d'indiquer, 
les éleveurs anglais leur appliquent purement et simplement 
les principes généraux de la sélection, qui consistent à cor- 
riger les défauts de l'un des oiseaux reproducteurs par les 
perfections de l'autre; c'est ainsi qu'ils accouplent, en vue 
d'arriver à ce résultat, un oiseau qui a la tête correctement 
marquée ou high eut, mais qui ne compte que huit ou neuf 
pennes blanches au vol, avec un oiseau dont le blanc de la 
tête descend beaucoup au-dessous de la mandibule inférieure 
du bec, ce qu'ils appellent dans leur langue low eut, parce que 
les oiseaux de cette race ainsi marqués, ont presque toujours 
le vol et le reste du plumage irréprochables et transmettent 
leurs caractères à leur progéniture avec une plus grande 
fidélité. 

Selon M. Chapin, le bald hcad est petit, et sur son plu- 
mage, de couleur variée, tranche le blanc de la têle, du 
vol, de la queue et des cuisses. Très proche parent avec le 
tumbler, il a, comme celui-ci, le front haut et bombé, le bec 
court, l'œil perlé, la poitrine proéminente, les ailes pen- 
dantes et les jambes courtes. Cependant tous ces caractères 
sont moins prononcés chez le bald head que chez le tumbler, 
il faut aussi être moins exigeant, si ce n'est pour la couleur 
des yeux. 

Un des principaux mérites de ces pigeons est la disposi- 
tion régulière des couleurs du plumage, c'est ce qui fait la 
rareté d'un sujet parfait ; le blanc de la tête surtout laisse 
fort souvent à désirer. 

La tête tout entière doit être blanche, et le blanc doit se 



— 215 — 

séparer nettement de la couleur foncée du corps par une 
ligne régulière passant juste au-dessous des yeux et un peu 
au-dessous du bec. Cette disposition est le nec plus ultra de 
la perfection, mais elle est bien rare, c'est un idéal ; le plus 
souvent le blanc au lieu de se couper au-dessous des yeux 
descend environ un centimètre plus bas et, pourvu que la 
coupure soit bien nettC; il faut considérer le pigeon comme 
de bonne race. 

Les cuisses et le ventre, de même que la tête, doivent 
être blancs, et oifrent à l'éleveur les mêmes difficultés. Il 
faut que la coloration du plumage du corps cesse brusque- 



ment au-dessous de la poitrine et au-dessus des cuisses par 
une ligue transversale pour faire place au blanc pur. Plus 
la ligne de séparation est nette et plus le pigeon a de va- 
leur; dans tous les cas, aucune plume de couleur n'est to- 
lérée sur le blanc. 

Le vol, chez le balcl head idéal, est de dix plumes blanches 
à chaque aile; c'est un nombre un peu fantaisiste et je crois 
que l'amateur le plus difficile regarderait comme parfait un 
vol de dix plumes blanches à une aile et de neuf à l'autre. 

Pour moi, d'après l'avis d'un grand nombre d'amateurs 
anglais, je pense que l'on ne peut pas demander plus de 
neuf plumes blanches à chaque aile ou neuf à l'une et huit 



— 21G — 

à l'autre, car la moyenne même dans les bons pigeons est 
de sept et huit de chaque côté ou une de plus à une aile 
qu'à l'autre. 

La queue doit être blanche, mais là, pas de difficulté, l'on 
voit en elTet rarement un bald head pécher de ce côté. 



CHAPITRE XXXV. 

Pigeons barbus. 

Beards. 

Jolis petits pigeons, qui doivent leur nom à une tache 
blanche en forme de croissant qu'ils portent sous le bec et 
qui caractérise la race. 

Cette charmante variété a été obtenue, prétend-on, au 
moyen de croisements entre le tumbler et le bald head et 
forme maintenant une race fixe. Sa provenance indique 
qu'elle a toutes les formes du corps du tumbler, c'est-à- 
dire, le bec petit, droit, ayant beaucoup de ressemblance 
avec le bec du chardonneret; la tête ronde, courte et rejetée 
en arrière; le front proéminent; l'œil perlé et entouré d'un 
mince filet de chair blanche ; le cou court et mince ; la poi- 
trine large et très saillante; le dos large; les ailes longues et 
traînantes; la queue portée au-dessus des ailes ; les jambes 
invisibles, cachées sous les plumes des cuisses; les tarses et 
les doigts très courts; la taille petite comme celle du bald 
head. 

Son plumage affecte toutes les couleurs ordinaires aux pi- 
geons, avec une tache blanche sous le bec, en forme de 



— 217 — 

hausse-col ; le vol, la queue et les jambes blancs comme la 
tache caractéristique. 

Dans les oiseaux dont le fond du plumage est rouge, ou 
jaune, ou de nuance claire, le bec est de couleur blanc rosé; 
tandis que chez ceux qui ont le plumage noir ou bleu, la 
mandibule supérieure du bec est noire, et l'inférieure de 
couleur corne claire ou blanc rosé. 




Piireon Beard. 



Le caractère saillant de la race est une tache blanche 
qu'elle porte sous le cou, ayant beaucoup de ressemblance, 
sauf la couleur, avec la tache rouge des cous-coupés. Elle 
doit avoir la forme d'un hausse-col ou d'un croissant dont 
les pointes s'étendent jusque derrière l'œil. 

La mandibule inférieure du bec doit être blanche comme 
la tache caractéristique. Le dessus de la têle et tout le reste 



— 218 — 

du corps sont noirs, rouges, bleus, jaunes ou gris, à l'excep- 
tion des dix grandes pennes des ailes, des plumes des reins, 
de la queue et des jambes qui sont blanches. 

On rencontre très rarement des sujets ayant la totalité des 
dix rémiges des ailes blanches; et l'amateur peut s'estimer 
déjà très heureux, s'il en trouve qui out neuf rémiges blan- 
ches à chaque aile. 

Les jambes ne sont généralement blanches que dans leur 
partie inférieure; tandis que leur partie supérieure affecte la 
couleur du fond du plumage, de môme que toute la partie 
inférieure du corps. 

L'œil doit être blanc comme chez les bald heads et le 
moins possible sablé de rouge. 

La télé doit être courte, mais on ne les trouve pas souvent 
avec le front aussi haut et aussi proéminent que chez le tum- 
bler ahnond. 

Quant à leur taille, plus elle se rapproche de celle du tum- 
bler, plus l'oiseau est estimé. Il faut qu'il porte la poitrine 
très en avant, laisse traîner les ailes et marche sur la pointe 
des doigts des pieds. 

La couleur dominante de leur plumage est le bleu avec 
les ailes barrées de noir; mais le hausse-col se détache 
mieux sur fond noir. 

Ils ont un excellent caractère; sont très pacifiques avec 
leurs semblables; reproduisent bien et ont le vol haut et 
soutenu. 




Nid artificiel, en terre cuite nou vernissée, système Bouchercaux. 



219 - 



CHAPITRE XXXVl 



Pigeons brésiliens, 

llclnicls. 




Pigeon brésilien coquille. 

Joli et élégant, l'un des plus gracieux de nos pigeons d'a- 
grément, le pigeon brésilien est aussi estimé que répandu 
en France. 



— 220 — 

Au seiitiinent de plusieurs auteurs, il seraitorigiuaire du 
Brésil, comme son uom riudique; mais, malheureusemcut, 
en ce qui touche l'origine des races d'animaux que l'homme 
a réduits à la domesticité, les savants naturalistes qui se sont 
imposé la tache ardue de la rechercher, ont échoué le plus 
souvent dans leurs tentatives et, en dépit de toutes leurs re- 
cherches, l'origine du pigeon brésilien est restée nébuleuse, 
comme celle de la plupart de nos races de pigeons. Ne nous 
arrêtons donc pas là et passons. 

Ce qui est certain, c'est que la race est connue depuis un 
grand nombre d'années en Angleterre, d'où elle nous est 
venue; mais il serait plus difficile de dire d'où les Anglais 
l'ont tirée et nos voisins d'outre-mer ne semblent pas mieux 
renseignés que nous sur ce point. 

Brésilien ou anglais, de race primitive ou artificielle, 
émanant du biset ou non, la race n'en est pas moins fixée 
depuis longtemps et transmet ses caractères à sa progéniture 
avec une grande fidélité. 

Rien de pins joli que cet adorable petit pigeon aux formes 
moelleuses et aux allures vives et gracieuses. Rien de plus 
distingué que son plumage d'un blanc de neige, relevé 
comme le j)lnmage plus sombre de la fauvette, par une tache 
noire, rouge, chamois ou bleue sur la tête et une queue 
affectant la même couleur que la tache. Ainsi marquée, la 
tête fine et intelligente de l'oiseau est ornée d'yeux d'un blanc 
d'émail, qui brillent comme des diamants au milieu d'un ru- 
ban couleur de chair qui les entoure et en rehausse encore l'é- 
clat. Tout est harmonie dans cet oiseau : il aie corps élancé; 
la taille et les formes élégantes du culbutant le mieux 
réussi; le bec petit, mignon, recouvert à sa base de morilles 
blanches, lisses et peu développées, la mandibule supérieure 
affectant la même couleur que celle de la tache caractéris- 
tique qui colore le sommet de la tête de l'oiseau, la mandi- 
bule inférieure suivant la couleur blanche du fond du plu- ■ 



221 — 

mage; la tête lisse, courte, bien arrondie, gracieuse et petite; 
l'iris blanc, légèrement sablé de ronge et entouré d'une mince 
membrane nue d'r.n blanc rosé; le cou court et mince; les 
ailes longnes et serrées contre le corps; la quene étroite, les 
lectrices se recouvrant complètement l'une l'autre; les pattes 
courtes, nues et d'un rouge vif. 

Son plumage est tout blanc, à l'exception du sommet de 
la tête et de la queue qui sont noirs, rouges, chamois ou 
bleus. 

La tache de la tête, chez les oiseaux de race pure, colore 
la mandibule supérieure du bec, suit la ligne naso-oculaire 
ou du milieu de l'œil et se termine en pointe sur le derrière 
de la tête. 

Au vol comme au repos, ces charmants oiseaux produi- 
sent un fort bel effet. En volière, ils ont l'air coquet et dis- 
tingué. Doux et sociables, ils plaisent et viennent manger 
dans la main des personnes qui s'occupent d'eux. 

Sous le rapport de la fécondité, ils sont tout aussi recom- 
mandables, ils couvent avec assiduité et témoignent un grand 
amour jjour leur progéniture. 

Pigeons brésiliens coquilles. 

Identiquement pareils aux précédents, mais ayant une 
coquille derrière la tête. Ils sont très estimés en France et 
quelques amateurs leur donnent la préférence sur les oi- 
seaux de même race à tête lisse. Affaire de goût et de con- 
vention, et je serais bien en peine d'en expliquer la raison. 

Défauts à éviter chez les oiseaux reproducteurs : 

OEil d'une autre couleur que blanche, légèrement sablé de 
rouge. 
Tache de la tête descendant fjlus bas que le milieu de 



222 

l'œil, envahissant la coquille chez la variété coquillée, ne se 
terminant pas en pointe sur le derrière de la tète chez la va- 
riété non coquillée. 

Mandibule supérieure blanche ; la mandibule supérieure 
doit être de la même couleur que celle du sommet de la tête 
de l'oiseau. 

Mandibule inférieure colorée; la mandibule inférieure 
doit être blanche. 

Plumes blanches à la queue. 

Plumes colorées parmi les blauches du fond du plumage. 




Grattoir pour nettoyer les cases, sj'stèm? anglais. 




Nids artificiels, en terre cuite ou en plâtre, système anglais. 



— ±22 



CHAPITRE XXXVII 



Races indiennes. 

En des temps reculés, nous voyons déjà diverses races de 
pigeons domestiques habilement croisées et améliorées aux 
Indes et, selon Darwin, dès l'an 1600, du temps d'Akber- 
Khan, les pigeons y étaient déjà fort estimés ; la cour, dit 
Darwin, transportait avec elle vingt mille de ces oiseaux, et 
les marchands en apportaient des collections de grande va- 
leur. Les monarques d'Iran et de Turun lui envoyèrent des 
races très rares, et l'historien de la cour dit qu'en croisant 
ces races, chose qui ne s'était jamais faite auparavant, Sa 
Majesté les avait améliorées d'une façon étonnante. 

Outre le pigeon frisé, le culbutant de Lotan, le queue de 
paon, le tumbler, etc., l'Inde possède un grand nombre de 
races remarquables que nous ne connaissons que fort impar- 
faitement et qui diffèrent principalement de nos races de pi- 
geons domestiques par leurs aptitudes et par la disposition 
bizare des couleurs de leur plumage. 

Parmi ces dernières je citerai le Mookee, le Sherajee, le 
Goolee et le Lahore. 

Les pigeons de Lahore. 

De la taille du dragon et de la form.e du pigeon polonais, 
le Lahore est remarquable, comme toutes les races qui nous 
sont venues de l'Inde, par la disposition originale des cou- 
leurs de son plumage. 

Ce type spécial du pigeon de l'Inde, si remarquable par 
son plumage, est néanmoins mal constitué pour le vol et a 
les allures gauches et lourdes. 



— 224 




— 22b — 

Il a le bec large à sa base, surmonté de caroncules nasales 
assez développées, lisses et déprimées; la mandibule infé- 
rieure du bec est blanche ou blanc rosé, tandis que la man- 
dibule supérieure est noire ou de couleur corne foncée ; la 




Pigeon de Lahore. 

tête est convexe, large entre les yeus et ornée d'une huppe 
pointue formée de plumes à rebours sur le derrière de la 
tête ; l'œil est noir et entouré d'une membrane nue de teinte 
rougeâtre; il a le cou court, la poitrine arrondie et large ou- 
verte, les épaules larges et les formes du corps du pigeon 
[Pigeons domestiques.) 15 



— 22G — 

polonais; ses ailes sont longues et s'étendent par leurs ré- 
miges primaires jusqu'à l'extrémité de la queue ; ses tarses 
sont courts et l'habitude qu'ont ces oiseaux de se tenir bais- 
sés, les fait paraître plus courts encore. 

Son plumage exige une description détaillée : il a le som- 
met de la tête depuis et 1/ compris la mandibule supérieure 
du bec noir, le noir suivant la ligne naso-oculaire, se pro- 
longeant derrière le conduit auditif, sur la partie postérieure 
du cou et laissant une tache ovoïde blanche sous l'œil ; la 
gorge, ou la partie antérieure du cou, blanche, de sorte que 
l'oiseau, vu de profil, ait la moitié du cou noire et l'autre moi- 
tié blanche; la poitrine, les jambes, l'abdomen j le croupion 
etla queue sont également blancs comme le devant du cou; 
tandis que le dos et les ailes sont d'un noir intense comme 
le sommet de la tête et la partie postérieure du cou. Bref, 
toutes les plumes de la face supérieure de son corps, à l'ex- 
ception de la queue, sont noires et celles de la face infé- 
rieure sont blanches. 

C'est un oiseau paisible, inoffensif, qui reproduit très bien 
sous nos climats et n'a besoin que de quelques mètres de 
surface pour vivre et multiplier en volière. 

Quoique le Lahore rappelle par les teintes du plumage le 
Sherajee et le Goolee de l'Inde, qui sont des races artifi- 
cielles, il n'en transmet pas moins ses caractères à sa pro- 
géniture avec une remarquable fidélité, ce qui prouve que la 
race est bien fixe. 

J'ai pu longtemps observer un couple de ces pigeons en 
captivité; ils restaient presque tout le jour immobiles sur un 
perchoir, ne descendaient sur le sol de la volière que pour se 
nourrir, et je me vois forcé d'avouer qu'ils ne m'amusaient 
guère. Mais je me hâte d'ajouter que le mâle témoignait à 
sa femelle de grandes marques de tendresse; que les x^arents 
nourrissaient bien leurs petits et leur témoignaient beau- 
coup d'amour. 



227 

Malgré toutes ses brillantes qualités et son plumage dis- 
tingué, je ne puis m'empêcher de douter que ce nouveau 
venu doive se faire préférer au pigeon voyageur et à nos 
nombreuses belles races d'utilité et d'agrément qui peu- 
plent déjà nos volières et nos basses-cours; et, si la race est 
rare en Angleterre et plus rare encore en France, c'est, à 
mon sentiment, parce que les amateurs n'en veulent point. 

Le pigeon Sherazie. 




Pigeon Sherazie, de M. J. C. Lyell. 

Ce que l'on nomme la race de Lahore qui précède, paraît 
être une variété résultant du croisement entre la race dite 
Sheraz ou Sherazie ou Sherajee et d'autres races indiennes. 

Le Sherajee, m'écrit M. J.-C. Lyell, de Dundee, qui a par- 
couru les Indes dans tous les sens, est un oiseau de race perfec- 
tionnée et occupe aux Indes, parmi les diverses races de pi- 
geons qu'on cultive dans ce pays, à peu près la même place 



— 228 — 

que le tumbler et le boulant en Angleterre. A ma connaissance, 
ces oiseaux, qui sont loin d'être abondants aux Indes, ar- 
rivent rarement sur nos marchés. Le pigeon qu'on appelle 
ici le Lahore est un Sherajce de race dégénérée, ayant les pieds 
nus. N'employez pas le mot Lahore, ajoute M. Lyell, mais 
nommez-le le Sheraz ou Slicmzie ou Sherajee : la race doit 
son nom à la ville de Sheras (Perse), dans laquelle son éle- 
vage a reçu le plus de développement. Elle tend à se répan- 
dre de plus en plus à Calcutta, à Bombay et à Madras, où 
des éleveurs intelligents la cultivent avec soin et l'ont con- 
sidérablement améliorée. 

On la dit fort ancienne et originaire de Sheras, elle est 
mentionnée dans les Instituts (Z'^/iftar (1542-1605). 

Le Sherazie de race améliorée, pour que les amateurs in- 
diens le trouvent à leur goût, doit avoir la taille et les formes 
du corps du tambour de Dresde le mieux fait; la tête allon- 
gée comme chez le biset et lisse; le bec de force et de lon- 
gueur moyennes, ayant la mandibule supérieure noire, l'in- 
férieure blanche et les bords près de la commissure de 
teinte rougeàtre; l'œil de vesce et entouré d'une membrane 
nue également rougeàtre comme les bords buccaux; le cou 
court et gros ; le corps ovalaire ; les épaules larges ; la poitrine 
bien développée; les ailes de longueur moyenne; la queue 
étroite; les tarses courts, très abondamment garnis déplumes 
raides, longues et dirigées horizontalement. 

Son plumage est identiquement semblable à celui du pi- 
geon de Lahore : c'est-à-dire que toutes les plumes de la 
face supérieure de son corps sont noires, rouges, bleues ou 
chamois et que celles de la queue et de la face inférieure 
sont blanches. 

Ces oiseaux sont faciles à reconnaître au premier coup 
d'œil. Vus de profil, leur cou semble être coupé en deux par- 
ties égales, dont l'une est colorée et l'autre blanche. Vus de 



— 2-i9 — 

face, leur cou paraît tout blanc, et vus de derrière, il paraît 
tout noir, rouge, chamois ou bleu. 

Il en existe une variété qui a la partie inférieure du corps 
blanche, agréablement ponctuée de petits points noirs, 
rouges, chamois ou bleus qui font un effet charmant. 
Lorsque les oiseaux de cette variété sont régulièrement 
ponctués, ils sont très estimés aux Indes et s'y vendent à des 
prix fabuleux. Mais pour être considérés de très belle race, 
il faut qu'ils aient la poitrine régulièrement parsemée de 
petits points colorés, rangés en files et bien écartés : les 
taches doivent être formées par une seule plume et la réu- 
nion de deux ou trois plumes colorées formant des taches 
trop apparentes, est considérée comme un défaut. 

Il y en a de toutes les couleurs propres aux pigeons : la 
face supérieure du corps étant toujours colorée et la face infé- 
rieure et la queue toujours blanches, comme chez le Lahore. 

Il y en a qui ont le dessus de la tête, la partie postérieure 
du cou, le dos et les rémiges primaires noirs, avec le man- 
teau blanc, moucheté de noir et le reste du corps blanc; 
d'autres ont la face supérieure du corps rouge, avec le fond 
du manteau blanc, ponctué ou pailletée de rouge; d'autres 
encore ont le plumage identiquement semblable aux précé- 
dents, seulement les taches, au lieu de s'élever sur fond 
blanc, se détachent en noir sur fond rouge. 

Ils ont les mœurs des autres pigeons domestiques, sont 
sédentaires et faciles à élever; mais ils exigent d'être tenus 
proprement, comme toutes les races qui ont les pieds emplu- 
raés. 

Ce qui m'étonne, c'est que ces charmants oiseaux, dont 
la disposition bizarre des couleurs de leur plumage captive 
de loin le regard de l'amateur, ne soient pas les hôtes 
habituels de nos volières et de nos pigeonniers. 



— 230 — 



Le Pigeon Goolee. 

S'il faut en croire les rapports de M. James C. Lyell, de 
Dundee, les Indes orientales, où ces pigeons sont très abon- 
dants, seraient encore le pays d'origine d'où ils ont été 
extraits pour venir s'acclimater en France et en Angleterre. 

Ces gracieux petits pigeons sont aussi remarquables par 




Pigeon Goolee de M. J. C. Lycll. 

la disposition et l'éclat des couleurs de leur plumage que 
leurs congénères les Sherajees, dont ils se distinguent 
principalement par leur taille, qui est beaucoup plus petite, 
et par les formes gracieuses de leur corps qui rappellent 
celles du tumbler almond. 

Ils ont, comme ce dernier, la tête ronde, le front proé- 
minent, haut, droit, formant avec le bec un angle presque 
droit; le bec petit comme chez le Baldhead; la couleur du 



— 231 — 

bec est blanc rosé dans les variétés rouge et chamois, mais 
dans les variétés noire et blanche la mandibule supérieure 
est de couleur corne foncée, tandis que l'inférieure est 
blanche, et, dans toutes les variétés, les bords buccaux sont 
toujours rougeâtres près de la commissure du bec. Ils ont l'œil 
de vesce et entouré d'un mince filet rouge de la même teinte 
que celle des bords buccaux; la poitrine saillante; les ailes 
de longueur moyenne, portées bas, presque traînantes, 
comme chez le tumbler; la queue étroite, composée de 
douze rectrices étagées et portées au-dessus des ailes; les 
tarses courts, nus et d'un rouge vif. 

Ils ont le vol soutenu, les allures vives et ils marchent 
comme le tumbler, sur la pointe des doigts des pieds. 

Quoique ces jolis oiseaux aient la tête ronde, le front 
haut et droit, le bec petit, ces caractères ne sont pas aussi 
énergiquement accusés chez eux comme chez le tumbler 
almond qui a été cultivé avec soin, amélioré et perfectionné 
par les amateurs anglais, de générations en générations, 
par une application constante des principes généraux de la 
sélection dont tous les éleveurs anglais connaissent les règles ; 
mais il me paraît incontestable qu'en peu de générations, au 
moyen d'une application constante des mêmes procédés d'é- 
levage auxquels le tumbler doit ses formées perfectionnées, on 
arriverait promptement au même résultat. 

Leur plumage, comme celui du Sherajee et du Lahore, 
est remarquable par la disposition bizarre de ses couleurs. 
Comme ces derniers, ces curieux petits pigeons ont la 
face supérieure du corps noire, rouge, bleue ou chamois 
uni ou papilloté et la face inférieure blanche, à l'exception 
de la queue qui est colorée : c'est à dire qu'ils ont le sommet 
de la tête, la nuque, la partie postérieure du corps, le dos, 
le croupion, les ailes et la queue colorés et toute la partie 
inférieure du corps blanche, à l'exception de la queue. 
Vu de profil, le cou est moitié blanc et moitié coloré; et il 



— 232 — 

ne faut pas que les deux couleurs se fondent sur leurs 
bords en contact; il faut au contraire qu'elles soient bien 
localisées, que la région colorée de la tête ne descende pas 
plus bas que la ligne naso-oculaire, qu'elle se prolonge sur 
la nuque, s'arrête au conduit auditif et descende en droite 
ligne jusqu'aux épaules, sans décrire des zigzags capricieux 
sur le blanc de la partie antérieure du cou. 

On pourrait compter dans cette race, comme dans la plu- 
part des races de pigeons domestiques, un nombre considé- 
rable de variétés, si l'on s'en rapportait à leur plumage qui 
affecte toutes les couleurs propres aux pigeons, depuis le 
chamois jusqu'au noir, en passant par tous les tons, ainsi 
que les robes étincelées, maillées, caillées et mouchetées. 

A Calcutta et à Bombay, le Goolee et le Sherajee sont 
placés au-dessus de toutes les autres races de pigeons 
d'agrément, et ces privilégiés, quand ils sont de race pure, 
y acquièrent des prix fabuleux; mais aux Indes comme en 
Europe, on ne rencontre ces races dans toute leur pureté 
que chez quelques riches amateurs qui ne cultivent que les 
variétés les plus belles et les plus rares. 

Les plus estimés à Calcutta et à Bombay sont les pa- 
pillotes tricolores^ the Moltlcd Goolee. Ces oiseaux ont le dessus 
de la tête, la partie postérieure du cou et la queue minime 
et le manteau blanc, agréablement moucheté de couleur feu 
(tan)^ et la partie inférieure du corps blanche, 

La variété papillotée rouge est identiquement semblable 
à la précédente, quant à la disposition des couleurs; seule- 
ment les mouchetures, au lieu de se détacher en couleur feu 
ou chamois, s'élèvent en rouge sur fond blanc. Il y en a 
dont le manteau est composé de plumes blanches et rouges 
uniformément mélangées, avec le vol blanc. Celte variété 
est nommée le Goolee à manteau fleur de pêcher h cause de 
sa teinte rosée. 

La variété papillotée noire a le sommet de la tète, la par- 



— 233 — 

tie postérieure du cou, le croupion, les rémiges primaires 
et la queue noirs, le manteau blanc moucheté de noir et la 
partie inférieure du corps blanc^he. Leur manteau est com- 
posé d'un mélange de plumes noires et blanches dans des 
proportions très variées ; chez les uns les plumes blanches 
dominent et sont en beaucoup plus grande proportion que 
les colorées ; tandis que chez les autres les plumes blanches 
et les colorées sont en proportions à peu près égales. 

Les variétés de couleur uniforme ont la face supérieure 
du corps noire, rouge, chamois ou bleue et la face inférieure 
blanche. 

Ces jolis oiseaux, d'un vol léger et soutenu, sont d'une 
assez grande fécondité et sont tenus en haute estime aux 
Indes. 

Les pigeons Mookees ou pigeons prêtres trembleurs. 

Très répandu aux Indes, ce charmant petit pigeon est ex- 
trêmement rare en France; on ne peut se le procurer qu'en 
Angleterre, où même il n'est pas commun. .l'en ai vu un 
couple au Jardin d'Acclimatation, il y a deux ou trois ans, et 
depuis lors je nai pas eu le bonheur d'en rencontrer 
d'autres. 

De la grosseur du culbutant et ressemblant, quant au 
plumage, au pigeon russe, à ces différences près : tout rouge, 
chamois, noir ou bleu, à l'exception du sommet de la tête 
et des deux rémiges externes de chaque aile qui sont blancs. 

Par le tremblement convulsif dont son cou est constam- 
ment agité, il a beaucoup de rapport avec le pigeon queue 
de paon ; mais il s'en distingue complètement par sa queue 
étroite, composée de douze rectrices et portée horizontale- 
ment comme chez le biset. 

Ceux que le Jardin d'Acclimatation a possédés, avaient le 
plumage noir, superbement lustré, avec le dessus de la tête 



— 234 — 

blanc, à partir de et y compris la mandibule supérieure du 
bec, la tache, comme chez la fauvette et le pigeon russe, ne 
descendant pas plus bas que la ligne naso-oculaire, passant 
vers le milieu de l'œil et se terminant sur l'extrémité infé- 
rieure du crâne, l'aigrette ou la huppe pointue qui pousse 
derrière la tête y comprise, et les deux rémiges primaires 
externes étaient blanches comme la tache. 

Les Mookces de race pure doivent avoir le bec de force 
moyenne et court, comme chez le baldhead, la mandibule 




Pigeon Mookee, de M. J. C. Lyell. 

supérieure blanche et l'inférieure de couleur corne foncée 
ou noire dans les variétés noire et bleue, corne claire dans 
les variétés rouge et chamois; les morilles peu développées, 
lisses et d'un blanc farineux ; la tête allongée, aplatie, étroite 
en avant, large en arrière, en forme de V, comme chez le 
dragon; une huppe pointue derrière la tête, comme chez le 
pigeon bouvreuil; les joues creuses; l'œil devesce, dépourvu 
de filet; le cou grêle, très arqué et toujours tremblotant 
comme chez le pigeon queue de paon ; le corps ovalaire; le 



— 235 — 

dos large; la poitrine proéminente et portée très en avant; 
les ailes longues, reposant bien sur la queue, sans se croiser; 
la queue étroite et portée au-dessous des ailes; les tarses de 
longueur moyenne, nus et d'un rouge vif. 

Ce joli oiseau est extrêmement gracieux. Son attitude 
semble le rapprocher du queue de paon, qui est égale- 
ment originaire des Indes et dont il descend probablement. 
Comme lui, il a le vol laborieux, et à l'époque des amours il 
a la tête et le cou constamment agités de tremblements 
convulsifs. 

Lorsqu'ils sont de bonne descendance, ils transmettent 
leurs caractères à leur progéniture avec beaucoup de fidé- 
lité. Cependant, il arrive assez fréquemment que les petits 
naissent avec trois ou quatre rémiges primaires blanches à 
chaque aile, ou avec deux rémiges blanches à une aile, trois 
à l'autre et qu'ils aient la tête irrégulièrement marquée, 
sans que l'on puisse soupçonner les oiseaux reproducteurs de 
ne pas être de bonne race; car l'expérience a démontré que, 
dès que l'on croise le pigeon trembleur indien avec une autre 
variété, les petits qui en naissent perdent le tremblement 
nerveux dont la race pure est constamment agitée et qui 
constitue son caractère le plus saillant. Mais les oiseaux qui 
ont ce défaut, n'en sont pas moins défectueux et ne devraient 
pas être conservés pour la reproduction. 

Les Mookees ont leurs caractères qui leur sont bien propres 
et qui sont déterminés surtout par le tremblement convulsif 
du cou, ce qui les distingue de toutes les autres variétés à 
queue étroite. 

Au Jardin d'Acclimatation, au premier aspect, voyant ces 
oiseaux courir vivement, je croyais avoir sous yeux des pi- 
geons queue de paon. Le mâle avait la tête très rejetée en 
en arrière, le cou gracieusement arqué, extrêmement agité 
de ce mouvement tremblotant qui caractérise sa race et 
poursuivait sans relâche sa femelle qui tremblotait comme 



— 2SQ — 

lui. Ils étaient toujours par terre; leurs allures étaient bien 
plutôt celles du queue de paon que des autres pigeons, ils 
avaient la même tenue fière et majestueuse et, si ma mé- 
moire m'est fidèle, ces deux oiseaux, qui sont les seuls 
spécimens de celle race que j'ai jamais vus en France, ont 
été envoyés à Londres. 

Le sport colombophile indien. 

M. J.-C. Lyell, de Dundee, qui a habité les Indes pen- 
dant un grand nombre d'années, dans plusieurs conversa- 
tions que j'ai eu l'honneur d'avoir avec cet amateur dis- 
tingué, m'a enlrelenu longuement des diverses races de 
pigeons qui peuplaient ses volières durant son séjour dans 
ce pays; et, à l'exception de quelques détails qui m'ont été 
fournis par M. Birkett, qui a également parcouru les Indes 
dans tous les sens, je dois à M. Lyell presque tous les inté- 
ressants renseignements sur le spo7H colombophile aux Indes, 
qui vont suivre. 

Le Gioco ou le Jeu se pratique aux Indes sur une plus 
vaste échelle encore qu'en Italie et qu'en Espagne ; et tous 
les voyageurs qui ont visité cette vaste contrée, sont d'ac- 
cord pour dire que, dans la maison de tout riche amateur 
indien, il y a un homme spécial, dont l'unique occupation 
est de dresser des bandes de pigeons à exécuter dans les airs 
tous les mouvements qui leur sont ordonnés. 

Lorsqu'on parcourt les grandes villes de l'Inde, envi- 
ron une heure avant le coucher du soleil jusqu'à la fin 
du crépuscule, de tous côtés où l'on tourne le regard on 
aperçoit des ^ri^'anieri" qui du faîte des maisons agitent de 
petits drapeaux et dirigent le vol d'innombrables légions de 
pigeons. 

C'est à Delhi que ce sport se pratique le plus; et, à l'heure 
où les amateurs se livrent à cet amusement, les troupes de 



— 237 — 

pigeons qui planent et voltigent au-dessus de la ville sont si 
nombreuses que le ciel en est littéralement rempli. 

A Calcutta aussi, un grand nombre d'amateurs se font un 
plaisir de dresser des pigeons à exécuter dans les airs toutes 
sortes d'évolutions; et un étranger curieux d'assister à 
pareil spectacle, peut le voir se reproduire tous les jours à 
l'heure réglementaire, c'est-à-dire uue heure avant que le 
soleil ne descende sous l'horizon. 

Mon ami, M. James Lyell, de Dundee, pendant son séjour 
à Calcutta, a eu le bonheur d'être témoin oculaire d'un 
immense lâcher de pigeons au palais de S. M. le roi d'Oude, 
et a eu l'amabilité de me raconter toutes les péripéties de ce 
ravissant spectacle qui s'est déroulé sous ses yeux. 

Le roi d'Oude possède quatre bandes de pigeons chacune 
de couleur différente. M. Lyell ne se rappelait plus de la 
dénomination sous laquelle Sa Majesté désigna ses pigeons 
qui étaient de taille moyenne, avaient la tête colorée et le 
reste du corps blanc irrégulièrement parsemé de taches de 
la même couleur que celle de la tête. 

Les pigeons de chaque groupe se faisaient aisément 
reconnaître par la couleur de leur tête qui était noire, 
rouge, chamois ou bleue selon le groupe auquel ils apparte- 
naient. 

M. Lyell évalua le nombre des pigeons de chaque groupe 
à environ mille oiseaux ayant tous la tête teinte de la même 
couleur, mais irrégulièrement tachetés sur le reste du 
corps et différant d'individu à individu, de façon qu'il eût 
été difficile d'en trouver deux dans le nombre identique- 
ment pareils. 

Pour mieux voir, M. Lyell s'arrêta, à côté du triganière, 
sur la plate-forme du pigeonnier de la bande de pigeons 
bleus, d'où il put voir facilement les quatre groupes s'élever 
et planer dans les airs. Le groupe à têtes bleues fut lâché le 



— 238 — 

premier. Le triganière pénétra dans le colombier et à l'aide 
de son petit drapeau, en chassa les hôtes qui allèrent se 
percher en masse sur un juchoir établi en face du pigeon- 
nier. Il introduisit ensuite l'index et le pouce dans la 
bouche, fit entendre un sifflement aigu et se mit à agiter 
son drapeau dans tous les sens. 

Ce fut le signal du départ. Aussitôt les pigeons obéirent 
au commandement du triganière comme les soldats les 
mieux disciplinés, prirent leur essor et d'un bond s'éle- 
vèrent en une épaisse colonne dans les airs où ils se mirent 
à décrire de longues circonvolutions. 

Les trois autres volées, composées respectivement chacune 
de mille individus à tête rouge, chamois et noire, furent lâ- 
chées simultanément. C'était un spectacle admirable qui pro- 
duisait sur nous une sensation ravissante, me dit M. Lyell, 
que de voir ces quatre masses de pigeons de couleurs ditTé- 
rentes s'élever et se répandre dans les airs à une portée de 
fusil au-dessus de nos tètes. Le ciel en était absolument 
obscurci; tandis que le bruissement de leurs ailes remplis- 
sait les airs d'un bourdonnement continu qu'on pouvait 
entendre à une grande distance. Mais ce qui me remplis- 
sait de stupéfaction, me dit encore M. Lyell, c'était de voir 
ces immenses troupeaux de pigeons tantôt se poursuivre, 
tantôt s'entr'ouvrir pour laisser passage à une colonne qui 
se précipitait sur eux, tantôt se mêler et voltiger ensemble, 
tantôt se séparer suivant leur couleur, tantôt voler sur un 
front étendu comme un torrent impétueux, tantôt se mêler 
de nouveau ensemble et tracer des cercles innombrables au- 
dessus de leur habitation. 

Je m'amusai longtemps, me dit finalement M. Lyell, à 
contempler ces évolutions aériennes , mais je fus néan- 
moins impatient de voir le bouquet ou la descente. J'expri- 
mai donc au triganière le désir de les voir s'abattre sur la 
plate-forme, et c'est alors, ajouta M. Lyell, que je fus réel- 



— 239 — 

lement émerveillé de voir la promptitude avec laquelle les 
pigeons obéirent au commandement. 

Dès que le triganière abaissa son drapeau et mit la main 
dans une trémie remplie de graines, la faim ne tarda pas à 
ramener les pigeons sur la terre, car on les fait manœuvrer 
à jeun : ils s'arrêtèrent d'abord brusquement, restèrent un 
moment suspendus dans l'air, brisant la force de leur vol 
par des battements d'ailes répétés, comme l'épervier quand 
il est sur le point de fondre sur sa proie, et puis se précipi- 
tèrent en masses compactes à nos pieds, où toutes sortes de 
graines leur furent distribuées. 

Dans leur chute rapide, la bande à têtes bleues avait en- 
traîné avec elle un pigeon de la bande à têtes jaunes dont 
le triganière s'empara aussitôt et auquel il rendit la liberté 
après l'avoir secoué violemment, pendant que les invités de 
Sa Majesté indienne se retirèrent émerveillés de l'admirable 
spectacle auquel ils venaient d'assister. 

Lorsque les pigeons du roi d'Oude s'ébattent dans les airs 
et charment le spectateur par la rapidité de leurs évolu- 
tions, la tête noire, rouge, bleue ou chamois de ces oiseaux 
apparaît très nettement et fait un agréable contraste avec 
le reste de la robe qui, dans les airs, paraît complètement 
blanche, les taches du plumage ne paraissant pas. 

Le Pigeon pantomime indien; 

Columba gyralrix gestuosa; — The Lowtan pigeon; 
The Kulmee and the Sadhee. 

Originaire des Indes, très rare et très peu estimée en 
France et en Angleterre, cette race n'est recommandabje ni 
par la beauté de son plumage qui afTecte toutes les couleurs 
propres aux mondains, ni par l'élégance de ses formes qui 
ont beaucoup de ressemblance avec celles de nos pigeons 
communs ou de nos pigeons de rue, qui doivent leur ori- 



- 240 — 

origine à un mélange de toutes les races, sans posséder 
aucun caractère dislinctif qui leur soit propre et exclusif. 

11 y en a de toutes les formes, à tête lisse, ou huppée, ou 
coquillée; le plus souvent ils ont la tête coiffée d'une demi- 
coquille qui ne ressemble ni à la huppe pointue du pigeon 
bouvreuil, ni à la coquille du pigeon hollandais, mais qui 
tient le milieu entre les deux. — Ils ont le bec grêle, la tête 
allongée, et vue de profil elle est à peu près convexe; l'œil de 
vesce; le corps trappu; la poitrine et le dos larges; les ailes 
longues; la queue étroite ; les tarses nus ou emplumés. 

On en rencontre aussi de toutes les couleurs; mais la 
couleur dominante est le blanc uni; il y en a qui ont le 
manteau noir, rouge, chamois ou bleu et le reste du corps 
blanc comme chez le cravaté allemand; tandis que d'autres 
ont le plumage identiquement semblable à celui du biset, 
avec les ailes barrées de noir ou .dépourvues de barres. 

11 n'y a, du reste, aucune conséquence générale à tirer 
ni des formes de leur corps, ni de la couleur variée ou 
uniforme de leur plumage. La race est caractérisée unique- 
ment par des accès épilepliformes que l'amateur peut provo- 
quer à volonté chez ces petits animaux. Pour déterminer 
ces accès, il suffit de prendre le pigeon en main, de le 
secouer deux ou trois fois de suite de droite à gauche, ou 
d'appuyer avec la main sur le derrière de sa tête, et aussi- 
tôt il titube, trébuche pendant quelques instants, tombe à 
la renverse comme s'il venait de recevoir un plomb mortel, 
se livre à toutes sortes de contorsions, montre des roule- 
ments d'yeux, exécute des battements rapides et désordon- 
nés des ailes et des pattes, tombe tantôt d'un côté tantôt 
de l'autre et se roule sur le sol en tournant sur lui -môme 
jusqu'à ce qu'il soit hors d'haleine. 

On n'éprouve que de la peine à les voir manœuvrer. 
Reste maintenant à savoir si le pigeon ne souffre point de 
ces accès d'épilepsie et si ce n'est pas de la cruauté que de 



— 241 — 

les provoquer ; car ce n'est pas à plaisir, ni pour leur satis- 
faction personnelle que ces pauvres bêtes tombent en proie à 
toutes les contorsions, à toutes les convulsions qu'on ob- 
serve chez tous les oiseaux épileptiques. 

M. James Lyell, de Dundee, qui a vu un grand nombre 
de ces pigeons pendant son séjour aux Indes, m'a assuré 
que les amateurs qui cultivent cette race font très rarement 
manœuvrer leurs pigeons; qu'ils n'éprouvent aucun plaisir 
à les regarder se rouler, se tournant sur eux-mêmes sur le 
sol et, lorsqu'ils les voient tomber en syncope, qu'ils les 
ramassent presque toujours. Chose étrange , me dit 
M. Lyell, quand ils sont en proie aux plus violentes convul- 
sions, dès qu'on les ramasse, ils reprennent instantanément 
leurs sens et, après avoir trébuché pendant quelques ins- 
tants, ils se remettent à roucouler, à manger et n'y pa- 
raissent plus jusqu'à nouvel ordre. 

En vieillissant, ils deviennent, paraît-il, de moins en 
moins impressionnables, et la race est très féconde et très 
rustique. 

M. Gayot, dans son excellent ouvrage intitulé le Pigeon, 
parle d'un Pigeon culbutant Pantomime qu'on rencontre 
assez fréquemment dans le nord de la France. Ce pigeon, 
dit M. Gayot, a nom Pantomime ; aux culbutes de son chef 
de file le culbutant, il ajoute des contorsions les plus gro- 
tesques. Il a du bon malgré cela, car il est de ceux qu'on 
élève le plus à cause de sa fécondité et des soins intelligents 
dont il entoure ses petits, tout en se livrant à des soubre- 
sauts et à des grimaces qui sont ses façons habituelles. 

M. Gobin attribue au pigeon Pantomime les mêmes habi- 
tudes, avec une légère variante, et dit, comme M. Gayot, 
que ces pigeons, entre leurs culbutes^ exécutent encore les 
contorsions les plus grotesques. 

M. James G. Lyell, de Dundee, qui a eu pendant long- 
temps plusieurs couples de pigeons Pantomime en sa pos- 

{Pigeons domestiques.) 16 



242 

session, prétend au contraire que ces oiseaux ne possèdent 
pas la faculté de culbuter en Vair, comme le culbutant ordi- 
naire, et qu'il n'existe aucun exemple authentique d'indi- 
vidus chez lesquels cette aptitude ait été constatée. 

M. Lyell m'a affirmé également qu'en effet ces pigeons, 
dont la race est très répandue aux Indes et notamment à 
Madras, sont dominés par des tics nerveux et qu'il suffit de 
les secouer quatre ou cinq fois de suite de droite et de 
gauche pour provoquer chez eux de violentes crises ner- 
veuses. Après les avoir secoués dans le sens que je viens 
d'indiquer, m'a dit encore M. Lyell, dès qu'on les remet sur 
pied, ils se renversent aussitôt cul par dessus tête [il imme- 
diately turns head over lail till exhaustcd) et continuent à se 
rouler, tournant comme des roues, jusqu'à ce que la fatigue 
les calme et les fasse reprendre leurs sens. 

M. Lyell les a vus, dans ces conditions, éprouver un 
grand nombre de crises, et m'a dit qu'ils exécutaient tou- 
jours les mêmes mouvements convulsifs qui étaient loin de 
produire des effets agréables sur les personnes qui les regar- 
daient. 

Les renseignements que M. Lyell m'a fournis sur cette 
étrange race ont été confirmés, du reste, récemment par le 
journal anglais the Fiekl, qui a publié plusieurs lettres 
datées de Madras traitant des performances accomplies par 
ces pigeons et qui répondent exactement à la description 
que M. Lyell m'en a faite. 

Selon le Field, la race comporte deux variétés, désignées 
sous les dénominations de variété de Kulmce et de variété de 
Sadhee. 

Le Kulmee est, paraît-il, le plus impressionnable, et il 
suffit d'appuyer un instant les doigts sur le derrière de la 
tête des oiseaux de cette variété pour provoquer instan- 
tanément les accès; tandis que chez les Sadhee il ne suffit 
pas de le toucher de la main pour déterminer les crises ; 



— 243 - 

il faut secouer l'oiseau assez violemment de droite à gauche 
pour les provoquer. 

Si les amateurs anglais et français recherchent peu la 
possession de cette race, il est vrai qu'elle n'offre rien 
d'utile, rien de beau et que ses 'performances sont plutôt 
répugnantes qu'agréables. 



CHAPITRE XXXVIII. 

Pigeons tournants 

Columba gyrans 
The Smiter or Ringbealer, Die Ringschâgertaube. 

Il est peu de pigeons plus extraordinaires que les tournants, 
non pas tant par rélégance de leurs formes et par la beaufé 
de leur plumage que par leur vol bizarre qui ne ressemble 
à celui d'aucune autre race, et qui exige une description 
spéciale. 

En Angleterre, cette intéressante race, si digne de tous 
points de notre attention, est devenue extrêment rare et elle 
a presque entièrement disparu de la France. Depuis long- 
temps, dit Boitard, les amateurs ont renoncé à ces oiseaux, 
parce qu'ils volent en tournoyant, même dans leur colom- 
bier; quel que soit l'espace où on les tient enfermés, ils 
s'élèvent d'abord jusqu'au plafond, puis ils redescendent en 
décrivant des cercles, d'abord à droite, puis à gauche, 
absolument comme un oiseau de proie qui plane et qui 
chasse du haut des airs. Leur caractère étant querelleur et 
jaloux, lorsqu'ils voient deux pigeons se faire des caresses, 



— 244 — 

ils manquent rarement de se poser sur le dos du mâle et de 
s'y cramponner de telle manière qu'ils le mettent hors d'état 
de se défendre. Souvent ils font le même manège pour 
chasser les femelles couveuses de leur nid, et ces tracasse- 
ries continuelles, qui dérangent beaucoup une volière, 
occasionnent aussi une quantité d'œufs cassés. 




Pigeon tournant. 

Négligée et passée de mode en France, cette intéressante 
race a heureusement rencontré en Allemagne des amateurs 
enthousiastes qui se sont attachés, avec raison, non seule- 
ment à la conserver dans toute sa pureté, mais à l'amélio- 
rer et à la perfectionner au moyen de la sélection, ce dont 
je les félicite. 



— 245 — 

En Allemagne, cette race est mise, à juste titre, au-dessus 
de beaucoup d'autres. En effet, abstraction faite de leur 
caractère peu sociable, ces étranges spécialistes réunissent 
à peu près toutes les qualités que l'on puisse exiger d'un 
pigeon: forte taille, belle ampleur de poitrine, formes élé- 
gantes, plumage splendide qui n'a rien à envier à celui 
d'aucune autre race, allures vives, vol curieux, extrêmement 
amusant à observer, grande fécondité et n'exigeant aucunes 
précautions contre les intempéries de nos climats. 

D'une magnifique prestance, le pigeon tournant a la taille 
un peu supérieure à celle des culbutants anglais; le bec de 
force et de longueur moyennes, de couleur blanc rosé ou 
corne foncée selon la couleur claire ou sombre du plumage 
de l'oiseau; les morilles lisses, blanches et peu développées; 
la tête à peu près convexe, de grosseur moyenne, plus 
longue que large, lisse ou huppée; l'iris de couleur variable, 
rouge orangé, perlée ou noire; un mince filet d'un blanc 
rosé autour de l'œil; le cou court et gros ; le corps volumi- 
neux, bien arrondi et bien établi; la poitrine amplement 
développée; le clos large; les ailes longues atteignant presque 
l'extrémité de la queue sans se croiser; la queue étroite, 
arrondie et de longueur moyenne ; les tarses courts, nus et 
d'un rouge vif ou chaussés ; les allures vives, assez gracieuses; 
le vol bizarre, peu soutenu à cause de l'habitude qu'ont ces 
oiseaux, en volant, de battre constamment des ailes avec une 
violence qui doit les fatiguer promptement. — Ils ont le 
caractère batailleur et les mâles se disputent souvent les 
faveurs des femelles avec un grand acharnement. Il faut 
donc tenir les couples séparés. 

Les variétés de son plumage sont si multiples que ce 
serait entreprendre une tâche au-dessus des forces hu- 
maines que d'essayer de les décrire toutes ; il y en a de 
toutes les couleurs propres aux pigeons, mais les plus tran- 
chées et les plus estimées sont la variété pie et la variété à 



— 246 — 

tête, à queue et à vol blancs. Boitard signale une variété 
rouge, avec un fer à cheval blanc sur le dos, qui est, je crains, 
éteinte; car jusqu'ici je n'ai pas eu la bonne fortune de la 
rencontrer au Jardin d'acclimatation du Bois de Boulogne, 
ni aux expositions du Palais de l'Industrie, pendant ces dix 
dernières années. 

Dans la variété pie, la disposition des couleurs est identi- 
quement semblable à celle du pigeon pie ordinaire et 
n'exige, conséquemment, pas de nouvelle description. 

Dans la variété à tête, à queue et à vol blancs, le blanc de 
la tête descend à environ un centimètre au-dessous de la 
mandibule inférieure du bec, et le reste du plumage est 
semblable à celui du bald head anglais; mais ces oiseaux 
comptent rarement plus de six ou sept plumes blanches à 
chaque aile, et ce nombre est considéré suffisant par les 
amateurs allemands qui élèvent la race depuis un grand 
nombre d'années avec les mêmes soins que les Anglais 
cultivent le carrier, le pouter et le tumbler. 

11 n'y a, du reste, aucune conséquence générale à tirer de 
leur plumage, dont le bald head, le pigeon pie et beaucoup 
d'autres races possèdent l'analogue. Le principal mérite de 
ces curieux spécialistes réside dans leur aptitude à faire cla- 
quer leurs ailes avec un grand bruit et à planer au-dessus 
de la tête de leurs femelles, en décrivant cinq ou six cercles de 
suite, avant de s'abattre sur le sol ou sur le toit à côté d'elles. 

Les mâles les mieux doués, lorsqu'ils sont sous les inspi- 
rations de l'amour et font la cour à leurs femelles, s'élèvent 
d'abord dans les airs, à quelques mètres au-dessus de leurs 
têtes, puis décrivent cinq ou six cercles alternativement à 
droite et à gauche, à peu près comme l'émouchet, mais 
dans un rayon bien plus restreint, et en même temps ils 
font claquer bruyamment leurs ailes. 

Vers la fin de la saison des amours, il arrive assez fréquem- 
ment que les mâles, à force d'avoir abusé de cette étrange 



— 247 — 

manie de battre des ailes avec violence, ont les grandes pennes 
du vol usées, rompues et en si piteux état qu'ils ne savent plus 
voler du tout. Dans ce cas, beaucoup d'amateurs leur arrachent 
les plumes endommagées, en vue de les faire repousser plus 
vite; mais, à mon sentiment, l'application souvent répétée de 
ce moyen doit nécessairement affaiblir la puissance du vol 
chez ces étranges spécialistes et engendrer l'arthrite ou la 
maladie de l'aile. Il vaut donc mieux laisser agir la nature et 
tenir les invalides enfermés, jusqu'à ce que la mue ait 
accompli son œuvre réparatrice. 

Chose étrange, dès que les petits quittent le nid et se 
sentent assez forts pour suivre leurs parents sur les toits, 
l'instinct de faire claquer les ailes se révèle chez eux avec 
une surprenante intensité, quand ils sont de bonne des- 
cendance; et, comme les adultes, ils abusent fréquemment 
de ce plaisir, à leur détriment, sans que, à ma connaissance, 
il y ait aucun remède à opposer à cette manie qui constitue, 
au reste, le caractère le plus saillant de la race. 

Hâtons-nous d'ajouter que, malgré l'usage immodéré de 
battre des ailes avec une effrayante violence, un grand 
nombre de pigeons tournants conservent leurs rémiges 
primaires et secondaires à peu près intactes durant toute 
l'année. C'est parmi ceux-là que les amateurs devraient 
choisir leurs reproducteurs, en vue de la conservation, 
sinon du perfectionnement de la race; tandis que ceux qui 
ont l'habitude de se rompre constamment les grandes pennes 
du vol et d'avoir les ailes, à la fin de la saison, absolument 
en guenilles, devraient être éliminés de la reproduction, 
sans rémission : car, chez les animaux comme chez l'homme, 
les tics, les manies, de même que les qualités et les défauts 
physiques et intellectuels sont héréditaires et se trans- 
mettent de générations en générations. 

Celte intéressante race n'a aucune analogie avec le pigeon 
lillois claquart, que beaucoup d'auteurs prennent l'une 



— 248 — 

pour l'autre. Elle est très sédentaire et ne vole jamais plus 
loin que d'un toit à l'autre. 

Quoiqu'on lui attribue une humeur pas toujours com- 
mode et un caractère peu sociable, les pigeons tournants 
ne sont pas plus féroces que les superbes carriers anglais, 
qui aiment aussi à se faire belle place au pigeonnier et se 
livrent entre eux des combats furieux, d'où les deux adver- 
saires sortent presque toujours affreusement mutilés. 

En somme, leur splendide plumage et leur vol aussi 
curieux qu'amusant les feront toujours rechercher et culti- 
ver par les amateurs intelligents. 



CHAPITRE XXXIX. 

Le Pigeon rouleur oriental 

Oriental Rollers. 

Autre race de saltimbanques aériens, introduite récem- 
ment en Angleterre par M. Ludlow, dont nous avons déjà eu 
plusieurs fois occasion de mentionner le nom. 

Les ailes vigoureuses et l'œil étincelant révèlent du pre- 
mier abord toutes les précieuses qualités chez ces oiseaux, 
dont le principal mérite réside dans leur vol élevé, soutenu 
et surtout dans la manière dont ils l'exécutent. 

La race est caractérisée néanmoins par un nombre anor- 
mal de plumes qu'elle a à la queue, lequel varie de seize à 
vingt-deux rectrices, suivant le degré de pureté du sang de 
l'oiseau. 

Le Rouleur oriental a le bec assez fort, épais à sa base, 



— 249 — 

droit et assez long ; les morilles blanches, lisses, allongées 
et placées longitudinalement ; la tête fine, longue et le 
front fuyant; l'iris blanc, légèrement sablé de rouge; un 
mince filet d'un blanc rosé autour de l'œil; le cou court; 
le corps svelte et allongé, et plus cette qualité est exagérée, 
plus les amateurs trouvent l'oiseau à leur goût ; le dos 
étroit, ensellè; la poitrine arrondie mais peu développée; 
les ailes très longues, s'étendant aux trois quarts de la lon- 
gueur de la queue et portées bas, au-dessous de la queue ; les 
tarses courts et nus. 

Sa queue est très longue et composée de quatorze à vingt- 
deux rectrices, non pas disposées ou étalées en éventail 




Pigeon rouleur oriental. 

comme chez le pigeon paon, mais superposées comme chez 
le biset, les deux médianes supérieures s'écartant légère- 
ment l'une de l'autre par leurs extrémités et divisant la 
queue en deux parties égales ; mais hâtons-nous d'ajouter 
qu'on a rencontré jusqu'ici, parmi les spécimens importés 
de l'Orient, un nombre bien pjlus considérable de sujets 
n'ayant à la queue que seize rectrices, ce qui paraît être le 
chiffre normal, que davantage. Cependant, les amateurs ont 
remarqué que la longueur et le nombre plus ou moins 
grand des plumes à la queue ne sont pas sans exercer de 
l'influence sur les mérites de ces oiseaux. A l'appui de 



— 250 — 

ces allégations, les mêmes observateurs citent des exemples 
de sujets extrêmement remarquables par la manière dont 
ils exécutaient leur vol, chez lesquels ces caractères étaient 
très exagérés. 

La queue doit être portée horizontalement, un peu relevée, 
cependant, de manière que le dos paraisse bien ensellé, et 
M. Ludlow prétend que leurs aptitudes relèvent également 
de ce dernier caractère. 

11 résulte de l'ensemble de ces observations que, parmi 
les oiseaux de cette race, les meilleurs acrobates sont le plus 
souvent ceux qui ont le dos très ensellé et qui ont un grand 
nombre de plumes à la queue; et plus ces caractères sont 
exagérés, plus on a lieu de compter sur la supériorité des 
mérites du sujet. 

Leur plumage est d'ordinaire de couleur uniforme ; mais 
il y en a de toutes les couleurs propres aux pigeons; et, 
comme chez le culbutant, ceux qui ont la robe d'un noir 
intense, ont presque toujours le bec blanc, ou d'un blanc 
rosé marqué à sa pointe d'un coup de crayon. 

Leurs allures sont vives, et leur vol est capricieux, co- 
mique et soutenu. 

D'ordinaire, mais pas toujours, les amateurs orien- 
taux ne tiennent qu'un seul couple de ces oiseaux; et pour 
exécuter avec triomphe leurs mouvements capricieux dans 
les hautes régions, le concours d'une bande de pigeons 
voyageurs ou d'autres pigeons volants leur est indispen- 
sable. Ce n'est que dans ces conditions qu'ils montrent 
toute la supériorité de leur vol et déploient tout leur talent. 

Pour les faire mieux manœuvrer, comme les culbutants, 
les monle-au-ciel et les races volantes, en général, on les 
tient presque constamment enfermés dans une demi-obs- 
curité et on ne les lâche que tous les deux jours, pendant 
quelques heures seulement, ensemble avec une bande d'autres 
pigeons. 



— 251 — 

Alors, avides de lumière et de jouir de leur liberté comme 
d'une faveur nouvelle, dès qu'on ouvre les trappes du pigeon- 
nier, ils se précipitent au dehors et vont s'abattre sur la che- 
minée ou sur le toit d'une maison du voisinage, pendant que 
leurs compagnons de colombier se réunissent en peloton et 
se mettent à décrire de longues spirales dans les airs. 

L'oeil élincelant, ils font osciller d'abord vivement leur 
bec dans tous les sens, leurs regards errant d'un côté et 
d'autre, comme pour explorer tous les points de l'horizon et 
puis, à l'imitation du pigeon voyageur belge qui, d'ordi- 
naire, file comme une flèche en droite ligne vers son colom- 
bier, ils s'élancent d'un bond dans le vide, à une hauteur 
considérable; montent verticalement dans l'air, non pas en 
décrivant de longues spirales comme les autres pigeons, 
mais droit devant eux ; fendent l'air en s'éloignant avec une 
rapidité telle que l'œil peut à peine les suivre et dispa- 
raissent aux regards. 

L'amateur, peu habitué à leur façon de se comporter, les 
croirait perdus, assurément, à tout jamais et dirait : au 
diable, ces mauvais farceurs asiatiques ! Mais il n'en est rien ; 
ils ne tardent pas à revenir, planant à une altitude incom- 
mensurable et décrivant de vastes spirales dans ces hautes 
régions, jusqu'à ce qu'ils aperçoivent leurs compagnons de 
colombier, traçant également des cercles continuels à une 
distance respectueuse au-dessous d'eux. 

C'est alors que la pantomime commence, et que leurs 
évolutions deviennent curieuses et intéressantes à suivre. 
A plaisir, à n'en pas douter, ils voltigent constamment au- 
dessus de leurs compagnons de colombier, non plus en 
exécutant comme eux des cercles interminables ou de 
longues circonvolutions, mais en jouant, battant des ailes, 
allant droit devant eux, décrivant des lignes ondulées, 
volant de côté et d'autre, et cela les distingue de toutes les 
autres races de pigeons volants. 



— 252 — 

Après s'être livrés pendant un temps pins ou moins long 
à ces joyeux ébats aériens, ils descendent précipitamment 
des hauteurs atteintes ; rejoignent leurs compagnons de 
colombier; volent en peloton avec eux pendant quelques 
instants; puis, d'un bond, s'élèvent de nouveau à une 
grande hauteur au-dessus d'eux, et le même manège re- 
commence. 

Mais, c'est surtout à la fm que ce spectacle devient inté- 
ressant, lorsque, épuisés de fatigue, ils se préparent à des- 
cendre. Tout à coup ils s'arrêtent tout court dans les airs. 
Leurs ailes étendues, semblables à un croissant, battent 
avec rapidité pour briser leur vol, à l'imitation de l'émou- 
chet lorsqu'il se prépare à fondre sur sa proie, et puis ils 
commencent leur descente des hautes régions, se laissent 
choir dans le vide et descendent à terre en tournoyant avec 
une violence et une rapidité effrayantes. 

Ce qui est certain, c'est que celui qui a assisté une fois à 
ce spectacle, ne l'oubliera jamais. Il y a même beaucoup 
d'amateurs qui affirment qu'aucun pigeon volant ne procure 
autant d'agrément à son maître que le volant d'Orient, et 
ils le mettent considérablement au-dessus du culbutant 
anglais et au-dessus du pigeon tournant. 

Leur vol soutenu et leur activité incessante leur font 
dépenser beaucoup de forces, et comme les pigeons voya- 
geurs de long cours, ces oiseaux exigent une nourriture 
abondante et tonique. 

Il est difficile de porter un jugement sur leur intelli- 
gence. Cependant M. Ludlow prétend que l'instinct d'orien- 
tation est très développé chez eux ; qu'ils se montrent 
défiants, prudents, et, quand on a le bonheur de posséder 
un couple de ces oiseaux, qu'on les perd rarement par leur 
faute. 

Pour les dresser à soutenir leur vol dans l'air à une 
grande altitude, on ne doit leur accorder la liberté que 



— 253 — 

tons les deux ou trois jours. Abandonnés à eux-mêmes, ils 
ne tardent pas à se mêler aux autres pigeons; à prendre 
l'habitude de voler avec eux , ou à faire les paresseux, 
comme, du reste, tous les pigeons dont le principal mérite 
réside dans le vol soutenu. Il n'y a que la captivité qui les 
stimule à s'élever dans les airs à une grande hauteur dès 
qu'ils recouvrent leur liberté. 

Sous nos climats, ces gracieux oiseaux s'habituent à tous 
les régimes ; mais ils préfèrent les vesces au blé, et le pain est 
pour eux une friandise. La rigueur de nos hivers les incom- 
mode peu, et sous le rapport du logement, ils sont on ne 
peut plus faciles à contenter. 



CHAPITRE XL. 

Le pigeon rieur ou chanteur de la Mecque. 

The Laugher 'pigeon. — Die Lachlaube; Columba ridens. 

La plupart des auteurs confondent le pigeon rieur, Co- 
lumba ridens, avec le pigeon glouglou ou tambour, Columba 
tibicen^ou Columba tympanisans ; tandis que ces deux oiseaux 
ne se ressemblent point et forment deux races bien tran- 
chées, bien distinctes, ayant chacune ses caractères propres 
et exclusifs. 

Le Pigeon tambour a la tête grosse, coquillée, une cou- 
ronne de plumes à rebours ou huppe sur le front, les jambes 
garnies de plumes longues qui dépassent considérablement 
les calcanéums en forme de manchettes, les pieds et les doigts 
abondamment recouverts de plumes longues, raides, diri- 



— 254 - 

gées horizontalement et son roucoulement imite à peu près 
le bruit du tambour. 

Le Pigeon rieur, au contraire, a la tête fine, lisse les 
jambes garnies de plumes molles qui ne dépassent jamais 
les talons, et les tarses nus ou très légèrement recouverts de 
plumes dirigées verticalement, comme chez le coq de bruyère 
et leur dénomination de pigeons rieurs leur vient de ce que 
eur roucoulement à beaucoup de rapports avec le rire de 
1 homme, quoique la comparaison soit un peu forcée 

« Quand le mâle tournoie autour de sa femelle, dit John 
Moore, il fait entendre d'abord un roucoulement raugue ayant 




Pigeons rieurs. 



beaucoup d analogie avec le glouglou ou bruit que fait l'eau 
qui s écoule d une bouteille; puis il fait un autre bruit qui a 

beaucoupde ressemblance avecleséclalsderirederhommef) 
et c est ce qui lui a valu le nom sous lequel la race est dé i- 

Le Jardin zoologique d'acclimatation du iîois de Boulogne 

a noL rwch v.f, . ■ "'""'' '"'"'='' ""'■ """ '1^™ "akes 

thisTrd La ilJnLr^T^ '"'"'""' ° ""' '""''"''' '"' "^'^ *»« 
«car us en "'' "" "'" '° "™ '"- '^^ '"'^ ^-^, 



— 255 — 

a possédé pendant fort longtemps nn couple de Pigeons 
rieurs blancs dont j'ai écouté souvent le roucoulement sin- 
gulier. Du reste, ces charmants oiseaux ne se faisaient pas 
beaucoup prier, il suffisait de passer une canne à travers les 
barreaux de leur cage et de les toucher légèrement, pour 
les faire roucouler à volonté. 

Le rieur peut être regardé à bon droit comme un intermé- 
diaire entre la tourterelle et le pigeon. 

Son principal mérite réside dans son chant qui ne res- 
semble au roucoulement d'aucun autre pigeon domestique; 
il tient à peu près le milieu entre le chant de la tourterelle 
blonde à collier, ou Streptopélie rieuse du Soudan et le glou- 
glou du tambour de Boukharie. Sa voix est plus sonore et 
moins triste que celle de la colombe blonde ; son roucoule- 
ment est plus prolongé et généralement suivi des notes Hou 
Hou, Hou Hou, Hou Hou, qu'il répète durant une ou deux mi- 
nutes, de là le nom de pigeon rieur qui lui a été donné, et son 
chant est d'autant plus prolongé qu'il est lui-même plus 
excité. 

Quand il y a plusieurs mâles enfermés dans une même 
volière, ils ne restent jamais en place, roucoulent à l'envi 
et ne vivent guère en bons rapports entre eux. Ils réclament 
volontiers pour eux le droit du plus fort et apportent assez 
souvent la perturbation dans les ménages. Ils semblent avoir 
un grand attachement pour le voisinage de l'emplacement 
de la case qu'ils ont choisi pour y construire leur nid, et 
en défendent les abords avec acharnement. Le soir, ils 
aiment aussi à se faire belle place et je les entends souvent 
se disputer le perchoir qu'ils préfèrent et occasionner un 
trouble général dans ma volière. 

Cependant le mâle est très affectueux pour sa femelle; il 
la caresse sans cesse; ne la quitte que pour faire retentir à 
quelques pas d'elle son chant d'amour et de joie, ou pour 
aller se disputer avec un autre oiseau de son sexe; revient 



— 256 — 

aussitôt auprès d'elle; lui prodigue de nouvelles caresses; 
s'incline; se tourne; rit à gorge déployée; chante; hurle, 
et toutes ses allures témoignent d'une grande excitation. 

CARACTÈRES GÉNÉRAUX ET MORAUX. 

Le pigeon rieur a le bec grêle et allongé comme chez le 
biset; les caroncules nasa/es lisses, peu développées et placées 
longitudinalement; la tête fine, allongée et lisse ; Viris rouge 
et parcouru d'un cercle de couleur orangée sablée de rouge, 
noir dans la variété blanche, un mince filet blanc rosé autour 
de l'œil; le cou court et gros; le corps svelte, allongé; les 
épaules effacées; le dos et la poitrine étroits; les ailes très 
longues, s'étendant aux sept huitièmes de la longueur de la 
queue, portées bas au-dessous de la queue, le plus souvent 
traînantes chez le mâle quand il roucoule; la queue étroite 
et arrondie comme chez la tourterelle; les pattes courtes, 
très légèrement emplumées, ou nues et d'un rouge vif; la 
taille au-dessous de la moyenne; les allures vives; le vol 
léger et rapide; la voix sonore et prolongée; le caractère 
querelleur. 

Leur genre de vie ne diffère point de celui des autres 
pigeons domestiques. On peut les lâcher en liberté sans 
crainte de les perdre; ils témoignent une grande affection 
pour leur progéniture; n'exigent aucuns soins particuliers; 
en volière, ils sont gais, vifs, agiles, remuants, et leurs rou- 
coulements charment l'oreille de l'amateur. 

Le Pigeon moine à bavette. 

The bavette pigeon. 

Le pigeon moine à bavette a des caractères qui le font 
aisément reconnaître : il a blanches les parties du corps que 
le pigeon coquille hollandais a colorées et il a, au con- 



— 257 — 

traire, colorées, celles que ce dernier a blanches, à l'excep- 
tion des plumes qui lui recouvrent les tarses qui sont 
blanches comme celles de la tête, du vol et de la queue. 

En France comme en Angleterre ces pigeons sont extrê- 
mement rares; et l'on ne peut guère se les procurer qu'en 
Allemagne où ils sont assez répandus. 

Ils ont le bec grêle, d'un blanc rosé, comme tous les 
pigeons qui ont la tête entièrement blanche; les morilles 
lisses, blanches et peu développées ; la tête allongée et le front 




Pigeon moine à bavette. 



fuyant ; une grande coquille derrière la tête ; l'iris noir ou 
rouge orangé ; le cou court ; les ailes longues, leurs extrémités 
s'étendant jusqu'aux trois quarts de la longueur de la queue ; 
le corps ovalaire; la poitrine moyennement développée; la 
queue étroite et serrée; les jambes pourvues de manchettes 
et les tarses abondamment chaussés. 

Leur plumage est très abondant, épais et offre les mêmes 
variétés que les pigeons russes. Ils ont la tête, le vol, la 
queue et les plumes qui leur recouvrent les pieds blancs et 
le reste du corps chamois, rouge, bleu ou noir uni. 

{Pigeons domestiques ) 17 



— 258 — 

On en rencontre aussi de complètement blancs avec l'iris 
noir ; mais ils sont moins recherchés par les amateurs. 

La tête de ces pigeons doit être entièrement blanche : le 
blanc s'arrêtant à la coquille qui doit être colorée, s'étendant 
derrière le conduit auditif, descendant, en forme de bavette 
à deux ou trois centimètres sous le bec et se séparant brus- 
quement de la couleur foncée du cou. Il ne faut pas que les 
plumes des deux bords en contact se mélangent sur une cer- 
taine largeur; il faut, au contraire, que la bavette blanche 
tranche nettement, sans décrire des zigzags, sur le fond 
sombre du cou. 

Les dix rémiges primaires, le croupion et la queue doivent 
être blancs comme la tête, sans mélange de plumes colorées 
parmi les blanches ; le blanc du croupion doit être également 
bien localisé et se séparer brusquement du fond voisin, par 
une ligne transversale bien droite et nettement dessinée. 

Les plumes des jambes ou les manchettes doivent suivre 
la même teinte que celle du reste du corps ainsi que celles 
de l'abdomen ; tandis que les plumes des tarses ou des pattes 
doivent être blanches, longues, raides, abondantes et dirigées 
horizontalement. 

Ces oiseaux ne doivent pas avoir les jambes blanches : ils 
ne doivent avoir de blanc que la tête, le croupion, la queue 
et les plumes des tarses ou des pattes et tout le reste du corps 
doit être coloré. 

Cette race qui, en Allemagne, jouit d'une grande réputa- 
tion, est très rustique et, dans des conditions hygiéniques 
ordinaires, prospère bien sous nos cHmats. 

Par ses mœurs, elle ne diffère point des autres races alle- 
mandes. Elle a le vol léger, mais peu soutenu et ne s'éloigne 
pas beaucoup de son pigeonnier. 

Quoique les races allemandes, dites d'agrément, soient 
presque toutes essentiellement destinées à compléter nos 
collections et à embellir nos volières; elles n'en sont pas 



— 259 — 

moins fécondes et leur chair est plus fine et plus délicate 
que celle du biset. 

Le Pigeon Tambour d^Altenbourg. 

The AUenburg Trurapeler; Die AUenburger Trommeltaube. 

Ce nouveau venu que je ne connais encore que par une 
gravure et une description qui m'en ont été envoyées par 
M. J. C. Lyell de Dundee, est caractérisé par une petite touffe 
de plumes en forme de rosette qu'il porte de chaque côté de 
la tête entre le bec et l'œil; il a les doigts interne et médian 




Pigeon Tambour d'Altenbourg. 



réunis, non pas par une palmature comme chez les canards, 
mais soudés ensemble, et l'externe libre'. 

Son roucoulement a beaucoup d'analogie avec celui du 
Tambour de Boukharie; mais il est plus saccadé, plus varié 
et infiniment plus prolongé. 

Il a à peu près la taille et les formes du corps du Culbu- 
tant; le bec grêle; les morilles peu développées et lisses, la 
tête allongée; l'iris rouge orangé ; sans filet autour de l'œil ; 

1. The AUenburg Drummer bas a small rosette on each side of the 
face be tween beak and eye. Feet peculiar, the middle and inner toes 
being webbed lo thc nails. The toes arc close together,not apart hke 
the Duck. 



— 260 — 

le cou court; le corps ovalaire; les ailes de longueur moyenne; 
la queue étroite; les tarses courts, nus et d'un rouge vif. 

Il a le plumage d'un bleu rougeâtre clair; le cou d'un bleu 
plus foncé à éclat métallique dans sa partie supérieure, à 
reflets dorés dans sa partie inférieure; la poitrine mordo- 
rée ; les couvertures des ailes d'un bleu rougeâtre claii-; l'aile 
traversée par deux barres d'un blanc crème; les rémiges 
primaires blanches; les rectrices d'un bleu foncé avec une 
bande blanche transversale placée près de la pointe. 

Ces oiseaux sont extrêmement rares et tambourinent 
mieux qu'aucune autre race de pigeons tambour connue. 



CHAPITRE XLI. 
Le Pigeon voyageur belge. 

On peut dire que cette intéressante race de pigeons est de 
pure création belge. C'est, en effet, aux croisements entre 
le carrier, le culbuta7it ou le monte-au-ciel et le pigeon cra- 
vaté, et, selon toute probabilité, à d'autres croisements opé- 
rés au hasard dans les fermes et les basses-cours belges, 
que nous devons ce précieux messager. 

Tenant à la fois du carrier, comme les caroncules nasales 
très développées chez quelques sujets le démontrent jusqu'à 
l'évidence, du cravaté et du monte-au-ciel, le pigeon voya- 
geur belge s'en distingue cependant facilement par des traits 
fixes qui lui sont propres et qui caractérisent la race. 

11 a le bec de couleur corne foncée, épais à sa base, fort 
et long chez les uns, court et conique chez les autres, et la 
mandibule inférieure s'adaptant exactement à la supérieure ; 
les caroncules nasales extrêmement développées, tubercu- 



— 261 — 

leuses et chargées d'excroissances chez quelques sujets, très 
peu développées, lisses et blanches chez d'autres, placées 
longitudinalement et bien séparées sur la ligne médiane; la 
tête grosse, ronde et large entre les yeux; l'œil hardi, bril- 
lant, bien dilaté, d'un rouge vif, ou d'un rouge orangé, ou 




Pigeons voyageurs belges offerts en don, par l'auteur, 
à S. M. le roi d'Espagne. 

perlé, enchâssé dans un cercle charnu plus ou moins épais, 
lisse, d'un blanc farineux, et les amateurs s'attachent ar- 
demment à ce que ce cercle fasse bien le tour de l'œil et 
soit partout de largeur et d'épaisseur uniformes. Ou ren- 
contre quelquefois des types dont le développement_^des ca- 
roncules nasales et des bourrelets charnus autour de l'œil 



— 262 — 

rappellent d'une manière frappante le dragon, dont il ne se 
distinguent que par leurs ailes qui sont moins largement 
attachées au tronc et par leur bec qui est moins droit et moins 
long. Son cou court et gros s'arrondit en une courbe gra- 
cieuse à sa jonction avec la partie antérieure de la tête. Sa 
poitrine est large ouverte et ornée quelquefois d'un jabot. 11 
a le corps ramassé et solidement campé sur des jambes vi- 
goureuses, courtes, suivies de tarses nerveux, courts et d'un 
rouge vif; les ailes vigoureuses, longues, s'étendant par les 
rémiges primaires jusqu'aux trois quarts de la longueur de 




Pigeon voyageur liégeois dit court bec. 

la queue qui est étroite et composée de douze rectrices su- 
perposées se recouvrant les unes les autres. 

Autrefois il existait en Belgique plusieurs variétés de pi- 
geons voyageurs ; depuis longtemps elles ont disparu devant 
l'invasion d'une race améliorée qui ne comporte que deux 
variétés désignées sous les dénominations de pigeon voyageur 
belge à bec long et de pigeon voyageur belge à bec court ou lié- 
geois. 

Les colombophiles belges rapportent indistinctement à la 
première variété les pigeons voyageurs anversois et tous 



— 263 — 

les pigeons à bec long; tandis qu'ils rapportent à la seconde 
variété les pigeons voyageurs liégeois et tous les pigeons à 
bec court. 

Ces deux variétés ne diffèrent donc entre elles que par le 
développement de leur bec qui est plus ou moins long chez 
la variété ordinaire et plus ou moins courl chez la variété 
dite courl bec. 

En l'absence d'autres traits distinctifs, la longueur plus 




Pigeon voyageur belge à bec court. 

ou moins grande du bec, suffît à peine à caractériser une 
race et il est probable que les deux types qui existent encore 
aujourd'liui, ne tarderont pas à se confondre en un type 
unique. Le petit pigeon liégeois devient déjà rare et tend à 
disparaître complètement devant l'invasion d'une race de 
pkis forte taille, réputée, peut-être à tort, plus vigoureuse, 
plus robuste, et que nous désignons en France sous la dé- 
nomination de pigeon voyageur belge ordinaire. 
Le plumage est épais, serré, lisse, bien lustré et très va- 



— 264 — 

riable; mais les nuances les plus communes sont le bleu, le 
bleu étincelé, le rouge étincelé,le gris meunier, le fauve, etc. 
L'aspect de l'oiseau- est coquet et distingué ; ses allures sont 
vives et alertes, et son vol est puissant et soutenu. 

La coloration des yeux et du plumage n'exerce aucune in- 
fluence bonne ou mauvaise sur les mérites de ces remar- 
quables oiseaux et leurs aptitudes ne relèvent en rien de ces 
caractères. Il y a donc bons pigeons de toutes robes, et les co- 
lombophiles belges, avec raison, ne prêtent aucune attention 
à la couleur du plumage de leurs pigeons. 




(0 



Pigeon voyageur à bec long. 



Le pigeon anversois se rapproche plus que les deux autres 
du type unique, par sa taille et par ses formes en général. 

Le pigeon liégeois diffère de l'anversois par sa taille qui 
est moindre; par les formes de son corps qui sont plus mi- 
gnonnes; par son bec qui est plus court et par son jabot qui 
orne le plus ordinairement sa poitrine. Mais ces deux varié- 
tés tendent graduellement à se fondre en un seul type et 
sous le rapport essentiel, un instinct d'orientation extrême- 
ment développé, l'une vaut l'autre. 



— 26i: 



Dans un ouvrage spécial intitulé : Le pigeon messager ou 




Le ballon le Zcnit/i commandé par M. Tissandier. 



guide pour l'élève du pigeon voyageur et son application à l'art 



— 266 — 

militaire'j je me suis étendu longuement sur l'instinct d'o- 
rientation qui permet au pigeon voyageur de se guider à 
travers l'espace, comme s'il fut muni d'une boussole qui lui 
indique constamment le chemin qu'il doit suivre; et, si l'on 
n'est pas parvenu jusqu'ici à découvrir ce qui le guide dans 
les airs, il n'en a pas moins été démontréjusqu'à l'évidence 
que l'opinion qui met en jeu la puissance visuelle, est ab- 
solument errounée; attendu qu'à cause de la courbure de la 
terre ou de la sphéricité du globe, le pigeon devrait s'élever 
à une altitude de 7076 mètres, pour voir devant lui à une 
dislance de 300 kilomètres. Or, les expériences tentées par 
Glaisher, Tissandier et d'autres aéronautes distingués, ont 
démontré que, dans ces hautes régions, le pigeon a ses fa- 
cultés paralysées et, lancé dans le vide, se laisse choir comme 
une masse inerte. 

Il résulte aussi de mes observations, que le trouble de l'é- 
quilibre atmosphérique et de la stratification normale des 
couches aériennes empêchent le pigeon voyageur de s'orien- 
ter, le déroutent complètement; mais dès que l'atmosphère 
cesse d'être le théâtre d'une perturbation ou d'un phénomène 
météorologique quelconque extraordinaire, rentre dans son 
-état normal, qu'il trouve de nouveau, dans les diverses 
couches aériennes, des courants atmosphériques ou de cha- 
leur qui le guident vers son colombier. 

Quant à l'altitude à laquelle le pigeon s'élève dans l'espace 
quand il cherche à s'orienter, il a été constaté, par les délé- 
gués du Gouvernement de la Défense nationale, pendant la 
guerre de 1870-71, qu'il ne s'élève pas dans les airs à une 
hauteur excédant 100 à 150 mètres. Dans son vol, il suit les 
proéminences du sol et s'élève de lui-même comme poussé 
par un vent ascendant, quand il passe au-dessus d'une col- 
line, exactement comme le ballon dont le tracé graphique 

1. Editeur E. DeyroUe, 23, rue de la Monnaie, Paris. 



- 267 - 




— 268 — 

d'une ascension du Zénith que je mels ici sous les yeux de 
mes lecteurs, indique la ligne suivie par l'aérostat pendant 
un long parcours. 

On aurait tort de croire quec'estle sentiment etla résolu- 
tion spontanés, qui ne sont ni le résultat de la prévoyance 
ni de la réflexion, mais de ce qu'on appelle Vinstinct, qui 
guident le pigeon voyageur à travers l'espace et le ramènent 
en droite ligne à son colombier. 

11 n'en est absolument rien. Le pigeon voyageur qu'on 
destine a transporter des dépêches et à parcourir de grandes 
distances, a besoin d'être soumis à un entraînement régu- 
lier dès sa tendre jeunesse; on doit lui apprendre à voyager 
en le transportant constamment à des distances graduelle- 
ment plus grandes de sa demeure, d'où il est mis en liberté. 

C'est d'ordinaire à l'âge de trois à quatre mois qu'on com- 
mence son éducation, et l'on doit procéder graduellement 
et avec méthode. Ou commence par des voyages d'essai : on 
transporte le pigeonneau pour la première fois, à une dis- 
tance de son colombier d'un kilomètre et là on le met en 
liberté. Dès qu'il se sent libre il se précipite dans le vide 
comme un étourdi, plane dans les airs en décrivant d'inter- 
minables circonvolutions, s'élance tantôt dans une direc- 
tion, tantôt dans l'autre et emploie souvent une ou deux 
heures à se recueillir, ou en tournoyant à des hauteurs de 
plus en plus grandes, avant de retourner à son colombier. Le 
lendemain on répète la première leçon, car c'est par la pra- 
tique répétée que l'on parvient à développer l'intelligence et 
l'instinct d'orientation chez ces intéressants messagers. Mis 
en liberté une seconde fois à la même distance de sa de- 
meure, il ne vole déjà plus à l'étourdi comme au premier 
essai, il n'emploie plus que quelques minutes pour se re- 
cueillir et puis disparait dans la direction de son pigeonnier. 

On le transporte, ensuite, trois ou quatre fois de suite, à 
deux jours d'intervalle, à deux kilomètres de sa demeure, 



— 269 — 

chaque fois dans une direction différente, d'où on le met en 
liberté comme d'habitude. 

Pour les transporter, on les met dans des paniers ; l'oiseau 
doit y être à l'aise et doit être manié avec douceur et ména- 
gement. 

Pour les mettre en liberté, on ouvre le panier et on laisse 
l'oiseau s'envoler sans le saisir ni le brusquer. 

Après ce petit apprentissage, le pigeonneau, qu'on trans- 
porte loin de sa demeure et auquel on rend la liberté, 
semble déjà savoir à quoi on le destine; et, dès lors, son ins- 
tinct d'orientation éveillé dans les conditions les plus favo- 
rables, n'a plus que d'être soumis à un entraînement régu- 
lier pour se développer. 

Sous ce rapport la société colombophile de Paris a acquis 
une expérience pratique qui ne laisse plus rien à désirer et 
qui l'a conduite à procéder de la manière suivante à l'en- 
traînement du pigeon voyageur : 

Première année d'entraînement : 




l''" étape, 10 kilomètres. — Course préparatoire. 



2e 


— 


20 


— 


— 


3« 


— 


30 


— 


— 


4e 


— 


60 


— 


— 


5« 


— 


90 


— 


— 


6° 


— 


125 


— 


— 


7e 


— 


150 


— 


l«i' concours, 


8e 


— 


200 


— 


2° — 


9° 





300 


— 


2^^ — 



Après chaque course préparatoire, la société colombophile 



— 270 — 

de Paris laisse reposer les pigeons pendant trois jours et les 
trois concours se suivent à huit jours d'intervalle. 

Deuxième année d! entraînement. 




Au printemps do Tannée suivante, on continue le dressage 
des pigeons et on les transporte de nouveau dans la même 
direction aux distances suivantes : 

l""" étape, 20 kilomètres. — Course préparatoire. 



2^ 


— 


30 


3e 


— 


60 


4c 


— 


90 


5e 


— 


125 


6e 


— 


175 


rje 


— 


250 


8e 


— 


300 


9e 


— 


450 



— P'' concours. 

— 2e — 

— 3e — 

Gomme de coutume les courses préparatoires ont lieu à 
trois jours d'intervalle et on laisse reposer les pigeons pen- 
dant huit jours après chaque concours. 

Troisième année d'entraînement. 

Au printemps de la troisième année on procède à l'achè- 
vement du dressage des pigeons et on les transporte, comme 
les deux années précédentes, toujours dans la même direc- 
tion, ou à peu près, aux distances suivantes : 



— 271 



J[re 


étape, 30 kilomètres. 


— Course prépi 


2« 


— 60 


— 




— 


3° 


- 100 


— 




— 


4e 


- 150 


— 




— 


5^- 


— 200 


— 




— 


6° 


- 250 


— 


\er 


concours, 


7e 


— 300 


— 


2« 


— 


8« 


— 450 


— 


3« 


— 


9e 


- 000 


— 


4e 


— 


10" 


— ^oo 


— 


5e 


— 


11« 


— 800 


-^ 


6e 


— 


12e 


— 1000 


— 


7e 






Trois jours de repos sont accordés aux coursiers aériens 
après chaque course préparatoire ; huit jours de repos ^ après 
chaque concours de 2 à 500 kilomètres et trois semaines de 
repos, après chaque concours de 500 kilomètres et au-dessus. 

Après ces épreuves, on considère l'éducation du pigeon 
voyageur comme achevée. 

En hiver, les perturbations atmosphériques qui paralysent 
les facultés instinctives des pigeons, étant plus nombreuses 
qu'en été, les sociétés colombophiles organisent rarement 
des concours et ne font pas voyager leurs pigeons ; parce que, 
comme j'ai dit dans mon ouvrage intitulé Le pigeon messager 
et son application à l'art militaire, le froid, la gelée, la neige, 
le givre et les orages dérangent l'état de l'atmosphère. Or, 
le pigeon, dans une atmosphère troublée, ne trouvant plus 
le courant aérien ou de chaleur qui d'ordinaire le guide à 
travers l'espace, arrête sa course et s'égare. Les sommets de 
montagnes qui sont le plus souvent enveloppés de nuages 
chargés d'électricité, présentent également un obstacle sé- 
rieux au retour du pigeon voyageur, par la même raison 
que l'atmosphère dans ces hautes régions n'étant plus la 
même que celle de la couche aérienne que l'oiseau avait 
choisie comme la plus favorable à la rapidité et à la facilité 



% 



- 272 — 

de son vol, il se sent perdu de nouveau dans l'espace dès 
qu'il tombe dans cette atmosphère agitée. 

C'est pour cette raison que les sociétés colombophiles 
font toujours voyager leurs pigeons dans la direction de 
de Bayonne, parce que, de Bayonne à Paris et à Bruxelles, il 
existe une vallée non interceptée par de hautes montagnes. 

Il est donc permis de croire que dans cette vallée, il règne 
des courants atmosphériques ou de chaleur non interrompus, 
qui guident le pigeon voyageur comme l'oiseau migrateur 
en droite ligne vers son colombier. 

La hauteur à laquelle le pigeon voyageur maintient son 
vol en voyage est également réglée par l'état de l'atmosphère ; 
tandis que sa vitesse est, en moyenne, d'un kilomètre à 
l'heure. 

Pour donner au lecteur une idée de la rapidité avec la- 
quelle le pigeon voyageur franchit les distances les plus 
considérables, j'emprunte à un journal colombophile belge, 
La Légia, le résultat du dernier concours de Tolosa (Espagne), 
à 1,050 kilomètres de Liège, organisé par la Société l'Hiron- 
delle, établie à Chênée. 

La dépêche télégraphique expédiée samedi 1" juillet a 
annoncé le lâcher des pigeons, à Tolosa, à 6 h. tO m. du ma- 
tin, par un temps nuageux, vent du nord. 

Voici les résultats connus pour la journée de dimanche à 
1 1 heures du soir : 

Sacré, d'Ougrée, à 2 h. 10 m. du soir; Maquinay, d'An- 
gleur, 3 h. 32 id.; Jolinon, de Verviers, 4 h. 16 1/2 m. id.; 
Goffart, d'Ensival, 4 h. 35 m. id.; Hansenne, de Verviers; 
Hansenne de Verviers ; Massart, de Jupille ; Massart, de Liège ; 
Bouha, de Visé ; Hansenne, de Verviers ; Colette, de Flémalle- 
Haute; Doncken, de Verviers; A. Six, d'Arseele. 

Le lendemain lundi, tous les prix ont été remportés dans 
la journée. 



- 273 - 

Le local du Cercle de l'Hirondelle a présenté dimanche et 
lundi une animation extraordinaire. 

Da nombreux paris étaient engagés. Si le temps a quelque 
peu contrarié les amateurs, le résultat n'en est pas moins 
magnifique. 

Le concours de Tolosa a réuni 551 pigeons à la mise obli- 
gatoire de tG francs, répartis en 55 prix, dont le premier de 
200 francs et le dernier de 100 francs; 42 prix de poule de 
5 francs, 30 prix de poule h 10 francs, 18 prix de poule à 
15 francs, 10 prix de poule à 25 francs, 10 prix de poule à 
50 francs, plus deux magnifiques garnitures de cheminée; 
somme totale : 22,830 francs, ou une moyenne de 41 à 
42 francs par pigeon. 

En Belgique on procède à l'éducation du pigeonneau de la 
manière suivante : 




Lorsque les pigeonneaux se livrent à leurs premiers ébats 
dans les airs, on les voit pendant les premiers jours traverser 
l'espace d'un vol brusque et saccadé. Au lieu de décrire de 
longues circonvolutions, des courbes et des spirales régulières, 
comme les pigeons adultes, qui se tiennent d'ordinaire en 
bandes serrées, les pigeonneaux lors de leurs premières sor- 
ties, ont le vol moins régulier, ils s'élancent comme des 
étourdis dans toutes les directions, traçant des zigzags fan- 
taisistes, tantôt s'élevant à de grandes hauteurs, tantôt se 
précipitant en d'immenses et rapides plongeons, pour conti- 
nuer leurs évolutions au niveau des toits de nos habitations 
et s'élever de nouveau dans les airs à une grande altitude. 
Les plongeons que les jeunes pigeons exécutent sont une 
[Pigeons doinesliques.) 18 



— 274 — 

sorte de demi-cumulets présentant un caractère spécial bien 
connu de Taniateur colombophile. 

Au vol impétueux et capricieux le calme ne tarde pas ce- 
pendant à succéder; et au bout d'une quinzaine de jours, les 
jeunes débutants commencent à se réunir en bande et, avec 
un peu d'exercice, parviennent bientôt à tenii' le peloton 
comme des soldats bien disciplinés. 




Pigeon voyageur d'Anvers. 

Dès que les pigeonneaux volent' en peloton ou en bande 
serrée, il est bon de laisser leur colombier fermé et de ne 
leur donner la liberté qu'une ou deux fois par jour ; l'amateur 
aura soin de s'arranger de façon à ne pas leur permettre de 
séjourner longtemps sur le toit, ce qui les rend paresseux et 
leur fait contracter l'habitude de ne pas rentrer immédia- 



1. Cette expression veut dire voler en bande serrée. 



— 275 -~ 

tement au colombier lorsqu'ils reviennent de voyage ou de 
concours. 

A l'âge de trois ou quatre mois, ils peuvent être soumis 
aux épreuves de l'entraînement. Pour les premières portées, 
il est d'usage de ne pas aller au delà de deux kilomètres. On 
aura soin de répéter ces épreuves vers les quatre points car- 
dinaux. Beaucoup de colombophiles ont l'habitude de ne pas 
donner en une fois la volée à toute la bande; ils lâchent leurs 
oiseaux un par un, ce qui constitue un excellent exercice 
pour développer chez eux la faculté d'orientation. 

La ligne d'entraînement est ensuite dirigée vers le Sud ou 
le Sud-Ouest; cette direclion est celle qui est généralement 
adoptée par les Sociétés belges, parce qu'elle est la moins in- 
terceptée par des montagnes. 

Pour mieux expliquer la progression des distances admises 
pour l'entraînement du pigeonneau, nous prendrons Bruxelles 
comme point de départd'un entraînement vers Paris-Orléans. 

Après les premiers lâchers autour de la capitale, voici la 
série des étapes adoptées à peu près par toutes les Fédérations 
pigeonnières : Ruysbroeck, 6 kilom.; Hal, 14kilom.; Braine- 
le-Comte, 30 kilom. ; Mons, 60 kilom. ; Valenciennes, 90 kil. ; 
Saint-Quentin, 160 kilom.; et finalement Paris, 280 kilom. 

On remarquera dans quelles proportions les distances au- 
gmentent à chaque étape nouvelle; les portées se succèdent 
de 3 à 4 jours jusqu'à Saint-Quentin, après quoi on laisse 
habituellement huit jours de répit avant de soumettre le 
pigeon à un nouvean voyage. 

Il n'est pas de règle stricte à ce sujet; ce système est en 
praliqueen Belgique, parce que les voyages donnent lieu à 
des concours qui nepeuventêtre organisés que les dimanches. 

On jugera de la quantité de ces concours, lorsqu'on saura 
que la Belgique compte douze à quinze cents Sociétés colom- 
bophiles, et qu'on évalue à 82 mille 975 le nombre de pi- 
geons qui furent expédiés par chemin de fer, par les diffé- 



— 276 — 

rentes sociétés de la seule province de Liège, le 23 avril 1882, 
pour être lâchés en France. 

Chaque province compte une ou plusieurs Fédérations qui 
se mettent à la tête de concours importants, pour lesquels 
on ne doit pas s'étonner de voir distribuer des prix, repré- 
sentant quelquefois la valeur d'une centaine de mille francs. 

Le Roi des Belges, le comte de Flandre, et les administra- 
tions communales encouragent les Sociétés pigeonnières, en 
leur accordant des subventions pécuniaires qui sont conver- 
ties en primes d'honneur aux vainqueurs des principales 
luttes aériennes. 

Rien ne manque à la Colombophilie, car ce Sport a, lui 
aussi, une presse spécialiste qui compte plusieurs organes 
publiés dans les deux langues. L'Epervicr, entre autres, qui 
se publie à Bruxelles, ne tardera pas à entrer dans sa ving- 
tième année. 



LE SPORT COLOMBOPHILE. 

Pour donner une idée de l'importance du Sport colom- 
bophile en Belgique, j'emprunte au Journal La Lègia du 
13 mai 1882, les chiffres suivants : 

La journée de dimanche a été extrêmement favorable aux 
luttes colombophiles : peu de pigeons ont été perdus, grâce 
à la faveur du vent. 

La dépêche télégraphique de Les Aubrais a annoncé la 
mise en liberté des pigeons à 5 h. 20 du matin par un vent 
sud-ouest. 

Les lâchers de dimanche se sont effectués comme suit : 

L'Hirondelle, rue Surlet, 228 paniers contenus dans 12 wa- 
gons, soit 1 1 mille quatre cents pigeons lâchés à Fresnoy-le- 
Grand. 

Le Petit-Bourgogne, Thier-à-Liège, 8 mille 750 pigeons à 



— 277 — 

Solre-sur-Sambre. — Hasselt, Glons et Tongres participaient 
à ce concours. 

Les Amateurs-Réiinis, 50 paniers de pigeons lâchés à Les 
Aubrais (480 kilomètres de Liège) et 6 mille 250 pigeons à 
Engis. 

La Colombe, de Sainte-Marguerite, a eu son concours à Paris 
(Saint-Denis) : 134 paniers contenant 5 mille 360 pigeons. 
Lâcher,? heures du matin, l''"" pigeon, rentré à midi. 17 prix. 
1", 2", 3% 4", 5% 6", prix respectivement remportés par 
MM. Bia, Mairlot, Thiriart, Genêt, Marielle et Werson. 





Pigeons voyageurs Liégeois. 

La Meuse, quai de la Batte, 3 mille 750 pigeons à Erque- 
linnes. 

L'Aigle, d'Ougrée, a lâché à Erquelinnes 1,250 pigeons. 

La Fédération Colombophile, le Télégraphe, de Seraing, a 
eu son concours à La Buissiére, 3 mille 750 pigeons. 

La Fédération le Saint-Esprit, de Jemeppe, 7 mille 350 pi- 
geons à Fresnoy-le-Grand. 

Engis, Ampsin, Amay, Huy, Couthuin, Waremme, ont 



— 278 — 

expédié à Floreffe, Solre-sur-Sambre, La Buissière, Erque- 
linnes et Fresnoy-le-Grand, 22 mille 500 pigeons. 

Verviers,Dison,Chônée, Hervé ont lâché à Ampsin,Marches- 
les-Dames, Châtelineau, Fresnoy-le-Grand, Landrecies et 
Villiers-le-Bel, 33 mille 500 pigeons. 

La province de Liège a donc lâché dimanche 2 mille 225 
paniers contenant cent onze mille deux cent cinquante pi- 
geons, soit une charge d'environ quatre-vingt-dix wagons. 

C'est un fait digne de remarque que nulle part ces luttes 




Panier de voyage pouvant contenir 30 pigeons vayagcurs et muni d'un 
abreuvoir inversable, système Cliieusse, de Douai. 

aériennes n'ont la même importance qu'en Belgiijue, dans le 
pays wallon. 

Cette passion est attribuée au grand et admirable atta- 
chement des pigeons pour leur domicile, el c'est de là qu'a 
pris naissance la vogue des concours organisés sur une si 
grande échelle. 

Jamais lechitlVe des expéditions de pigeons n'a été aussi 
considérable que celte année. C'est ainsi que, pour le mois 
d'avril écoulé, les Sociétés colombophiles de Liège et de la 



— 279 — 

province ont expédié, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur du 
pays, trois cent soixante-quinze wagons renfermant chacun 
25 paniers, ce qui fait un total de quatre cent soixante-huit 
mille sept cent cinquante pigeons. 

On se fait difTicilement une idée de la formation et de l'en- 
tretien d'un colombier. On croit généralement que c'est une 
simple distraction. Bien au contraire, que d'intelligence, que 
de soins, que de fatigues et aussi que de dépenses pour ar- 
river à développer et perfectionner l'aptitude donnée par la 
nature à ces messagers au vol rapide qui franchissent 
d'énormes dislances avec des vitesses plus rapides que nos 
chemins de fer, soit plus de 80 kilomètres à l'heure. 

Voici un exemple de cinq grands concours organisés dans 
le courant de 1881 par l'Hirondelle, la plus forte société de 
Liège, auxquels ont concouru seulement les pigeons d'élite. 

Le concours de Vierzon a distribué 4,314 fr. de prix : La 
Souterraine, 6,068 fr. ; Périgueux, 8,3?6 fr.; Angouléme, 
7,480 fr. ; et au concours d'Auch, qui comprenait 235 prix, 
on a alloué 36 mille six francs. 

La valeur totale atteint la somme fabuleuse de 62 mille 
cent quatre-vingt-quatorze francs. 

Le gouvernement français qui possède plusieurs colombiers 
militaires, encourage, aujourd'hui tout particulièrement, 
les Sociétés colombophiles importantes. 

Citons celle de Limoges, les Courriers limousins, la Fédé- 
ration de la Marne, à Reims, la Société la Neustrie, à Caen, 
et l'Insulaire, à Bastia (Corse). 

Ajoutons que des amateurs liégeois ont aussi formé une 
Société colombophile à Paris. Au concours de RufTec, l'an 
dernier, le 1" prix, comportant une somme de 500 francs 
allouée par le ministre de la guerre, a été remporté par 
M. Hauquet, originaire d'Awans, près de Liège. 

Les récompenses qui consistent en objets d'art et en mé- 
dailles on tété décernées cette annéeavec une grande solennité. 



— 280 — 

Les médailles offertes cette année par le gonvernenient 
français aux lauréats dos sociétés colombophiles portent en 
effigie une déesse, image de la nation, qui tend les mains 
vers un pigeon portant au cou une dépèche. 

La déesse est assise sur l'atful d'un canon; près d'elle, 
des fascines; au coin, les fortifications et la silhouette d'une 
ville. 

A l'envers, sous l'exergue « ministre de la guerre, com- 
munications aériennes; Paris, 1870-1871 » se trouve figurée 
la cage des voyageurs aériens et au centre le nom du lauréat. 
Un pigeon plane au-dessus. Une branche de laurier et des 
rubans entrelacés complètent le sujet. 

Le Pigeon facteur. 

L'usage du pigeon et de riiirondelle comme porteurs de 
messages et de billets remonte à la plus haute antiiiuité. 

Ce qui fait penser (jne le pigeon voyageur est de race très 
ancienne, ilit Boitard, c'est que, sur tous les monuments 
anciens où l'on a représenté Vénus dans un cliav trahie par 
des colombes, il est facile de reconnaître que des pigeons mes- 
sagers ont servi de modèle aux peintres ou aux sculpteurs 
qui les ont exécutés. Les mariniers d'Egypte, de Chypre et 
de Candie, dit Belon, nourrissaient sur leurs navires des pi- 
geons voyageurs pour les lâcher, quand ils approchaient de 
terre, afin d'annoncer chez eux leur arrivée. 

C'était également au moyen de pigeons et d'hirondelles 
qu'étaient si rapidement proclamés, dans tonte la Grèce, les 
noms des vainqueurs aux jeux olympiques. Parmi de nom- 
breux autres exemples on cite un athlète de l'île d'Egine qui, 
se rendant aux jeux olympiques, emportait avec lui un pi- 
geon enlevé à ses petits. Après sa victoire, il lui attacha a la 
patte un ruban de pourpre, le remit en liberté, et l'oiseau 
retourna le même jour à son nid. 



— 281 — 

Pline nous apprend qu'à Rome, Cécina de Volaterre et 
ceux qui faisaient courir dans le cirque pour la course des 
chars, mais qui ne pouvaient assister eux-mêmes à la lutte, 
envoyaient à leur place des amis et des serviteurs, qui ap- 
portaient des pigeons et des hirondelles, tirés du lieu même 
où étaient retenus les propriétaires des attelages. A la fin du 
spectacle, on lâchait un ou plusieurs de ces oiseaux, teints 
de la couleur du parti qui avait remporté la victoire. Par le 
retour des oiseaux k leur nid, les propriétaires apprenaient 
s'ils avaient gagné ou perdu. 




Pigeons voyageurs liégeois. 

Frontin raconte qu'au siège de Modène par Antoine, en 
l'an 43 avant Jésus-Christ, l'usage du pigeon fut appliqué 
pour la première fois (?) à l'art militaire. Le consul Hirtius 
envoya ainsi à Decius Brutus, commandant la ville, des 
lettres attachées au col des pigeons par un fil de soie. A son 
tour, Brutus dépêcha au camp des consuls des pigeons por- 
teurs de missives attachées à leurs pattes. 

Pline raconte le même fait, mais avec une légère variante, 
et ajoute, dans son Histoire naturelle : A quoi servent les 
remparts et les sentinelles, et le blocus et les filets tendus à 



— 282 — 

travers le fleuve, quand on peut faire parvenir les nouvelles 
à travers l'espace? 

Fabius Pictor affirme que des troupes romaines étant as- 
siégées par les Liguriens, on lui apporta une hirondelle 
prise sur son nid, afin qu'en lui attachant un ruban à la 
patte, il fit connaître aux assiégés, par le nombre de nœuds, 
dans combien de jours ils seraient secourus. 

Quoique l'histoire n'en dise rien, il est permis de supposer 
que ce procédé, une fois connu, fut mis constamment en 
pratique dans les places assiégées. C'est, du reste, la connais- 
sance de ces faits qui me fit écrire au ministre de la guerre, au 
moment de l'invasion prussienne, la lettre qui fut reproduite 
dans le Bulletin de la Société d'Acclimatation en 1872, dans 
laquelle j'avais proposé au gouvernement impérial défaire 
sortir de Paris, avant rinvestissement de cetle ville, tous les 
pigeons voyageurs qu'où pourrait trouver dans nos murs, et 
d'y amener des pigeons de Lille et de Roubaix. De cette fa- 
çon, la communication eut été assurée. Malheureusement, 
le gouvernement régulier ayant été bouleversé, mon pro- 
gramme ne reçut qu'un commencement d'exécution. On se 
contenta d'amener au Muséum quelques pigeons provenant 
des Sociétés colombophiles du Nord; tandis qu'on négligea 
de faire sortir ceux de la Société colombopiiile de Paris, avant 
l'investissement de la ville. (Le Jardin cV Acclimatation illustré 
par M. P.-A. Pichot.) 

En 1098, les chrétiens, venus pour conquérir Jérusalem, 
eurent pour la première fois connaissance de cette invention. 
Le château-fort d'IIazar, entre Antioche et Édesse, était au 
pouvoir des iufidèies. Le commaudant désirait pourtant se 
rendreaux chrélicns. C'est par pigeons qu'eui'cnt lieu, entre 
musulmans, les négociations pour la reddition de la place. 

Tout le monde cou naît l'épisode de la colombe poursuivie 
par un épervier et tombée sans vie au miheu des chrétiens 
quand ceux-ci arrivèrent dans les plaines de Ptolémaïs ou 



— :^83 — ' 

Saint-Jean-d'Acre. Ils trouvèrent sous son aile un billet 
dont le contenu révéla les projets des musulmans. C'est cet 
épisode que Le Tasse a immortalisé dans le 18" chant de la 
Jérusalem délivrée. 

Joinville nous apprend que, pendant le siège de Ptolémaïs, 
siège qui dura deux ans (1 •249-1 251), les Sarrasins se servirent 
de pigeons messagers. Le débarquement de saint Louis à 
Damiette fut mandé au sultan du Caire au moyen de pigeons 
voyageurs, les différentes phases de la bataille de Mansou- 
rah, si désastreuses pour les chrétiens, de même. Mais déjà 
le sultan Nour-Eddin, dès l'an 1 167, avait établi en Syrie, en 
Arabie et en Egypte, un service de poste aux pigeons admi- 
rablement organisé. Par ses soins, des tours s'élevèrent de 
toutes parts. Ces tours étaient des colombiers ayant chacun 
un direcleur et des veilleurs qui, nuit et jour, épiaient à 
tour de rôle l'arrivée des pigeons. 

Ces tours étaient établies de douze en douze lieues. Quand 
il s'agissait d'envoyer une nouvelle importante au sultan, 
on prenait un pigeon messager et on lui attachait sous l'aile 
une petite boîte en or mince comme du papier, dans laquelle 
on mettait une lettre écrite sur un papier de soie très fin qui 
portait le nom de papier d'oiseau. On y inscrivait la date du 
jour et l'heure à laquelle le courrier y était expédié. On en- 
voyait d'ordinaire la dépêche en double, c'est-à-dire par un 
second pigeon. Quand la distance était un peu longue, le 
gardien de chaque colombier était tenu d'inscrire à l'endos 
l'heure à laquelle le courrier avait passé. 

Il était sévèrement défendu aux gardiens de détacher eux- 
mêmes les billets apportés par les oiseaux. C'était le sultan 
qui se réservait ce droit, dont il était jaloux. Était il en chasse, 
on lui portait le message. Aussi les guetteurs des colombiers 
étaient-ils continuellement sur leurs gardes, examinant avec 
anxiété l'horizon. 

Les colombiers postaux élevés par les sultans d'Egypte, et 



— HHi — 

dont M. de Volney a donné le catalogue dans son Voyage en 
Syrie, tombèrent en désuétude. Mais l'usage de la correspon- 
dance par pigeons subsista. Les Européens, domiciliés dans 
le Levant, en tirèrent bon parti. Maillet, consul de France, 
en Egypte, et inspecteur des établissements français dans le 
Levant, au dix-septième siècle, raconte dans ses Mémoires 
que, de son temps, on élevait à Alexandrette des pigeons 
qu'on utilisait pour être averti, dans l'intérieur des terres, 
de l'arrivage des navires marchands. 

Un autre auteur dit : Dans l'Orient, surtout en Syrie, en 
Arabie et en Egypte, on dresse des pigeons à porter des bil- 
lets sous leurs ailes, et à rapporter les réponses à ceux qui 
les ont envoyés. Le Mogol fait nourrir des pigeons qui servent 
à porter des lettres dans les occasions où l'on a besoin d'une 
grande diligence. Le consul d'Alexandretle s'en sert pour 
envoyer promptement des nouvelles à Alep. Les caravanes 
qui voyagent en Arabie font savoir leur marche aux souve- 
rains arabes avec qui elles sont alliées par le même moyeu. 

Voltaire dit que c'était une pratique commune eu Orient 
de correspondre au moyen de pigeons ; et le général Nazarre 
Aga, ministre plénipotentiaire de S. M. le Shah de Perse, 
m'a affirmé que cette ancienne pratique est encore en usage 
aujourd'hui en Perse et en Arabie. 

En 1572, le prince d'Orange conseilla aux habitants d'PIar- 
lem, assiégé par les Espagnols, par messages envoyés par 
pigeons voyageurs, de se défendre jusqu'à la dernière extré- 
mité et soutint le courage des assiégés par des promesses de 
secours. 

En 1.574, la ville de Leyde, en Hollande, était assiégée par 
les Espagnols; après un loug investissement, les assiégés 
réduits à laplus affreuse famine, sommèrent le bourgmestre 
Yanderverff de leur donner du pain ou d'accepter la capitu- 
lation que lui proposait l'assiégeant. 

Ce courageux gouverneur répondit qu'il avait reçu par des 



— 285 — 

pigeons voyageurs une dépêche annonçant que les digues de 
la Meuse etdel'Yssel venaient d'être rompues et que les eaux 
ne tarderaient pas à envahir les terrains occupés par l'ennemi. 
Cette nouvelle ranima le courage des assiégés qui jurèrent 
de continuer la résistance, de manger leur bras gauche, si 
la faim les y poussait et de défendre ensuite la ville avec 
leur bras droit. 

Quelques jours après, les Espagnols, submergés par les 
eaux, durent lever le siège. Des pigeons avaient sauvé la ville 
de Leyde, comme autrefois des oies sauvèrent le Capitole. 

Pour reconnaître les services de ces précieux messagers 
ailés, le prince d'Orange voulut qu'ils fussent désormais 
nourris aux frais du trésor public, et qu'après leur mort ils 
fussent embaumés et que leurs corps fussent conservés au 
Musée de Leyde ^ 

En 1745, Pietro délia Valle écrivait qu'à cette époque la 
poste aux pigeons voyageurs existait encore en Egypte, et 
que les colombiers postaux étaient dirigés par des hommes 
spéciaux qui en avaient de grands soins. 

M. le chevalier d'Arvieux, envoyé extraordinaire de 
Louis XIV à la Porte ottomane, consul d'Alep, d'Alger, de 
Tripoli et autres lieux, et auteur de Mémoires très curieux 
sur ses voyages, constatait de visu, en venant prendre son 

1. Les pigeons du siège de Paris n'ont pas eu un sort aussi heureu 
et il est probable qu'après leur mort, ils ne figureront ni à l'hôtel de 
ville ni même dans un muséum, car voici ce qu'on lit dans un jour- 
nal de Paris : Une vente très intéressante vient d'avoir lieu au dépôt 
du mobilier de l'État, rue des Écoles. Il s'agissait des pigeons voya- 
geurs qui nous rendirent tant de services pendant le siège, en nous ap- 
portant des nouvelles de la province. 

Eh bien! malgré les souvenirs que rappellent ces messagers fidèles, 
ils ont été adjugés pour la plupart, à des prix bien modérés : 1 fr. 50 
en moyenne. Toutefois, deux pigeons, qui avaient fait trois fois le 
voyage, ont été assez vivement disputés et rachetés au prix de 2G fr. 
pièce par leur propriétaire ! ! ! [Le Pigeon messager, par V. La Perre 
de Roo.) 



poste consulaire à Alep, l'emploi de pigeons, comme porteurs 
de dépêches. 

Au dix-huitième siècle, c'est par ce même moyen que l'ar- 
rivée des navires à Alexandrelte était signalée. La factorerie 
anglaise d'Alep surtout se servait de ce mode expéditif. On 
inscrivait sur une bande de papiei' les détails les plus intéres- 
sants, tels q\io le nom du navire, l'heure de son arrivée, etc., 
et ce papier était attaché sous l'aile de l'oiseau. On trempait 
ses pattes dans du vinaigre avant de le lâcher, dans la crainle 
que la vue de l'eau ne l'attirât, ce qui eut retardé sa marche 
et causé peut-être la perte du billet dont il était porteur. 

En I8i9, pendant le siège de Venise, les assiégés tirent 
usage des fameux pigeons de Saint- Marc pour correspondre 
avec le dehors. 

Au commencement de ce siècle on se servait règulièriMnent 
de pigeons en Italie et en Belgique, pour Iransmeltre d'une 
ville à l'autre les numéros gagnants deslotei'ies et les cours 
de la Bourse. 

En 1815, iM. le baron de Rotschild annonça la défaite de 
Napoléon à Waterloo, à la maison Rotschild frères à Londres. 

Le siège de Paris 1S70-7I . C'est là un souvenir bien lointain 
déjà; cependant les renseignements sur la poste aérienne 
que je possède, sont assez curieux, par cela même qu'ils ne 
sont pas généralement connus. 

Lorsque, le 2 septembre 1870, j'informai M. le comte de 
Palikao, ministre de la guerre de Napoléon III, qu'il n'y 
avait pas d'autres moyens pratiques pour une ville assiégée 
de communiquer avec le dehors qu'au moyen de pigeons 
voyageurs, on ignore généralement quel fut l'accueil fait aux 
membres de la Société colombophile de Paris qui offrirent 
ensuite leurs meilleurs pigeons et leurs services au gouver- 
nement de la Défense nationale. En l'absence de M. Trochu, 
le président de la Société fut reçu par un officier qui l'ac- 
cueillit en éclatant de rire, lui répondit qu'il était le soixante- 



- i287 - 

deuxième qui venait lui parler de pigeons, et qu'il espérait 
bien qu'il serait le dernier! 

Heureusement M. Trochu ne partagea pas ces idées hau- 
taines : il consentit à essayer le service de ces messagers 
aériens; et les premiers ballons emportèrent des pigeons 
qui rentraient le soir même à Paris porteurs de dépêches. 
Alors ce fut une admiration sans bornes ; on ne parla plus 
que des pigeons, les journaux illustrés contribuèrent à leur 
gloire, et le service régulier des dépêches par pigeons ne 
tarda pas à fonctionner. 

Cependant tout ne marcha pas bien dès le début. Les aéro- 
naulesqui emportaient les pigeons ne savaient pas les lâcher 
pour le retour. 

Alors, M. Rampont fit appel aux sentiments de dévouement 
des membres de la Société colombophile, dont le président, 
le vice-président et trois membres, offrirent au directeur des 
postes de sortir de Paris en ballon et de s'aventurer ensuite 
jusqu'aux avant-postes prussiens pour lancer leurs pigeons 
avec des dépêches pour Paris. 

Il y avait déjà du danger à sortir de Paris en ballon, 
témoin M. Nobécourt qui fut pris par les Prussiens le 12 no- 
vembre, et envoyé en Silésie, où il subit cinq mois de cap- 
tivité en cellule. Sur 30 pigeons qu'il avait emportés, il en 
put lâcher 6; les 24 autres furent pris jjar les Prussiens, et 
ce fut l'un d'eux qui, lancé par les Prussiens, apporta à Paris 
la fameuse dépêche : « Orléans, repris par ces diables, etc. » 

Pendant toute la durée du siège, le président et le vice- 
président de la Société colombophile, sortis de Paris, s'aven- 
turèrent quarante-quatre fois, au risque de leur vie, jusque 
près des lignes prussiennes pour lancer deux cent douze 
pigeons voyageurs chargés de dépêches. A la pointe du jour, 
à travers les campagnes déeertes, une locomobile chauffée 
exprès pour eux s'avançait, avec un seul wagon bUndé, sur 
des rails rongés par la rouille, jusque près des lignes prus- 



— )1HH 



sicimcs. M.'ilj'j'r la fusillade niiiciiiitï , ils laiicaii'iit Iciii'.s 
iiicHsuKi'rrt lldcliis (ît rchroiissaitiiiL cImmiiIm iiiiiinMlialniiUMil, 
pour rccoiiiiuciiccr le IciKiciiiaiii Iciii' aiidai-iciisc ciilriîpriso. 

M. (lliassiiial, essaya |tiMirlaiil encore d anlres iiuiSsai^fM'S 
(|ii(i des pi;j,eoiis. Le lialloii le Cniinil. l'iuilhii-hr v\\\\\{)v\:a 1(! 
liljaiiviiM' l(S7l, à li'ois lieui'es du malin, cimi cdiieiis hon- 
viei's de grande laillo, apparlenani, à M. Ilnrel, vX lialiiliiés 
à renlrei' .1 Paris d(! U'es loin, sans avoir à deniandi'i- leur 
cheiliiii an\ scnilinelles prnssieniies. Innl.il i; d'ajonl.er (|u"an- 
CUM de ces idiiens n(î reparnl. 

Hnanl- an\ pi;;('ons, snr ,'!(l.'l mis à la disposilion dn |-',on- 
vernemenl-, 7.'! seidenieni, soni, r(>iilrés à l'aris, el plusieurs 
l'iiinMil blessés morlelhîmeni, d'ime halle prnssiiMine. Il en 
(!sl, ([ni lli'enL |ilnsienrs l'ois le l,i';ijel,, (^1,, (|ni r(!nl.rer(!nl, à 
l'ai'is (|nal,re, cini| el Jusiiu'à six l'ois, poilenrs de ces mer- 
viîilleiiscs dépêches microscopiques dues à 1\I. l)a;;ron, el 
pli(ilo|^rapliiées sur des pidliculessi légères, (pie le lolal dt!.s 
cnil <juiiizt' niillf dép("'ches reçues peudauL le Hièi^c, m; pesait 
pas, r('Minies à elles loules, le poids (l'un (inniinif! 

L(!s UHîmhi'es d(! la Société colomhophih^, après les évé- 
iieuKMits do la (lonmnnK^, l'éc.lanièreid, à M. Ilamponl um; 
indenuiiilé <le VOO h^ancs par pairi! d(! pij^cons l'ournii! à 
radiiiinisli"ilioii d(!s poshîs el M. Ilamponl leur remil envi- 
ron ;{(),()()() Irancs à Litre, de transaction. 

Un tlcirniei- mot sur imci d(!s rcM'.rues les plus curieuses (pie 
vient d(^ l'aire le pi;',eouuiei' militaire. C'est un pi;;eon voya- 
geur, r(U,our (l(! captivité cmi Allemaf^ne, (!t (jui est revenu, 
;\ son pig(!oiiiiicr du Ijouluvurd Clicliy après une longue cap- 
tivité. 

Ce pi;.;eon était tomhé, avec le hallon Iv A'/c//rr, entre les 
mains des soldais allemands, el le pi'inc(! Krédéric-Oharles, 
au(|n(d il tu! remis, l'iMivoya av(!C. (|uel(|n(!s auti'es à sa mère, 
la princesse Charles de Crusse, (pii hi lit placer dans la 
gi'aude collection (pii icnhu'UK^ les pistions les plus l'ares el 



11 



1(!H plus j)r<'!c,i(!iix (rAlIcm.'ifMic, loOiin l;i liiirvrillîiiin; il'iiii 
M. M.'iyi!!', iiilcmlaiil, (l(t la maiMiii. Apir;^ deux am de cnp- 
tiviUî, (UJ v6l6raii rcunnit/i H'érJiappcr cl icviiil, h hou coIoiii- 
hi(!r. Sou |)roj)ri('!lain! (sa III, piVisiMiL au pi^î/toiiiiici' iiiililainî, 
où h; f^ioticux /ui;HHa;.;/!i' HCia (uilouiVî du Iouh Ioh moIuk (îL do 
louH 1(!K ('!;.;ai"dH (|(ii lui :-;oul, duH. 

l'oiir alUC/lior Icsdi'tpAcJKîH à la qiKîuo rju pi{^'(;ofi voyaciMir 
ou Haiwil rois('a,u do la. r/jaiu ,'/au(',li(!, ou lui hoiwo Iok paltoH 
(;uli<; l'iudcx cl, ji; iniVIiuin (;m doij',1, du iullieii cl, ou l'cni- 



~CXt ]MMi^>>iJC*~.umZSfSi 




voy;i(('!iirH ixîmloiil, )(! hi<!«<! '!<! IW70 Tl , 'Sur <:'! |«;t)t (:«»(<! '!<! ((«îllJctilc, ,M. Oo 
(froii «'îtiill j)((rv<:(iii i» r'!|^ro<luil'<^ pur l« {(hoUx^rwj/Jdfe (ttslzis j(«g«(* Ih f</ll</ (l'/i«- 
I/rii(jcrl<s ou Irol» mil)'; 'l(!|<Ar;li<}«(,J 



()Cf,lio de so d(';h;).U.r(; dauH la ru,'tirj eu appuy.'uil, le [)Ourc ;,iii' 
lodoH do l'oih'îuu. AiuHi luaiulouu, |c, j)if.;(;Ofj /)c, |jou;.;c plu'/^ 
«,'1 HO laJHHO l'airo. 

On gliHHOonHuit,cJad<';{iC(;licda/n uu tuyau d<; jdufuc d'oii;, 
afin do la inollro a l'abri do la pluio ot do J'Iiui/jidil/;, ol ou 
l'attaoho à uiio roclrioo ou graudo pou no oaudalo, au luoyori 
d'uu fil do hoio cir^;, Oji 'loil avoir «oin, pondant la «ainon 
do la nujo, do fixer la d/tpôoho a u/io pto.mr; noavidli:^ uno 



[l'i'j'KjnH d<jfii,i;>il.VfUfiH. 



j'j 



— â90 — 

vieille plume pouvant tomber pendant la course. Sous peine 
d'insuccès, cette petite précaution ne doit pas être négligée; 
il est du reste facile de reconnaître, par la comparaison, une 
plume nouvelle d'une vieille plume que la mue doit encore 
renouveler : cette dernière est plus terne, plus fanée, moins 
fraîche et moins vive de couleur. 

Les reporters des journaux de Paris ont une manière plus 
simple d'attacher les dépêches : ils enfilent le tube d'une 




Manière de tenir un pigeon dans la main. 

plume d'oie à une rectrice ou grande penne caudale de l'oi- 
seau, y introduisent la dépêche écrite sur un petit morceau 
de papier fin et la calent ensuite à faide d'un bout d'allu- 
mette taillée en pointe qu'ils enfoncent dans le tube. 

Les pigeons voyageurs ayant souvent un grand parcours à 
faire sont exposés à de nombreux dangers et les oiseaux de 
proie leur font une guerre acharnée. 

Pour éviter leur destruction, M. Geoffroy Saint-Hilaire, 



— 291 — 

directeur du Jardin d'Acclimatation, a fait venir de la Chine 
de petits sifflets de formes diiTérenles, fabriqués de petits 
courges ou de petits morceaux d'écorces de bambous super- 
posés, dans lesquels sont ménagés des ouvertures destinées 




Pigeon aj'aiit une dépêche attachée à une grande penne de la queue. 

à produire de longs sifflements lorsque le vent vient s'y 
engouffrer. 

On attache ces sifflets à une ou deux plumes de la queue 
du pigeon au moyen d'un fil de soie ciré, et il paraît que les 
sous prolongés qu'ils produisent effrayent l'oiseau de proie 



— 292 




^^f^- 



Pigeons voyageurs offerts en don par l'auteur à S. Ex M. le Ministre de la 
guerre de S. M. l'Empereur d'Autriche. 

qui laisse passer tranquillement les pigeons qui en sont 
munis. 



— 293 — 

Les colombiers militaires. Depuis les douloureux événements 
de 1870-71, personne ne conteste plus les services que les 
pigeons voyageurs peuvent rendre en temps de guerre; car, 
c'est au merveilleux instinct d'orientation de ces gracieux 




Culoinbier militaire du Jardiu d'acclimatation '. 



1. Ce colombier s'élève au Jardin d'acclimatation, sur le bord de la 
rivière. C'est une élégante construction en briques et fer, formant 
une tour de plus de trente mètres de hauteur sur six mètres de dia- 
mètre, divisée en quatre étages. A l'intérieur sont disposées des niches 
pour quatre cents couples de pigeons; tout le service se fait au moyen 
d'un ascenseur qui permet de simplifier considérablement la main- 
d'œuvre. Les combles de la toiture en champignon sont réservés aux 
pigeons qui, nés dans l'établissement, jouissent de leur liberté et sont 
mis en état de faire un service de dépêches. 



— 294 — 

oiseaux que la population parisienne a dû les seules dépêches 
qu'elle ait reçues des affections absentes pendant le long et 
pénible siège qu'elle a d'ailleurs si héroïquemeîit supporté. 

Si aujourd'hui l'admiration pour le pigeon voyageur n'a 
plus de bornes, n'oublions pas quen France j'ai longtemps 
parlé à des sourds. Ce n'est qu'après une longue persistance, 
qui ne m'a heureusement pas lassé, et longtemps après que 
l'Allemagne eut profité des enseignements fournis par la poste 
aérienne qui avait fonctionné pendant le siège de Paris, que 
M. le général de Cissey, ministre de la guerre sous la prési- 
dence de M. Thiers, se décida à faire étudier la question par 
M. le général Ragon. 

J'eus l'honneur d'avoir plusieurs longues conférences avec 
le général Ragon qui vint me voir tous les jours pendant toute 
une semaine et adressa à M. le Ministre delà guerre un rap- 
port sur l'organisation des colombiers militaires ne différant 
guère de celui que j'avais déjà eu l'honneur de remettre à 
M. Thiers, deux années auparavant, par l'intermédiaire de 
M. Senard, ancien bâtonnier de l'ordre des avocats, alors 
membre de la Chambre des députés et ami de M. le président 
de la République. 

C'est à la suite de ce rapport que M. le Ministre de la guerre 
se décida enfin à établir des colombiers militaires dans les 
principales places fortes. C'est ici le cas de dire : mieux vaut 
tard que jamais; et je suis heureux de pouvoir ajouter que 
la France possède aujourd'hui dans ses diverses forteresses 
un nombre sufïïsant de pigeons voyageurs pour réta- 
blir les communications interrompues en temps de guerre. 

Il est incontestable que ces intéressants facteurs ailés 
sont appelés à rendre de grands services dans les déplorables 
conflits qui, selon toute probabililé, continueront toujours 
à diviser les peuples et à les porter à se ruer comme des 
bêtes féroces les uns sur les autres. Comme ledit La Bruyère, 
s'il n'y avait que deux hommes sur la terre, et qu'ils eussent 



— 295 — 

reçu chacun en partage un hémisphère, ils trouveraient 
encore le moyen de se rencontrer pour lutter entre eux. 

Ne nous faisons donc pas illusion, l'éventualité d'une 
nouvelle guerre doit être malheureusement prévue, et bien 
coupable serait le gouvernement qui ne mettrait pas tout en 
œuvre pour triompher, si un peuple ennemi venait à se ruer 
de nouveau sur la P'rance. 

Or, tous les stratagèmes pour établir des communications, 
en cas d'invasion, qu'on a essayés jusqu'ici, n'ont donné que 
des résultats négatifs : les ballons, les signaux électriques, 
les fils télégraphiques souterrains, les piétons, la poste flu- 
viale, les chiens facteurs, etc., sont d'une application facile 
en temps de paix; mais il n'en est plus de même en temps de 
guerre, lorsque l'ennemi, opposant la ruse à la ruse, rend 
leur application absolument illusoire. 

Le pigeon messager seul est un agent sûr et rapide pour 
les communications par voie aérienne. On peut lui confier 
les messages les plus importants, avec la certitude qu'il les 
portera fidèlement à son maître, à moins qu'une balle enne- 
mie ne vienne à le blesser mortellement et à l'empêcher de 
poursuivre sa route. 

A l'appui de mes appréciations des autres moyens de com- 
munication qui ont été essayés tout récemment, je citerai le 
résultat négatif suivant relaté par le Journal des Débats du 
18 mai 1882 : 

« Dimanche, vers onze heures du soir, l'agglomération de 
la foule était excessive dans le haut du cours de Yincennes. 
On assistait à l'ascension du ballon la Nation, que montaient 
MM. Marsoulan, conseiller municipal de Paris, et Mangin, 
ascension pendant laquelle des expériences d'électricité et de 
télégraphie optique devaient être faites. 

» Le ballon, vivement éclairé, avant son départ, par un 
puissant faisceau électrique installé 300 ou 400 mètres plus 




Pigeons voyageurs belges offerts en don par l'aulcur à S. M. le roi 
de l'orlupal. 



— 297 — 

bas sur le Cours, est entré dans l'ombre aussitôt après le 
« lâcher tout » et est devenu absolument invisible. 

» Dans la journée, M. Marsoulan avait fait une conférence, 
où il avait démontré que l'on peut emporter dans un ballon 
libre une source d'électricité assez puissante pour éclairer 
le ballon pendant toute une nuit, communiquer avec la terre 
par la télégraphie optique et reconnaître, à une certaine 
hauteur, le sol au-dessus duquel plane le ballon. » 

Or, après « le lâcher tout » dit le Journal des Débats, le 
ballon est devenu absolument invisible. Ce résultat n'exige 
pas de commentaires. 

Le système de dépêches par pigeons voyageurs reste donc le 
seul qui ait fonctionné jusqu'ici avec une irréprochable ré- 
gularité et le seul dans lequel les officiers du génie aient 
une entière confiance. 

Le ministre de la guerre ayant longtemps hésité à se dé- 
cider à organiser la poste aérienne en France, il nous paraît 
intéressant de faire connaître ici comment la presse aaccueiMi 
sa décision tardive. 

Tout d'abord nous lisons dans le Consiitutionnel et dans le 
Figaro les appréciations qui suivent : 

« On annonce enfin que l'on va créer en France des colom- 
biers mihtaires, sous la direction de M. la Perre de Roo, qui 
propose ce qui suit : 

» Paris, comme station générale et siège du gouvernement, 
possédera 20,000 pigeons voyageurs, afin de pouvoir mettre, 
en cas d'invasion, 500 pigeons à la disposition de chaque 
commandant de forteresse menacée et de conserver ainsi, 
dans tous les cas, un moyen de communication avec la pro- 
vince. Une seconde station établie à Bordeaux remplacerait 
éventuellement Paris en cas de nouvel investissement. 

» Chaque corps d'armée qui se mettra en campagne empor- 
tera des pigeons voyageurs de Paris et des forteresses dans les 
environs desquelles il devra opérer, afin de pouvoir commu- 



— :>D8 — 

niquer constamment avec le gouvernement et avec le com- 
mandant de la forteresse au secours de laquelle il marche. 

» Chaque forteresse de France possédera mille pigeons 
voyageurs. 

» La guerre éclatant, l'échange des pigeons entre la capi- 
tale et les forteresses a lieu ; le gouvernement les distribue en- 
suite en partie entre les commandants en chef des armées 
de secours, afin de leur permettre d'informer les comman- 
dants de la ville investie de leurs mouvcmentsjour par jour, 
heure par heure. 

» Au moyen de cet ingénieux système, le général en chef, 
qui tient en mains les fils de Taction, connaîtra toujours 
d'une façon exacte la position de ses troupes sur l'échiquier; 
les communications ne seront plus un seul instant coupées, 
et l'on évitera pour toujours le retour de désastres semblables 
à ceux qu'éprouvèrent dans la dernière guerre les armées 
de Mac-Mahon et de Bourbald. » 

Le Journal des Débats complète ces renseignements et dit : 

« La Prusse, comme toujours la première prête quand il 
s'agit d'augmenter ses moyens d'attaque ou de défense, a 
établi à Cologne dans le couvent de Saint-Pantaléon , une 
station centrale pour tout ce qui concerne le service de ses 
colombiers militaires. 

» La partie inférieure du bâtiment sert de logement au 
Directeur et contient les bureaux, dans la partie supérieure 
sont établis les pigtionniers. 

» Une immense volière, en treillis de fil de fer, s'élève sur 
l'un des côtés du bâtiment, dont elle a la hauteur et la pro- 
fondeur; les pigeons y demeurent durant le jour. On tient 
les pigeons'en haleine au moyen de voyages réguliers, qui 
sont courts en hiver et longs en été. Tous les pigeons sont 
élevés à Cologne, d'où on les expédie aux stations établies à 
Mayence, Strasbourg et Metz. 

» La station centrale est reliée à celle de Berlin par des 



— ^U'J — 

relais intermédiaires. Toutes les stations ne sont destinées, 
en ce moment, que pour le service des forteresses des fron- 
tières occidentales de l'empire, afin de mettre ces places à 
même, en cas de siège, de communiquer avec le dehors. 

» Aussitôt que l'établissement de Cologne possédera un 
nombre suffisant de pigeons voyageurs, on organisera éga- 
lement des stations sur la frontière orientale. 

» Depuis un certain temps déjà, toutes les forteresses russes 
de la frontière occidentale sont également pourvues de sta- 
tions de pigeons voyageurs. » 

))En France, nous étions restés jusqu'ici avecl'intentionde 
bien faire; nous sommes généralement, pétris de bonnes inten- 
tions. Depuis la guei're, laqnestioii élait à l'étude. Au^si est-ce 
avec une véritable satisfaction que nous venons de voir enfin 
établir, sur l'initiative de MM. La Perre de Roo et Geoffroy 
Saint-Hiiaire, un premier colombier militaire au Jardin d'ac- 
climatation. 

» M. La Perre de Pioo, ayant obtenu à litre gracieux de deux 
de ses compatriotes, MM. Florent .loostens, capitaine com- 
mandant de cavalerie dans l'armée belge, et George d'Hanis, 
un riche propriétaire d'Anvers, 400 pigeons voyageurs de la 
meilleure race, les a ofi:erts au gouvernement français, ainsi 
qu'une vingtaine de pigeons choisis parmi ses meilleurs 
élèves. Cette offre a été acceptée avec empressement et un 
crédit a été alloué pour la construction d'un colombier central 
au Jardin d'acclimatation. -> 

L'Événement^ la France, la Liberté, le Rappel, le Petit Journal 
produisent des extraits du même article. 

L'Indépendance belge nous apprend encore ce qui suit : 

« Les pigeons du colombier militaire du Jardin d'acclima- 
tation ont pris part au concours d'Amboise, qui a eu lieu le 
12 août. I^e premier arrivant est rentré au colombier à 10 h. 
12 m. 15 sec, et a été classé deuxième au concours général 
de la Société colombophile de Paris, et deuxième au concours 



- 300 — 

général de la Fédération delà Seine, snr 401 pigeons lâchés. 

» Le deuxième pigeon du même colombier, arrivé à 
10 h. 19, a été également fort bien classé. Ce dernier, qui 
n'a que trois mois, avait été classé premier, il y a huit jours, 
au concours de Reaugency. 

» On sait que les pigeons charges d(! repeupler notre colom- 
bier militaire ont été choisis par M. La l'erre de Roo, parmi 




Pigeon vuyat;riir lu'l;;e, du colombier du .lardiu d'uccliiiiataliou 
du Bois de Boulogne. 



les spécimens les plus distingués des races belges : bon sang 
ne peut mentir. 

» Nous sommes heureux de pouvoir ajouter que M. La Perre 
de Roo vient d'établir et de peupler, à ses frais, des colom- 
biers militaires en Autriche, en Italie, en Espagne, en Por- 
tugal et dans chacun des vingt cantons de la Suisse. Grâce 
au zèle et aux eilorts persévérants de notre infatigable com- 




'^'^^'^'^'^^m^tsX^^^'^:^^ *-^''* 




^.^«igglb-fcy 



Pigeons voyageurs belges offerts en don, par l'auteur, à S. E. M. le ministre 
de la guerre de S. M. le roi d'Italie. 



— 302 — 

patriote, tous les pays de l'Europe auront bientôt leurs pi- 
geons voyageurs belges et leurs colombiers militaires. « 

Nous lisons enfin dans le bulletin mensuel de la Société 
d'Acclimatation de Paris : 

« Rapport au nom delà commission des récompenses par 
M. A. Geoffroy Saint-Hilaire, secrétaire général : 

» Les services rendus par les pigeons voyageurs à la ville 
de Paris pendant le siège de 1870 sont présents à tous les 
esprits. Les gouvernements étrangers, la Prusse en particu- 
lier, se sont préoccupés dès 1871 d'organiser des colombiers 
militaires postaux pour desservir les places fortes en temps 
de guerre, et cette fondation a pris très rapidement en Alle- 
magne une extension importante. Outre les colombiers de 
l'Etat on a encouragé, par tous les moyens, la création de 
sociétés colombophiles, dans le but de répandre dans le pays 
l'usage des pigeons voyageurs et, par conséquent, d'auj^men- 
terle nombre des messagers ailés utilisables en cas de besoin. 

» M. La Perre de Roo, par de nombreuses et intéressantes 
publications, par la distribution de plus de trois cents cou- 
ples de pigeons-voyageurs qu'il a offerts en don et livrés par 
toute la France, a été en quelque sorte l'instigateur de tout 
ce qui s'est fait dans notre pays en vue de la création des 
colombiers militaires postaux. 

n M. La Perre de Roo poursuit encore la tache qu'il s'est 
imposée, et le société a voulu le remercier de son zèle pour 
son pays d'adoption en lui décernant la grande médaille 
d'or. » 

Comme nouvelles preuves de l'utilité des pigeons voyageurs 
et des services qu'ils peuvent rendre en temps de guerre, 
j'emprunte les témoignagnes suivants au journal le Nord-Est, 
de Charleville : 

« Le quatre août dernier avait lieu le concours de pigeons 
voyageurs organisé par la Société colombophile de Cbarle- 
ville, sous le patronage du ministre de la guerre et sous la 



— 303 — 

direction de M. le général baron Berge, commandant la sub- 
division de Mézières. 

» Y ont pris part les amateurs de Cbarleville, de Fumay et 
de Sedan. 

» La ville de Dijon avait été choisie pour point de départ des 
pigeons. Lancés à 6 heures du matin, ces intéressants vola- 
tiles étaient de retour, à leurs colombiers respectifs, vers 
10 heures, ayant franchi, en quatre heures, une distance 
moyenne de 275 kilomètres, soit 1,137™50 par minute. 

» Dimanche 24 novembre 1881, les récompenses obtenues 
ont été remises aux heureux propriétaires des vainqueurs 
par le général Berge. A cet etîet, il avait réuni dans ses 
salons, les lauréats, qui ont eu grandement à se féliciter de 
son accueil bienveillant et sympathique. 

» Le général, assisté du colonel du génie, a immédia- 
tement amené la conversation, sur les services importants 
que peuvent rendre, en temps de guerre, les Sociétés colom- 
bophiles. 

') La rapidité et la sûreté des communications sont, en effet, 
pour les armées en campagne, d'une utilité capitale et in- 
contestable. La guerre de 1870-71 en est une preuve doulou- 
reuse. Quatre moyens principaux servent à établir les com- 
munications : 

» 1° La télégraphie électrique, aérienne ou souterraine; 
» 2° Les ballons ; 

» 3° Les signaux par instruments optiques; 
» 4° Enfin, les pigeons voyageui>s. 

I) Sans entrer dans le détail des avantages présentés par ces 
différents systèmes ou des obstacles qui se rencontrent dans 
leur application, nous ferons remarquer que le télégraphe 
est trop facilement mis hors de service et rompu, même en 
le supposant souterrain; les ballons ne sont pas dirigeables, 
et, d'après les savants compétents, on n'arriverajamaisàles 
diriger de façon à les faire arriver à un point déterminé; 



— 304 — 

quant aux signaux lumineux, transmis par les instruments 
d'optique, ils ne peuvent guère être employés pendant le jour, 
le brouillard d'ailleurs les interrompt facilement et les rend 
inutiles. Reste donc le système de dépêches par pigeons. 
Aucun obstacle ne peut les arrêter; en quelques heures ils 
franchissent des distances considérables, et leur fidélité est 
à toute éx^reuve. On est certain que, sur un nombre de pigeons 




Panier d'expédition, pour pigeons voyageurs, pouvaut coutenir 80 pigeons, 
système Bouchereaux, de Choisy-le-Roi et au Jardin d'acclimatation. — 
Longueur 1">50, largeur 1 m., hauteur 35 c. 



exercés à l'avance, il en arrivera toujours à destination. 

» C'est donc à ce dernier système que l'administration de 
la guerre donne la préférence, et elle donne la preuve de la 
confiance qu'elle lui accorde en fondant elle-même des pi- 
geonniers militaires. 

» M. le général baron Berge a fait aussi remarquer que les 
principales nations militaires de l'Europe, et en particulier 



— 305 — 

l'Allemagne, faisaient de grands sacrifices pour obtenir, 
lorsque l'occasion serait venue, la supériorité en ce genre de 
communications. 

» Cette situation des moyens de communication aérienne 
dont nous disposons aujourd'hui, j'ai cru devoir la résumer 
pour bien établir à vos yeux, Messieurs les membres des 
Sociétés colombophiles, que c'est sur vous, sur l'habileté des 
pigeons voyageurs que vous dressez, que le pays peut le plus 
sûrement compter pour rétablir les communications interrom- 
pues par V ennemi en temps de guerre. » 

Le 12 février 1882, eut lieu à la Société philharmonique, 
la distribution des récompenses offertes à la Société les Cour- 
riers limousins., de Limoges. 

La séance ayant été déclarée ouverte, M. Grillières, chef 
de bataillon, chef du génie, délégué par M. le ministre de 
la guerre pour remettre aux lauréats, les récompenses, prit 
la parole en ces termes : 

<^ Les communications par voie aérienne, pour le service 
militaire, consistent, vous le savez, dans l'emploi des signaux 
optiques, des aérostats et des pigeons voyageurs. 

» Grâce aux puissants appareils construits sous l'habile di- 
rection du colonel du génie Mangin, les communications par 
la télégraphie optique ont atteint un degré extrême de per- 
fection. 

» Ceux d'entre vous qui ont visité l'Exposition d'électricité, 
ont pu admirer ce nouveau matériel, qui réunit sur une 
même voiture une machine à vapeur, une machine Gramme 
et les puissants appareils qui permettent d'envoyer et de 
recevoir des signaux optiques à des distances considérables. 

» L'aérostation militaire a fait aussi de grands progrès, et 
le matériel que nous possédons rendra de grands services, 
qu'il s'agisse soit de faire des observations en ballon captif, 
soit de sortir d'une ville assiégée, en franchissant les lignes 
ennemies. 

(Pigeons domestiques.) 20 



— 30G — 

I) Mais, lorsque le blocus d'une place est établi rigoureu- 
sement, lorsque la garnison et la population sont isolées du 
reste du monde, les communications avec l'intérieur par la 
télégraphie optique deviennent impossibles; les ballons 
peuvent bien sortir de la place, mais ils n'y peuvent pas 
rentrer. 

» L'ennemi a coupé les fils télégraphiques, drague le lit des 
rivières pour détruire les câbles qui auraient pu y être dé- 
posés, barré les cours d'eau par des fdets pour intercepter 
les dépêches flottantes. 

» L'esprit humain, malgré sa puissance, semblait devoir 
dans ces conditions renoncer à trouver un moyen d'établir 
des communications sûres entre la place investie et l'in- 
térieur. 

» Ce que l'homme seul ne pouvait faire, il l'a réalisé en 
associant à son intelligence l'instinct de l'animal. 

» Le pigeon voyageur, doué par la nature de ce don particu- 
lier qui lui fait retrouver le chemin de son colombier, quand 
il en a été éloigné à des distances considérables, prêtera dé- 
sormais son concours à l'homme pour pénétrer dans les 
places investies, ou pour en sortir malgré tous les obstacles. 

» Les messages cachés sous ses plumes apporteront au 
gouvernement des nouvelles du dehors, et lui permettront de 
communiquer avec les armées envoyées au secours de la 
place. A la guerre, un incident de peu d'importance en ap- 
parence a souvent produit des résultats considérables; l'his- 
toire renferme des exemples de places sauvées grâce à une 
simple dépêche apportée par un pigeon voyageur. » 

Ces témoignages d'officiers du génie chargés par le ministre 
de la guerre de la surveillance de la poste aérienne, et dont 
la compétence en semblable matière ne saurait conséquem- 
ment être révoquée eu doute, suffiront, j'espère, pour con- 
vaincre les plus incrédules de l'utilité d'encourager la pro- 
pagation du pigeon voyageur. 




Pigeons voyageurs belges offerts eu don par l'auteur à M. le Ministre de la guerre de la 

Republique française. 



— 308 — 

S'il fallait une dernière preuve du concours que le pigeon 
voyageur peut prêter aux armées, lorsque le blocus d'une 
ville est régulièrement établi, on la trouvera dans la lettre 
suivante que M. le colonel du génie Laussedat, président de 
la commission d'aérostalion militaire, m'a fait l'honneur de 
m'écrire en date du 27 janvier 1876 : 

« Cher Monsieur, 

» Le pigeon que j'ai lâché le 11 septembre dernier d'une 
hauteur de 1080 mètres, n'a pas été jeté hors de la nacelle 
du ballon ; après lui avoir attaché sa dépêche, je l'ai posé 
doucement sur une petite planchette qui en efQeurait le 
bord supérieur. 

» Le pigeon est resté là quelques secondes et s'est envolé 
franchement en parcourant dans sa descente une vaste spi- 
rale. 11 ne s'est donc point laissé tomber et vous savez, je 
crois, quHl est, rentré à son colombier, chez M. Cassiers, à Paris, 
qui a eu la complaisance de me rapporter la dépêche que 
j'avais attachée à une penne de la queue de l'oiseau. 

» Le temps était très beau et le pigeon, au moment du 
départ, pouvait voir parfaitement le pays. 

» J'ai l'intention dans d'autres ascensions de lâcher des 
pigeons à de plus grandes hauteurs, en m'y prenant toujours 
de même, c'est-à-dire en leur laissant la faculté de rester 
dans la nacelle et de choisir le moment qui leur conviendra 
pour s'envoler. 

» Je crois que M. Gaston Tissandier pourrait vous donner 
des renseignements intéressants et certains sur les pigeons 
lâchés pendant les ascensions dirigées par Sivel. 

» Veuillez agréer, etc. 

» Signé : colonel Laussedat. » 



— 309 



CHAPITRE XLII. 



Le pigeon voyageur de Beyrouth. 




Pigeon voyageur de Beyrouth, de M. Vallois, du parc de Neuilly. 



D'aspect bizarre , par suite de la grande grosseur de la 
partie supérieure de sou cou, le pigeon voyageur de Bey- 
routh est vigoureusement bâti, a le vol puissant et est doué 
d'un instinct d'orientation très développé. En Orient, il est 
employé au même usage qu'autrefois le pigeon voyageur 
belge en Belgique, et, quelle que soit la distance à laquelle on 
le transporte, dès qu'on lui donne sa liberté, il retourne 
toujours au toit natal. 

Parmi les races domestiques, ce pigeon, un des plus origi- 
naux qu'on puisse voir, semble tenir le milieu entre le pi- 
geon ramier et le pigeon voyageur anversois; quoique sous 



— 310 — 

le rapport des allures, des mœurs, des habitudes et du ré- 
gime, il ne diffère point de nos pigeons de volière. 

NMginaire de Beyrouth, comme son nom semble l'indiquer, 
iUest extrêmement rare en France et c'est par leur originalité 
qu'un couple de ces oiseaux exposés par M. Yallois, au Palais 
ôf^ l'Industrie, au mois de février dernier, ont frappé mon 
regard^ au milieu d'un nombre considérable d'autres pigeons 
/. ./ "^ont ils étaient entourés. 
fw f C'élSient les premiers spécimens de cette curieuse race 

1^ •, > / '* qke j'avais jamais vus; et, par un heureux hasard, ils sont 

j/ *■ N^ tonll^s entre mes mains pendant quelques jours, ce qui m'a 



• 



'< 



^ 



permis d'en faire à mon aise une description minutieusement 
détaillée d'après nature. 

Les pigeons voyageurs de Beyrouth, que M. Yallois, de 
Neuilly, a eu l'amabilité de me prêter, ont le hcc blanc, épais, 
court, crochu et orné à sa base de caroncules nasales très 
développées, tuberculeuses chez le mâle, lisses chez la femelle, 
recouvrant à peu près les trois quarts du bec dont la pointe 
seule est cornée et visible; la tête très Une, plus étroite en 
avant qu'en arrière, vue de côté régulièrement convexe, et 
cette convexité s'étend depuis l'occiput jusqu'à la pointe du 
bec, sans creux ni étranglement; Yœil de vesce, large ouvert ; 
pas de ruban charnu autour de l'œil, comme chez le pigeon 
voyageur; Varcade orbilaire, proéminente; le cou court, très 
gros, épaissi par un repli de la peau ou espèce de poche éner- 
giquement accusée qui leur pend sous le bec et se prolonge 
sur la gorge, que nous appelons vulgairement une gorgeretle, 
que les Anglais, qui ont des expressions pour toutes choses, 
appellent dans leur langue thc gullct (du latin gula.) Cette 
gorgerette a quelque analogie avec la poche qui pend entre les 
deux branches osseuses de la mandibule inférieure du bec 
chez le pélican; mais réduite à sa toute dernière expression 
et avec cette différence que, chez le pélican, la peau de la 
poche est nue, tandis que chez le pigeon de Beyrouth, elle 



— 311 — 

est recouverte de plumes qui, avec les bouquets, forment 
dans leur ensemble une espèce de barbiche et contribuent 
puissamment à imprimer à la tête de l'oiseau un cachet de 
grande originalité, qu'aucune autre race de pigeons domes- 
tiques ne possède au même degré. Ils ont le corps ramassé; 
la poitrine amplement développée; le dos large; les ailes 
longues, vigoureuses, s'étendant aux trois quarts de la lon- 
gueur de la queue qui est étroite, arrondie et de longueur 
moyenne; les tarses robustes, nus, d'un rouge vif, et la 
taille du pigeon voyageur anversois. 

Son plumage affecte toutes les couleurs propres aux pigeons 
voyageurs belges. Il est caractérisé par une raie blanche sur 
le front, de la largeur de la base du bec, d'où elle se prolonge 
sur le sommet de la tête jusqu'au-dessus du milieu de l'œil, 
et par une tache blanche brillante, de forme à peu près trian- 
gulaire mais irrégulière, qui orne chaque côté du cou, et 
rappelle le collier du pigeon ramier. 

Les pigeons de M. Yallois ont le vol blanc et la queue de 
la même couleur que celle du fond du plumage. La grande 
puissance de leur vol leur permet de parcourir de grandes dis- 
tances dans un très court espace de temps. M. Fusilier, qui 
tient ces renseignements d'un ami qui réside aux Indes, leur 
attribue un instinct d'orientation hautement développé et 
affirme que ce sont des oiseaux de cette race qui sont em- 
ployés régulièrement en Orient, au transport des dépêches 
officielles, dans les contrées où les communications rapides 
par voies ordinaires sont très difficiles sinon impossibles. 

Sans nous engager dans des conjectures qui ne tendraient 
nullement à élucider la question de savoir si le pigeon de 
Beyrouth est le véritable pigeon volant ou messager des an- 
ciens, ou si c'est le carrier, comme beaucoup d'auteurs le 
pensent, il sera toujours vrai de dire que dès la plus haute 
antiquité on dressait en Orient, d'où le pigeon de Beyrouth 
nous est venu, diverses races de pigeons, non seulement à 



— 312 — 

porter des billets d'un lieu à uu autre, mais aussi à rappor- 
ter des réponses. 

Le naturaliste Belon qui entreprit un grand voyage en 
Orient en 1546, nous apprend, en effet, que c'était une pra- 
tique commune dans ces contrées d'envoyer des lettres d'une 
ville à une autre par pigeons voyageurs; que les mariniers 
d"£gypte, de Candie et de Chypre nourrissaient sur leurs 
navires de ces sortes de pigeons et les lâchaient quand ils 
approchaient de terre avec des billets attachés à leur cou pour 
annoncer chez eux leur arrivée. 

Longtemps avant Belon, en 1167, le sultan Nour-Eddin, 
avait créé en Orient un service de poste par pigeons voya- 
geurs reliant Bagdad à toutes les principales villes de la Syrie 
et de l'Egypte, dont M. de Yolney cite, dans ses ouvrages le 
nom de toutes les stations ou villes où des colombiers pos- 
taux étaient établis. 

C'est eni.'ore « par coulons messagers, dit Joinville, que les 
Sarrasins annoncèrent au Soudan que le roy saint Louis 
avait débarqué à Damiette, » en 1249. 

Malheureusement les auteurs anciens ue nous fournissent 
aucuns renseignements sur les caractères physiques des pi- 
geons dont on se servait dans l'antiquité pour le transport des 
dépêches. Nous ne pouvons donc former que des conjec- 
tures sur les diverses races employées à cet usage; mais 
il est permis d'espérer que les naturalistes français qui ex- 
plorent l'Orient, finiront par découvrir d'anciens ouvrages 
arabes où les races qui nous occupent ont été minutieu- 
sement décrites. 

Les pigeons de Beyrouth que M. Vallois possède sont très 
rustiques; mais ils ne reproduisent pas très bien en cap- 
tivité au parc de Neuilly; ils ont le caractère batailleur, 
comme tous les pigeons ardents, et forment des hôtes assez 
désagréables au milieu d'une collection de pigeons moins 
forts qu'eux. 



— 313 — 

Leur roucoulement ne diffère guère de celui des autres 
pigeons domestiques , mais il est néanmoins un peu plus 
sourd. 

Pigeon messager de Sassorah. 

Voilà une race que je ne connais pas du tout, qui a été 
décrite par Darwin et dont le signalement malheureusement 
incomplet que le grand naturaliste en donne, répond assez 
exactement à celui du pigeon de Beyrouth, sauf la couleur 
du plumage dont l'auteur ne dit mot. 

« Le Messager de Bassorah^ comme son nom l'indique, dit 
Darwin, est d'origine persane. Cet oiseau est très estimé dans 
l'Inde, où il est regardé comme distinct du Messager de Bag- 
dad. J'ai pensé d'abord que ces deux sous-races pouvaient 
être le résultat récent de croisements avec d'autres, bien que 
l'estime qu'on a pour elle rende cette supposition peu pro- 
bable. Dans un Traité persan qu'on croit avoir été écrit, il y 
a cent ans environ, les races de Bassorah et de Bagdad sont 
décrites comme distinctes. 

» Le messager de Bassorah, ajoute Darwin, est à peu près 
de la taille du biset sauvage. Par la forme de son bec, por- 
tant un peu de peau caronculeuse sur les narines, l'allon- 
gement de ses paupières, la largeur intérieure de sa bouche, 
l'étroitesse de sa tête, la longueur proportionnellement un 
peu plus grande que chez le biset, de ses pattes , par toute 
son apparence générale, enfin, cet oiseau est incontesta- 
blement un messager. Sir W. Elliot m'apprend que, chez 
l'oiseau vivant, l'œil parait très grand et saillant, ce qu'in- 
dique également le Traité persan ; l'orbite osseuse n'est cepen- 
dant guère plus grande que dans le biset. » 

Selon toutes les apparences, ce pigeon est le pigeon voya- 
geur de Beyrouth désigné sous une autre étiquette. 

Ce qui me fait penser que les deux races n'en font qu'une, 
c'est que les pigeons de Beyrouth, exposés au Palais de l'In- 



— 314 — 

dnstrie par M. Vallois répondent exactement au signalement 
du pigeon de Bassorah, copié par Darwin d'un Traité persan. 

L'un et l'autre ont le bec recouvert à sa base d'une peau 
un peu caronculeuse; ils ont l'un et l'autre la tèie extrêmement 
étroite et les paupières allongées. 

Darwin ne signale pas de ruban charnu autour de l'œil, 
chez le Bassorah, comme chez la plupart des pigeons voya- 
geurs, ce qui permet de croire qu'il en est dépourvu exac- 
tement comme le pigeon de Beyrouth; il ne nous apprend 
malheureusement rien non plus sur la couleur de l'iris, ni 
sur celle du pkimage de ce pigeon; et cette lacune est d'au- 
tant plus regrettable que le pigeon de Beyrouth est revêtu 
d'une livrée caractérisiiqne qui ne permet pas de le confondre 
avec une autre race. 

Dans cette situation, nous ne pouvons nous livrer de nou- 
veau qu'à des suppositions ; et tout ce que nous pouvons dire, 
c'est que ces deux races ont une origine asiastique commune 
qui permet de croire que, si elles ne forment pas une seule 
et môme race, elles ne diffèrent pas assez entre elles pour 
former deux races distinctes, ayant chacune ses caractères 
qui lui sont propres et la font différer l'une de l'autre. 

Parmi les diverses races que Sir EUiot m'a envoyées de 
Madras, dit encore Darwin, se trouvait une paire de Kala-par, 
oiseaux noirs, à bec un peu allongé, passablement de peau 
sur les narines et un peu autour des yeux. Cette race paraît 
plus voisine du messager que de tout autre race, étant presque 
intermédiaire entre le messager de Bassorah et le biset. Les 
noms que portent ces diverses variétés de messagers dans 
les différentes parties de l'Europe et de l'Inde indiquent 
tous la Perse ou les pays voisins, comme patrie de cette race. 
Ceci mérite d'autant plus l'attention que, même en négli- 
geant le Kala-par comme d'origine douteuse, nous avons 
une série à peine interrompue, depuis le biset, passant par 
le Bassorah, dont le bec n'est parfois pas plus long que celui 



— 315 — 

du biset, et dont la peau nue des narines n'est que peu vo- 
lumineuse ou caronculeuse, par la sous-race de Bagdad et 
par le dragon, pour arriver au messager anglais amélioré, 
qui est prodigieusement différent du biset ou ColumbaLivia. » 

Le pigeon voyageur d'Afrique. 

Je suis tout aussi peu renseigné sur le pigeon voyageur 
d^Afrique, qui, comme le pigeon de Beyrouth et de Bassorah, 
fait remonter sa généalogie aux temps les plus reculés. 

M. de la Blanchère, dans la séance générale de la Société 
d'Acclimatation du 19 mai 1876, informa l'assemblée que 
M. Krantz, qui arrivait d'une mission dans le nord de 
l'Afrique, avait vu à Tunis S. Exe. le général Kérédine, le- 
quel lui avait fait cadeau d'un couple de pigeons voyageurs. 
Cette race, ajouta M. de la Blanchère, que l'on croit avoir 
été introduite en Tunisie à Yèpoque des croisades^ est très in- 
téressante et très remarquable par la rapidité de son vol, 
que favorisent des ailes fort longues, dépassant la queue, et 
croisées comme celles des hirondelles ou des martinets; le 
plumage est marron, glacé de bleu et de vert; le bec, dé- 
pourvu de la protubérance qui existe chez la plupart des 
autres races, est excessivement court et tout à fait conique. 

M. de la Blanchère attribua à cette race inconnue en Eu- 
rope un instinct d'orientation très développé, et exprima, 
avec raison, le désir de voir la Société d'Acclimatation faire 
les démarches nécessaires auprès de S. Exe. le général Kéré- 
dine, pour obtenir un couple de ces pigeons, dont la race 
tendait déjà alors à disparaître prochainement en Tunisie. 

M. le colonel d'Arnaud Bey fit observer que presque tous 
les pigeons qu'on élève en Egypte répondent à peu près au 
signalement que M. de la Blanchère venait de donner du pi- 
geon voyageur de Tunis; qu'ils ont, comme cette variété, le 
bec très court et qu'ils n'en élèvent pas moins fort bien leurs 
couvées. 



— 316 — 

Tels sont tous les renseignements que nous possédons sur 
le pigeon voyageur d'Afrique ; et, contrairement aux pro- 
messes de M. le président de la Société d'Acclimatalion qui 
avait invité M. de la Blanchère à lui remettre une note à ce 
sujet, afin qu'il pût écrire à S. Exe. M. le général Kérédine 
dont la sollicitude pour la Société était bien connue et qui se 
serait fait un plaisir d'envoyer au Jardin d'Acclimatation 
quelques couples de ces oiseaux, si on lui en eut fait la de- 
mande, jusqu'ici cette intéressante race n'a pas fait son 
apparition dans les volières du Jardin du Bois de Boulogne. 
Cependant, son introduction en France serait une œuvre 
éminemment utile; j'aime donc à espérer que M. Geoffroy 
Saint-Hilaire, directeur du Jardin d'Acclimation, qui se con- 
sacre depuis un grand nombre d'années à conserver soigneu- 
sement toutes les principales races de pigeons dans leur 
pureté, qui a fait plus que personne pour la propagation en 
France du pigeon messager, ne laissera pas éteindre en Tu- 
nisie une race voyageuse qui date du temps des croisades 
et qui possède, selon toute probabilité, des qualités instinc- 
tives très précieuses. 



CHAPITRE XLIII 



Races Italiennes. 



Les auteurs latins nous fournissent peu de renseignements 
sur les races de pigeons qui existaient à Rome dans les 
temps anciens. 

Le savant agronome Varrou (mort vers l'an % avant Jé- 
sus-Christ) raconte dans le De rc rustica « qu'une paire de 



— 317 — 

pigeons de belle couleur, d'une bonne race, et qui n'avait pas 
de défauts, se vendait ordinairement à Rome deux cents 
îiummi, et quelquefois mille, quand les pigeons étaient d'une 
beauté reniarquable. Le chevalier romain, L. Axius, ajoute 
Varron, avait même refusé cette somme pour une seule paire 
de pigeons, qu'il ne voulait pas donner à moins de quatre 
cents deniers. » 

Columelle, un autre savant agronome latin qui écrivit 
après Varron, commente le fait cité par ce dernier et dit : 
« Quoique la fécondité des pigeons soit inférieure à celle des 
poules, elle est néanmoins d'un produit encore plus grand 
que la leur, puisque, quand ils sont bous, ils élèvent des 
petits jusqu'à huit fois par an, et que l'argent qui revient 
de ces élèves peut remplir le coffre-fort du propriétaire; 
ainsi que Varron, cet exellent auteur nous le certifie en disant 
que chaque paire de pigeons se vendait communément mille 
sesterlii de son temps, quoique les mœurs fussent alors plus 
austères qu'elles ne le sont à présent. » En effet, notre 
siècle nous forcerait à rougir pour lui, si nous ajoutions foi 
à ce qu'on nous raconte, qu'il se trouve des gens qui payent 
une paire de pigeons jusqu'à quatre mille nummi. Ce n'est 
pas au reste, ajoute Columelle, que ceux qui dépensent ainsi 
un argent énorme pour avoir en leur possession des choses 
de pur agrément, ne soient encore plus excusables à mes 
yeux que ceux qui épuisent le Phase du Pont et les étangs 
scythiques des Palus-Méotides pour satisfaire leur glouton- 
nerie. 

Chose étrange, ni Varron, ni Columelle, ni Caton, ni Pal- 
ladius ne nous fournissent aucun renseignement sur les ca- 
ractères distinctifs des diverses races de pigeons qui exis- 
taient à Rome de leur temps. Cependant, il me semble que 
des pigeons qui se vendaient jusqu'à quatre mille nummi la 
paire, valaient bien la peine d'une description spéciale. 

Nous ne connaissons donc de ces races d'élite que les prix 



— 318 — 

élevés; et les auteurs latins ne nous apprennent guère da- 
vantage sur les autres races (jiii pon[)lau!Ut leurs colombiers. 

En efîet, Varron se berne à parler de pigeons sauvages, 
saxaliies, qui habitent les tours et le faîte [columen] des mé- 
tairies et dit que c'est du nom columen que leur est venu le 
mot columbœ^ parce que leur timidité naturelle leur fait 
toujours rechercher les points les plus élevés des bâtiments. 
Celte espèce, dit encore ^'arrûn, haute donc principalement 
les tours; c'est là qu'ils dirigent leur vol au retour des 
champs, et c'est de là qu'ils revolent aux champs. Son plu- 
mage est bigarré sans aucun mélange de blanc. Ce sont là 
tous les renseignements que Varron nous fournit sur les ca- 
ractères physiques et moraux des pigeons sauvages ou de 
roche. 

La seconde espèce, dit le même auteur, est plus sociable, 
et vient volontiers chercher sa nonrrituro sur le seuil des 
maisons. Son plumage est presque toujours blanc. 

De l'union de ces deux espèces, ajoute Varron, on en forme 
une troisième, de couleur mélangée. C'est sur celle-là qu'on 
spécule. Elle vit en commun dans un local appelé par les uns 
-TripiGTspcCTv (colombier), et par les autres TcspiaxspoTpo'fslov, 
(lieu où l'on nourrit les colombes) et qui contient quelque- 
fois jusqu'à cinq mille pigeons. 

Cohmielle ne nous donne pas de renseignements plus com- 
plets et dit « qu'il faut choisir, pour en élever d'autres, des 
pigeons qui, sans être ni vieux ni trop jeunes, sont forts de 
corps, et avoir l'attention, autant que faire se peut, de ne 
jamais séparer, les uns des autres, les petits d'une même 
couvée; parce qu'ordinairement, quand ils sont ainsi ma- 
riés ensemble, ils donnent un plus grand nombre de cou- 
vées; ou si on les sépare, il faut éviter de marier en- 
semble des pigeons d'espèces dillerentes , tels que ceux 
d'Alexandrie et ceux de la Campanie; parce que ces animaux 
s'attachent moins à ceux c[ui ne ressemblent point à ceux de 



— 319 — 

leur espèce, et que dès lors ils s'accoupleut rarement, et 
souvent ne pondent pas. » Columelle parle ensuite vaguement 
de la coideur du plumage des pigeons, sans en mentionner 
aucune, excepté la couleur blanche que l'on rencontre com- 
munément partout, dit-il, et qui n'est pas du goût de tous les 
amateurs parce qu'elle se fait remarquer trop aisément des 
oiseaux de proie. 

Caton ne dit absolument rien des différentes races de pi- 
geons qui existaient en Italie de son temps et ne parle dans 
ses ouvrages que de la manière d'engraisser les pigeonneaux; 
tandis que Palladius ne nous entretient que des dispositions 
des colombiers romains dont il fait une savante description. 

Essayer de reconstituer les anciennes races romaines avec 
leurs caractères distinctifs, à l'aide des renseignements qui 
précèdent, serait entreprendre une tâche au-dessus des forces 
humaines. 

En l'absence d'une description détaillée des formes et du 
plumage des pigeons qui peuplaient les immenses colom- 
biers de Rome, dans les anciens temps; nous ne pouvons 
nous laisser guider dans nos recherches que par les prix 
fabuleux que le chevalier Axius refusa pour ses pigeons, et 
dire qu'ils étaient, sans aucun doute, d'une beauté remar- 
quable; mais cela ne nous peut servir de conjecture pour 
reconstituer leurs caractères dans notre imagination. 

La seule race bien déterminée dont nous parlent les au- 
teurs latins, et qui existe encore aujourd'hui à Rome, c'est 
la lourde race de Campanle^ mieux connue en France sous 
la dénomination de pigeon romain. 

Ayant déjà fait ailleurs une description des caractères gé- 
néraux du pigeon romain, je me bornerai à ajouter ici qu'en 
Italie, il existe une sous-race de pigeons romains, qui diffère 
principalement de la race pure par son bec grêle et par ses 
pieds légèrement emplumés. 



— 3:20 



CHAPITRE XLIV 



Les pigeons de Modène. 




•=^-^^:^^S»s. . . 



Pigeon de Modèue de la variété des Gazzi. 



Chose étrange, aucun auteur français ne parle de cette 
race éminemment précieuse, Tune des plus belles et des 
plus recommandables par sa surprenante fécondité que je 
connaisse. 

Il en existe deux variétés que les Italiens désignent sous 
les dénominations de Schictti et de Gazzi et qui ne diffèrent 
entre elles que par la disposition des couleurs du plumage. 

Les Schietti affectent toutes les couleurs propres aux pi- 
geons; tandis que les Gazzi oui toujours la tète, les ailes et 



— 821 - 

la queue noires, ou ronges, ou chamois, ou bleues et le reste 
du corps (l'uu blanc pur. 

Chez les deux variétés, la physionomie de la tête a beau- 
coup d'analogie avec celle du pigeon voyageur. Elles ont le 
bec assez fort, de longueur moyenne, plutôt court que long, 
orné à sa base de deux morilles blanches et lisses, comme 
chez le culbutant îles yeux vifs, d'un rouge orangé, ou perlés, 
le plus souvent panachés de noir et encadrés d'un petit filet 
charnu d'un blanc rosé; la tête régulièrement convexe; le 
cou long, gros, amplement garni de petites plumes blanches 
chez les Gazzi, affectant toutes les couleurs chez les Schietli, 
bien lustrées et chatoyant sous les diverses influences de la 
lumière; la poitrine très large et proéminente; le corps court 
et ramassé; les ailes largement attachées au tronc de façon à 
faire ressortir dans toute saneltetélacouleurdumanteau, de 
longueur moyenne, plutôt courtes que longues, et reposant 
par leurs extrémités sur une queue très courte, tronquée à 
angle droit et portée un peu relevée comme chez le pigeon 
poule ou maltais, ce qui leur donne un cachet d'agréable 
originalité; les jambes longues, suivies de tarses également 
longs, nus et d'un rouge vif. 

Ils portent la tête légèrement rejetée en arrière, la poitrine 
en avant, la queue relevée souvent à hauteur de la tête et 
marchent beaucoup plus à la façon des poules qu'à la façon 
des pigeons; mais c'est surtout à la disposition régulière des 
couleurs de l'oiseau que s'attachent les amateurs. 

Ils ont le vol soutenu, et la légende dit que ce sont des pi- 
geons de cette race dont Brutus, assiégé dans Modène, se 
servit pour envoyer au camp des consuls des messages qu'il 
attacha aux pattes de ces oiseaux. Pline et Frontin, auteurs 
d'un traité spécial sur les stratagèmes, racontent, en effet, 
que Hirtius, l'un des deux consuls qui s'efforçaient de déli- 
vrer Brutus, tenait dans l'obscurité des jugeons qu'il privait 
en même temps de nourriture et qu'il lâchait ensuite près 
[Pigeons domestiques.) 21 



— 322 — 

des remparts de la ville, avec des dépêches attachées à leur 
cou au moyen d'un fil de soie. Les gladiateurs romains s'en 
servaient également, disent les auteurs italiens, pour an- 
noncer à leurs amis qu'ils sortaient victorieux de l'arène. 

Quoique les auteurs latins ne parlent pas de l'application 
du pigeon messager à l'art militaire dans les temps anciens, 
il est permis de supposer que ce n'est pas au siège de Modène 
seul que les Romains se soient servis de pigeons pour trans- 
porter des dépêches ; et, ce qui me confirme dans cette opi- 
nion, c'est que Varron, le plus savant des Romains, au 
jugement de Cicéron, dit dans ses ouvrages qui sont parvenus 
jusqu'à nous : « Qu'une connaissance bien connue de l'ins- 
» tinct qui ramène toujours le pigeon à son colombier, c'est 
» l'habitude qu'ont prise certaines personnes d'en apporter 
» dans leur sein au théâtre, pour leur y donner la'volée; 
» ce qu'elles ne feraient pas, si elles n'avaient pas la certi- 
» tude de voir les pigeons revenir au logis'. » 

Les pigeons dont les anciens Romains se servaient pour le 
transport des messages, appartenaient-ils à la race des pi- 
geons de Modène? C'est une question que je n'entreprendrai 
pas d'élucider. Cependant il est permis de le croire; car, à 
l'exception des bisets, du gros pigeon romain et des pigeons 
mondains, la race de Modène est à peu prèsla seule race 
d'élite que j'aie trouvée en Italie, ayant le vol soutenu et dont 
la coloration des yeux ss rapproche de celle du pigeon voya- 
geur belge. 

A l'appui de cette hypothèse nous trouvons un témoignage 
précieux dans les lignes suivantes du Tasse, qui dit : 

Les Trlganieri, dit le Tasse, forment à Modène deux fac- 
tions qui consacrent leurs heures de loisir à faire voler des 

1. Columbas redire solere ad locum licet animadvertere, quod multi 
in theati'o e sinu missas faciunt, (atque ad locum redcuDt) quai uisi 
reverterentur, non emitterentur. 



— 323 — 

pigeons, qu'ils appellent des Triganî, et ils leur apprennent 
non seulement à amener au colombier des pigeons étrangers 
(c'est-à-dire de l'adversaire), mais aussi à porter des messages 
d\m lien, à l' autre K 

M. Pietro Manzini raconte également dans La Vita di Cam- 
pag7ia, qu'avant l'introduction des télégraphes et des chemins 
de fer en Italie, les bureaux de loterie de Modène et de Reggio 
correspondaient régulièrement entre eux au moyeu de pi- 
geons. 

Le transport des dépêches se fit alors en Italie, comme par 
toute l'Europe, au moyen d'omnibus, et ce fut un de ces vé- 
hicules qui fit le service journalier entre Modène et Reggio 
et vice versa. Or, le samedi, le tirage des lots ayant lieu 
à midi, tantôt à Reggio, tantôt à Modène, tantôt à Massa, et 
l'omnibus ne rentrant que le soir, les directeurs des divers 
bureaux de loterie eurent recours aux pigeons voyageurs 
pour se communiquer mutuellement les cinq numéros sor- 
tants. Ils les inscrivirent sur un petit morceau de papier roulé 
en forme de cigarette qu'ils attachèrent au cou, ou à une 
rectrice ou grande penne caudale du pigeon qui fut mis en- 
suite en liberté. Dès que l'oiseau se sentit libre, il fila comme 
une flèche en droite ligne vers son colombier, où des hommes 
spéciaux l'attendirent et le dépouillèrent de sa dépêche qui 
fut remise immédiatement au destinataire. 

Le chef du bureau, ainsi averti, eut le temps de préparer 
son registre et de faire toutes les écritures nécessaires, long- 
temps avant l'arrivée de la dépêche officielle par la voie ordi- 
naire de la poste. 

Si les pigeons de Modène furent employés tour à tour 

1. I Triganieri sono in Modena due fazioni che per ingannare il 
tempo, si danno a far volar piccioui, che essi chiamano Trigani, e 
gli avvezzano non solamente a coudurre aile loro colombaje de fores- 
lieri (cioe colombi deU'adversano), ma anche a porlar délie lettere da 
un luogo all'altro. 



I 



— 324 — 

par Brulus, par les gladiateurs, par les administrateurs des 
bureaux de loterie, par les spéculateurs à la bourse, pour 
transporter des messages, comme il est permis de le croire, 
il n'en est pas moins certain que ces charmants oiseaux qui 
n'ont rien à envier à aucune autre race connue, quant à 
la beauté, ne sauraient être considérés aujourd'hui comme 
pigeons voyageurs. Un pigeon voyageur est le résultat de 
plusieurs générations de soins intelligents et pour arriver 
avec les pigeons de Modène au résultat que les colombophiles 
belges ont obtenu, il faudrait les soumettre de génération 
en génération aux mêmes procédés qui ont développé chez 
le pigeon messager belge, sans rival dans ce monde, le mer- 
veilleux instinct d'orientation que nous lui connaissons. 

Ces gracieux oiseaux sont extrêmement recommandables 
par leur incontestable beauté; mais malheureusement les 
Gazzi de race tout à fait pure sont presque aussi rares et 
aussi difficiles à trouver en Italie qu'en France. L'hiver 
dernier, j'ai vu à Naples une troupe assez nombreuse de 
Gazzi et de Schietti, au Palais Cimitile, chez mon beau-frère, 
M. le baron Parry de Grainger ; mais tous les Gazzi, à l'ex- 
ception d'un seul mâle bleu, portaient le sceau de la dégé- 
nérescence et de l'abâtardissement : tous, sans exception 
avaient des plumes colorées mélangées aux blanches et des 
plumes blanches parmi les colorées, comme, du reste, tous les 
oiseaux de cette race que fai rencontrés en ItaHe. 

Cette dégénérescence est facile à expliquer : la race de 
Modène comporte deux variétés principales, les Gazzi et les 
Schietti. 

Les Gazzi ont la tête, les ailes et la queue colorées et le 
reste du corps est blanc; tandis que les Schietti affec- 
tent à peu près toutes les couleurs qu'on rencontre chez les 
pigeons suisses. Or, les Italiens ont l'habitude d'enfermer 
constamment dans le même colombier des Gazzi et des 
Schietti. 11 en résulte que, par suite d'infidélités commises 



— 325 — 

par les femelles, les deux races tendent à se mêler, à se 
perdre l'une dans l'autre et à ne plus produire que d'af- 
freux métis; car, quoique les Scbielti aient beaucoup d'ana- 
logie, quant aux formes du corps, avec les Gazzi, ils en 
diffèrent complètement, comme je viens de le dire, par la 
disposition des couleurs du plumage. Il est donc facile de 
concevoir que les sujets, issus d'un croisement entre ces 
deux variétés, ne possèdent plus les caractères distinctifs 
des Gazzi dans toute leur pureté ou intégrité. 

Cependant, la beauté des Gazzi, leur caractère gai, leur vol 
rapide, soutenu et leur surprenante fécondité de plus en plus 
appréciés les rendent depuis quelque temps l'objet de soins 
spéciaux en Italie. J'ose même espérer que peu à peu ces su- 
perbes oiseaux agrandiront leur domaine jusqu'en France, 
aux dépens des races allemandes qu'ils remplaceraient avec 
avantage; car les pigeons de Modène des deux variétés sont 
infiniment plus beaux, plus vifs et plus alertes que la plu- 
part des races paresseuses dont les Allemands depuis quelque 
temps inondent la France. 

Il faudra néanmoins un grand nombre de générations pour 
améliorer, perfectionner et fixer la race. Ce n'est qu'à force 
de soins et de persévérance, par une application constante 
des principes généraux de la sélection qu'on parviendra à la 
ramener à son admirable livrée primitive dans toute sa pureté. 

Ce n'est donc que par la sélection, par une élimination 
sévère et constante de la reproduction de tous les oiseaux 
défectueux, par un choix judicieux des oiseaux reproduc- 
teurs se rapprochant le plus de la perfection et possédant au 
plus haut degré les caractères distinctifs de la race pure, 
qu'on parviendra à reconstituer la race et à la ramener au 
type primitif dans toute sa beauté. C'est une erreur de croire, 
comme l'affirment Boitard etCorbié, quele mâle seul imprime 
à sa postérité les caractères saillants de la race à laquelle il 
appartient, et qu'il suffit de posséder un oiseau de ce sexe de 



race pure pour reconstituer une race en quatre générations 
dans toute sa pureté. Darwin n'est pas de cet avis. 11 a 
été démontré, du reste, jusqu'à l'évidence, en ces derniers 
temps, que les pigeons, comme tous les animaux, héritent 
tantôt des qualités personnelles du père, tantôt de celles de 
la mère, tantôt de celles du grand'père ou de l'aïeul paternel 
ou maternel, jusqu'à la vingtième génération ascendante, 
et au delà. 

La conclusion à déduire de ce qui précèue, c'est que, chez 
les Gazzi, il continuera à exister pendant un grand nombre 
de générations encore, en dépit de la séleclion le plus judi- 
cieusement pratiquée, une tendance de retour au type de leurs 
ascendants; car les animaux croisés ne Iransnieltent jamais 
à leurs descendants d'une manière certaine et suivie, aucuns 
des caractères essentiels qui les faisaient différer de leurs au- 
teurs immédiats; et le perfectionnement de cette race de- 
mandera d'autant plus d'art que les sujets do race iii-cpro- 
chablc et tout à fait pure semblent ne plus exister et il ne 
saurait en être autrement. 

11 n'en est pas de même des Schietti, dont la robe affecte 
toutes les couleurs propres aux pigeons, et qui, à l'exception 
de quelques variétés bien caractérisées, peuvent subir des 
croisements avec les Gazzi, dont ils ont toutes les formes du 
corps, sans altération notable des caractères distinctifs de 
la race. Il en résulte qu'il est bien plus facile de se procurer 
des Schietti d'une beauté irréprochable que des Gazzi. 

Parmi les Gazzi on rencontre généralement plus de mâles 
que de femelles qui se rapprochent de la perfection. Je ne 
sais quelle en est la raison, je ne puis que signaler le fait en 
laissant à plus érudit que moi d'en expliquer la cause. 

Malgré la grande difficulté de se procurer en Italie des 
Gazzi de race tout-à-fait pure, M. le chevalier Sella est par- 
venu à en trouver huit couples presque irréprochables, dont il 
a eu l'amabilité de me faire cadeau, afin de me permettre de 



— 327 — 

décrire les caractères physiques et moraux de cette superbe 
race d'après la nature la mieux choisie. M. le chevalier Sella 
y a ajouté un couple de Schietli, noir violâtre à manteau 
jaune paille marbré de cachou, qui sont de la plus grande 
beauté et vont également servir de modèles à mes des- 
criptions. 

Heureux de posséder des sujets aussi parfaits des deux 
variétés de cette précieuse race, j'ai enfermé les Gazzi dans 
une volière bien exposée au midi et le couple de Schietti 
dans une autre volière, afin de ne pas m'exposera des croi- 
sements regrettables entre les deux races. 

Aujourd'hui, je viens rendre compte de mes commen- 
cements d'études et d'observations, que je tiens à faire con- 
naître aux amateurs français qui recherchent à la fois 
l'intérêt et la beauté chez le pigeon. 

Les Gazzi et les Schietti sont de charmants oiseaux dont 
j'ai pu apprécier en peu de temps tous les mérites au point 
de vue de l'utilité et de l'agrément. J'ai pu observer que les 
Gazzi, lorsqu'ils se préparent à nicher, sont assez méchants 
et que les mâles ne cessent de se battre entre eux; mais, dès 
que les femelles ont pondu leur premier œuf, le calme se 
rétablit dans le pigeonnier et dès lors les mâles se tiennent 
presque constamment en sentinelle près de la case où ils ont 
construit leur nid. 

Comme presque tous les animaux qui nous viennent de 
l'Italie, les pigeons que j'ai reçus de M. le chevalier Sella, 
sont extrêmement familiers et confiants dans l'homme; ils 
viennent se poser familièrement sur les bras et sur les épaules 
des personnes qu'ils reconnaissent pour un ami et viennent 
manger dans la main les miettes de pain qu'on leur otîre. 

D'où vient cette confiance dans l'homme qu'on rencontre 
chez presque tous les animaux qui nous viennent de ce pays? 
C'est que le peuple italien est extrêmement bon et bienveil- 
lant pour les animaux et ne les brutalise jamais. L'homme 



— 328 — 

n'a donc qu'à être bon et tous les animaux s'empresseront 
d'avoir confiance en lui et cesseront de le fuir. 

L'affection des Gazzi et des Schietti pour leur progéniture 
est également très vive, et j'ai eu lieu de constater qu'ils 
dégorgent abondamment la nourriture dans le bec de leurs 
couvées qu'ils mènent presque toujours à bien. Il résulte 
aussi des renseignements qui m'ont été fournis par M. le 
chevalier Sella, que les Gazzi et les Schietti sont très estimes 
en Italie parles gourmets, à cause du nombre prodigieux de 
gros et gras pigeonneaux qu'ils produisent chaque année. 
En effet, ils couvent presque tous les mois, c'est-à-dire, s'ils 
ont une nourriture abondante, qu'ils foui de sept à huit por- 
tées par an, ce qui est un résultat extrêmement satisfaisant; 
et, malgré cela, on n'a jamais pensé à leur faire remplacer 
les bisets dans nos colombiers de haut vol. 

Comme les bisets, ils s'accoutument facilement à aller 
chercher leur nourriture dans les champs et se nourrissent 
pendant presque toute l'année de semences de vesces sau- 
vages, de lentilles et de toutes les graines que leur offrent 
les champs incultes et cultivés, sans occasionner aucun 
dégât aux récoltes, ni aucune dépense à leur maître. 

Ils ont le vol rapide, soutenu et échappent plus facilement 
que le biset et le fuyard aux oiseaux de proie, lorsqu'ils sont 
poursuivis. Ils sont aussi plus grands que les bisets, ont les 
pectoraux beaucoup plus développés, plus charnus et pro- 
duisent une plus grande quantité de viande de première 
qualité. 

Beaucoup d'éleveurs m'ont demandé si les pigeons romains 
ne remplaceraient pas avec avantage les bisets et les fuyards 
dans les colombiers de haut vol. Je n'hésite pas à répondre 
négativement. En Italie je n'ai rencontré que fort peu de pi- 
geons romains et les personnes qui en possédaient, m'ont 
affirmé unanimementque ces oiseaux n'étaient guère recher- 
chés que pour leur grandeur, qu'ils consommaient beaucoup, 



— 329 — 

produisaient très peu et écrasaient presque toujours, par 
leur grand poids, leurs œufs en s'appuyant dessus pour les 
couver. Les pigeons romains ont, du reste, le vol trop lourd 
pour leur permettre de prendre les mœurs des pigeons de 
colombier de haut vol ou pour aller chercher leur nourriture 
dans les champs. Ils coûteraient donc beaucoup à leur maître 
et ne produiraient rien. 

Description des caractères généraux et moraux des Gazzi 
et des Schictti. 

Bec^ de force et de longueur moyennes, plutôt court que 
long. Couleur du bec, noir chez les variétés noire et bleue, 
blanc rosé chez les variétés rouge et chamois. Caroncules 
nasales, peu développées, lisses, blanches et placées longitu- 
dinalement. Te^e, assez forte, régulièrement convexe et ayant 
beaucoup d'analogie avec celle du pigeon voyageur belge. 
Iris, variable, rouge orangé chez les uns, perlé chez les 
autres et presque toujours panaché de noir. Pupille, noire. 
Ruban charnu autour de l'œil, peu développé, d'un blanc 
rosé et faisant très bien le tour de l'œil. Cou, assez long, 
gracieusement arqué comme chez le coq Bantam. Poitrine, 
large, ouverte et saillante. Corps, court et ramassé. Ailes, 
de longueur moyenne, portées haut, s'étendant presque 
jusqu'à l'extrémité de la queue sur laquelle elles se re- 
posent sans se croiser. Queue, courte, étroite, tronquée à 
angle droit, formée de douze rectrices ou grandes pennes, 
portée horizontalement et souvent relevée jusqu'à hauteur 
de la tête comme chez le pigeon poule ou maltais. Pattes, 
assez longues, nues et d'un rouge vif. Taille, ordinaire. 

Caractère, gai, batailleur comme tous les pigeons ardents. 
Allures, fières, gracieuses, marchant beaucoup plus à la 
façon des poules qu'à celle des pigeons. Vol, rapide et soutenu. 



— ^30 — 



Description du plumage des Gazzi. 

Tcle, ailes et queue, noires ou rouges, ou bleues ou cha- 
mois et le reste du corps blanc. 

La tête doit être entièrement colorée, depuis le bec jusqu'à 
l'extrémité inférieure du crâne la couleur se répandant latéra- 
lement] usqu'au-dessous du conduit auditif et se prolongeant 
sous le bec en forme de bavette aux contours arrondis, net- 
tement dessinés, comme chez le pigeon coquille hollandais, 
et il ne faut pas que la région colorée se prolonge eu pointe 




Pigeon de Modèno de la vum'ie des (iazzi, olfert eu don a l'auteur 
par M. le chevalier J.-B. Sella. 

sur !a poitrine, ou affecte une forme irrégulière, ou décrive 
des zigzags capricieux sur le blanc du cou. 

Les couvertures des ailes, les rémiges primaires et secon- 
daires ou le vol, ainsi (jueles couvertures inférieures et su- 
périeures et les grandes pennes de la queue doivent être de 
la même couleur que celle de la tête; et le reste du corps 
doit être d'un blanc pur, sans aucun mélange de plumes co- 
lorées parmi les blanches. 

La couleur de la queue doit se détacher du blanc du crou-. 
pion par une ligne transversale bien droite, sans former des 



— 331 — 

courbes, ni tracer des angles alternativement saillants et ren- 
trants sur le blanc. Les couvertures inférieures de la queue 
doivent être également colorées et sans mélange de plumes 
blanches ou tachetées de blanc. 

Le plumage du Gazzi affecte toutes les couleurs imagi- 
nables propres aux pigeons; mais, dans toutes les variétés, 
il n'y a jamais que la tête, les ailes et la queue qui sont 
colorées et le reste du plumage est toujours blanc. 

« De tous poils bonnes bêtes » dit-on, mais ce n'est pas le 
cas chez les Gazzi. Les oiseaux de cette race qui ont le man- 
teau de couleur uniforme, sont peu recherchés; et les ama- 
teurs donnent la préférence à ceux dont la coloration du 
manteau est variée ou tricolore. 

Parmi ces derniers, les plus estimés sont : 

La variété à tête et queue d'un bleu cendré avec le man- 
teau bleu étincelé de rouge et barré de rouge ; 

La variété à tête et queue d'un bleu d'ardoise avec le 
manteau bleu clair barré de blanc et de cachou ; 

La variété à tête et queue d'un bleu cendré avec les ailes 
d'un bleu très clair, mouchetées de blanc et barrées de blanc 
ou de cachou; 

La variété à tête et queue d'un bleu ardoisé, avec le man- 
teau d'un bleu clair marbré de rouge et de noir, et deux 
barres orangées frangées de noir, étendues comme deux ru- 
bans sur les ailes ; 

La variété à tête, queue et vol minimes ou tannés, avec le 
manteau de la même couleur, étincelé et barré de minime 
plus clair et jaunâtre tirant sur le feu clair; 

La variété à tête, queue et vol minimes ou feuille morte, 
avec les ailes d'un blanc grisâtre, marbrées de brun olivâtre, 
sans barres à travers les ailes; 

La variété à tête et queue chamois, avec le manteau cha- 
mois clair, moucheté de blanc et deux barres blanches à 
travers les ailes ; 



— 332 — 

La variété à tête, queue et vol nankin, avec le manteau de 
la même couleur uniforme et barré de blanc ; 

La variété à tête, queue et vol chamois foncé, avec le man- 
teau chamois, marbré de brun ; 

La variété à tête, queue et vol noirs, avec le manteau noir 
étincelé de rouge acajou; 

La variété à tête, queue et vol d'un gris noirâtre, avec le 
manteau gris clair étincolé de gris noirâtre et deux barres 
cachou, frangées de gris noirâtre à travers les ailes; 







Pigeon rie Modène de la variété des Gazzi, oiïert eu don à l'auteur 
par M. le chevalier J.-B. Sella. 



La variété semblable à la précédente, mais sans barres à 
l'extrémité du manteau; 

La variété à tête, queue et vol de couleur ardoise, avec le 
manteau gris clair, et deux barres cachou frangées de noir 
à travers les ailes ; 

La variété à tête, queue et vol d'un brun marron puissant, 
avec le manteau d'un biun marron plus clair et bai-ré en 
marron foncé ou avec le manteau de couleur semblable à 
celle de la tête et de la queue et sans barres à travej-s les 
ailes ; 



— 333 — 

La variété à tête, queue et vol d'un rouge marron, avec le 
manteau de la même couleur marbré de noir; 

La variété à tête, queue et vol d'un rouge marron avec le 
fond du manteau de la même couleur, moucheté de noir et 
de blanc; 

La variété à tête, queue et vol noirs, avec le manteau d'un 
blanc grisâtre marbré de noir; 

La variété à tête, queue et vol d'un noir violet, avec le 
manteau d'un blanc jaunâtre, marbré de brun; 

La variété à tête, queue et vol gris, avec le manteau gris 
piqueté de noir, et des piquetures noires sur la tête; 

La variété à tête, queue, manteau et vol de couleur café 
au lait, avec deux barres de ton plus foncé sur les ailes. 

Je m'arrête faute d'haleine, car je ne suis arrivé qu'au 
tiers de la liste de ces intéressantes variétés et je renonce à 
en établir la nomenclature complète, de crainte de créer de 
la confusion par de doubles emplois. Il suffit, je pense d'a- 
jouter, qu'il existe des Gazzi de toutes les nuances imagi- 
nables; et plus la couleur de leur manteau est originale et 
variée, plus les amateurs italiens trouvent l'oiseau à leur 
goût. 

Quant au mélange des couleurs, il arrive le plus fréquem- 
ment que les influences de l'atavisme déjouent les combinai- 
sons les plus savantes de l'éleveur. Quoi qu'il en soit, l'expé- 
rience a démontré qu'en agissant comme nous allons 
l'indiquer, on obtient le plus souvent les résultats suivants : 

1° Un pigeon noir et un rouge produiront des noirs, des 
rouges de belle nuance foncée, des rouges élincelés de noir 
et des minimes ; 

2° Un noir et un chamois produiront quelquefois des mi- 
nimes et des chamois foncé; 

3° Un noir et un gris meunier produiront également des 
minimes et quelquefois des gris piquetés de noir; 

k" Un noir et un bleu pourront donner des bleus étincelés; 



— 3^1 — 

5° Un bleu clair barré de cachou et un rouge reproduiront 
des bleus, des rouges clair, des chamois et des pigeons de 
couleur feuille morte uni ou étincelé; ""*• 

6" Un bleu étincelé et un rouge pourront produire des 
rouges étincelés de noir et des bleus étincelés de rouge et de 
noir ; 

7° Un bleu étincelé de rouge et un rouge étincelé de noir 
reproduiront quelquefois des bleus étincelés de rouge et de 
noir ; 

8*^ Un rouge et un chamois donneront des chamois foncé; 

9° Un rouge et un gris meunier barré de rouge reprodui- 
ront des rouges étincelés; 

10° Un rouge et un minime donneront des rouges foncés 
de très belle nuance ; 

11° Un chamois et un rouge étincelé reproduij-ont des 
chamois étincelés; 

12^ Enfin l'amateur opérera selon ses inspirations et aura 
recours au mélange de couleurs qu'il croit les plus propres à 
produire les teintes qu'il recherche. 

Les Schietti. 

Les Schietti sont très répandus en Italie; ils ont exactement 
les mêmes conformations, les mêmes allures et la même 
marche que les Gazzi, dont ils ne diffèrent que par les dispo- 
sitions des couleurs du plumage. Comme chez les Gazzi il 
en existe un nombre considérable de variétés accidentelles 
ou persistantes, dont la liste est aussi longue que le catalogue 
des saints. Je ne passerai donc pas ici eu revue une à une 
toutes ces nombreuses variétés issues de toutes sortes de 
croisements; et je ne parlerai que des principales variétés, 
de celles qui transmettent leurs caractères à leur descen- 
dance avec le plus de constance et dont la beauté du plumage 
réclame une description spéciale. 



— 335 — 

Variété noire à ailes blanches marbrées de cachou. M. le che- 
valier J.-B. Sella m'a envoyé un couple de ces pigeons, d'une 
beauté ravissante. Ils ont les couvertures des ailes d'un blanc 
jaunâtre, ondulées en travers et frangées légèrement de ca- 
chou; les rémiges primaires d'un noir mat, bordées à leurs 
pointes d'un petit liséré cachou et tout le reste du plumage 
d'un noir violet brillant avec des reflets rouges et verts sur 
la gorge. 

Comme les Gazzi, ils ont le bec de longueur et de force 
moyennes ; l'iris rouge orangé ; le cou allongé; le corps court 




Pigeon de Modène de la variété des S 

par M. le chevalier J.-ii. beiia 



don à l'auteur 



et arrondi; la poitrine proéminente ; la queue très courte et 
tronquée à angle droit; les pattes longues et nues. 

Quand ils sont sous les inspirations de l'amour, le mâle 
rejette la tête en arrière, porte la poitrine eu avant, rabat sa 
queue jusqu'à terre ou la relève à peu près jusqu'à hauteur 
de tête comme chez le pigeon maltais trembleur ou le pi- 
geon poule et marche à peu près comme le coq banlam de 
combat. 

Ils sont extrêmement rustiques et d'uiie inépuisable fécon- 
dité. Ils élèvent très bien leurs petits et possèdent au plus 



— 33fi — 

haut degré toutes les qualités uécessaires pour peupler avec 
avantage un colombier de haut vol. Ils sont peu sensibles 
aux changements de température, apprennent facilement à 
découvrir leur nourriture dans les ciiamps et grâce à leur 
vol rapide et à la couleur sombre de leur plumage dont les 
teintes s'harmonisent le plus souvent avec celles qui prédo- 
minent dans les champs* ils sont moins exposés au plomb 
du braconnier et aux attaques des oiseaux de proie que les 
pigeons blancs, ou tachetés de blanc comme les Gazzi. 
Leur chair est fine et délicate, et ces charmants oiseaux 




Pigeon de Modène de la variété des Schielti, otlcit eu don à l'auteur 
par M. le chevalier J.-B. Sella. 

méritent certes qu'on tente l'expérience d'en peupler nos co- 
lombiers de haut vol; et cette expérience est d'autant plus 
facile à faire que le prix de ces pigeons est très peu élevé. 

Yariclé noire à ailes tricolores. Cette variété ne diffère de 
la précédente que par la couleur des couvertures de ses ailes 
dont chaque plume est noire à sa base, brune au milieu et 
blanche à son extrémité. 

Variété noire, rouge, chamois. Le plumage des oiseaux de 
cette variété est uniformément noir, rouge ou chamois sur 
tout le corps. 

Variété bleue barrée de cachou. Plumage semblable h celui 



— 837 — 

du biset dont il ne diffère que par deux barres d'un brun 
orangé qui lui traversent les ailes. 

VatHété bleue barrée blanche. Semblable à la précédente 
dont elle ne diffère que par la couleur des barres à travers 
les ailes, qui sont blanches au lieu d'être cachou. 

Il en existe aussi une variété bleue sans barres à travers 
les ailes et une variété bleue barrée noire. 

Les Schietti afi'ectent, du reste, toutes les couleurs propres 
aux Gazzi, avec cette différence qu'ils ont toujours le cou et 
la partie inférieure du corps de couleur semblable à celle de 
la tête, au lieu de les avoir blancs comme chez les Gazzi. 

Chez les Schietti comme chez les Gazzi, c'est surtout à la 
couleur du plumage que s'attachent les amateurs de ces races. 
Produire les nuances les plus rares, les plus variées, les plus 
franches et les jjlus brillantes en jaune, en rouge, en bleu, 
en meunier, en noir; réunir en collection le plus grand 
nombre d'oiseaux de couleurs différentes, voilà le rêve de 
l'éleveur de pigeons italiens. 

Les Schietti reproduisent le plus souvent pareils à eux- 
mêmes. L'amateur livré à la passion des Schietti est moins 
exposé à des déceptions que celui qui s'applique à réunir 
une collection de Gazzi et qui concentre toute sa joie et toutes 
ses espérances dans la nuance que revêtiront ses pigeonneaux 
et dans la disposition correcte des couleurs de leur livrée. 

M. le chevalier J.-B. Sella, qui s'occupe beaucoup d'intro- 
duire et de propager en Italie les races pures de pigeons et 
de poules, m'a fait l'honneur de me fournir, sur les Gazzi et 
les Schietti, les intéressants renseignements suivants que je 
recommande à la lecture des amateurs sérieux. 

« Bioglio, le 17 juillet 1881. 
» Cher Monsieur, 

» Comme je l'espérais, lorsque j'ai eu le plaisir de vous 
[Pigeons domestiques.) 28 



-^ 338 — 

écrire ma dernière lettre, j'ai pu me procurer l'opuscule de 
M. C. Malmusi, intitulé : Dei Triganieri^ ccnni slorici, publié 
à Modène par Moneti et Peloni, 1851, ainsi que l'ouvrage plus 
important du professeur Paolo Bonizzi, de 180 pages in 8°, 
avec quatre planches de gravures, intitulé, /. Colombidi Mo- 
dena, Les pigeons de Modène, imprimé à Modène, par Paolo 
ToschietC" en 1876. 

» Le premier auteur. M, de Malmusi, parle des Triganieri, 
nom qu'il donne aux amateurs qui s'amusent à jouer avec 
leurs pigeons, de là le mot Triganino, au pluriel Triganini, 
dénomination sous laquelle sont désignés les pigeons de jeu. 

» Les mots dérivent, paraît-il, du grec xpi^wv, de même 
que les anciens Romains appelaient Trigonalc le jeu de se 
renvoyer mutuellement les balles, à peu près comme les Tri- 
ganieri s'amusent à se renvoyer leurs pigeons, sauf à les 
faire piisonniers à la fin du jeu. 

» Il ajoute que ces jeux datent d'une époque très reculée, 
et, à l'appui de ses allégations, il dit que, dès l'année 1327, 
la ville de Modène dressa un statut ou une ordonnance qui 
interdisait de tuer ces pigeons à la chasse. Ce règlement fut 
renouvelé, avec de légères modifications, en 1547, et les per- 
sonnes préposées au dressage despigeons, y furent designées 
sous la dénomination de Triganerios (comme dans les règle- 
ments latins). L'auteur démontré ensuite jusqu'à l'évidence 
que longtemps avant celte dernière date, on se servait de pi- 
geons pour faire des signaux, et pour transporter des mes- 
sages, notamment au siège de Modène par Marc Antoine, 
pendant lequel le consul Hirtius envoyait des messages à 
Decimus SimiusBrutus au moyeu de pigeons. Pline en parle 
aussi, et vous-même, cher Monsieur, vous mentionnez le 
fait dans votre ouvrage intitulé « Le pigeon message?^ et son 
application ù Varl militaire. » 

» M. Bonizzi nous fournit également des renseignements 
très précieux sur les caractères des races de pigeons dites 



Triganini qu*il divise en cinq variétés principales, qui sont 
les suivantes : 

» La variété unicolore ; la variété bicolore ; la variété multi- 
colore affectant plusieurs couleurs, mais n'ayant qu'une 
seule teinte fondamentale; la variété versicolore ayant chaque 
plume teintée de deux ou trois couleurs, et la variété omni- 
colore, dont le plumage forme un mélange de toutes les cou- 
leurs, parmi lesquelles le noir et le blanc forment le fond. 

» Il subdivise ensuite ces cinq variétés principales en une 
infinité de sous-variétés, dont le nombre s'élève à 152! 

» Nous ne les passerons pas toutes en revue, et ne nous 
occuperons que des variétés les plus recommandables par 
leur beauté et par leur utilité. 

Les Gazzi. 

» Les Gazzi doivent avoir la tête jusqu'à la gorge, les ailes 
et la queue noires, ou bleues, ou rouges, ou chamois et le 
reste du corps d'un blanc pur. 

» Les oiseaux de cette race qui ont des défauts sont dési- 
gnés à Modène sous les sobriquets suivants : 

» Pigeons à barbe. — Ceux dont la couleur de la tête des- 
cend plus bas que la gorge; 

» Pigeons intrigués. — Ceux dont la couleur de la tête des- 
cend jusqu'à ou sur la poitrine ; 

» Pigeons à flocons. — Ceux qui ont des plumes colorées 
parmi les blanches du cou ; 

» Pigeons décorés. — Ceux qui ont des taches sur la 
poitrine ; 

» Pigeons cudronnés. — Ceux qui ont des taches sur le 
croupion ; 

» Pigeons à pantalons. — Ceux qui ont des taches sur les 
cuisses; 

» Pigeons à chaussettes. — Ceux qui ont des taches sur les 
jambes. 



— ;iiu — 

Les Schietti. 

» Dans la variété dite Schietti, chez laquelle le blanc ne 
doit pas se renfermer dans des limites déterminées et dont 
le plumage affecte toutes les couleurs propres aux pigeons, 
les défauts sont moins nombreux et moins saillants. Ceux 
qui ont des défauts sont dénommés, en Italie, comme suit : 

» Pigeons deMclès. — Ceux qui ont des plumes blanches 
sur la poitrine; 

» Pigeons huppés. — Ceux qui ont une huppe ou une co- 
quille derrière la tête; 

» Pigeons brincs. — Ceux qui ont la Icte marquée d'une 
tache blanche; 

» Pigeons à vent blanc. — Ceux qui ont une ou deux ré- 
miges primaires blanches ; 

» Pigeons papillonnes. — Ceux qui ont le vol complètement 
blanc. 

» Un pigeon blanc d'un bout à l'autre n'a aucune valeur 
en Italie! 

Les Gazzi comme les Schietti doivent avoir le corps ra- 
massé, la queue courte légèrement retroussée et les jambes 
longues, 

» Il est assez rare, pour ne pas dire très rare, selon Be- 
nozzi, de trouver un triganino gazzo ou schietto parfait, et la 
perfection se rencontre plutôt chez les mâles que chez les 
femelles. 

» Dans une prochaine lettre, je vous parlerai du giuoco ou 
jeu, c'est-à-dire de la manière très ancienne de faire exé- 
cuter par des troupes de pigeons des exercices aériens peu 
connus en France. 

» Veuillez agréer, etc. 

» Signé : J.-B. Sella. » 



Tels sont les intéressants renseignements que M. le che- 
valier Sella a eu la gracieuseté de me fournir sur les pigeons 
de Modène, qui n'ont rien à envier ni au pigeon queue de 
paon, ni au capucin, ni au cravaté, ni au tumbler, ni au 
carrier, ni au pigeon voyageur, sous le rapport de la beauté, 
de l'élégance, de l'agrément et de l'utilité. 

Le Sport Colombophile en Italie. 

Si la Belgique possède un nombre fabuleux de sociétés 
colombophiles qui se font un plaisir de perfectionner le 
pigeon voyageur, de développer son merveilleux instinct 
d'orientation et de lui apprendre à franchir des distances de 
plus en plus grandes; l'Italie possède un nombre considé- 
rable d'amateurs qui s'amusent à développer les facultés 
inlellectuelles de leurs pigeons et à dresser des troupes nom- 
breuses de ces oiseaux à exécuter dans les airs de savantes 
évolutions avec une étonnante précision. 

En Italie, aux Indes et en Espagne, on joue avec les pi- 
geons à peu près comme en France les écoliers jouent aux 
barres; et ce divertissement auquel le cœur et l'esprit 
trouvent une égale satisfaction, s'appelle « il rjiuoco » ou 
le jeu aux pigeons. 

Comme au jeu de barres, les pigeons sont divisés en deux 
troupes ou camps opposés appartenant à deux propriétaires 
adversaires; des hommes, appelés trigankri, font poursui- 
vre une troupe par l'antre, de façon à ce que les deux troupes 
se mêlent et se confondent en une seule masse. Lorsque la 
confusion est complète, ils rappellent soudainement leurs 
pigeons par un coup de sifflet et tâchent de faire autant de 
prisonniers que possible dans le camp opposé. 

Il y a en Italie des hommes spéciaux, dont la principale 
occupation est de préparer et de dresser les pigeons à ces 
sortes de luttes; et c'est vraiment merveilleux, m'écrit M. le 



— 9i2 - 

chevalier J.-B. Sella, comment ces hommes, à force de soins, 
de bienveillance et de persévérance, parviennent h faire exé- 
cuter par ces oiseaux toutes les évolutions aériennes qu'ils 
leur commandent, au moyen de petits drapeaux qu'ils agi- 




Le trigaiiiere italien. 

tent dans tous les sens au-dessus de leurs têtes, du haut des 
toits oîi sont placés les pigeonniers. 

Le jour où des exercices de ces troupes aériennes sont an- 
noncés, ajoute M. le chevalier Sella, l'on accourt en foule 
à ce ravissant spectacle longtemps avant l'heure déterminée. 



— 343 — 

Les deux troupes qui doivent concourir sont mises en liberté 
simultanément; et, dès qu'on leur ouvre le pigeonnier, ils 
se lancent d'un bond dans les airs à une grande altitude, 
planent en troupe serrée, décrivent de longues circonvolu- 
tions, font osciller leur bec dans toutes les directions comme 
Xjour explorer tous les points de l'horizon d'où la troupe 
adversaire doit débusquer, jusqu'à ce que le triganiere, à 
l'aide de son petit drapeau qu'il ne cesse d'agiter au-dessus 
de sa tête, leur ordonne l'attaque. 

Alors, une troupe fond sur l'autre, l'enveloppe, se mêle, 
se confond avec elle de manière que les deux troupes n'en 
forment plus qu'une ; et, tout à coup, lorsque le désordre 
dans les deux camps réunis est à peu près complet, les tri- 
ganieri rappellent leurs pigeons par un coup de sifflet. 

Ces pauvres oiseaux, qui ont toujours r estomac vide quand on 
leur fait exécuter ces intéressants exercices dans les airs, afin 
de mieux les faire obéir, ne se font pas longtemps prier; dès 
que le coup de sifflet de leur maître retentit à leurs oreilles, 
ils se laissent tomber dans le vide comme des masses inertes; 
s'abattent sur la plate-forme de leur pigeonnier oiî des 
graines dont ils sont friands les attendent, et, dans leur 
chute, entraînent souvent avec eux un plus ou moins 
grand nombre de pigeons du camp opposé, qui sont faits 
prisonniers et restitués ensuite à leur propriétaire, contre 
payement d'une rançon déterminée d'avance. 

M. le chevallier Sella a bien voulu m'envoyer une liste des 
termes du Giuco qui sont en usage en Italie, et que j'ai cru 
devoir traduire pour l'édification des amateurs français : 

Ciop. Troupe de pigeons composée de 20 à 30 oiseaux; 

Guastare. Lâcher pour la première fois des pigeons non 
dressés (on les dresse dès l'âge de 2 mois) ; 

Sparare. Lâcher des pigeons déjà dressés et les faire tracer 
des circonvolutions dans les airs ; 

Mischiare. Se mêler ensemble; se dit de deux ou plusieurs 



— 8ii — 

troupes aériennes qui s'entremêlent, se réunissent en une 
seule troupe; 

Scavvezzare. Signal du rappel des pigeons que le triganiere 
donne au moyen d'un coup de sifflet ou de son drapeau. 

Avvajare. Ordonner à une troupe qui en a enveloppé une 
autre, de voler en rond au-dessus du pigeonnier, jusqu'à 
ce que le triganiere juge le moment favorable de la rappeler ; 

Trattare ou gustarc. Servir à manger aux pigeons, à leur 
retour au pigeonnier, pour les récompenser de leur bonne 
discipline; 

Tirargiù nicnte. Rappeler les pigeons quand ils n'obéissent 
p.is au commandement du triganiere, et ne leur donner rien 
à manger pour les punir de leur indiscipline. 

Andarc in dielro spalla. Feindre de faire voler sa troupe 
ensemble avec une autre et, quand les deux troupes se sont 
à peu près réunies, rappeler brusquement ses pigeons en 
vue de faire quelques prisonniers dans le camp opposé ; 

Dare la mano. Faire prisonniers les pigeons du camp op- 
posé qui sont venus s'abattre sur la plate-forme du vain- 
queur; 

E andato in boteya. Il est entré en boutique, se dit du tri- 
ganiere qui a perdu un ou plusieurs pigeons. 

Erimasto colle straccio in mano. Il est resté avec le torchon 
en main, se dit du triganiere qui a perdu tous ses pigeons. 

M. Mariano de la Paz Graëlls, professeur au Muséum 
d'histoire naturelle, de Madrid, qui fut envoyé à Paris, il y 
a quelques années par le ministre de la guerre de S. M. le 
roi d'Espagne pour étudier l'application du pigeon voyageur 
à l'art militaire, m'a affirmé qu'en Espagne un grand nombre 
d'éleveurs possèdent également des troupes très nombreuses 
de pigeons admirablement bien dressés à ces sortes d'exer- 
cices aériens. 

Le professeur P. Bonizzi, à la page 111, de son livre sur 



— .-J'io — 



les pigeons fait un exposé très détaillé du Giuoco ou jeu des 
triganini par les triganieri. 

Il explique comment les triganieri instruisent leurs pi- 
geons et les procédés auxquels ils ont recours. C'est dès l'âge 
de deux mois qu'ils commencent à faire l'éducation des pi- 
geonneaux et à les préparer au jeu. 

Les triganieri qui excellent dans l'art de dresser les pigeons 
au jeu et qui parviennent à faire un grand nombre de pri- 
sonniers dans le camp ennemi, sans en perdre aucun des 
leurs, jouissent en Italie d'une grande réputation parmi les 
amateurs de pigeons. 

Bonizzi dit que ce jeu se fait d'abord entre triganieri amis 
jusqu'à ce que l'éducation des pigeons soit achevée; et qu'en- 
suite le jeu se fait entre adversaires, dans le but de faire des 
prisonniers qui ne sont restitués à leur propriétaire que 
contre payement d'une rançon. 

La direction que doivent suivre les pigeons leur est indi- 
quée au moyen d'un drapeau que le triganiere agi'e dans le 
sens voulu, et il les rappelle également au moyen de son 
drapeau qu'il abaisse ou d'un coup de sifflet. 

Lorsque les pigeons se sont abattus sur la plate-forme et 
ont amené avec eux des pigeons apjjartenant au camp opposé, 
le triganiere les attrape avec une surprenante dextérité au 
milieu des siens, pendant qu'ils se jettent avec avidité sur 
quelques graines friandes mises exprès sur la plate-forme 
comme appât pour les attirer. , 

Entraînement. Longtemps avant l'heure du lâcher, ces 
pauvres bêtes sont privées de toute^ nourriture;' et c'est 
quand ils sont à peu près affamés, que le triganiere les sou- 
met à l'entraînement qui consiste tout simplement à agiter 
un drapeau au-dessus de sa tête, en vue de forcer les pigeons 
de main tenir leur vol jusqu'à ce que celui qui les commande, 
ait jugé le moment opportun de les faire^descendre. 
Mourant de faim et de fatigue, il est, je pense, superflu 



— 8i6 — 

d'ajouter que, dès que le triganiere cesse d'eflaroucher ses 
pigeons à l'aide de son drapeau et donne le signal du repas, 
ces pauvres affamés se précipitent instantanément sur la 
nourriture qui les attend sur la plate-forme. 

Mais il n'en faut pas moins une certaine dose d'intelligence 
et de tact pour dresser les pigeons et pour saisir le moment 
favorable pour commander la descente. 



CHAPITRE XLV. 

Le pigeon poule romain. 

The Roman Runt. 

J'éprouve un sérieux emlîarras à décrire les caractères du 
pigeon poule romain que je ne connais que par une gravure 
qui m'a été envoyée de Londres. 

Ce pigeon géant rappelle par ses formes le pigeon romain 
ordinaire, dont il ne diffère que par sa queue courte et tron- 
quée à angle droit, comme chez le pigeon poule maltais, 
qu'il possède aussi la faculté de rabattre jusqu'à terre et de 
relever jusqu'à hauteur de sa tête comme chez ce dernier. 

Il a le poids et la taille du plus grand pigeon romain; la 
tête très forte; le bec de longueur moyenne, fort et orné à 
sa base de morilles blanches, lisses, moyennement dévelop- 
pées et placées longitudinalement; l'iris rouge orange et 
entouré d'un mince filet blanc rosé ; le cou long et recourbé, 
à peu près comme chez le pigeon poule maltais; la poitrine 
très amplement développée, et, lorsque l'oiseau la porte en 
avant, il retire en même temps la tête en arrière et redresse 
la queue ; le corps gros et volumineux ; le dos très large; les 



— 347 — 

ailes courtes, la queue large, très courte et les pattes longues, 
robustes et nues. 

Son plumage affecte toutes les couleurs propres aux pi- 
geons romains. 




Pigeon poule romain. 



Ses allures sont grotesques, il a le vol extrêmement lourd 
et perche bas. 



348 — 



CHAPITRE XLVI. 



Pigeons cravatés Dominos. 




Pigeon Domino. 



Ravissante race, introduite récemment en Angleterre de 
l'Asie Mineure par M. Caridia, un grec domicilié à Birmin- 
gham. 

De toutes les variétés cravatées qui nous sont venues de 
rOrient, les Dominos sont incontestablement les plus beaux 
et les plus gracieux. Ils ont à peu près la taille et les formes 
du corps de l'élégant cravaté anglais amélioré. Leur plumage 
a beaucoup d'analogie avec celui du pigeon de Modène, dont 
il ne diffère que par la couleur du vol qui est blanc chez les 
Dominos, tandis que chez les Gazzi ou pigeons de Modène le 
vol aiïecte toujours la même couleur que celle du manteau. 

Ils ont le bec épais, petit, très court, très voûté, orné à 
sa base de deux morilles blanches, assez développées et pla- 
cées transversalement; la tète crapautée, courte et ronde; 



— 849 — 

comme une boule, large entre les yeux, lisse ou huppée; 
l'iris rouge orangé; un mince filet charnu d'un blanc rosé 
autour de l'œil; le cou court, gros et bien rempli ; le corps 
ramassé; les épaules larges et arrondies; la poitrine ample- 
ment développée, portée en avant et ornée d'un jabot très 
développé; les ailes de longueur moyenne et portées haut; 
la queue étroite ; les tarses courts et nus. 

Ils ont la tête, le manteau ou les couvertures des ailes et 
la queue colorés et le reste du corps d'un blanc pur. 

La coloration de la tête s'étend jusqu'à la nuque, colore la 
huppe et s'étend sous le bec jusqu'au jabot, à peu près comme 
chez la colombe à calotte ; la couleur de la tête doit se couper 
nettement du fond blanc du cou, par une ligne transversale 
bien droite, et ne doit pas descendre plus bas d'un côté du 
cou que de l'autre, ou décrire des zigzags sur le fond voisin. 

La coloration du manteau doit se limiter strictement aux 
couvertures de l'aile; tandis que les dix rémiges primaires 
doivent être blanches; mais, comme chez le cravaté, on ren- 
contre plus d'oiseaux de cette race qui n'ont que huit ou neuf 
pennes blanches à chaque aile, ou une de plus à une aile 
qu'à l'autre. 

La queue tout entière (les couvertures supérieures et in- 
férieures y comprises), doit être colorée, et la coloration doit, 
comme celle de la tête, se séparer brusquement du fond 
blanc du dos et de l'abdomen. 

Le reste du corps doit être d'un blanc pur et offre à l'éle- 
veur la même difficulté; car aucune plume de couleur n'est 
tolérée sur le blanc et il est extrêmement difficile d'obtenir 
une robe tout à fait pure, même au moyen d'oiseaux repro- 
ducteurs, en apparence, irréprochables. 



— 3S0 



CHAPITRE XLVII 



Pigeons cravatés Vizor. 




i 



~^z:Til^&is. 



Pigeon cravaté Yizor. 

Cette nouvelle variété a été fabriquée en Orient au moyen 
de croisements entre le Domino et le Satinette, en vue de 
greffer la tête colorée du Domino sur les diverses robes du 
Satinette, du Silverette, du Binette et du Brunette. 

Une des principales dilïicultés qui s'ofTre à l'éleveur de cette 
nouvelle race, consiste dans la disposition régulière des cou- 
leurs du plumage et surtout de la tête, qui est le plus souvent 
marquée irrégulièrementou affreusement barljouillée de noir 



-- 351 -* 

et de blanc ou de bleu et de blanc. Mais il est probable qu*au 
moyen d'un choix judicieux des oiseaux rexjroducteurs, en 
éliminant constamment delà reproduction les individus qui 
s'éloignent le plus de la perfection et en ne conservant que 
ceux qui possèdent au plus haut degré de perfection les ca- 
ractères qu'on cherche à perpétuer, on parviendra à fixer la 
race. 

Hatons-nous d'ajouter cependant que la reproduction cons- 
tante d'oiseaux parfaits, présentera, pendant une longue série 
de générations, les difficultés inhérentes à toutes les races 
artificielles qui ont été créées par l'homme, au moyen de 
croisements entre oiseaux de races différentes. 

Le Satinette et le Domino ayant l'un et l'autre le manteau 
et la queue colorés et le reste du corps blanc, là pas de diffi- 
culté. Mais il n'en est plus de même de la tête qui est blanche 
chez le Satinette et colorée chez le Domino. 

Or, l'idéal recherché par les éleveurs orientaux, c'est de 
reproduire la tête noire, rouge, chamois ou bleue du Domino 
et le reste du plumage identiquement semblable à celui des 
diverses variétés de cravatés d'Orient, désignées sous les dé- 
nominations de Satinettes, Silvereltes, etc. 

Ce résultat a déjà été obtenu en Orient; et il m'a été envoyé 
d'Angleterre un couple de ces ravissants pigeons possédant 
à un très haut degré de perfection les caractères distinctifs 
qui constituent la nouvelle race. Mais je suis désolé de devoir 
ajouter que ces oiseaux presque parfaits, qui avaient la tête 
très correctement marquée, n'ont jamais reproduit chez 
moi pareils à eux-mêmes ; sur sept petits que j'en ai ob- 
tenus, cinq avaient la tête blanche tachetée de bleu, taudis 
que les deux autres avaient la tête entière blanche, sans 
trace de bleu, comme chez le Bluette. Comme le père et la 
mère, les sept jeunes avaient les ailes d'un bleu clair, barrées 
de blanc; mais dans le nombre il n'y en avait que deux qui 
avaient les rectrices ou grandes pennes de la queue marquées 



— ïi52 --• 

vers leur extrémité de la tache blanche caractéristique du 
Satinette, et c'étaient précisément ceux qui avaient la tête 
entièrement blanche. 

Ce retour au type primitif n'étonnera personne et il faudra 
encore une longue suite de générations pour fixer dans la 
nouvelle race les caractères qu'on s'est proposé de perpétuer 
chez elle; car le bald-head à courte face, qui a été amélioré, 
il y a un grand nombre d'années, au moyen d'un croisement 
avec le tumbler almond, en vue d'obtenir une lête plus 
courte à front haut et droit, offre sans cesse à l'éleveur les 
mêmes effets d'atavisme à combattre. 

Il est en effet bien rare q^ue les bald-heads reproduisent 
exactement pareils à eux-mêmes; et, quoique le nombre 
réglementaire soit de dix pennes blanches à chaque aile, 
l'amateur anglais le plus difficile s'estime très heureux, 
quand il parvient à élever un ou deux de ces oiseaux, pen- 
dant l'année, comptant dix rémiges blanches à une aile et 
neuf à l'autre, ou neuf à chaque aile. Les cuisses et le ventre 
qui doivent être blancs chez les bald-heads, présentent les 
mêmes difficultés; et ce n'est qu'au moyen d'une sélection 
extrêmement sévère qu'en Angleterre on parvient à main- 
tenir cette race artificielle au niveau du perfectionnement 
acquis. Tout cela prouve une fois de plus qu'au moyen de 
croisements on crée des individus, mais difficilement des 
races qui transmettent avec constance leurs caractères pro- 
pres à leur progéniture. 

Pour être estimé parfait, le pigeon cravaté Vizor doit avoir 
le bec extrêmement court; les morilles blanches, lisses et 
assez développées; la tête crapautée, ronde comme une orange, 
lisse ou huppée; les yeux saillants, entourés d'une petite 
membrane nue de couleur de chair; l'iris rouge orangé; 
le cou court et gros; la poitrine saillante et ornée d'un jabot 
formé de deux rangées de plumes retroussées et relevées, 
partant de la mandibule inférieure du bec, s'étendant jusque 



— 353^ — 

sur la poitrine, où elles doivent former une rosette comme 
chez le cravaté anglais, et plus ce caractère est accentué, plus 
l'amateur trouve l'oiseau à son goût; le corps court et 
ramassé; les ailes et la queue de longueur moyenne; les 
tarses courts, légèrement emplumés comme chez le coq 
de bruyère ou abondamment garnis de plumes longues et 
raides dirigées horizontalement. 

Son plumage affecte toutes les couleurs propres aux Sati- 
nettes, aux Silverettes, aux Binettes, etc., dont il ne diffère 
que par la couleur de la tête qui doit être de la même teinte 
que celle du manteau et de la queue. 

La coloration de la tête n'envahit pas la huppe, comme 
chez le Domino, et s'étend en bavette sous le bec exactement 
comme chez le pigeon coquille hollandais. 

L'instabilité de cette race ne doit pas étonner; et, de ce 
que l'idéal recherché n'est pas facile à atteindre, il ne faut 
pas conclure à l'impuissance de l'éleveur oriental dont tous 
les efforts tendent à fixer cette ravissante variété. 

Ces adorables petits pigeons qui feraient le bonheur de plus 
d'un amateur français et anglais, sont malheureusement 
extrêmement rares. Cependant M. Caridia, dans une lettre 
publiée en 1879, dans le Live Stock Journal affirme qu'il en 
existe de toutes les couleurs à tête lisse et à tête ornée d'une 
huppe pointue comme chez le pigeon Bouvreuil; et il ajoute 
qu'il a eu la bonne fortune, quand il résidait à Smyrne, de 
posséder une collection presque complète de ces ravissants 
oiseaux qui ne laissaient rien à désirer comme élégance ni 
comme disposition correcte des couleurs du plumage. 

Espérons que cette intéressante race, si digne de figurer 
dans nos collections, ne tardera pas d'être introduite en 
France, car plus d'un amateur serait heureux de la posséder. 



[Pigeons domestiques.) 23 



— 354 — 



CHAPITRE XLVIII. 



Pigeons cravatés heurtés. 




S^^3^^ 



Pigeon cravaté heurté huppé, de M. A. Bouchereaux, de Choisy-le-Roi. 

De la même taille que le cravaté allemand que je consi- 
dère comme la souche principale de laquelle cette ctiarmante 
variété tire son origine, le cravaté heurté a le plumage d'un 
blanc éclatant, à l'exception d'une petite fève colorée sur le 
front et de la queue qui est toujours de la même couleur que 
la tache caractéristique. 



— 355 - 

C'est un fort bel oiseau, très vif, et les deux sexes portent 
exactement la même livrée. 

Les petits ressemblent de bonne heure à leurs parents et, 
un mois après leur naissance, ils ont leur plumage définitif 
ou d'adulte, mais sans éclat bien entendu. 

Le Jardin d'acclimatation en possède plusieurs couples; 
mais on ne les rencontre pas en grand nombre sur tous les 
marchés de l'Europe, et M. Geoffroy Saint-Hilaire n'a pu me 
fournir aucun renseignement sur leur origine. 

Quoiqu'on dise que c'est la plus plaisante des manies éty- 
mologistes que de vouloir remonter à la source de chacune 
des races de pigeons que nous élevons, je crois cependant 
pouvoir affirmer, sans crainte d'être démenti, que le pigeon 
cravaté heurté a été créé au moyen de croisements entre le 
cravaté allemand blanc à queue noire ou bleue et le pigeon 
heurté ordinaire à queue noire, rouge, bleue ou chamois. 

La forme crapautée de sa tête, ses yeux saillants, son bec 
court et voûté, et la présence du jabot qui orne sa poitrine 
accusent indiscutablement une descendance du cravaté; de 
même que son plumage d'un blanc éclatant sur tout le corps, 
à l'exception de la queue et d'une petite tache longuette sur 
le front, affectant toutes les couleurs propres aux pigeons, 
trahit jusqu'à l'évidence un croisement avec le pigeon heurté 
ordinaire. 

Par les formes du corps et dans leur manière d'être, ils 
rappellent néanmoins beaucoup plus le pigeon cravaté que 
le pigeon heurté. Il en est de même de leur vol rapide, de 
leur voix et de leurs allures qui sont comme chez le cravaté. 
Comme ce dernier encore, ils ont le caractère querelleur; 
ils aiment à se disputer les meilleures places au pigeonnier 
et soignent leurs couvées avec beaucoup de tendresse. 

Ils s'apprivoisent facilement, et, si l'on s'occupe un peu 
d'eux, au bout de quelques jours ils viennent manger dans 
la main. Ils s'habituent tout aussi rapidement à vivre en 



850 



captivité, dans une petite volière, et ne semblent pas s'y en- 
nuyer comme le bald-head, le culbutant et les autres races 
volantes qui paraissent toujours regretter leurs joyeux ébats 
dans les airs. En captivité comme en liberté, ils ne de- 




Pigeon cravaté heurté à tîte lisse, de M. le chevalier J.-B. Sella de Bioglio. 



mandent aucun soin particulier et sont toujours de bonne 
humeur. 

Il en existe trois variétés qui ne diffèrent entre elles que 
par la tête qui est lisse, huppée ou coquillée. Les sujets des 
trois variétés de race améliorée ou perfectionnée ontlebec très 
court, plus large que long, de couleur blanc rosé, ayant la 



— 857 — 

mandibule supérieure très voûtée et convexe, la base recou- 
verte de deux morilles lisses, assez développées, disposées à 
peu près transversalement, nettement séparées sur la ligne 
médiane et d'un blanc farineux; la lêle ronde, crapautée. 




Pigeon cravaté heurté cofiuillé. 

grosse, rappelant d'une manière frappante celle du cravaté 
allemand amélioré, lisse, huppée ou coquillée; Vœll sail- 
lant, large ouvert, entouré d'une petite membrane nue d'un 
blanc rosé, et ïiris noir; le cou court, amplement garni de 
petites plumes fines d'un blanc éclatant à reflets argentins; 
le corps ovalaire, mignon ; la poitrine ronde, orné d'un jabot 



— 358 — 

ou de petites plumes frisées et relevées comme chez le 
cravaté ; le dos assez large; les épaules arrondies et effacées; 
les ailes longues, portées haut et reposant sur la queue sans 
se croiser; la queue étroite, serrée, arrondie et de longueur 
moyenne; les tarses courts, nus et d'un rouge vif. 

Leur plumage n'exige pas une longue description : il est 
entièrement blanc, à l'exception d'une petite tache ovale 
sur le devant de la tête qui part de la base du bec, se 
prolonge sur la tête en forme de feuille de buis jusqu'au 
dessus du milieu de l'œil, et affecte toutes les couleurs 
propres aux pigeons, ainsi que de la queue qui est toujours 
de la même couleur que la tache sur le front. 

La queue entière, c'est-à-dire les couvertures inférieures 
et supérieures ainsi que les rectrices ou grandes pennes cau- 
dales doivent être colorées, et la couleur doit se séparer brus- 
quement par une ligne transversale bien régulière du fond 
blanc du reste du plumage. Il faut que la coupure soit très 
nette et ne trace pas de zigzags capricieux sur le blanc. 

La disposition correcte des couleurs du plumage présente 
du reste moins de difficultés à l'éleveur que la forme cra- 
pautée de la tête ainsi que celle du bec, qui laissent souvent 
à désirer chez ces oiseaux et ne pourront être améliorées, à 
mon avis, qu'au moyen de croisements avec le tunisien blanc 
à queue noire ou bleue. Mais ces croisements exigeront beau- 
coup de persévérance et de soins pour arriver à un résultat 
satisfaisant : à la première génération, il est à peu près cer- 
tain que la tache colorée sur le front ne paraîtra plus ; mais 
en accouplant de nouveau un des métis avec un pigeon cra- 
vaté heurté de race pure, il y en aura de nouveau, parmi les 
petits qui en naîtront, qui auront le devant de la tête mar- 
quée de la tache caractéristique. 

Si l'on accouple ensuite ces petits entre eux, n'en doutons 
pas, ils ne reproduiront pas avec constance pareils à eux- 
mêmes; mais point de doute non plus qu'ils ne transmettent 



- 359 — 

leurs formes améliorées et leur plumage caractéristique à un 
grand nombre de leurs descendants, et qu'à l'aide d'une 
application persévérante des principes généraux de la sélec- 
tion, on n'arrive à la longue à améliorer, à perfectionner et 
à fixer la race. 

Ces petits pigeons ont le vol léger et soutenu; les allures 
vives et gracieuses; le caractère très gai et méritent bien 
qu'on s'occupe d'eux. 

Il existe encore une infinité d'autres races de pigeons, 
aussi gracieuses, aussi élégantes de formes que distinguées 
de couleurs, qui mériteraient une mention spéciale; mais 
voici que cet ouvrage s'allonge; je dépasse déjà les bornes 
qui me sont imposées, et je m'arrête, quoique je sois loin 
d'avoir tout dit. Je suis bien loin même d'avoir effleuré tout 
ce qui serait digne d'être indiqué sur l'innombrable tribu de 
pigeons, ne fut-ce que d'une manière fugitive. 




— FIN . — 



TABLE ALPHABÉTIQUE DES MATIÈRES 



A 

Pages. 

Afrique (Pigeon voyageur d') 315 

B 

Bagadais, pigeons 137 

— cou de cygne 138 

Bald heads, pigeons 2U9 

Barbus ou beards, pigeons 216 

Bassorah (Pigeons voyageurs de) 313 

Beyrouth — "'— 309 

Blondinettes, pigeons cravatés orientaux 25 

Bluettes, — — — 24 

Brunettes, — — — 24 

Boulants, pigeons 119 

— allemands 133 

— anglais 122 

— hongrois 135 

— lillois 134 

— nains d'Amsterdam 130 

— néerlandais 132 

Bouvreuils, pigeons 148 

Brésiliens, — 219 

— coquilles 221 

t 

Caire (Pigeons du) 146 

Carriers, pigeons 3 

Capucins, pigeons 164 

— espagnols 170 

— à visière 110 

Carmes ou Hirondelles, pigeons 55 

Cravatés, races des 15 

— allemands, huppés 22 

— anglais 19 

— blondinettes 25 

— bluettes 24 

— brunettes 24 

— chinois 17 



— 362 — 

Pages. 

Cravatés, dominos 348 

— français ^0 

— heurtés 354 

— nains de Jérusalem 30 

— orientaux 23 

— satinettes 24 

— silveretles 24 

— tunisiens 16 

— turbitéens 27 

— Vizors 350 

Cigogne, pigeon 106 

Coquille barbu, pigeon 88 

— hollandais 86 

— russe 66 

— tête de mort 89 

Culbutants (Races des) 192 

— barbus ou beards 195 

— blancs, pattus 193 

— bleus, barrés de noir 195 

— bronzés 197 

— cailloutés 195 

— gris 195 

— heurtés 197 

— de Hollande 197 

— mouchetés 197 



pies 



194 



— piquetés 197 

unicolores 195 

— rose-wing 195 

— à tête blanche 195 

— à vol blanc 196 

Crinière (Pigeons è) 176 

— rouges, chamois, bleus 181 

D 

Damascène ou pigeon cravaté nain de Jérusalem 30 

Domino, pigeon 348 

Dragon, — 10 

Ë 

Étourneau, pigeon 89 

F 

Frisé milanais, pigeon • 141 

— ou de soie, — 140 

G 

Gazzi, ou pigeons de Modène 320 

Goolee (Race indienne) 230 



363 



H 

Pages. 

Heurtés inverses, pigeons 98 

— maillés — 99 

— ordinaires — 98 

— siamois — 97 

Hirondelles ou carmes — 55 

— heurtés — 61 

— de Saxe — 62 

I 

Indiennes (Races) 223 

Italiennes — 316 

J 

Jérusalem (Pigeon cravaté nain de) (Damascène) 30 

L 

Lahore (Pigeon de) 223 

Lune (Pigeon suisse ou) 114 

I 

M 

Maillés, pigeons 103 

— heurtés, pigeons 99 

Maltais trembleurs, — 144 

Modène (Pigeons de) 320 

Moines à bavette, pigeons 256 

Montagnards, — 79 

Montauban, — 35 

Monte-au-Ciel, ou pigeon volant 182 

Mookees (Races indiennes) 233 

Nègre, ou pigeon à crinière 176 

Nonnain cape, pigeon 174 

P 

Pantomime, pigeon 239 

Pie, — 152 

Pie harnaché, — 153 

Pigeon africain, voyageur 315 

— bagadais 137 

— — cou de cygne 138 

— barbu ou beard 216 

— Bassorah (Pigeon voyageur de) 313 

— Beyrouth — — 309 



'• - 364 - 

Pages. 

Pigeon blondinette 25 

— bluette 2i 

— brunette 24 

— boulant 119 

— — allemand 133 

— — anglais (the Poutcr) 122 

— — hongrois 135 

— — lillois 134 

— — nain d'Amsterdam 130 

— — néerlandais 132 

— bouvreuil 148 

— brésilien 219 

— Caire (Pigeon du) 146 

— carrier 3 

— capucin 164 

— — espagnol 170 

— — à visière 170 

— carme ou hirondelle 55 

— cravaté 15 

— — allemand huppé 22 

— — anglais 19 

— — blondinette (Race orientale) 25 

— — bluette 24 

— — brunette 24 

— — chinois 17 

— — domino 348 

— — français 20 

— — heurté 354 

— — nain de Jérusalem 30 

— — d'orient 23 

— — satinette 24 

— — silverelte 24 

— — tunisien 16 

— — turbitéen 27 

— — Vizor 350 

— cigogne 106 

— coquille barbu 88 

— — hollandais 86 

— — russe 66 

— — tête de mort 89 

— culbutant 192 

— — barbu ou beard 195 

— blanc, pattu 193 

— — bleu 195 

— — bronzé 197 

— — caillouté 195 

— — gris 197 

— — heurté 197 

— — hollandais 197 

— — moucheté 19"? 

— — pie 194 



— 365 — 

Pages. 

Pigeon culbutant piqueté 197 

— — unicolore 195 

— — rose-wing 195 

— - à lète blanche 195 

— — à vol blanc 196 

— à crinière ou nègre l'G 

— — rouge, chamois, bleu 181 

— Damascène ou cravaté de Jérusalem 30 

— domino 348 

— dragon 10 

— étourneau 89 

— frisé milanais 141 

— — ou de soie 140 

— gazzo ou de Modène 320 

— goolee (Race indienne) 230 

— heurté inverse 98 

— — maillé 99 

— — ordinaire 98 

— — siamois S"* 

— hirondelle ou carme 55 

— — heurté 61 

— — de Saxe 62 

— indien (Races indiennes) 223 

— de Jérusalem (cravaté nain) 30 

— de Lahore 223 

— lune 114 

— maillé 103 

— — heurté 99 

— maltais trembleur 144 

— de Modène 320 

— moine à bavette 256 

— montagnard ''''^ 

— de Montauban 35 

— monte-au-ciel ou volant 182 

— Mookee 233 

— nègre ou à crinière 176 

— nonnain cape l'^4 

— pantomime 239 

— pie 152 

— — harnaché 153 

— polonais 31 

— poule maltais 143 

— — de Modène 320 

— — romain 347 

— queue de paon .156 

— rieur de la Mecque 253 

— romain 1 

— rouleur oriental 248 

— sapajou ''S 

— satin 93 

— satinette 24 



— tMi — 

Pages. 

Pigeon saxon 82 

— sherazie 227 

— silveretle 24 

— souabe 109 

— strasser ou de Nicolsbourg 70 

— suisse 113 

— tambour d'Altembourg 42 

— — de Boukharie 37 

— — — Dresde 259 

— — — — à tête blanche 42 

— — — — à manteau coloré 50 

— — — — à manteau marron 54 

— tournant 243 

— Tumbler almond panaché 205 

— — — tricolore 197 

— — — rouge 207 

— — bleu 204 

— — kite ou bronzé 208 

— — moucheté 203 

— — unicolore 204 

— volant ou monte-au-ciel 183 

— voyageur belge 260 

— — de Beyrouth 309 

— — de Bassorah 313 

— suisse 113 

— tunisien cravaté 15 

— turbitéen 27 

— Vizor 350 

Poule maltais, pigeon 143 

— de Modène — 320 

— romain, — 347 

R 

Rieurs de la Mecque, pigeons 253 

Romains, — 1 

Rouleurs orientaux, — 249 

Russes, pigeons coquilles 66 

S 

Satins, pigeons 93 

Siamois heurtés, pigeons 97 

Souabe, — 109 

Sport colombophile en Belgique 276 

— — aux Indes 236 

— — en Italie 341 

Strassers de Nicolsbourg, pigeons 70 

Suisses, — 113 



367 — 



T 

Pages. 

Tambours d'Altembourg, pigeous 000 

— de Boukharie, — 37 

— — Dresde — 43 

— — — à tête blanche 48 

— — — blancs à manteau 50 

— — — inverses à manteau 54 

Tournants, pigeons 243 

Tunisiens, pigeons cravatés 16 

Turbitéens, — - 27 

V 

Vizors, pigeons cravatés 350 

Voyageurs de Bassorah, pigeons 313 

— belges, — 260 

— de Beyrouth, — 309 



TABLE DES CHAPITRES 



Chapitre premier. 

Pages. 

Pigeons romains 1 

Chapitre ii. 

Pigeons carriers 3 

Chapitre m. 

Pigeons dragons 10 

Chapitre iv. 

Pigeons cravatés 15 

— — tunisiens 16 

— — chinois 17 

— — anglais 19 

— — français 20 

— — huppés 22 

— — orientaux 23 

— — brunettes 24 

— — silveretles 24 

— — salinelles 24 

— — bluettes 24 

— — iilondinettes 25 

— — turbitéens 27 

— — nains de Jérusalem 30 

Chapitre v. 

Pigeons polonais 31 

Chapitre vi. 

Pigeons de Montauban 35 

Chapitre vu. 

Pigeons tambours glou-glou de Boukharie 37 

— — de Dresde 42 

— — — à tête blanche 48 

— — blancs à manteau coloré 50 

— — de Dresde, à manteau marron 54 

[Pigeons domestiques.) 24 



— 370 — 

Chapitre viii. 

Pages. 
Pigeons hirondelles ou carmes 55 

— — heurtés 61 

— — de Saxe 62 

Chapitre ix. 
Pigeons coquilles russes 66 

Chapitre x. 
Pigeons strassers de Nicolsbourg 70 

Chapitre xi. 
Pigeons sapajous 75 

Chapitre xii. 
Pigeons montagnards 79 

Chapitre xiii. 
Pigeons saxons 82 

Chapitre xiv. 

Pigeons coquilles hollandais 86 

— — barbus 88 

— — tête de mort 89 

— étourneaux 89 

Chapitre xv. 
Pigeons satins 93 

Chapitre xvi. 

Pigeons heurtés siamois 97 

— — ordinaires 98 

— — contraires 98 

— — maillés 99 

— maillés ordinaires 103 

Chapitre xvii. 
Pigeons cigognes 106 

Chapitre xviii. 
Pigeons souabes 109 

Chapitre xix. 
Pigeons suisses 113 



— 371 — 

Chapitre xx. 

Pages. 

Pigeons boulants 119 

— — anglais. 122 

— — nains d'Amsterdam 130 

— — néerlandais 132 

— — allemands 133 

— — lillois 134 

— — hongrois 135 

Chapitre xxi. 

Pigeons bagadais 137 

— — cous de cygne 138 

Chapitre xxii. 

Pigeons frisés ou de soie 140 

— — milanais 141 

Chapitre xxiii. 

Pigeons maltais ou poules 143 

Chapitre xxiv. 

Pigeons du Caire ; 146 

Chapitre xxv. 

Pigeons bouvreuils 148 

Chapitre xxvi. 

Pigeons pies 152 

— — harnacliés 153 

Chapitre xxvii. 

Pigeons queues de paon 156 

Chapitre xxviii. 

Pigeons capucins 164 

— — espagnols 170 

— — à visière 170 

Chapitre xxix. 

Pigeons nonnains capes 174 

Chapitre xxx. 

Pigeons à crinière 176 

— — rouges, chamois, bleus 181 



— 872 - 



Chapitre xxxr. 

Pages. 

Pigeons volants ou monte-au-ciel 182 

Chapitre xxxii. 

Pigeons culbutants litS 

Chapitre xxxiii. 

Pigeons Tumblers almonds tricolores 197 

— — mouchetés de blanc 203 

— — unicolores 204 

— — bleus 204 

— — almonds panachés 205 

— — rouges panachés 207 

— — kites ou noir bronzé 208 

Chapitre xxxiv. 

Pigeons bald heads 209 

Chapitre xxxv. 

Pigeons barbus ou beards 216 

Chapitre xxxvi. 

Pigeons brésiliens 219 

— — coquilles 

Chapitre xxxvii. 

Pigeons indiens 223 

— de Lahore 223^ 

— Sherazie ' 227 

— Goolees 230 

— Mookees ou prêtres trembleurs 233 

Sport colombophile aux Indes 23(5 

Pigeon pantomime indien 239 

Chapitre xxxviii. 

Pigeons tournants 243 

Chapitre xxxix. 

Pigeons rouleurs orientaux 248 

Chapitre xl. 

Pigeons rieurs ou chanteurs de la Mecque 253 

— moines à bavette 256 

— tambours d'Altembourg 259 



— 878 — 



Chapitre xli. 

Pages. 

Pigeons voyageurs belges 260 

Sport colombophile en Belgique 276 

Le pigeon facteur 280 

Chapitre xlii. 

Pigeons voyageurs de Beyrouth 309 

— — de Bassorah 313 

— — d'Afrique 315 

Chapitre xliii. 

Pigeons italiens 316 

Chapitre xliv. 

Pigeons de Modène 320 

— — Gazzi 380 

— — Schietti 334 

Sport colombophile en Italie 341 

Chapitre xlv. 

Pigeons poules romains 346 

Chapitre xlvi. 

Pigeons cravatés dominos 348 

Chapitre xlvii. 

Pigeons cravatés Vizors 350 

Chapitre XLVJii. 

Pigeons cravatée heurtés 354 



GRAVURES 



TABLE ALPHABÉTIQUE 



A 

Pages. 

Aile défectueuse de pigeon capucin 109 

— — — tambour 5] 

— — — — 52 

— parfaite de pigeon capucin 1G9 

— — — tambour 52 

Abreuvoirs en verre et eu faïence de M. Bouchercaux 01 

Abreuvoir inversable, système Boucbereaux G5 

B 

Bagadais cou de cygne, pigeon 139 

Bald head anglais, pigeon 209 

— — noir, — 210 

— — bleu, — 211 

— — couple de pigeons 215 

Ballon le Zénith, commandé par Tissandier 265 

Beard, pigeon (barbu) 209 

— bleu, pigeon 217 

Beyrouth [Pigeon voyageur de) 309 

Boulant anglais, pigeon 123 

Boulants allemands, couple de pigeons 133 

Bouvreuil chamois, pigeon 149 

— rouge, — loi 

Brésilien, — 219 

C 

Caire (Pigeon du) 147 

Capucin bleu, pigeon ICA 

Capucins bleu et blanc, couple de pigeons 1(58 

Capucin, tôte parfaite de pigeon 1C6 

— tête imparfaite — 167 



— 376 — 

Pages. 

Carme ou hirondelle, pigeon 56 

Carrier, pigeon 3 

— têle de femelle de pigeon 8 

— — de mâle — 9 

— petite tête de pigeon 10 

Cases anglaises à pigeons 58 

— en maçonnerie '74 

Chinois, pigeon cravaté 18 

Colombier tour de haut vol Tl 

— militaire 293 

Cravaté allemand huppé, pigeon 21 

— — têle lisse, — 23 

— chinois, — 18 

. — domino, — 348 

— français, — 21 

— heurté coquille, — 854 

— — huppé, — 356 

— — tète lisse, — 357 

— tunisien, — 15 

— turbitéen huppé, — 21 

— — tête lisse, — 28 

— Vizor, — 350 

Cigogne, — 107 

Coquille hollandais, — . . . • 86 

Culbutant pie, — 193 

— rose-wing, — 194 

— heurté, — 196 

Crinière (Pigeon à) 177 

D 

Damascène ou pigeon cravaté de Jérusalem 30 

Dépèche photomicroscopique (Fac-similé de) 289 

Diagramme de l'ascension du ballon le Zénith 267 

Domino, pigeon cravaté 348 

Dragon, femelle de pigeon .... 12 

— mâle de — 13 

E 

Échelle tournante 73 

Élourneau, pigeon 90 

F 

Frisé milanais, pigeon 142 

G 

Gazzo, pigeon de Modène 320 

— — — 330 

— - — 332 



— 377 — 

PageSé 

Goolee (Pigeon indien dit) 230 

Grattoir pour nettoyer les cases à pigeons 222 

H 

Heurté maillé, pigeon 101 

Hirondelle ou carme, pigeon 56 

— de Saxe, — 63 

I 

Indiens, pigeons 224 

Intérieur de colombier de haut vol 72 

Instrument pour façonner la tête des tumblers 203 

J 

Jérusalem (Pigeon cravaté de) 30 

L 

Lahore (Pigeon de) 225 

Lune, pigeon suisse ou 114 

M 

Maltais trembleur, pigeon 144 

Modène, variété des Gazzi (Pigeon de) 320 

— — — — 330 

— — — — 332 

— ~ Scbietti — 335 

— — — — • . . 336 

Moine à bavette, pigeon 257 

Montagnard, — 79 

Monte-au-ciel, — 183 

Mookee, — 234 

I\' 

Nègre ou a crinière, pigeon 177 

Nid à pigeons en osier 59 

Nids en plâtre, système Bouchereaux 73 

— terre cuite, — 218 

Nonnain cape, pigeon 174 

P 

Panier d'expédition pour pigeons 278 

— - — 304 

Patte emplumée parfaite du pouter anglais 125 

— insuffisamment emplumée 126 

— trop abondamment emplumée 157 

Pie harnaché, pigeon 154 

Pigeon hagadais cou de cygne 139 

— bald-heald 209 



— 378 — 

Pages. 

Pigeon bald-heald noir 102 

— — bleu 212 

— — (Couple de) 215 

— beard 209 

— — bleu 217 

— Beyrouth (de) 309 

— boulant allemand 133 

— — anglais 123 

— bouvreuil chamois 149 

— — rouge 151 

— brésilien 219 

— Caire (du) 147 

— capucin bleu 164 

— — bleu et blanc 168 

— — — — 173 

— — (Capuche parfaite de) 166 

— — ( — imparfaite de) 167 

— carme ou hirondelle 56 

— carrier 3 

— — (Tète de femelle de) 8 

— — ( — — maie de) 9 

— — ( — du) 10 

— cravaté huppé 21 

— — — (Tète de) 23 

— — chinois 18 

— — domino 348 

— — français 20 

— — heurté coquille 357 

— — — huppé 354 

— — — tête lisse 356 

— — tunisien 15 

— — turbitéen huppé 27 

— — — à lète lisse 28 

— — Vizor 350 

— cigogne 107 

— coquille hollandais 86 

— crinière 177 

— culbutant heurté 196 

— — pie 193 

— — rose-wing 194 

— Damascène (Tète de) 30 

— domino 348 

— dragon (Femelle de) 12 

— — (Mille de) 13 

— étourneau 90 

— frisé milanais 142 

— Gazzo 320 

— Goolee (Race indienne) 230 

— heurté maillé 101 

— hirondelle ou carme 56 

— — de Saxe 63 



— 379 — 

Pages. 

Pigeon indiens 224 

— Labore (de) 225 

— lune ou suisse 114 

— maltais trembleur 144 

— Modèue, Gazzo 320 

— — — 330 

— — _ 332 

— — schietto 335 

— — — 33(j 

— moine à bavette 257 

— montagnard 79 

— monte-au-ciel 183 

— Mookee (Race indienne) 234 

— nègre ou à crinière m 

— nonnain cape 174 

— pie harnaclié " 154 

— polonais 32 

— — jeunes (Têtes de) 33 

— — adultes (Tètes de) 34 

— — tète défectueuse 35 

— poule romain 347 

— queue de paon à manteau 156 

— — — blanc lœ 

— rieur de la Mecque 254 

— romain 1 

— rouleur oriental 249 

— sapajou ~6 

— satin barré blanc 94 

— — étincelé.. • . . . 96 

— saxon 82 

— sherazie de M. J.-C. Lyell " 227 

— souabe à bavette 110 

— tambour d'Altembourg 259 

— tambour de Boukharie 38 

— — de Dresde 43 

— tournant 245 

— tumbler almond panaché 206 

— — — tricolore 198 

— — — rouge ■ 207 

— volant ou montc-au-ciel 183 

— voyageur anversois (Tôte de) 264 

— — 274 

Pigeons voyageurs belges de S. M. le roi d'Espagne 261 

— — — — l'empereur d'Autriche. . . • 292 

— — — — le roi du Portugal 296 

_ — — — le roi d'Italie . .' 301 

— — — du Jardin d'Acclimatation 300 

— — — de la République française 307 

Pigeon voyageur de Beyrouth, de M. Vallois. . 309 

_ _ avec dépèche attachée à la queue 291 

-- — liégeois, dit court bec 2G2 



— ï580 — 

l'ages. 

Pigeon voyageur liégeois (Tête de) 263 

— — — 270 

— — — 277 

— — — 281 

— — au vol 273 

— — tenu dans la main 290 

Pigeonnier d'angle de M. Mercier 53 

— volière, sj-stème Mercier 53 

— poulailler, — — 68 

— pour pigeons libres. 54 

— pour poser sur un poteau • . . 68 

— tour 67 

Q 

Queue de paon à manteau, pigeon 156 

— — blanc 160 

R 

Rieur de la Mecque, pigeon 254 

Romain, — 1 

Rouleur oriental, — 249 

S 

Sapajou, pigeon 82 

Satin barré blanc 94 

— étincelé 96 

Saxon 82 

Souabe à bavette. .• 110 

Suisse (Pigeon lune de la) 114 

T 

Tambour d'Altcmbourg, pigeon 259 

— de Boukharie 37 

— de Dresde 43 

Tunisien, pigeon cravaté 15 

Turbitéen huppé, pigeon cravaté 27 

— tète lisse, — — 28 

Trappe glissant dans des coulisses 74 

Trémie à graines 64 

Trigauière italien faisant voler des pigeons 342 

V 

Vizor, pigeon cravaté 350 

Voyageurs (Voir pigeons voyageurs) 350 



* GRAVURES 



TABLE DES CHAPITRES 



Chapitre premier. 

Pages. 

Pigeon romain 1 

Chapitre ii. 

Pigeon carrier 3 

Tête de pigeon carrier, femelle 8 

— — — mâle c 9 

— — — 10 

Chapitre m. 

Pigeon dragon, femelle 12 

— — mâle 13 

Chapitre iv. 

Pigeon cravaté tunisien blanc 15 

— — chinois 18 

— — français à tête lisse 20 

— — allemand huppé 21 

Tête de pigeon cravaté huppé 23 

Pigeon cravaté turbitéen huppé 27 

— — — à tête lisse 28 

Tête de pigeon damascène 30 

Chapitre v. 

Pigeons polonais 32 

Têtes de pigeons polonais, jeunes 33 

— — — adultes 34 

Tête défectueuse de pigeon polonais 35 



- 382 — 

Chapitre vu. 

Pages. 

Pigeon tambour de Boukharie 38 

— — de Dresde 43 

Aile défectueuse de pigeon tambour 51 

— — — — 52 

— correcte ou parfaite — 52 

Pigeonnier d'angle de M. Mercier 53 

— — 53 

— pour pigeons libres 54 

Chapitre viii. 

Pigeon hirondelle ou carme 56 

Cases anglaises à pigeons 58 

Nid en osier 59 

Pigeon hirondelle de Saxe 63 

Trémie 64 

Abreuvoirs en verre et en faïence 64 

— invcrsables en zinc 65 

Chapitre ix. 

Pigeonnier tour 67 

— à mettre sur un poteau 68 

— poulailler . 68 

Chapitre x. 

Colombier-tour de haut vol. . • 71 

Intérieur de colombier 72 

Nid en plâtre 73 

Échelle tournante 73 

Cases en maçonnerie 74 

Trappe ..." • 74 

Chapitre xi. 

Pigeon sapajou 76 

Chapitre xii. 

Pigeon montagnard 79 

Chapitre XIII. 

Pigeon saxon ■ 82 

Chapitre xiv. 

Pigeon coquille hollandais 86 

— étounicau 90 



— 383 — 

Chapitre xv. 

Pages. 

Pigeon satin barré blanc 94 

— — étincelé 96 

Chapitre xvi. 
Pigeon heurté maillé 101 

Chapitre xvii. 
Pigeon cigogne 107 

Chapitre xviii. 
Pigeon souabe à bavette 110 

Chapitre xix. 
Pigeon lune 114 

Chapitre xx. 

Pigeon boulant anglais 123 

Patte emplumée parfaite du pouter 125 

— insuffisamment emplumée du pouter. 126 

— trop abondamment emplumée — 127 

Pigeons boulants allemands 133 

Chapitre xxi. 
Pigeon bagadais cou de cygne 139 

Chapitre xxii. 
Pigeon frisé milanais 142 

Chapitre xxiii. 
Pigeon maltais trembleur • 144 

Chapitre xxiv. 
Pigeon du Caire 147 

Chapitre xxv. 

Pigeon bouvreuil cliamois 149 

— — rouge 151 

Chapitre xxvi. 
Pigeon pie harnaché 154 

Chapitre xxvii. 

Pigeon queue de paon à manteau noir 156 

Pigeons queues de paon écossais blancs 160 



— 88i — 

Chapitre xxviii. 

Pages. 

Pigeon capucin bleu de M. Vallois 164 

Capuche parfaite du pigeen capucin • 16G 

— imparfaite ou défectueuse. . • \G1 

Pigeons capucins bleu et blanc 168 

Aile parfaite 169 

— défectueuse 169 

Petit pigeon capucin 173 

Chapitre xxix. 

Pigeon nonnain cape 174 

Chapitre xxx. 

Pigeon nègre ou à crinière ill 

, Chapitre xxxi. 

Pigeon volant ou monle-au-ciel 183 

Chapitre xxxti. 

Pigeon culbutant pie 193 

— — rose-wing 194 

— — heurté 196 

Chapitre xxxiii. 

Pigeon tumbler almond tricolore, femelle 198 

Petit instrument à façonner la tê!e des tumblers 203 

Pigeon tumbler almond panaché 206 

— — rouge 207 

Chapitre xxxiv. 

Pigeon Bald-head 209 

— Beard 209 

— Bald-head noir 210 

— — — bleu 212 

Couple de pigeons Bald-heads 215 

Chapitre xxxv. 

Pigeon Beard bleu 217 

Nid artificiel pour pigeons 218 

Chapitre xxxvi. 

Pigeon brésilien .' 219 

Nids artificiels pour pigeons 222 

Grattoir pour nettoyer les cases à pigeons 222 



— 385 — * 

Chapitre xxxvii. 

Pages. 

Pigeons indiens 224 

Pigeon de Lahore 225 

— Sherazie de M. J.-C. Lyell 227 

— Goolee — — 230 

— Mookee — — 234 

Chapitre xxxviii. 
Pigeon tournant 245 

Chapitre xxxix. 
Pigeon rouieur oriental 249 

Chapitre xl. 

Pigeons rieurs de la Mecque 254 

Pigeon moine à bavette 257 

— tambour d'Altembourg 259 

Chapitre xli. 

Pigeons voyageurs belges de S. M. le roi d'Espagne 26i 

Pigeon voyageur liégeois dit court bec 262 

Tête de pigeon voyageur liégeois 263 

— — — anversois 264 

Ballon le Zénilh, commandé par Tissandier 265 

Diagramme de l'ascension du Zénith 267 

Pigeon voyageur volant 269 

— — liégeois 270 

— — volant 273 

— — anversois 274 

Pigeons voyageurs liégeois 277 

Panier d'expédition pour pigeons voyageurs 278 

Pigeons voyageurs liégeois 281 

Fac-similé d'une dépêche pliotomicroscopique 289 

Pigeon tenu dans la main 290 

Pigeon voyageur avec dépêche attachée à la queue 291 

Pigeons voyageurs de S. M. l'empereur d'Autriche 292 

Colombier militaire du Jardin d'Acclimatation 293 

Pigeons voyageurs de S. M. le roi de Portugal 296 

Pigeon voyageur du Jardin d'Acclimatation 300 

Pigeons voyageurs de S. M. le roi d'Italie 301 

Panier d'expédition pour pigeons voyageurs 304 

Pigeons voyageurs de la République française 307 

Chapitre xlii. 

Pigeon de Beyrouth, de M. Vallois, de Neuilly 309 

(Pigeons domestiques ) 25 



— 386 — 

Chapitre xliii. 

Pages. 

Races italiennes 316 

Chapitre xliv. 

Pigeon de Modène de la variété des Gazzi 320 

— - - - 330 

_ _ — — 332 

— — — Schietti 335 

— - - - 336 

Triganicre italien 342 

Chapitre xlv. 

Pigeon poule romain 347 

Chapitre xlvi. 

Pigeon cravaté domino 348 

Chapitre xlvii. 

Pigeon cravaté Vizor 350 

Chapitre xi.viii. 

Pigeon cravaté heurté huppé 354 

— — — à tête lisse 356 

— — — coquille SST 



Fontainebleau. — M. E. Bourges, imp. breveté. 



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